LE MAUSOLÉE DES ROIS DE NUMIDIE
sont littéralement desséchées. On croirait que le simoun (vent du désert) a passé par ici. Au dire des habitants, Batna devrait être entourée à cette époque d'un tapis de verdure et de fleurs; ils ajoutent, il est vrai, qu'il a plu à peine depuis cinq ans. Il est aisé de s'en convaincre, car, pendant douze ou quinze kilomètres, nous n'avons rencontré qu'un seul arbre couvert, en guise de feuillage, de beaucoup dépoussière et d'une quantité de rubans fanés, de débris de burnous et de haïks accrochés aux branches par les pieux pèlerins, en mémoire d'un saint Marabout qui s'est assis un jour à son ombrage. On fera un vœu sous cet arbre, et il sera sûrement exaucé.
C'est encore un rapprochement avec le culte forestier de nos ancêtres, les Gaulois, et l'on retrouve cette coutume jusqu'aux confins de FInde et de la Malaisie, où les Hindous entourent d'une vénération légendaire certains arbres dans lesquels ils construisent même des pagodes, tel que le figuier des Banians et autres.
Batna date de trente ans et a déjà été détruite une fois, lors de l'insurrection de 1871. Chef-lieu d'une division militaire, elle renferme une garnison de deux mille hommes, défendue par une bonne muraille que protège un fossé.
Les rues présentent une grande animation et sont accentuées d'une façon toute pittoresque par les nombreux uniformes qui s'y croisent sans cesse avec les costumes si variés de l'Orient; burnous rouges des spahis; turcos vêtus de bleu; chasseurs, indigènes, Arabes drapés de blanc; caïds en brun; Juifs à la mise étriquée; Turcs à la culotte bouffante relevée d'une écharpe de couleur voyante, et la tête ornée d'un monstrueux turban ; Maures à la démarche hautaine, Kabyles à peine vêtus de quelques lambeaux d'étoffe ; M'zabis,
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Biskris et, comme contraste à ce tableau, quelques rares Européens accoutrés de la façon la plus fantaisiste.
Nous eûmes bientôt vu les curiosités de la cité naissante; aussi, nous fîmes-nous conduire le jour môme à Lambessa, distante de douze kilomètres environ, et siège (Fune colonie pénitentiaire. Elle fut, autrefois, le quartier-général de la troisième légion romaine; ses ruines .couvrent aujourd'hui une étendue de six cents hectares.
Rien de triste comme cette vaste solitude dans laquelle le pied se heurte à des débris de toutes sortes: fûts de colonnes, fragments de frises, pierres tumulaires sarcophages, statues brisées. Quelques pans de murs, épargnés par le temps, les Vandales et les Arabes, représentent le prétoire, le temple d'Esculape, le cirque un aqueduc, des bains, un grenier d'abondance où Ton recueille encore du grain calciné ; puis des mosaïques dont les collectionneurs emportent chaque jour les petits cubes, des voies romaines et des portes ; il en subsiste quatre sur les quarante qui se voyaient encore, il y a cent ans.
Actuellement, on restaure le prœtorium, avec le goût douteux de cette école que Ton a vue à l'œuvre; repassant des chaînes entières de pierres neuves, taillées à grands frais, quand il n'y avait qu'à se baisser, pour relever les anciennes assises, tout appareillées, et couvertes en plus de la précieuse patine du temps. Un Arabe en burnous bleu, perché immobile sur un bloc, comme le héron des étangs, trône au milieu de Tantique Lambœsis; c'est le gardien de la cité éteinte.
En rentrant à Batna, je fus fort surpris à la vue d'un groupe d'Arabes très animés, gesticulant à la porte de l'hôtel; une gerboise venait de pénétrer dans la ville et passait affolée dans la rue, poursuivie par vingt