OASIS DE BISKRA
faitement pur et l'un de nos convives, M. Jus, très savant ingénieur, voulut bien m'expliquer que ce phénomène, nommé foudre globulaire, était fréquent au Sahara.
La soirée s'écoula ainsi d'une façon fort animée, mais j'avais hâte de me retirer afin de commencer mes tournées le lendemain dès la première heure, et je fus encore agréablement surpris la nuit en distinguant sur le ciel bleu, par ma fenêtre restée ouverte, de nouvelles constellations, le loup en particulier, qui ne peuvent se voir sous notre méridien de Paris • . .
Les rues de Biskra ont beaucoup de caractère, elles rappellent celles de certaines villes de l'Orient. De grands palmiers agitent leurs têtes majestueuses audessus de murailles blanches entourant des jardins sillonnés de rigoles où coule une eau claire et abondante; des maisons basses et dépourvues de fenêtres; des cafés maures avec de singulières peintures représentant des serpents verts, des lions, des bêtes imaginaires, 1 des lézards rouges (reproduction d'êtres animés signalant la secte d'Ali); des boutiques où vingt arabes plaqués au mur attendent d'un air béat, la tête renversée en arrière, que le barbier vienne les raser à la file; des sortes de magasins où l'on vend de tout; des salles obscures, basses, où retentit le bruit monotome d'un pilon de fer lourd comme un essieu de charrette, soulevé tout le jour par des nègres à demi-nus qui broient le café en poussant de gros gémissements; puis des M'zabis schismatiques du cinquième livre (du Coran) comme les appellent les Arabes avec mépris', c'est-à-dire en dehors des quatre sectes reconnues; ils portent le menton et la bouche enfouis dans le halk à la manière des hommes du Sud; des Juifs, des Turcs, des femmes
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grandes, belles: les unes à peau blanche, d'autres brunes, mauresques et Oulad-Naïls, drapées dans des étoffes voyantes, tantôt d'un rouge éclatant, bordées de bleu, tantôt à larges raies jaunes et pourprée.
Couchéessur leseuil de leursportesousepromenant le long des maisons, elles attirent l'attention par un énorme brima (turban) d'où descend sur le front un double diadème de pendeloques en or; au cou des colliers de séquins terminés par lehamsah; de larges anneaux aux oreilles qu'abritent d'épaisses nattes bourrées de poil de chameau. Leurs lèvres, leurs gencives, ainsi que les ongles, la paume des mains et la plante des pieds sont rougis avec la teinture extraite de la feuille du henné; les chevilles sont enserrées dans des bracelets d'or et d'argent massifs. Les bras et les jambes nus sont couverts comme le visage de tatouages bizarres; l'éclat de leurs yeux est rehaussé par l'usage du cohéul (sulfure d'antimoine) dont elles se cerclent les paupières à l'aide d'un petit crayon noir qui ne les quitte jamais.
Des nuées d'enfants crient à tue-tête : merci moussiou, pour un sou qu'on ne leur a pas encore donné; d'autres plus jeunes laissent voir sur le sommet de leur tête rasée la touffe par laquelle le prophète doit les saisir un jour pour les jeter dans son paradis. Cette touffe est aussi nécessaire au salut des musulmans, que la queue sans laquelle le chinois ne saurait entrer au séjour des bienheureux; la tête elle-même, quand elle est coupée violemment, entraîne chez les croyants l'exclusion du paradis.
Des Turcs accroupis sur des nattes fument le narghileh ou la petite pipe bourrée de kif, espèce de chanvre particulière à l'Algérie ; sa vapeur produit les effets de l'opium; puis un de ces santons, idiots auxquels tout est permis, même certains privilèges dont les maris sont