‹ Six semaines en Algérie: par le vicompte de PullignyChapitre 77 sur 88 · LA FAUNE SAHARIENNE · texte numérisé non relu

LA FAUNE SAHARIENNE

de s'assimiler les couleurs avec lesquelles il se trouve en contact.

Entouré d'une étoffe jaune, il devient jaune en quelques minutes ; il tourne au gris foncé quand on le place sur cette nuauce et, finalement, revient au vert émeraude, son ton naturel. En liberté, exposé au soleil, il prend instantanément les diverses teintes des feuilles sur lesquelles il passe, de telle sorte qu'il est très difficile à distinguer. S'il chasse, il se blottit immobile contre une branche ; seuls ses gros yeux ronds, articulés comme un compas, tournent rapidement autour de sa lourde tête, puis tout à coup il ouvre la gueule et lance dans l'espace une langue démesurément longue, terminée par une surface collante, qui happe au passage l'insecte dont il fait sa nourriture.

D'autres reptiles avaient été pris par les Arabes et apportés vivants à l'hôtel où ils nous les échangeaient contre quelques pièces de monnaie : le fouette-queue (uromastix acanthinunis), grand lézard à la queue hérissée de pointes; Je gecko des. murailles, animal absolument inoffensif; le scinque médicinal, employé comme médicament par les indigènes ; et, dans l'ordre des ophidiens, le céraste cornu (cerastus egyptiacus) et la vipère minute {vipera brachycera).

Poissons.— M. Jus, ingénieur en chef, avait gracieusement offert un assortiment de poissons conservés dans l'alcool, chromis, cyprinodons, tilapias, recueillis par lui à l'orifice de l'un de ces nombreux puits artésiens, dont il a si généreusement doté le Sahara.

Mollusques. — Les coquillages, très nombreux sur les côtes barbaresques et la région tellienne, sont rares dans le désert ; à peine une vingtaine d'espèces terrestres et autant d'aquatiques, toutes participant également aux types de l'Espagne et à ceux propres à l'Orient.

Des melania fasciolata, des melanopsis prœmasa couvrant de leurs coquilles les grosses pierres qui bordent les ruisseaux; des haléophiles, confirmant par leur présence au milieu des sables salés du désert, l'hypothèse d'une mer Saharienne détendant autrefois jusqu'à l'Atlantique, en laissant le massif de l'Atlas relié à la péninsule ibérique.

Des hélices, en petit nombre, complétaient le lot des mollusques.

Crustacés. —On n'avait pu trouver que deux espèces : le crabe d'eau douce, très commun dans les eaux de l'Oued-Biskra, et une variété d'oniscus qui se creuse do£ terriers dans la sable d'où le nom de Gab-el-Ard, (âne de terre), l'âne étant employé ici à charrier le sable.

Arachnides. — Parmi la quantité de fileuses, vagabondes, coureuses, sauteuses, etc., particulières à la faune barbaresque, une espèce propre au désert avait attiré l'attention de nos chercheurs : la mygale maçonne (mygale cœmentaria), énorme araignée qui se construit une demeure dans le sol et en ferme l'entrée par une porte mobile ; on l'appelle improprement tarentule et on l'accuse bien à tort d'être venimeuse ; sa morsure, toutefois, cause une vive douleur ; quant aux scorpions, les trois ou quatre différents sujets recueillis au Sahara avaient dû être enfermés à part, pour éviter les mutuelles piqûres de leur redoutable aiguillon.

Les Arabes craignent particulièrement les scorpions; aussi, lorsqu'arrive Y été, où ils sont le plus dangereux, on suspend, au bas des portes, un pef it écriteau portant ceci :

Qu'Allah nous protège, en nous préservant des venins die dehors!

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