LA FLORE SAHARIENNE
Marabouts assis avec une dignité austère sur une mule devant laquelle chacun s'écarte avec respect.
Nous pénétrons comme un coin dans cette foule agitée, que repoussent les hommes- de notre escorte; nos hôtesse tourmentent, se pressent Tune contre l'autre au risque de nous broyer les jambes. De grandes caravanes de cent cinquante à deux cents chameaux arrivent aussi du désert et nous refoulent en nous acculant contre lès palmiers. Les Arabes crient en se disputant le passage; plusieurs lèvent la matraque, c'est une mêlée générale d'hommes et de bêtes; et nous attendons toujours, ballottés, pressés, froissés mais impassibles, que les chameliers puissent enfin frapper sur les jambes de l'animal le coup de baguette destiné à lui faire infléchir les membres et à nous permettre de descendre.
Nous rentrons chargés d'échantillons de toute sorte, fragments de sel natif, cristaux de gypse, sable salé, plantes rares : cucumis coloquinte : concombre d'âne (momordica elastica), qui lance au simple toucher ses graines à plusieurs mètres; le zigophyle cornu aux feuilles charnues remplies d'eau; l'astèrique pygmé dont les fleurs conservent, comme les roses de Jéricho, la singulière propriété de s'épanouir, môme après plusieurs années, si l'on vient à les plonger dans l'eau ; le sainfoin (hedysarum alhagi), nourriture favorite du chameau; le drim, le ratama, le ranthère, l'ephedra, aux feuilles à forme d'aiguilles; l'halga (fiemophyton deserti), et quelques autres dont le principal mérite est de ne se rencontrer qu'au Sahara.
En effet , la dispersion des plantes sur le sol de l'Algérie correspond à trois zones bien distinctes : région du Tell ou barbaresque; des Hauts-Plateaux ou atlantique et du désert.
Tandis que les flores atlantique et barbaresque présentent un caractère essentiellement européen, puisque leurs espèces se retrouvent dans tout le midi de la France, en Espagne, en Sicile et même en Grèce; la flore désertique est spéciale et n'a aucun rapport avec celle du nord de l'Algérie; mais elle est relativement pauvre, quand ou considère le territoire immense qu'elle occupe des côtes du Maroc aux plateaux de l'Asie.
Les plantes étiolées, souffreteuses, ont l'aspect rachitique de végétaux croissant avec une extrême lenteur. Les feuilles sont persistantes, coriaces et charnues comme celles des plantes grasses, disposition qui leur permet de résister à la chaleur torride du désert; leur couleur est un gris verdâtre tranchant à peine sur le (jaune pâle du sol : la plupart sont desséchées car, en poussant, elles ont présenté un obstacle au sable, qui s'agite au moindre souffle de vent et vient s'accumuler au pied de la plante en y formant un petit tertre nommé dune ; or, comme le vent change constamment de direction, la dune finit par étouffer toute espèce de végétation.
Quel contraste entre les plaines incultes du Tell couvertes de palmiers-nains ou de jujubiers sauvages, (ziziphus lotus), les Hauts-Plateaux dont les tapis d'halfah et de diss, sont entrecoupés de maquis d'arbres de toutes essences : lauriers, pistachiers, cistes, yeuses, chênes vert et liège, alaternes, arbousiers, callitris, pins d'Alep; et le désert, où il n'y a plus ni arbres ni plantes vertes !
Aussi, rien ne saurait exprimer la joie que nous éprouvions en revoyant nos chers palmiers et la rentrée à la délicieuse oasis était saluée par nous comme un véritable retour à la vie.