‹ Six semaines en Algérie: par le vicompte de PullignyChapitre 67 sur 88 · LE GRAND DÉSERT DU SAHARA · texte numérisé non relu

LE GRAND DÉSERT DU SAHARA

A des distances fabuleuses, de rares oasis apparaissent sous une forme indécise, puisse vide.

Des caravanes de chameaux chargées d'orge ou d'autres denrées passent silencieuses et sombres; â peine quelques paroles brèves s'échangent entre les Arabes; elles s'éloignent rapidement et semblent s'évanouir comme des ombres, car, au désert, hommes et bêtes, prennent la même teinte ; tout y est couleur de sable, nuance indéfinissable qui devient monotone par sa désolante uniformité et fait naître dans l'esprit comme un sentiment vague de mélancolie.

Nous allons ainsi devant nous, au gré de l'animal avec lequel nous ne pouvons communiquer et souvent abandonnés par l'escorte, qui reste bien loin en arrière, ne pouvant nous suivre à pied.

Voici une troupe d'indigènes accompagnés de leurs femmes; le bas de leur figure est voilé, pour* ne pas respirer le sable. Ils arrivent des contrées les plus lointaines du Sah&ra, du pays des Touaregs, montés sur les mehara qui peuvent rester de six à sept jours sans boire et de deux à trois sans manger et font jusqu'à trois cents kilomètres par jour, à un trot que le galop des chevaux arabes ne peut atteindre.

Quand deux coureurs du désert se croisent, ils sont hors de vue avant d'avoir eu le temps de répondre : aaley-koum sélâm, au sélâm aaley-koum (paix avec vous) qu'ils se lancent au passage.

Pour fournir ces courses effrayantes, les Arabes, solidement attachés sur leurs montures, se sanglent le corps soigneusement capitonné et se bouchent les oreilles afin de ne pas devenir sourds ; quand il s'agit d arriver, ils doivent prévenir le méhari plusieurs centaines de mètres avant le but, pour ne pas le dépasser.

Ici, le plus petit incident devient tableau.

Dans le lointain, des chasseurs poursuivent la gazelle; d'autres font une immense battue circulaire autour de l'un d'eux accroupi sous une broussaille et jouant de la flûte; un lièvre détourné de loin se rapproche; après force feintes il vient écouter la musique et on le tue.

Cependant notre petite caravane avance toujours malgré les ardeurs d'un soleil torride inondant de lumière ce sol brûlant, dont aucune source ne vient rafraîchir l'aridité, car, nous ne pouvons rencontrer les fontaines vers lesquelles nous cherchons en vain à nous diriger, nos cartes trop exiguës restant muettes à cet endroit.

Dans le désert il existe beaucoup de puits, les uns creusés par les Arabes, d'autres par nos ingénieurs.

Les premiers sont de simples fosses soutenues par des murailles de troncs de palmiers ; ils fournissent environ 200 litres d'eau à la minute et reviennent à 800 francs ; les autres forés et tubes, débitent de 1,500 à 2,000 litres et coûtent 3,000 francs.

De Biskra à Ouargla passant par Tougourt et suivant la ligne des chotts, on en a percé un grand nombre depuis peu, et telle localité d'une valeur absolument nulle devient le centre [d'une oasis qui se couvre en peu de temps de verdure et de palmiers.

A ce propos il se produit un phénomène bien singulier: les puits artésiens rejettent avec leurs eaux potables une quantité de petits poissons tellement considérable, qu'ils deviennent une source d'alimentation. Ils proviennent, on le suppose, des rivières du Sahara et ils auront pénétré dans les nappes souterraines par des fissures.

Il faudra donc venir au désert pour manger une friture, car, depuis les extrémités du Maroc, c'est-à-dire

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