‹ Six semaines en Algérie: par le vicompte de PullignyChapitre 59 sur 88 · ASCENSION DU TOUGOURT · texte numérisé non relu

ASCENSION DU TOUGOURT

Enfin, voici un fauve! mais quelle veine! quelle chance inespérée !

— Dis donc, l'Arabe, pourquoi fais-tu comme ça: kiss, kiss, kiss I Veux-tu m'expliquer ça, hein?

Le Berbère parut décontenancé, car il nous croyait bien endormis ; toutefois, il se remit aussitôt, et relevant la tête :

— Tu vas le voir, dit-il, me fixant d'un air de défi.

A peine a-t-il achevé qu'il bondit comme une panthère.

— Armez ! criai-je, mais ne tirez pas !

et se précipite sur.... son camarade; puis, d'une main, brandissant son yatagan, de l'autre, il fait sauter au loin son turban et.... se met à lui raser les cheveux.

Qu'est-ce qui le fut aussi rasé, mais là, complètement?

On le devinera sans peine.

Il serait néanmoins possible que, nous voyant armés, ces hommes rusés aient cherché à nous donner le change par une très habile manœuvre.

En effet, les Arabes éprouvent une véritable frayeur à la vue de nos armes perfectionnées ; c'est pour eux le seul côté réellement pratique d'une civilisation qu'ils s'accordent tous à réprouver.

Il me revient qu'étant dernièrement dans une diligence remplie d'indigènes, un de mes voisins, mis en belle humeur par nos joyeux propos, se hasarda à m'exhiber de dessous son burnous un grand diable de pistolet qui n'en finissait pas ; il avait bien deux pieds de long; sa batterie à pierre remontait certainement aux premiers temps de l'occupation turque. L'Arabe, en me regardant d'un air de protection, traduisait sur

son visage l'expression hautaine de l'homme qui se sent fort.

— Cache, cache vite cela ! lui dis-je avec une feinte terreur, je n'aime pas à voir de si près ces sortes d'engins ; puis, faisant signe à mon vis-à-vis, nous sortons précipitamment nos deux revolvers à six coups; douze morts au lieu d'une : il n'en fallait pas tant, et le pauvre Arabe, pâle comme un suaire, retourna sa tête livide qu'il incrusta dans l'angle de la voiture, et ne dit plus un mot.

La descente de la montagne s'effectua moins aisément que l'ascension ; toutefois, je voulus auparavant toiser quelques-uns des plus beaux arbres : l'un mesurait

1 mètre 90 de diamètre à cinq pieds du sol, puis deux, poussés sur le même pied, atteignaient 1 mètre 10 et

2 mètre 12, c'est-à-dire 6 mètre 86 de circonférence sur une hauteur d'environ 15 mètres.

Cette dimension se rapproche de celle des plus gros cèdre de la belle forêt de Teniet-el-Hâd, dans la province d'Alger ; l'un d'eux, la Sultane, toise 2 mètres 60; un autre, le Sultan, un peu plus volumineux, fut abattu en 1878 ; une de ses billes a figuré à l'Exposition universelle. Ces arbres paraissent très vieux; ils portent à peine cinq ou six gros bras, formant une large couronne sur le sommet de leur tronc dénudé, et sont tous beaucoup moins pittoresques que notre beau cèdre du Liban, introduit au Jardin-des-Plantes en 1734 par le célèbre B. de Jussieu.

J'ajouterai, cependant, que des deux jeunes sujets remis à notre grand botaniste par le docteur anglais, Collinson, celui qu'il planta dans le parc de Montigny- Lencoup (Seine-et-Marne), l'emporte aujourd'hui de

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