BAINS DES MAURESQUES
été victime, je ne pus arriver à le convaincre, il ne voulait absolument pas avoir été volé.
— Mais enfin, combien avez- vous perdu?
— Threepounds, no matter, me répondit-il d'un air indifférent.
— Trois livres ! soixante-quinze francs !
— Peste î et il dit que ce n'est rien. Heureux Anglais, va!
Nous marchons encore une heure environ, suivant le sentier taillé dans le roc, franchissant des ponceaux jetés sur des cascades ; puis, traversant le Rummel en sautant d'un rocher sur l'autre, nous atteignons l'établissement thermal de Sidi-Mécid, composé de quatre belles sources d'eaux sulfureuses, alcalines et ferrugineuses de 33 degrés de chaleur; elles sortent de grottes cachées sous des bosquets et tombent dans des piscines naturelles.
L'une de ces sources, exploitée déjà au temps des Romains, le Bourmat-el-Rabat, est le rendez- vous des mauresques et des juives. Elles y viennent tous les mercredis faire leurs dévotions et se baignent après avoir jeté dans la piscine des gâteaux de farine et de miel nommés tomina ; elles y tuent également les poules traditionnelles purifiées, au préalable, sur des réchauds où brûle l'encens.
N'est-ii pas singulier que le mercredi, jour rappelant chez nous Mercure , messager des dieux, soit choisi par les Mauresques pour porter leurs messages aux génies, plus ou moins protecteurs, chargés de veiller sur leurs existences ?
Les noms des planètes appliqués aux jours de la semaine nous viennent saus nul doute des Egyptiens, et cependant mercredi, en Arabe, n'a aucun rapport avec Mercure, de même les noms de mardi et lundi
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diffèrent essentiellement de ceux de mars et lune ; le vendredi est également dédié à Vénus et réservé par les femmes arabes aux repas funéraires des morts aimés ; or, ces deux mots, vendredi et Vénus, n'ont aucune ressemblance entre eux dans la langue du pays.
Je reviens, le soir, à Constantine où je fais ma malle à la hâte ; du reste, ce n'est pas long ; en voyage, je n'emporte jamais que juste le nécessaire.
Il me tarde de gagner le désert, les communications peuvent être coupées par les opérations de la guerre, d'un moment à l'autre... on le craint, et alors... comment faire?
Vallée de Bou-Merzoud. — Les Mégalithes, pierres celtiques ; origines et distribution de ces édifices. — Le Mausolée des Rois de Numidie. — Batna. — Ville romaine de Lambœsis. — Ascension du Tougourt. — Forêt de cèdres dansPAurès. —Incidents de voyage.
La route allant de l'antique CirthaàjBatna ressemble à celle venant de Sétif : paysages désolés, terres arides; l'herbe môme n'y pousse plus. Quelquefois un olivier étend son triste ombrage sur la campagne déserte, chapelle funèbre d'un cimetière immense. Cependant, à la hauteur du Kroub et des Oulad-Ramoun nous pénétrons dans une riche vallée nommée Bou-Merzoud, de près de cinquante mille hectares d'étendue.
Plus loin, et à peu de distance de la route, jaillissent des sources assez volumineuses pour former une rivière à la sortie de la roche calcaire; sur les pentes de la montagne une multitude incroyable d'édifices mégalithiques profilent leurs grands blocs noircis dans un espace de plusieurs kilomètres.
Construits avec la pierre locale, ils sont généralement entourés d'une petite enceinte circulaire, quelquefois carrée de cinq à six mètres de diamètre, véritable
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cromleck à proportions restreintes, ayant des assises disposées en lit et non fichées debout. Dans ces dolmens le nombre des supports varie comme celui des tables : quelques-uns sont géminés.
M. le marquis de Montebello en a même signalé un entouré de six autres moins élevés. L'absence de buttes tumulaires et la faible dimension de ces dolmens (2 à 4 mètres), exclut l'id£e d'allées-couvertes ou de sépultures successives.
Je ne détaillerai pas ces monuments ; avec des proportions moins grandioses, ils sont semblables à ceux que nous possédons en Bretagne, en Normandie, et dont j'ai longuement parlé au livre de Y Art préhistorique dam l'Ouest (Evreuœ, Société libre de l'Eure). Je désire seulement expliquer en quelques mots la co-existence en Barbarie aussi bien qu'en Europe, en Amérique du Sud, en Asie et même dans l'Inde, de ces édifices.
La théorie biblique, reconnaissant l'humanité une jusqu'à Babel, ditqueJaphet alla au centre de l'Asie, Cham, le chaud, en Egypte, et Sem, vers l'Occident.
L'Ecole historique moderne soutient au contraire que Japhet peupla l'Occident, et elle donne pour preuves les nombreuses racines sanskrites qui se retrouvent dans le celte, le teuton, le lapon, le grec, le latin, en un mot, dans toutes les langues de l'Occident; or, nous empruntons encore ici l'autorité du baron de Moyecque pour affirmer ceci :
Les recherches sur nos origines nationales, par l'étude comparée des langues antiques, amènent à ce résultat important à savoir que les racines des idiomes de l'Occident, attribuées par l'Ecole moderne au sanskrit, se trouvent également dans la langue parlée aujourd'hui encore aux Highlands, dans l'île de Man et l'Irlande.