‹ Six semaines en Algérie: par le vicompte de PullignyChapitre 68 sur 88 · PISCICULTURE EN ALGÉRIE · texte numérisé non relu

PISCICULTURE EN ALGÉRIE

sur tout le territoire de l'Algérie je n'ai pas trouvé un poisson, si non délicat, du moins présentable; il existe bien quelques barbeaux, des cyprins, des espèces de perches, (cyprinus barbus, cyprinodon dolicatus, cyanigaster, chromis Lesfontanii) mais ils ne sont pas mangeables.

Qu'on ne rencontre pas un bateau dans toute la colonie, cela se comprend sans peine ; mais ce qui ne peut s'expliquer c'est le nombre prodigieux de sources, fontaines, torrents, retenues, que personne ne songe à utiliser, pour y faire de la pisciculture. Les carpes, tanches, brochets, anguilles, goujons, ablettes, bromes, barbillons; l'écrevisse à pattes rouges (astacus fluviatilis), qui devient monstrueuse dans nos étangs et dépasse de moitié l'espèce commune (astacus fontinalis) y réussiraient à merveille: la truite elle-même s'y reproduirait ; l'on peut s'en convaincre envoyant celles qui par exception peuplent les eaux de l'Oued-Zhour, à l'est de Collo; et les nouvelles salmonées (fontinalis et quina), dont nous recevons chaque année des milliers d'oeufs embryonnés, pourraient repeupler ces eaux d'excellents saumons californiens qui n'éprouvent pas le besoin d'émigrer vers la mer comme le font les nôtres.

Il y avait déjà longtemps que mes deux compagnons se plaignaient de la soif; nous avions négligé au départ de faire une provision d'eau; du reste le jour baissait et nous ne possédions pas d'effets de campement pour passer la nuit.

Nos Arabes paraissaient égarés; je commençai à partager leur inquiétude. Effroyable perspective que celle de me perdre dans le désert ! Six cent mille lieues carrées

douze cents de Test à l'ouest, et cinq cents du nord au sud!

C'est ici, me disais-je, sous les rayons de ce soleil implacable, que des caravanes entières égarées, par les indications trompeuses d'un fallacieux mirage, périssent misérablement au milieu des angoisses causées par la privation de l'eau ; d'autres, surprises par les étouffantes rafales du simoun, sont englouties en quelques heures et laissent sur le sol de longs ossuaires en souvenir de leur passage; d'autres encore, chargées de précieuses cargaisons, tombent sous les coups de tribus vagabondes et pillardes qui ne vivent que de rapine et de brigandage.

Quelques-unes ayant sauvé leur vie grâce à l'abandon de tous leurs biens, de leurs provisions même, sont décimées par les maladies, l'insolation, la faim qui donnent le vertige, mènent à la folie furieuseetarment des bras amis en les faisant se déchirer les uns les autres.

Le désert, c'est la mer avec toutes ses horreurs sur un navire désemparé ; c'est le pays de la soif et du désespoir !

Cependant la nuit venait à grands pas; j'appelai les chameliers pour faire tourner nos bêtes sur lesquelles, comme je l'ai dit, nous n'avions aucun moyen d'action; puis, ayant consulté ma boussole, je pus en m'aidant de la marche du soleil regagner l'oasis deBiskra.

C'était l'heure de la rentrée en ville; on voyait de riches caïds cambrés fièrement sur leurs selles à dossier ; des Biskris montés deux et trois sur un âne étriqué; en palenquin des femmes dont on distinguait les ongles rougis, formant une tache orangée sur le haik; des

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