CHAPITRE V
MOSCOU — LE KREMLIN
Trois jours après nous faisions nos adieux à Saint-Pétersbourg et nous partions pour Moscou 1 ; deux arrêts aux buffets où les naïfs boivent du Château-Margaux, retour de Berlin, et où nous achetons, nous, des babouches brodées et des passementeries de Torjok, puis quelques heures sur le bon lit du sleeping, plus large que certains lits d'hôtel et surtout que la couchette de Finlande, et nous voici à Moscou, sous le soleil brûlant de l'Orient.
1. La superficie de Moscou, comme celle de Saint- Pétersbourg, est à peu près équivalente à la surface da Paris. La ville est partagée en deux par la Moskova ; elle est coupée de nombreux terrains vagues où l'on voit des vaches attachées aux piquets; au delà des boulevards extérieurs, les constructions sont généralement en bois. La population est de 950,000 habitants.
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C'est bien, en effet, l'impression d'un art tout à fait oriental qui vous saisit à votre entrée dans la ville sainte. Voici sur tous les points de l'horizon les tours aux formes bulbeuses qui nous montrent, en de chaudes couleurs, leurs contours précis. La rue tourbillonne dans le papillotement des costumes bigarrés.
Après nous être installés à Slavianskii- Bazar, nous nous rendons au Kremlin (Krcml , enceinte), cette forteresse qui, avec ses temples et ses palais, représente le cœur de la ville, comme, à Rome, Saint- Pierre et le Vatican, comme le Temple à Jérusalem, l'Acropole à Athènes, le Forum au tenrps de la République latine, la Cité et ensuite le Louvre pour Paris, la Tour à Londres, l'Alhambra à Grenade.
En voyant tous ces monuments d'aspect différent, les flèches qui s'élancent des bas-
tions du mur d'enceinte de Jean III, les campaniles variés, les couvents à tourelles et à clochetons ou les coupoles d'or flanquées de tours arrondies que surmontent des croix grecques hauban nées où scintille le croissant renversé, les toits, tantôt bleus étoiles d'argent ou constellés d'or, tantôt roses ou rouges, tantôt à facettes multicolores, on repasse en raccourci toute l'histoire militaire et religieuse de ce peuple, ses luttes intérieures, son éternel combat contre les Tatares et les Mongols. L'architecture ne rappelle pas plus le style des basiliques qu'elle ne ressemble à nos églises gothiques; c'est une œuvre qui reflète le goût des Byzantins et des Arméniens avec un je ne sais quoi de plus asiatique.
C'est du Kremlin que Napoléon I er comptait dicter en maître des ordres au monde entier, mais l'incendie et la catastrophe qui devait clore l'épopée impériale ont perdu notre armée, qui s'en est allée en lambeaux, frappée par le froid et par la misère; les
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canons qui avaient gagné tant de batailles sont aujourd'hui dans la cour du Kremlin disposés en trophée 1 . C'est d'ici qu'Alexandre I er est parti en guerre contre nous dans cette lutte fatale où, malgré la plus belle résistance, en dépit de la tactique la plus savante, au dire des connaisseurs, la France, battue, dut se résigner à reculer, de ville en ville, laissant enfin le Tsar s'installer à la place Vendôme au palais du gouverneur de Paris.
Que de changements depuis ! Sous quelle forme plus cruelle encore la France a-t-elle
1. Il y a 365 canons pris aux Français, 189 aux Autrichiens, 123 aux Prussiens, 70 aux Italiens, 40 aux Napolitains; d'autres aux Bavarois, Saxons, Polonais et Espagnols. Tout près de ces trophées se trouvent des canons russes de fort calibre et ornés de belles ciselures, un mortier fondu par ordre du faux Dmitri, et un superbe canon qui date du tsar Alexis; mais le plus remarquable, celui qu'on 'appelle « le roi des canons » (Tsar-pouchka), qui pèse à lui seul 12,000 pouds (le poud est de 16 kg ,38), a été fondu, comme l'indique l'effigie qu'il porte, en 1586, sous le règne du tsar Féodor Ivanovitch.
revu l'invasion? La guerre chevaleresque de Sébastopol avait été la contre-partie de la défaite du commencement de ce siècle.
Celle de 1870 nous laisse une blessure que rien ne peut guérir. . .
Nous entrons au Kremlin par la porte Sainte {Spasskii ou du Sauveur) où , par ordre du tsar Alexis Mikhailovitch, chacun doit passer la tête découverte devant l'image du Sauveur (de Smolensk), en souvenir de la levée, en 1526, du siège de Moscou, bloqué par les Tatares du khan Makhmet-Chirei. Nous nous dirigeons aussitôt vers la cathédrale de l'Assomption (Ouspcnskii Sobor) , où a lieu le couronnement des tsars. Les colonnes de ce temple sont revêtues de figures bizantines émergeant vigoureusement sur un fond d'or qui semble de métal massif et les murailles disparaissent sous la décoration somptueuse peinte par Féodor
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Edikov en 1515 où sont représentés les sept conciles de l'Église grecque, la vie et la mort de la Vierge et le jugement dernier.
L'Iconostase ruisselle d'or et de pierreries, de nombreuses icônes semblent pavées de diamants aux scintillations de prisme, et les chambranles des trois portes du chœur sont revêtus d'élégants dessins et de gracieuses arabesques. Devant ces portes fermées, les fidèles debout ou agenouillés se signent par trois fois ou baisent les dalles. Un diacre vêtu d'une dalmatique d'argent, j'allais dire d'une armure, aux cassures étincelantes, chante des hymnes d'une voix de tonnerre qui résonne et roule sous les voûtes; les fidèles répondent. Enfin, l'office divin est terminé, la porte du sanctuaire (porte royale) s'ouvre et le prêtre, recouvert d'une toque violette et vêtu d'une chappe d'argent aux reflets soyeux, apparaît comme dans une évocation; l'encens fume autour de l'autel, et le soleil, qui filtre à travers l'une des rares fenêtres, jette des écla-
boussures de lumière et des reflets de pourpre sur les ors et les peintures. Prêtre et diacre pénètrent alors dans l'église et viennent lire les livres saints. Puis, la cérémonie terminée, commence le baisement des reliques par une foule empressée, où se trouvent confondues toutes les classes de la société; près des Russes de haut rang voici une pauvresse portant sur le dos un vieux sac militaire couvert de peau, une couverture boudinée en sautoir, un étui formé de deux cartons mal cousus où sont glissés ses papiers; elle est chaussée de larges bottes, à ses pieds sont déposés deux bâtons de voyage: des caravanes de moujiks et de mendiants, et, au milieu de tous ces malheureux aux belles et douces figures, quelques personnages aristocratiques qui viennent aussi boire l'eau bénite, à la coupe commune. Les murs extérieurs de cette église aux coupoles d'or sont teintés de blanc que l'on ne cesse de rechampir chaque année depuis sa fondation.
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Elle fut construite sous Ivan III, par l'architecte mécanicien de Bologne, Rodolphy Fioraventi appelé aussi Alberty Aristoteles ; des peintures avaient d'abord été exécutées, en 1514, sur l'ordre du prince Vasili Ivanovitch ; celles que nous voyons aujourd'hui datent de 1644, on y consacra 210,000 feuilles d'or. L'église renferme les tombeaux de sept métropolitains et de neuf patriarches. On y remarque le trône de Vladimir Monomaque, sur lequel s'asseyent les tsars pendant la cérémonie du couronnement, et dans la sacristie, l'évangile de la tsarine Nathalie Kirilovna, imprimé en 1689 (il est estimé 200,000 roubles), un tabernacle en vermeil offert -par Potemkin, l'évangile ancien en langue bulgare, et l'évangile manuscrit du métropolite Jonas.
Dans cette cour du Kremlin, qu'on nomme encore cour des Cathédrales, se dresse la Cathédrale de l'Annonciation (Blagovietchenskii Sobor), fondée par le grand prince Vasili ; les peintures murales qui ornent
cette église furent restaurées sous Pierre le Grand. On y voit aussi Véglise des 12 Apôtres et la Sacristie des patriarches (Patriarskhaïa riznitsa), bâtie en 1656, par le patriarche Nikon ; nous y admirons des croix enrichies de pierreries, des crosses, des mitres, des ornements sacerdotaux de grand prix, des montres précieuses ayant appartenu aux patriarches Philarète et Nikon, des manuscrits grecs et slavons, un évangile du vm' siècle, un Nouveau Testament et les Psaumes de David ornés de 20 images du vn e siècle, le missel de saint Serge, le monocanon , et des lettres autographes' de Féodor Alexievitch et de Pierre I".
La cathédrale de Y archange Michel (Ar-
^a)Nj/ieIs/,i/Soôor),iiuicontienthstomheaus.
des anciens tsars depuis 1333 jusqu'à 1696, renferme l'évangile deMstislaf (xn* siècle),' le psautier manuscrit de Boris Godounov, une croix en argent ornée d'une perle magnifique et de pierres précieuses, donnée en 1560 par Ivan le Terrible, une croix en
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or décorée de pierreries, présent du Tsar Alexievitch.
Un corps de garde placé dans cette cour nous a rappelé la loge située à Florence en face du palais des Uffizi (Loggia dei Lanzi).
Sur le clocher d'Ivan Veliki, on a rétabli la croix d'or que Napoléon avait fait enlever ; elle avait été confiée au général Claparède qui dut l'abandonner au cours de la sinistre retraite de Moscou.
Au pied de cette tour, on voit, gisant à terre, la reine des Cloches (Tsar Kolokol) qui est haute de 21 pieds et pèse plus de 12,000 pouds ; elle fut placée d'abord dans une construction en bois où, pendant un incendie, elle s'écroula et se brisa; elle fut refondue en 1734, sous le règne de l'impératrice Anne, mais, dans un nouvel incendie en 1737, elle s'effondra et s'enfonça si profondément dans le sol à travers le pavé, qu'elle resta sur place jusqu'au règne de Nicolas I er ; c'est à cette époque que l'architecte Montferrand, qui, comme nous l'a-
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vons vu, construisait à ce moment l'église Isaac et des palais à Pétersbourg, nnit°par l'exhumer. On reconnut alors qu'un large morceau s'en était détaché.
Le nouveau palais impérial est de style mauresque; il est surmonté d'une coupole dorée entourée d'une balustrade. Le vestibule dont les murs sont revêtus de stuc jaune, est orné de 12 pilastres. La voûte est supportée par quatre colonnes en marbre gris de Finlande avec balustrade en marbre de Kolomna. La salle de Saint -Georges, ornée de colonnes torses surmontées de victoires, est tapissée de plaques de marbre sur lesquelles sont inscrits les noms des généraux de l'armée russe et des chevaliers de Saint-Georges. La devise « pour le service et la bravoure » est inscrite au plafond. Les meubles sont revêtus de tentures aux couleurs du ruban de Saint-Georges.
Les salles de Saint -Vladimir, la salle du Trône ou de Saint-André (ordre fondé en 1697 par Pierre le Grand), de Sainte-Ca-
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therine (ordre fondé en 1714 et qui n'est composé que de dames), sont décorées aussi des couleurs de chacun des cordons des dignitaires. Les salles d'Alexandre Nevskii (ordre fondé par Catherine en 1725), des Chevaliers-gardes, et la salle de réception sont d'une ornementation plus distinguée que celles des palais de Saint-Pétersbourg.
De belles tapisseries des Gobelins (Aventures de Don Quichotte), et des tables, cadres de miroir, lustres et écrans, le tout en argent, décorent le salon de la Tsarevna ou chambre d'argent, dont le cabinet est décoré d'un plafond peint d'après les cartons de Thorwaldsen. Dans la galerie de peinture, on remarque divers tableaux historiques de Bacciarelli, peintre de Stanislas Auguste, dernier roi de Pologne, représentant Jean Sobieski ; le traité de l'Hetman polonais avec les Turcs en présence du fils de Ladislas; l'union définitive de la Lithuanie; Casimir Jagellon et la fondation de l'académie de Cracovie, en 1442, par La-
dislas Jagellon. Nous préférons ne rien dire des autres tableaux qui ne sont que des copies, c'est-à-dire de belles infidèles.
Dans la cour du Palais se trouve la plus ancienne église de Moscou qui aurait été construite en 1330, sur l'emplacement d'un ancien temple en bois; l'édifice de pierre fut démoli en 1527 puis reconstruit. C'est là que reposent Hélène, épouse du prince Ivan Kalita, Marie, femme de Siméon le Superbe, et Ivan, fils de Dmitri Donskoï.
Les appartements des anciens Romanov ont conservé un style tout particulier et représentent, à n'en point douter, les salles les plus intéressantes du palais au point de vue historique. C'est dans l'une d'elles que l'on voit le lit où couchait Napoléon, le soir de l'incendie du Kremlin. Signalons comme des objets d'art de haute valeur, la grille de la chapelle, les coffrets des Romanov et l'évangile du xiv e siècle. On nous montre aussi le balcon rouge où l'Empereur apparaît à la foule après le couronnement.
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Le Kremlin renferme encore le monastère de l'Ascension (Voznessenskii), et celui des Miracles (Tclioiidov-Monastyr) , qui servit en 1812 de quartier général à l'état-major de Napoléon. C'est en ce couvent que le moine Grégoire Otrépiev, connu dans l'histoire sous le nom de faux Drnitri, passa sa jeunesse; il avait tenté de se faire passer pour le fils de Jean IV; son successeur, le tsar Vassili Chouïskii, fut déposé en ce même couvent et contraint de prendre l'habit monastique. Le patriarche Hermogène, qui avait conseillé aux Russes de chasser les Polonais, tomba entre les mains de ces derniers qui le laissèrent mourir de faim dans ce même monastère des Miracles. Le palais Nicolas (Malii-Nikolaevskii-Duoretz) et le.Palais de Justice sont aussi renfermés dans cette citadelle.
Le Trésor du Kremlin mériterait à lui seul tout un chapitre, mais nous sortirions du cadre que nous nous sommes imposé, pour le tracé rapide de ces notes de voyage.
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On y voit des trônes en ivoire sculpté comme celui que l'empereur Thomas Paléologue avait envoyé à Ivan Vasiliévitch III, d'autres sont revêtus de joailleries ou encore filigranes d'or, ou agrémentés de ciselures, comme ceux de Boris Godounov ou de Michel Féodorovitch et aussi le trône d'argent à colonnes torses des jeunes tsars Ivan et Pierre Alexiévitch dans le dossier duquel se trouve dissimulée derrière une draperie le trou du souffleur qui n'était autre que la sœur aînée, la tsarevna Sophie Alexievna, laquelle devait être plus tard cloîtrée par le jeune tsar dont elle fut d'abord le truchement et qui devait devenir Pierre le Grand; le jeune Pierre n'était en effet âgé que de 12 ans quand il monta sur le trône. On y voit encore les bonnets des tsars (les souverains de la Russie n'ont porté de couronnes qu'après Pierre le Grand), les couronnes, les diadèmes, les manteaux et les robes de couronnement, des sceptres, des croix, des colliers, des chaînes, des bagues et toute
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une collection de vases, d'aiguières, de hanaps, de vidrecomes, de timbales, de fiasques, d'amphores, de vaisselle d'or et d'argent, des tapisseries, des émaux, et enfin des étendards et des armures de tous styles.
De la tour d'Ivan Veliki on embrasse le panorama de Moscou avec ses sept collines et ses -trois cents églises disséminées sur une immense étendue, les clochers et les coupoles d'or, les toits de toutes couleurs, et au premier plan des bouquets de verdure au jardin Alexandre plantés dans les anciens fossés (Âkxandrovskii sud) qui bordent la Moskova, dont la bande argentée dessine les circuits les plus imprévus.
Sous les remparts du Kremlin commence le quartier du Kitaï-Gorod (ou ville chinoise '),
1. Outre le Kremlin et la ville chinoise entourée d une blanche enceinte crénelée, les autres quartiers de Moscou se nomment: la ville blanche, qui jadis ne sub.ssa.t po,nt d'impôt; la m ÏU de terre> ^ désignée en raison du rempart de terre qui la défen-
Z ??, i Za "l 08kV0reM ' ie ' 0Ù 8e auvent installées au sud de la Moakowa les principales industries.
ville du refuge, et tout d'abord la place Rotiffe'. C'est là que se trouve le monument de bronze élevé en 1808, sous le règne d'Alexandre 1", au marchand boucher Minin et au prince Pojarski, qui, au xvn" siècle, affranchirent Moscou du joug des Polonais; Minin, debout, montre le Kremlin, le prince Pojarski est assis, et saisit de la main droite l'épée que lui présente le bourgeois.
C'est en cet endroit que Rostopschine, le gouverneur de Moscou, avait réuni toute la population après notre victoire de Borodino, pour assister à la prière qu'adressait au ciel l'archevêque Platon, les yeux baignés de larmes; c'est là que Rostopschine permit à la foule de s'emparer des armes de l'arsenal. Mais la confiance qu'il avait inspirée et qui l'animait sans doute, puisqu'il avait fait placarder qu'il répondait, « sur sa vie, que l'ennemi n'entrerait pas à Moscou », ne devait pas être de longue durée;
1. En russe le mot Krassn/'i, qui signifie rouge, sert aussi à désigner l'idée de beau.
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en effet, quelques jours après, il quittait la ville avec l'armée russe et emmenait avec lui les pompes en disant ces simples mots :
« J'ai de bonnes raisons pour cela. »
La cathédrale de Vassili-Blajennoi au pied de laquelle avait eu lieu cet appel aux armes, est le monument le plus étrange de Moscou. Elle fut bâtie en 1555 en mémoire de la prise de Kazan par Ivau le Terrible, cet homme d'État farouche, qui occupe une si grande place dans l'histoire de la Russie. N'est-ce point lui qui, de sa canne au dard aigu, clouait sur place, en le piquant au pied, certain ambassadeur ?
La tour octogonale se dégage des voûtes et des dix coupoles de grandeurs irrégulières qui la flanquent. Elle reçoit des arcs encorbellés, sur lesquels reposent un deuxième étage en octogone, couronné par une pyramide, et un lanternon qui se ter-
mine par un toit bulbeux dont l'or brille sur les imbrications aux tons variés. Plusieurs tours sont formées en facettes et semblent des ananas gigantesques, d'autres se renflent, s'amincissent, se tordent et sont contournées de façon bizarre. L'intérieur de cette église, dédiée à la Vierge de Vassili, est formé de neuf chapelles tout à fait séparées, dont la décoration laisse beaucoup à désirer. C'est ainsi qu'on voit dans l'une d'elles des ornements qui semblent des jambons accolés par groupe de trois.
Sur cette même place où existait jadis un Gostinnii Dvor (bazar), que l'on reconstruit en ce moment, s'étalent de nombreuses baraques où les marchands débitent les produits les plus divers.- Plus loin, la chapelle de la Vierge d'Ibérie {Tchasovnia herskoi Bojïei Materi) , où repose une des images les plus vénérées de la Russie. Le Lobnoe Miesto où Ivan le Terrible promit au peuple justice et protection contre les bandes qui
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désolaient Moscou. C'est à cette tribune qu'étaient proclamés les ukazes; c'est la aussi qu'étaient exposées au bout des piques les têtes des ennemis ou des suppliciés, enlin c'est en cet endroit qu'eurent lieu les prières publiques en 1812 et en 1830, lors du choléra.
Le musée historique, construit par Séméûov, est conçu dans le style russe du xvr* siècle et a été exécuté de 1875 à 1883 sur les dessins de Shenvood. On y voit réunies des collections de l'âge de pierre, de l'âge de bronze, de l'âge de fer, des monuments des x e et xi" siècles (988-1054); dans la salle dite de Kiev, les monuments chrétiens, et les souvenirs des colonies grecques des rives de la mer Noire, tout le passé de la Chersonèse et du Caucase. Le monastère Zaikonospaskii, la cathédrale de Notre-Dame de Kazan dans la rue Nikolskaïa, le monastère grec de Saint - Nicolas et celui de VÉpiphanie (Bogoiavlenskii), le comptoir et l'imprimerie du Saint-Synode, et dans la
rue Ilyinka la Bourse, qui mériterait une description que nous devons ajourner poulies motifs énoncés plus haut.
Dans la rue Yarvarka, le palais des boyards Romanov, situé sur la pente d'une colline qui servit de demeure à Nikita Eomanovitch, puis à Féodor Nikitich, son fils, plus tard patriarche sous le nom de Philarète et père de Michel Féodorovitch, premier tsar de la dynastie régnante. Les' cinq chambres de ce palais, surtout la Krestovaïa Palata, sont des plus intéressantes.