GUELMA. — DUVIVIER. — BÔNE
fréquentent annuellement les sources en exploitation.
A deux heures de marche d'Hamman-Maskroutin, près du village de Roknia, se trouvent en grand nombre des sépultures mégalithiques dans lesquelles on a recueilli, dit-on, des bijoux de bronze, d'argent doré, mêlés à des détritus de toutes sortes et à des crânes rappelant les races Kabyle ou Berbère. Les dolmens, trés-rapprochés les uns des autres paraissent plus grossiers que ceux de Bou-Merzoud et surtout de Bou- Nouara, autre nécropole située sur la ligne de Bône- Guelma, à 32 kilomètres de Constantine. A quelque distance de Roknia, près du sentier allant à Hamman- Maskroutin, un de ces dolmens isolé renferme un puits encore encombré de terre; plus loin, un menhyr à enceinte formé d'une roche naturelle (le monumentum quodfemcm non tetigit de l'Ecriture ) servirait de pierre commémorative à un marabout renommé dans tout le pays par sa sainteté, mais qui n'y fut pas inhumé,
Aux premières époques de la Gaule, on vit aussi les chrétiens surmonter de croix les édifices celtiques et les préserver de la destruction en les abritant sous l'emblème du culte nouveau....
Plus loin, Guelma, jolie ville neuve, est construite à côté de l'ancienne Kalama, aujourd'hui sa citadelle. Nous y visitons le musée établi dans un jardin, à la manière algérienne, et un vieux théâtre bien conservé mais peu abordable; puis le chemin, suivant le cours de la Seybouse, atteint Duvivier, embranchement de la ligne de Soukhâras, laisse sur la gauche l'ancien lac Fezzara actuellement desséché, et arrive à Bône, ville de près de 25,000 habitants.
Elle a beaucoup perdu de son ancienne physionomie, et ses larges rues alignées, plantées d'arbres et ornées
de places avec squares et fontaines, lui donnent un cachet européen que ne tempère plus, comme à Alger ou à Constantine, le voisinage de vieux quartiers arabes.
Nous profitons de notre séjour pour visiter les mines de fer d'Aïn-Mochra situées à 3i kilomètres, mais reliées à la ville par un chemin de fer sur lequel le directeur nous offre gracieusement le libre parcours.
Os mines présentent une très grande animation; elles sont exploiléessurune surface considérable, tantôt à ciel ouvert, tantôt en galeries souterraines, et livrent chaque jour 1,000 tonnes de fer oxydulé magnétique rendu dans le port de Bône et exporté jusqu'en Amérique pour y être converti en acier obtenu par le système Bessmer.
Ce minerai, le plus riche de tous ceux connus, renferme de 62 à 90 0/0 de fer à l'état de métal, teneur exceptionnelle qui permet une exploitation abandonnée sur bien des points, comme Mouzaïa ou Aïn-Barbar faute de combustible, la houille ayant fait jusqu'ici défaut au sol de l'Algérie, si riche en minerais divers.
Tout en visitant ces immenses chantiers, nous remarquons l'anxiété des nombreux ouvriers européens occupés aux travaux de la mine. Ils commentent entre eux la gravité des dernières nouvelles du Sud, et se demandent avec inquiétude si rinsunvciion. se propageant de l'Est à l'Ouest, ne va pas envahir les paisibles territoires du Tell.
Qu'il prenne fantaisie, disent-ils, à quelque marabout illuminé, tel quoBou-Amema, et l'on pourrait ajouter aujourd'hui au Mahdi, enhardi par son triomphe sur les Anglais, de marcher contre l'Algérie, puis de se ruer sur nos ricjies vallées; les colons, fuyant à son appro-