UNE CHASSE A LA PANTHÈRE
Je me précipite sur les genoux ; la bête se rapproche toujours; quelques mètres encore, et nous allons la découvrir ; peut-être aurons-nous le temps de la tirer a\j jugé si elle ne vient jusqu'à nous, car la lune trop faible est voilée par les nuages ; mais, hélas ! le bruit s'éloigne dans la direction de la forêt.
Alors désespéré, haletant sous l'étreinte d'une indicible émotion, je me lève, après avoir prié l'officier de rester en place, et, avec un élan que j'ai peine aujourd'hui à m'expliquer, je me livre à une course furieuse, insensée, sur le chemin suivi par la panthère. J'avais tellement retrouvé mes vingt ans, que je n'ai pas mis une minute à parcourir deux cents mètres. Mon idée était celle-ci : Si la bête féroce était indécise à attaquer, nous voyant deux, elle n'hésiterait pas à se jeter sur moi, me sachant seul, et alors ! je pourrais la tirer, la tuer peut-être t... à moins que!... mais, non, dans ces moments solennels, on ne songe pas à ces choses-là...
Je m'arrête, essoufflé, j'écoute. Rien ! rien, maudite bétel Peut-être me guette-t-eiie derrière un buisson. Je m'embusque près d'un rocher ; j'attends, cherchant à percer l'obscurité qui devient plus intense, car la lune va se coucher. J'espère encore voir deux gros yeux briller dans les ténèbres. Je désire presque avoir comme Bombonnel, un œil transporté à la hauteur de l'oreille par un coup de griffe clandestin. C'était de la démence !
Les hyènes ricanaient toujours au loin; j'entends un pas, mais c'est celui de l'officier ; il est inquiet, il vient me chercher car il faut retourner; nous avons laissé le caravenséraï ouvert, et les Arabes peuvent bien nous épier et voler nos chevaux ; alors, comment faire pour revenir? Enfin, c'est une partie remise ; quelles vilaines bêtes de bêtes !
A quatre heures on n'y voit plus ; je crois cependant distinguer un animal qui court presque dans mes jambes : c'est une civette ou un chat serval ; je n'ai môme pas le temps d'ajuster, et puis il fait nuit close.
Cinq heures.— Nous nous couchons tout habillésmais rageant. Il était bien téméraire, du reste, n'ayant que si peu de temps à soi, d'espérer réussir à une chasse qui demande des semaines entières d'attente, même dans un pays très boisé et sauvage comme celui-ci, et c'est vraiment un miracle d'avoir entendu la hyène et approché la panthère, dès une première nuit d'affût.
L'interprète de l'armée, M. Alata. — Mosquée de Sidi-Bou-Médine. — La Koubba. — Agadir. — Marabout des femmes stériles. — Cités troglodytiques. — Ville ancienne de Mansoura. — Le Minaret.
Non loin de Tlemcen, sur un coteau planté de vignes, s'élève une sorte de ville sainte consacrée à Sidi-Bou-Médine, etportant sonnom. Ses rues, étroites et tortueuses, bordées de maisons dont les terrasses s'échelonnent les unes sur les autres, lui donnent l'aspect d'une ville de la Palestine. Elle ne renferme pas un Européen. Au centre, se dresse une mosquée très remarquable attenante à une chapelle (Koubba), où l'on conserve les restes du saint personnage.
Le général Louis ayant très obligeamment mis à ma disposition M. Alata, interprète de l'armée, je pus, grâce au prestige et à l'autorité de cet officier, visiter dans les plus petits détails ces deux édifices, classés à juste titre parmi les plus beaux spécimens d'architecture religieuse, aux époques où l'art arabe brilla de tout son éclat.
Une voûte grandiose dont les divers motifs furent reproduits à l'entrée du pavillon algérien, lors de l'exposition universelle de 1878, sert de porche à lamos-
quée fermée par une porte de cèdre massif, recouverte d'épaisses appliques de cuivre, et rehaussée d'anneaux, de pentures, de gonds et d'un lourd marteau merveilleusement ciselés.
Au dedans, les murailles décorées de superbes carrelages fort anciens encadrent de grandes pages artistement sculptées de caractères koufiques quadrangulaires, écriture antérieure à Mahomet; il n'en existe de semblables qu'à Séville et à Cordoue.
Entre les murailles, huit travées d'arcades, du galbe le plus pur, profilent leurs masses imposantes, en donnant au monument une majesté que rien n'égale.
A l'intérieur, se trouve une cour avec pavage de mosaïques en terre cuite et vasque de marbre pour les ablutions; puis un portique et un cloître supporté par de gracieuses colonnes complètent cet ensemble où tout est traité d'une façon vraiment magistrale.
Plus loin, une galerie, terminée par une jolie porte à arabesques peintes, donne accès à la Koubba précédée d'une cour carrée à arceaux retombant sur des colonnes en onyx; au centre de cette chapelle, sous un dôme éclairé de hautes fenêtres aux vitraux coloriés, reposent, depuis près de sept siècles, les corps de Bou- Medine et de ses deux disciples.
Le catafalque, d'une richesse inouïe, est entouré d'étoffes lamées d'or et d'argent, de tapis d'Orient, de bannières brodées d'inscriptions, d'ex-votos de toute nature, de lampadaires et de flambeaux aux clartés vacillantes, éclairant de lueurs fantastiques cette immense tapisserie dont les pieux gardiens du tombeau forment les personnages muets.
La Koubba deBou-Médine produit un effet saisissant, surtout quand on considère le nombre de drapeaux arabes rangés autour du catafalque.