CHASSE AUX VAUTOURS
en l'étudiant avec soin dans le guide, afin de pouvoir en parler longuement à leur retour. Ces gens-là ne voyagent pas, ils se promènent à travers le monde.
Le paysage autour de Constantine est désolé; on dirait le royaume de la Mort.
De grandes montagnes dénudées bordent, au loin, l'horizon; des nuées de vautours au crâne chauve, comme les collines, des gypaètes, des cathartes, des aigles, des milans, des corbeaux tournent sans cesse au-dessus des rochers dont ils se rapprochent le soir pour y chercher un gîte. Leur vol est très élevé, et j'eus beaucoup de peine à en tirer quelques-uns, mais le plomb produisait peu d'effet; vu la distance, et la raideur de leur plumage, je fus obligé de glisser des chevrotines dans les canons de mon fusil. J'en démontai ainsi trois ou quatre, au grand étonnement des Arabes accourus sur les remparts au bruit de la fusillade. Un aiglon, entre autres, était tellement courageux qu'il nous faisait tête, derrière chaque buisson, présentant ses serres terribles et se précipitant avec furie sur mon compagnon, au moment où il allait s'en emparer. Je parvins néanmoins à m'en rendre maître, en lui jetant le burnous sur la tête. Tout en le poursuivant, nous étions arrivés à un chemin escarpé, et, de là. sous une voûte naturelle ; je commençais à m'y engager quand je rencontrai quatre personnes, trois Arabes et un étranger, qui, à ma vue, se mirent soudain à fuir dans deux directions opposées.
— Qu'est-ce cela? dis-je à un ouvrier paisiblement assis sur le bord du sentier.
— Ce sont des voleurs à la coquille; ils viennent de plumer un Anglais et ils se sauvent.
— Comment ! un Anglais à plumes ! expliquez-vous, je ne connais pas du tout cet oiseau.
— Pardon, monsieur, plumer veut dire dépouiller.
— Ah 1 parfaitement, eh bien, vous voyez des voleurs et vous ne les arrêtez pas?
— Je m'en garderais bien ; je sais qui ils sont et si je les rejoignais, ils me donneraient un mauvais coup, car ils sont armés jusqu'aux dents.
— Je croyais tout Arabe passible de 50 francs d'amende quand il sortait avec un fusil, même ayant la permission d'en posséder un chez lui, que, m'at-on dit, l'administration numérote, par mesure de précaution.
— C'est juste, monsieur, aussi portent-ils des armes cachées.
— Mais que signifie le vola la coquille?
— Voici comment il se pratique : au passage d'un étranger à la figure ingénue, un des Arabes prend trois coquilles de noix ; il les retourne, et place ostensiblement sous l'une d'elles une pièce de monnaie, un franc. Le joueur, interpellé, désigne avec assurance la coquille recouvrant la pièce, car il ne la quitte pas des yeux, il parie même une grosse somme, puisqu'il croit être sûr de gagner ; mais le rusé indigène escamote le franc avec dextérité et le tour est fait.
Courir après les Arabes était bien difficile; ils avaient % disparu à travers les rochers et les bois dont ils connaissaient seuls les secrets détours, et puis ce n'était pas notre affaire; je continuai ma route et j'atteignis l'insulaire ; il ne parlait pas un mot de français, la langue arabe lui était aussi totalement inconnue ; cela ne faisait rien à la chose, il y a tant de petits jeux qui se peuvent faire dans le silence.
En vain, je lui expliquai le guet-à-pens dont il avait