PLUIES DE SAUTERELLES
A Biskra, comme je l'ai observé à la Havane, les enfants se plaisent à entourer le scorpion d'un cercle de charbons ardents, guettant le moment où l'animal, convaincu de son impuissance à franchir l'obstacle, semble se percer de son propre dard avant de mourir.
Insectes . — Les entomologistes n'étaient pas les moins bien partagés, car l'Afrique est très riche en insectes, et si la région de l'Atlas recèle plus spécialement les espèces d'Espagne, pour la raison que j'ai exposée plus haut, le désert nourrit quantité de genres de la faune orientale très appréciés à cause de leur rareté.
Dans l'ordre des coléoptères: descicindèles; l'anthia venator, le plus grand insecte du Sahara ; le scarites eucephalus, long de quatre centimètres ; l'hydrophile pistaceus ; le suprinus osiris, Tateuchus sacré, si souvent reproduit dans les hypogées de la vieille Egypte ; les cétoines aux brillantes ély très; le julodis silifensis, surnommé par les Arabes flambeau de la nuit à cause de son éclat; le blaps géant, l'héliotaure azuré, la pimélie, les cléones, les adimoines, les titubes et beaucoup d'autres qu'il serait trop long d'énumérer.
Les orthoptères qui comptent dans leur ordre les terribles sauterelles voyageuses n'avaient fourni aucun sujet.
Le criquet, Tune des sept plaies de l'ancienne Egypte, est tout aussi redoutable aujourd'hui qu'au temps des Pharaons, mais il n'apparaît pas à des époques périodiques.
Quelquefois vingt années se passent dans la plus parfaite sécurité, puis tout-à-coup un épais brouillard venant du fond du désert obscurcit l'atmosphère; le nuage se rapproche avec un bruissement sinistre; peu à peu il s'abaisse; il oscille quelque temps dans l'espace et aussitôt la pluie d'insectes commence, pluie
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inexorable qui ne cesse que lorsque le sol est déjà dépouillé de toute végétation.
Rien ne peut arrêter le fléau; la mer elle-même a été souvent impuissante à protéger la Provence et le midi de la France !
Les nuages de sauterelles varient beaucoup de dimensions. L'un d'eux occupa en 1865, au-dessus delà province de Constantine, un espace d'une lieue carrée (16 kilomètres), sur une hauteur de deux cents mètres; d'autres colonnes beaucoup plus considérables ont été observées sur divers points : toutes laissent sur leur passage des myriades d'œufs destinés à propager le fléau qui ne s'éteint pas spontanément mais diminue graduellement et finit par disparaître, pour se montrer de nouveau après un laps de temps indéterminé.
L'invasion de sauterelles de 1866 a causé en Algérie un désastre évalué à plus de soixante millions.
Actuellement, s'il faut en croire un habile observateur, M. Durand, le fléau ne serait plus à craindre; il résulterait en effet d'expériences positives qu'une simple lame métallique dressée sur le talus d'un fossé profond, présenterait un obstacle infranchissable au redoutable criquet.
Des insectes à l'aspect plus séduisant complétaient le bagage de nos naturalistes. Ils avaient pu recueillir, malgré leur petit nombre, vu la quantité d'oiseaux destructeurs des chenilles, quelques piérides, des poliomates y des vanesses, des satyres, des machaons, &escléopâtres(coliascleopâtra\ papillon jaune citron avec deux taches couleur de sang absolument africain et espagnol, mais fréquentant aussi les garrigues du midi ; puis, quelques-uns de ces énormes sphynx, dont le bourdonnement anime les crépuscules des tièdes nuits du printemps algérien; ledeilejohilanerii, vivant