‹ Six semaines en Algérie: par le vicompte de PullignyChapitre 48 sur 88 · LES PALAIS DE LA DJÉNINA · texte numérisé non relu

LES PALAIS DE LA DJÉNINA

Bien que la fortune des Musulmans et leurs conquêtes fussent immenses et qu'ils eussent produit de grands capitaines et des génies de toute sorte, des sages, môme, comme Arotm-al-Raschid (le juste), le peuple entier ne tarda pas à s'avilir, par cette seule Taison que ce sont les femmes et non les lois qui font les mœurs. Le gouvernement absolu, sans contrôle, et théocratique a produit en Turquie des crimes inouïs et la ruine du peuple, aussi bien que son avilissement, dans le plus fécond des territoires et sous le plus heureux climat. On comprend donc quel prestige gagna le général Bonaparte dans sa campagne d'Egypte, où il eût l'habileté de se poser comme le libérateur futur de

tout l'Orient bien qu'il méditât, à ce moment même,

de violer les lois, de confisquer à son profit personnel les libertés de son pays.

Je ne saurais insister davantage sur ce sujet. La conquête et la transformation de l'Algérie, repaire affreux de corsaires, est un bienfait pour toute l'Europe, une occasion d'apostolat pour le christianisme, et une compensation à la perte cruelle et successive de toutes les colonies françaises.

Je désirerais encore revenir ici sur les deux systèmes de colonisation anglaise et française, pour tirer de leur comparaison quelques conclusions pratiques : montrer que le système français est une sorte de protectorat officiel, que l'Etat prétend exercer au moyen de la lourde machine appelée centralisation, de telle sorte que les administrateurs constituent, soit un monopole, soit une autorité exclusive, plus ou moires absolue, auxquels rien n'échappe.

Le système anglais est tout différent. Il tend, au contraire, à exciter l'iniative individuelle, à vulgariser

renseignement moral et religieux, de telle sorte qu'il remplace le code pénal. User sagement des libertés publiques et du fécond pouvoir de l'association, voilà la source du succès de toutes les colonies anglaises qui, pour la plupart, se gouvernent elles-mêmes.

L'Australie a bâti, sans secours de l'Etat, des villes et des cathédrales sans nombre depuis 1830; tandis que l'Algérie a vu s'éteindre, sans espoir, plusieurs générations de malheureux colons.

Mais je crains les redites, et puis le temps presse, il me faut, avant de quitter Alger, contempler encore ces maisons, ces palais maures, si curieux et si riches avec leurs colonnades de marbre, leurs galeries suspendues, leurs moucharabiehs, leurs voûtes à alvéoles, supportées par des murailles brodées d'arabesques, où toute l'ornementation est tirée des divers agencements de la ligne droite et de la courbe, enlacées dans quelque verset du Koran; caria loi de Mahomet, interdisant sévèrement la reproduction des figures d'hommes ou d'animaux, en un mot de tout ce qui a eu vie, il a fallu des prodiges d'habileté pour varier ainsi à l'infini les combinaisons du décor. C'est surtout à l'archevêché à la cour d'assises, à la maison de Mustapha-Pacha, musée actuel, à celle de la rue des Lotophages, enfin à tous ces palais faisant partie de l'ancienne djénina du dey, que l'on se plaît à admirer le véritable génie des artistes et des architectes arabes.

Puis, les riches mobiliers, les tapis splendides, objets d'une fabrication si anciennechez lesfemmesde l'Orient, et dont les laines, décolorées par le temps, ne reçoivent jamais le pied que dépouillé de ses babouches; les tentures de soie et de velours, retraçant des pages entières de poèmes sacrés (Mollawah), brodées avec un luxe inouï d'or et d'argent, rehaussées de pierres

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