‹ Six semaines en Algérie: par le vicompte de PullignyChapitre 5 sur 88 · VILLE ROYALE DE TLEMCEN · texte numérisé non relu

VILLE ROYALE DE TLEMCEN

plu à accumuler les merveilles de toutes sortes, produits de l'intelligence et du génie arabes : ouvrages de littérature, d'histoire, de poésie, d'algèbre, de calculs transcendants, de magie, d'histoire naturelle; instruments d'astronomie, de mathématiques, d'alchimie; cartes terrestres et sidérales; puis, des meubles d'un luxe inouï, de riches armures, des pièces d'orfèvrerie ciselée, des bijoux et une multitude d'objets d'un goût et d'un travail absolument hors ligne.

On y voyait un prodigieux arbre d'argent, chargé des oiseaux les plus rares, avec leurs couleurs naturelles reproduites par des émaux fondus sur le métal; un jeu d'anches et de sifflets, habilement adapté au chant de chaque espèce, reproduisait, grâce au souffle du vent, les mélodieux concerts dont la nature seule avait eu jusque-là le secret.

Au palais du foi, était la fameuse horloge où le serpent S3 r mbolique, s'enroulant doucement autour d'un buisson, atteignait peu à peu le sommet et fondait tout-à-coup, avec un sifflement sinistre, sur une couvée de petits oiseaux que la mère affolée cherchait à défendre. Au dessus, un cadran indiquait les différentes évolutions des principaux astres de notre système planétaire; puis, vers le bas, une jeune et belle esclave désignait du doigt, à des intervalles réguliers, un livre sur lequel chaque heure apparaissait sous un nouveau verset du Coran. Deux grands aigles, planant dans l'espace, mettaient en mouvement le mécanisme compliqué de la remarquable machine. Cette horloge, antérieure de deux cents ans à celle de Strasbourg, remontait au xiv c siècle.

Aujourd'hui le Méchouar, complètement déchu de son antique splendeur, ne renferme plus que des établissements militaires, une mosquée et une centaine

d'habitants; quant à la ville, malgré de nombreux sièges suivis d'incendie et de pillage, malgré surtout la fièvre malsaine de l'alignement à la française, elle possède encore quelques beaux édifices, quoique en bien petit nombre, par rapport à son passé.

La grande mosquée, monument de cinquante mètres carrés, renferme à l'intérieur une cour entourée de portiques avec colonnes supportant les travées à arceaux en ogive; le pavage ainsi que la fontaine à ablutions sont en onyx; la coupole à jour est ornée d'une foule d'arabesques où s'entrelacent des versets du Coran et l'inscription rappelant la date le l'édifice, 530 de l'hégyre (1136 de J.-C.)

Au dehors et sur l'angle N.-O. s'élève un gracieux minaret rectangulaire, revêtu de terres cuites émaillées, d^une grande variété de dessins; ces mosaïques, encastrées dans des colonettes de marbre, produisent un ensemble du plus charmant effet et rappellent, par leur harmonie, le campanille de Florence, chef-d'œuvre du Giotto, sans toutefois atteindre sa majestueuse élévation (35 mètres au lieu de 258 pieds).

Une autre mosquée, située à l'angle de la rue Haëdo, présente à l'intérieur trois immenses travées avec arcatures en fer à cheval, reposant sur des colonnes en onyx; les murailles décorées de belles sculptures, supportent un plafond de bois de cèdre finement ciselé, recouvert autrefois de peintures polychromes dont les vestiges, épars çà et là, donnent un précieux spécimen de l'art arabe à la fin du xm° siècle.

Les rues de Tlemcen, de même que ses monuments, présentent au touriste un attrait tout à fait nouveau. Mille costumes des plus variés se croisent sur les places et les chaussées : burnous blancs et gris, jambes noires des Soudaniens, femmes voilées laissant apercevoir un

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