FORÊT DE CÈDRES DANS L'AURÈS
beaucoup sur son frère jumeau du Jardin-des-Plantes Il ne mesure pas moins de 8 mètres 30 de circonférence sur une hauteur de 32 mètres. *
Les habitants de Montigny, lors du morcellement du domaine de Trudaine, en 1854, ont eu l'esprit de soustraire cet arbre géant au vandalisme de la bande noire, en se cotisant pour acheter les mille mètres carrés de terrain qu'il couvre de son ombrage. Honneur à ces intelligents conservateurs !
Au Liban même, si remarquable station de cèdres, il ne reste qu'un très petit nombre d'arbres séculaires; la haine des Druses les a mutilés ou détruits, comme la population maronite.
Le cedrus atlantica^ très voisin du libani, végète vigoureusemeut dans nos cultures de l'Ouest de la France; parfaitement acclimaté depuis trente ans, il a su résister aux vingt-sept degrés de froid du terrible hiver de 1879.
Nous arrivâmes tard à Batna, car les sentiers de la forêt étaient encombrés d'Arabes descendant la montagne avec de fortes charges de madriers de cèdres, disposés en forme de toit, sur le dos d'un âne, et entravant sa marche par leur longueur démesurée. Pour nous livrer passage, il fallait peser sur l'une des extrémités de la charge, en faisant virer planches et âne comme un tourniquet.
Dans la ville, nouvel embarras. Des masses de touristes obstruaient la rue, prenant d'assaut les diligences de Constantine. Une panique venait de se répandre; les Kroumyrs marchaient sur Biskra et chacun cherchait & regagner, au plus vite, un port d'embarquement pour la France. Grâce à cette circonstance fortuite, nous pûmes trouver deux places dans la voiture de Biskra, bien que tout fut retenu depuis huit jours.
Le conducteur, très aimable, eut l'attention de nous placer dans la rotonde (car il y avait rotonde), aux deux côtés de la portière, nous recommandant de ne laisser monter personne.
— Figurez-vous, ajouta-t-il, que les Arabes, grimpés sur le marchepied, ont coupé avant-hier les courroies de ma bâche et ont volé tous les bagages pendant que les voyageurs dormaient.
— Ne craignez rien, mon ami, nous serons deux à veiller, et puis nous sommes en mesure de vous protéger.
Disant cela, je lui montrais nos armes et une petite réserve de cinquante cartouches renfermées dans la ceinture et s'adaptant à nos deux calibres.
Justement, un voyageur me racontait dernièrement que, pour avoir négligé cette précaution, il avait fait un jour une bien singulière entrée dans une ville du Mexique.
M. Candido de Rubinat se rendait de Mexico à Guanaxacuato, en compagnie d'un alcade, de deux demoiselles et de leur mère. Arrivée à quelques lieues de la cité, la voiture fut arrêtée par un parti d'Indiens qui firent descendre les cinq personnes. M. de Rubinat ne put se défendre, car on lui avait recommandé au départ de ne pas prendre d'armes, de peur d'exciter la colère des Apaches et de faire massacrer lui et ses compagnons. C'était un complot arrangé d'avance. Les Indiens prirent tout et dépouillèrent les voyageurs de leurs vêtements, même celui de dessous {V indispensable), enlevant jusqu'aux épingles à cheveux. Les infortunés remontèrent piteusement dans la diligence, abritant de leurs mains ce qui leur restait ; les filles rougissant devant le monsieur, le monsieur baissant les yeux devant les filles, la mère tournant le dos au juge, et