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charmante du pays (une Savelia), il n'avait eu à endurer à la cour pontificale que dégoûts et humiliations, et chacune de ses deux ambassades s'était terminée par une brouille. En cheminant vers la France il rencontra entre Florence et Pise l'ordinaire de Lyon, et s'amusa à confisquer les lettres du pape et du cardinal •de Sens. La mauvaise fortune semblait d'ailleurs s'attacher à ses pas. Son bateau fut pris par le fameux corsaire Barboset. L'évêque du Mans se constitua prisonnier. Pisany obtint qu'on le laissât dans sa barque sous la garde des gens du corsaire. Dans la nuit, lui et les siens les surprirent; un combat sanglant s'engagea , le diplomate militaire se conduisit bravement, tua une partie des corsaires, et parvint à gagner sain et sauf un petit port voisin de Narbonne. A cette nouvelle, Sixte-Quint, oubliant tous ses griefs, loua fort « la belle résolution » de l'ancien ambassadeur*
Cependant, quelques heures après son départ, le 24 mai au matin, au milieu d'attroupements de curieux, le monitoire fut affiché dans Rome aux lieux habituels. Le public donna à cet acte l'importance d'un événement. C'en était un en effet, en ce sens qu'il constatait la rupture entre les Valois et le Saint-Siège ; mais s'il la constatait, il n'en était pas la cause. On n'a qu'à comparer pour s'en convaincre les dates des faits qui se passèrent en France avec la marche de la mission de l'évêque du Mans. Les pourparlers de ce prélat, arrivé à Rome le 25 février, se prolongent jusqu'à la moitié du mois suivant. Pendant ce temps Henri III poursuit une double négociation, avec la Ligue qui repousse ses "avances, avec le roi deNavarrtt
qui les accueille. Les nouvelles données à Henri 111 par ses agents à Rome sont défavorables. On lui fait néanmoins espérer que, s'il se résigne à demander l'absolution, tout en tenant un langage altier, le pape se laissera intimider, et le différend né de la mort des Guises sera arrangé à son entière satisfaction. Le roi, suivant ces conseils, sollicite l'absolution et refuse de mettre en liberté le cardinal de Bourbon et l'archevêque de Lyon. La quatrième audience, dans laquelle l'évêque du Mans commmunique au pape cette résolution, a lieu à la fin d'avril. Cependant, dès le 3 du même mois, ia trêve a été signée entre les rois de France et de Navarre, et le 21 ce traité a reçu un Commencement d'exécution moyennant la remise de Sau* mur entre les mains du dernier. L'union de Henri 111 avec le chef dos huguenots est désoimais un fait accompli, et c'est à la réception de cette nouvelle que, dans le consistoire du 5 mai, le pape, de concert avec le sacré collège, se décide à rédiger le monitoire. Il hésite encore pendant une semaine avant de le lancer. C'est le 12 seulement que cette pièce est expédiée au légat, qui ne Ta jamais reçue, le courrier qui en était porteur ayant été arrêté en route. Le 24, elle fut publiée à Paris et à Rome. Depuis le 50 avril, l'entrevue des deux rois à Tours avait scellé leur alliance. C'est donc par erreur qu'on a souvent attribué celte alliance à la précipitation de Sixte-Quint.
L'union entre ces princes était dans la nature des choses; elle était le résultat nécessaire, inévitable de l'attitude prise par le duc de Mayenne à la suite du coup d'État sanglant de Bois. Henri Hl avait frappé la
Ligue à la tête ; il ne Tavait pas frappée au cœur. Loin de la tuer, il en avait au contraire ranimé les forces vitaleSc Dès lors il ne lui restait plus qu'à s'unir avec . Henri de Navarre. Pour Rome, toute la question était là. Le meurtre d'un membre du sacré collège, l'emprisonnement d'un autre, étaient les griefs que l'on avouait pour la forme, mais la défection de Henri était le véritable motif du différend. Car, à Rome, on traitait de défection son alliance avec le roi de Navarre. De cette alliance ne sortait pas nécessairement le triomphe et, pour l'avenir, la succession au trône de France d'un prince protestant ; pourtant elle menait très probablement à ce résultat. Aux yeux de Sixte- Quint, l'événement grave n'était donc pas la catastrophe de Blois, c'étaient ses conséquences, la fusion des intérêts des deux rois. Seulement, il nelui appartenait pas, il eût même été de la dernière imprudence, de se prononcer du haut delà chaire de Saint-Pierre sur les intérêts temporels d'un pays étranger. L'esprit public du temps n'admettait plus ce genre d'immixtion de la papauté dans les affaires intérieures des autres Etats. Pour cette raison, ou, comme il disait à l'ambassadeur de Venise, « par modestie, » le pontife n'avait parlé de l'union des deux rois ni dans ses pourparlers avec révêque du Mans, ni dans le monitoire. Comme il arrive souvent dans les transactions diplomatiques, il l'avait traitée sans la nommer, indirectement et en se renfermant dans la question qui, selon les idées de l'époque, était incontestablement de son domaine, dans celle qui avait été suscitée par le meurtre et l'emprisonnement de membres du sacré collège. A ses
yeux, le monitoire ne devait pas de toute nécessité amener une rupture. Comme prêtre, comme pontife, il espérait encore que Henri lit se repentirait ; comme homme politique, il le désirait plus qu'il ne Tcspérait. Le monde en jugeait autrement. Le roi dEspagne, Olivarcs, le duc de Mayenne, la Ligue, considéraient la défaite et la ruine de Henri comme un fait accompli. Les amis de Henri déclaraient qu'il lui était impossible de se soumettre au monitoire. Parmi ceux qui ^blâmaient Sixte-Quint, le duc de Nevers, rallié au roi depuis son retour de Rome, se fit remarquer par la vivacité de ses plaintes. Il les consigna dans une lettre à son agent à Rome, Camille délia Volta, noble bolonais, l'un des membres officieux les plus remuants du corps diplomatique, pour son malheur sujet du Saint-Siège, et ne jouissant pas, par conséquent, des immunités des ambassadeurs. Yolta fut chargé de communiquer au pape, avec les ménagements nécessaires, non les accusations, mais les doléances du duc, de le mettre en garde contre les rapports faux ou exagérés que Sa Sainteté recevait de France, de lui faire connaître l'état prospère des affaires du roi, la détresse de la Ligue, enfin de lui parler des renforts que Henri 111 attendait de Suisse et d'Allemagne. Volta, personnellement mal disposé, se fit une ietede donner à cette lettre une grande publicité. Le Saint- Père ne dissimula pas son dépit. « Ce duc, dit-il à Badoer, est venu naguère nous dire des horreurs du roi, il nous a conjuré d'entrer dans la Ligue, affirmant que le roi" Philippe, l'archiduc Ferdinand, le duc de Parme et] d'autres princes en feraient autant^ et o^e a. V5i
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c'était le seul moyen de sauver le royaume ; mais nous n'avons pas voulu Técouter. Aujourd'hui ce même duc de Ne vers veut faire le médiateur, et excuser l'union du roi avec les hérétiques ; mais nous vous dirons que, si le roi ne se repent pas, il aura le sort de Saûl ; il finira mal. )>
Deux jours après qu'il eut prononcé ce mot prophétique, Henri III fut frappé par le poignard de Jacques Clément. Bientôt après, des bruits vagues d'un attentat commis sur sa personne se répandirent dans Rome ; mais, par suite de l'interruption des communications dans le midi de la France, ce fut seulement le 20 août au soir que le pape reçut, par un courrier du grandduc de Toscane, la nouvelle officielle de l'assassinat. A Lyon même, on n'en acquit la certitude que le 16 août, par un billet daté de Paris le 2, que le duc de Mayenne avait écrit au duc de Nemours, et que Nemours communiqua à son frère le marquis de Saint- Sorlin. « Notre Seigneur Dieu, y est-il dit, nous a regardé d'un œil miséricordieux au temps de notre plus grande détresse. C'est un miracle. Le porteur de la présente vous donnera les détails. N'en doutez pas> notre plus grand ennemi est mort. »
La mort du dernier des Valois avait fait entrer les affaires de France dans une nouvelle phase. La proclamation de Henri IV, Tacte qui ralliait autour de lui les chefs de la noblesse catholique, sans qu'il eût consenti à embrasser leur religion, produisirent au Vatican la plus douloureuse impression. Dorénavant, se disait-on à Rome, il n'y a plus que deux camps : d'un côté la Ligue, de l'autre le chef des huguenots, salué, il est vrai, par beaucoup de catholiques; sans parler de sa capacité personnelle, sa principale force réside dans l'armée qu'il commande, et le noyau de cette armée est protestant. Si Henri est victorieux, comme cela est presque sûr dans le cas où la Ligue serait réduite à ses propres forces, l'hérésie triomphera avec lui, car il est évident que parmi ses partisans l'élément huguenot prédomine. Il est clair aussi que ceux qui l'auront placé sur le trône de France ne permettront pas qtie leurs efforts tournent au profit de la religion catholique ; ils ne déserteront pas la cause pour laquelle ils auront combattu et vaincu. Ce raisonnement, parfaitement logique, était d'ailleurs fondé sur la situation du moment, telle qu'elle se dessinait immédiatement après
la mort deHenri m, t«lle, du moins, qu'onla connaissait, tcllequ'onlajugcaitàRome iila fin du mois d'août. Mais si les seigneurs, les prélats et les villes continuent à se rallier et que ce mouvement s'accentue, Henri ne sera l)lus seulement le représentant de l'élément huguenot. Le jour pourrait même venir où les rôles seraient changés, où les troupes protestantes ne formeraient plus la majorité, et, dans ce cas, le triomphe de Navarre ne serait pas nécessairement celui de l'hérésie. Pour comprendre la conduite de Sixte-Quint, il est indispensahle de tenir compte de ces deux éventualités, dont la seconde ne se présentait pas encore à son esprit à l'époque dont nous parlons, c'est-à-dire à partir de septembre jusque vers la fin de l'année. Alors, à ses yeux, la foi courait en France les plus grands périls. La sauver, la sauver à tout prix, même, quoi qu'il lui en pût coûter, en rendant Philippe II l'arbitre de ce royaume, lui paraissait, en ce moment, un devoir sacré, impérieux, supérieur à toute autre considération. Si Henri UI, après avoir rompu avec la Ligue, avait été contraint par la force des choses à s'unir à Henri de Navarre, Sixte-Quint, envoyant une partie de la noblesse catholique se rallier autour d'un prince hérétique, devait, de son côté, chercher le salut de l'Église de France dans l'union avec la Ligue, et si, comme il le pressentait, la Ligue était trop faible à elle seule, dans le concours du roi d'Espagne.
Philippe II n'avait su la mort de Henri qu'à la fin d'août. Sa joie fut grande, mais non pas sans mélange. Le régicide lui faisait horreur, et la cour d'Espagne pleurait l'assassinat deilenrilll, tout en se félicitant
de sa mort. Tous les gouverneurs des provinces espagnoles limitrophes de la France reçurent l'ordre de faire des levées, le duc de Parme de concentrer les troupes de Flandre.
En réunissant, le 1" septembre, la congrégation de la signature, Sixte-Quint s'exprima avec réserve sur la conduite qu'il comptait suivre. Il ne se mêlera pas, disait-il, des affaires d'autrui. Le 9, au consistoire, il parla de la mort du roi. C'était une oraison funèbre peu flatteuse qui commençait par ces mots : A Domino factum est istud. Il énuméra ensuite les bienfaits dont il avait comblé cet infortuné prince, puni ainsi comme par miracle, pour ses nombreux péchés. Comme il était mort dans l'impénitence, il regrettait de ne pouvoir lui faire des obsèques. En ce qui concernait la Ligue, elle ne lui avait pas demandé de secours; il agirait doiTc selon les circonstances et attendrait, pour donner des subsides, que les coalisés eussent fait des progrès notables.
M. de Dieu, envoyé par le duc de Mayenne, fut reçu dès son arrivée, mais il ne lui fut pas permis de prendre le caractère d'ambassadeur. Il ne put faire une entrée solennelle, et n'eut pas de place aux chapelles. Malgré ces réticences officielles, Sixte-Quint se décida à prendre la voie que nous venons d'indiquer, à resserrer les liens qui l'unissaient aux chefs des coaKsés, et en même temps à Philippe II.
Au fur et à mesure que Henri III, dans les derniers mois de son existence, baissait dans l'opinion catholique, la question de la succession au trône devenait la queslion du jour. Quelles étaient les intentions du
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i..i »rtîi(mguc/ Coat ce qu'on ignorait. On savait seu- Itiiiiual que Ma^cuuc avait des yelléités ambitieuses, mais impuisdautcîi. Le grand-duc de Toscane s'était luiipressé de l'aire à Rome des démarches secrètes en laveur de son beau-père, le duc de Lorraine. Sixte- Uuiut, sans se prononcer sur ce point, approuva la proclajuation du cardinal de Bourbon, qui avait été publiée à Paris et dans le camp ligueur. Il trouvait qu'elle donnait le temps nécessaire pour s'entendre avec le duc de Mayenne, avec le grand-duc, avec Venise, surtout avec Philippe, qui, selon lui, était aussi ou diKiit de donner son avis. c< Vous autres, dit-il un jour à Nicolini, l'ambassadeur du grand-duc Ferdinand, vous ne pensez qu'aux affaires d'Italie ; nous y pansons aussi, mais, comme pape, nous devons penser plus encore à la religion. Nous devons exterminer l'hérésie, c'est-à-dire Navarre, et pour le faire nous avons besoin des épaules de TEspagne. » Il se prononce dans le même sens avec l'ambassadeur de Venise, avec toutes les personnes qui l'approchent. En ce moment, c'est sa pensée intime et son unique préoccupation. « Sans doute, dit-il, la France est un bon et noble royaume qui a infinité de bénéfices et nous est particulièrement cher; aussi tâchons-nous de la sauver, mais la religion nous tient encore plus à cœur que la France. » Voilà pourquoi, rappelant Morosini, il fait rhoix d'un nouveau légat dans la personne du cardinal Gaëtani « comme particulièrement agréable au roi d'Espagne et en bons termes avec les autres »• Cette politique nouvelle lui est fort antipathique. Il n'en f/ùt pas mystère ; mais elle lui semble la seule possible.
Le cardinal Gactani se mit en route le 2 octobre. La veille, il avait reçu ses instructions, élaborées par la congrégation de France. En voici les principales dis* positions* :
1. Ish^zione per VilL e rev. Sig. card. Gaetano Legato in Francia mandato a N. S. (pour Tapprobation) con quella del Sig. cardinale S. S, Quatro (Fachinetti) sabbato, 30 settembre a ore XVI j 4589. Arch. Vatic. Miscellania di Francia. Le P. Theiner, alors préfet des archives du Vatican, a bien voulu me communiquer cette pièce. — Les instructions données par Tempesti , Vita di Siftlch- Quinto, tome II, p. 255, sur la foi d'un manuscrit de la Bibl. Barbcrini, sont apocryphes. D'après cet écrit» le pape loue l'entreprise de Philippe contre Henri de Navarre, dit qu'il a de bonnes raisons de la favoriser, et s'étend sur l'éventualité de la conversion de Navarre. Contrairement à son caractère, à son langage habituel, à ses propos sur sa quasiinfaillibilité en toutes matières, rapportés maintes fois par les ambassadeurs, on fait dire à Sixte-Quint : « Le roi de Navarre pourrait alléguer qu'il a abjuré la foi par peur delà mort, laquelle peur peut aussi saisir un homme courageux, constantem vi7'um, et quoique le pape (lui-même) l'ait condamné comme relaps, on pourrait prouver que cela s'est fait par suite d'une erreur de fait, le pape pouvant commettre des erreurs de fait. » L'instruction se termine par une espèce de traité de morale sur les vertus de prudence et de probité, comme on n'en rencontre jamais dans les correspondances et actes diplomatiques, mais qui trahit le goût et le langage du dix-septième siècle, auquel il faut attribuer ce manuscrit, à en juger par le papier et les caractères, par le style et les locutions. De plus, la tendance do cette pièce, décidément favorable à Henri IV, est diamétralement opposée à la situation du moment que nous avons exposée d'après les correspondances des ambassadeurs. Cela seul suffirait pour prouver que ce document est un des très nombreux manuscrits fabriqués dans la seconde moitié du dix-soptième siècle, et dont nous avons parlé dans l'introduction. Enfin les pièces authentiques qu'on va lire, les véritables instructions tirées des Archives du Vatican, en tous points contraires à celles qui ont été données par Tempesti, mais en parfait accord avec la situation et avec le langage du pape, dissipent jusqu'au dernier doute et établissent le fait important, et je crois jusqu'ici inconnu, que, immédiatement après la mort de Henri III, et en présence du ralliement des catholiques royaux autour du i*oi de Navarre, Sixte-Quint s'est franchement et sincèrement décidé à combattre Henri IV, d'abord avec l'aide de la Ligue et ensuite aussi avec celle
« Premièrement, y est-il dit, Votre Seigneurie illustrissime ne perdra jamais de vue le but de cette légation, qui est la conservation de la sainte foi catholique dans tout ce royaume, l'extirpation de Thérésie et des hérétiques, l'union et concorde de tous les princes, nobles et peuples pour le service de* Dieu, le bien public, la conservation de cette couronne etde ce royaume, afin que, réunis sous un bon et catholique roi, ils puissent vivre tranquilles et en paix dans la religion catholique. Ce sera votre tâche de méditer constamment sur les modes et moyens d'arriver à cette fin... Deuxièmement, vous vous conformerez à tous les avertissements particuliers que Sa Sainteté vous a donnés sur ce que vous aurez à faire, tant pendant le voyage qu'après votre arrivée en France. »
Ces avertissements particuliers sont fournis ensuite fort en détail : Le légat voyagera à grandes journées, verra le grand-duc de Toscane et lui remettra les brefs de Sa Sainteté, lui exposera le but de sa mission cl prendra les avis et conseils de Son Altesse. Il se rendra aussi dans les autres cours d'Italie , mais évidemment ce ne seront là que des visites de cérémonie. Il n'en est pas ainsi de celle qu'il fera au duc de Savoie. Il lui demandera, au nom du pape, de concourir avec toutes ses forces « à cette sainte entreprise » ; il l'engagera aussi à éviter tout ce qui pourrait donner des soupçons aux princes catholiques. A Lyon, l'un des grands centres de la Sainte-Union, il
des adhérents catholiques du roi de Navarre, s'il parvenait, comme i Tespcrait, à les détacher de lui. On verra comment, trois mois plus tard, le revirement favorable à ce prince s*opéra dans son esprit.
donnera, à la cathédrale et avec solennité, la bénédiction apostolique, et transmettra au lieutenant et frère du duc de Nemours, le marquis de Saint-Sorlin, la bénédiction particulière du Saint-Père. Il convoquera les conseils et échevins de cette ville, et les encouragera, au nom de Sa Sainteté, à persévérer dans cette sainte union des catholiques.
Il aura ensuite, selon l'état du pays, à choisir entre la route du Bourbonnais ou celle de la Bourgogne. JDans le premier cas, il passera par MouUns, Nevers, la Charité, Montargis, Orléans et Étampes. S'il préfère la route de Bourgogne, il se dirigera vers Mâcon et continuera par Châlon, Dijon etTroyes. Pendant son séjour à Lyon, il s'informera des dispositions de la ville et du Parlement de Grenoble, et dans le cas où ils seraient en bons rapports avec la Ligué et les catholiques, il leur enverra par un prélat de sa suite les brefs de créance du pape. Il chargera un autre de ses prélats d'une commission semblable pour la Provence, notamment pour Marseille, Aix et Arles, et pour le Languedoc, où il devra s'aboucher avec le duc de Montmorency. Il se rendra ensuite à Toulouse auprès du maréchal de Joyeuse, puis à Bordeaux, et se mettra en relation avec la ville et le Parlement ainsi qu'avec le gouverneur, le maréchal de Matignon, s*il est vrai que ce dernier se soit prononcé contre Henri de Navarre. A tous ces personnages et assemblées il remettra, s'il y a lieu, les brefs du Saint-Père. Ces missions particulières devront s'accomplir conformément au but de la légation et aux instructions verbales de Sa Sainteté. Partout où le légat passera, il ranimera le zèle des
catholiques et tâchera de gagner les tièdes et les indécis à la cause de la foi et de la Sainte-Union.
Sixte-Quint attache surtout du prix à agir sur leduc de Nevers, Tun des principaux personnages ralliés à Henri iV. Le légat est chargé de s'aboucher avec le duc, de lui exposer le but de sa mission, de lui donner la bénédiction et le bref de Sa Sainteté, de faire aussi des efforts afin de détacher le gendre de Nevers, le duc de Longueville, du service du « prétendu » roi de Navarre.
L'instruction passe en revue les principales villes que le légat devra traverser, les prélats et seigneurs qu'il aura ou à gagner ou à confirmer dans leurs bonnes résolutions.
Il fera son entrée à Paris avec la plus grande pompe et donnera, à Notre-Dame, la bénédiction apostolique. Si le roi (le cardinal de Bourbon) est en liberté, ce sera avec lui, s'il est encore prisonnier, avec le duc de Mayenne, avec le Conseil Général de la Ligue et avec les princes qui se trouveront à Paris, qu'il aura à traiter, en Kiur exposant le but de sa mission et en les assurant « de l'amour paternel, du zèle fervent, du désir et de l'intention de Sa Sainteté de les aider, favoriser et satisfaire de tous les moyens dont elle dispose ». Ses lettres de créance sont adressées au duc de Mayenne et au Conseil Général. Il négociera, selon le besoin, avec le corps municipal, l'Université, la Sorbonne et les principaux personnages. Dans le cas où Mayenne serait absent, il n'attendra par son retour, mais se mettra directement en communication avec lui. En ce qui concerne le cent mille écus que Sa
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Sainteté lui a donnés en lettres de crédit, et qui sont destinés à la subvention des catholiques de la Ligue, et les sommes qu'elle pourra encore envoyer, le légat, relativement au mode et à l'époque des payements, s*en tiendra aux prescriptions particulières de Sa Sainteté.
L'instruction passe sous silence la question de succession. Un membre de la congrégation, Fachinetti, avait proposé une clause concernant l'éventualité de l'élection du cardinal de Vendôme après la mort du cardinal de Bourbon. La congrégation trouva inopportun de toucher ce point. On se borna à prescrire au légat de prendre les ordres de Sa Sainteté, le cas échéant. Enfin il s'opposera par tous les moyens, et même en engageant le duc de Mayenne à employer la force, à la réunion d'un concile national, et, autant que possible, à la convocation d'une assemblée générale des princes et seigneurs partisans du roi défunt et mafntenant ralliés au roi de Navarre.
Ce document et la mention des sommes considérables mises à la disposition du légat démontrent jusqu'à l'évidence que Sixte-Quint était parfaitement décidé à combattre Henri de Navarre. L'instruction est tout aussi explicite sur l'alliance que le pape contracte avec la Ligue ; mais en même temps elle laisse entrevoir clairement le fond de sa pensée, qui est de détacher du chef des huguenots les anciens « catholiques royaux.», d'opérer une fusion entre eux et la Sainte-Union, de réunir en un mot tous les Français catholiques sous un seul drapeau. C'était une manière de tuer la Ligue. Pour atteindre ce but, il écrivait et envoyait sa bénédiction
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flUX UfiH ot aux autres, à Nevers et à Mayenne. C'est CM (\\t*\\ appelait garder la neutralité ; il voulait être ri(!ulre, non ii Tégard de Henri, mais entre ses adhéroritM catholique» et la Ligue. Autant que possible il voulait auHHi conserver la liberté de ses mouvements. O'pMlnn vue de ce résultat, au moins autant que pour conliMcr THuropc catholique, qu'il revint à ridée cruno entonlo intime des cours d'Italie, principaleuwtii do Venise et de Toscane. Il demanda à la Seigneurie que son ambassadeur en France fût tenu de ré- MÎder déHormais à Paris et d'entretenir des rapports de conliance avec le légat qui était chargé de s'entendre avec Mocenigo. (le concert, qu'il tâchera d'étendre il d'autres princes, so.ra, il l'espère, le moyen de contenir à la fois les velléités antinationales de la Ligue et Tambition de Philippe.
Mais les nouvelles qui lui arrivaient de Venise étaient peu satisfaisantes. La République inclinait évidemment du côté de Henri IV. Badoer niait le fait que la Seigneurie eût donné à ce prince le titre de roi : il avouait cependant qu'ils étaient en bons termes, ce que le pape ne désapprouvait guère, disant qu'il valait toujours mieux adoucir les choses que les envenimer. 11 lui (it toutefois pressentir qu'il serait renvoyé de Rome et que le nonce serait rappelé dans le cas où la Seigneurie reconnaîtrait Henri comme roi de France.
A ce moment, un acte sanglant de justice, si on peut le qualifier ainsi, fut accompli à Rome. Le 7 septembre, en sortant de chez lui, Camille délia Volta fut arrêté etécroué aux prisons de Tordinona.
Cet agent du duc de Nevcrs, dont nous avons déjà fait mention, appartenait à la classe de ces intrigants que Ton rencontre dans tous les grands centres politiques. Ils pénètrent par les escaliers dérobés auprès des hommes en charge, leur apportent les nouvelles du jour vraies ou faus>:es, reçoivent et colportent le mot d'ordre, sauf à être démentis; ils servent tous les partis, remplacent quelquefois par Tesprit, toujours par l'audace, la discrétion et la loyauté qui leur manquent, se rendent utiles à certains moments, mais finissent ordinairement par compromettre ceux qui ont l'imprudence et le mauvais goût de les employer. Volta, homme d'esprit, était connu pour être mauvaise langue. M. de Pisany eut à s'en plaindre. Morosini était en correspondance avec lui.
Dans le corps diplomatique son arrestation fit quelque bruit. Les ambassadeurs eurent de la peine à en pénétrer le motif. On leur disait que cet individu, dans des lettres au duc de Ncvers qui avaient été interceptées, parlait fort librement de Sa Sainteté; selon lui, Sixte-Quint aurait témoigné une grande joie en apprenant l'assassinat de Henri III. Quelque temps après, on crut savoir que le procès s'instruisait sur ces trois chefs d'accusation : Yolta a donné au duc de Nevers le conseil de se rallier au roi de Navarre ; il a montré une lettre fabriquée par lui et attribuée au duc, dans laquelle il est dit que le pape voit avec plaisir la France périr dans le feu, semblable en ceci à Néron, qui s'était amusé à regarder du haut de sa tour Tincendie de Rome ; enfîn, Yolta a proposé la convocation d'un concile national
en France et l'élection d'un patriarche. L'Inquisition étant saisie de l'affaire, les amis de l'indiscret agent commencèrent à craindre pour sa vie. Son fils s'enfuit, cherchant asile à Venise et emportant les chiffres et les papiers qui pouvaient compromettre son père. Yolta fut reconnu coupable d'avoir blâmé les actions du pape et des supérieurs relatives aux affaires de France et d'avoir entretenu des correspondances avec les huguenots. La nuit du 14 octobre, dans la prison de Tordinona, il eut la tête tranchée sur un échafaud . Le lendemain, son corps fut pendant deux heures exposé au pont Saint- Ange, transporté ensuite à Saint-Jean des Florentins, et le même soir enterré à la Minerve, avec les honneurs dus aux gentilshommes. Cet exemple d'une sévérité extrême exercé contre un homme fort connu passa presque inaperçu. Le cardinal de Sens seul s'en prévalut pour intimider un secrétaire du cardinal de Gondi, évéque de Paris, venu à Rome avec des commissions des catholiques royaux. Il lui prédit le sort de l'agent de Nevers, et le pauvre abbé, à demi mort d'effroi, se réfugia à l'ambassade de Toscane.
Un événement plus grave contribua a faire oublier le sort tragique de Yolta. C'était l'arrivée inopinée du nonce de Venise. Sans demander les ordres du pape, il avait rompu les relations diplomatiques avec la Seigneurie. La brouille entre elle et le Saint-Siège semblait donc inévitable. Voici ce qui s'était passé.
Le gouvernement vénitien avait observé dans les derniers mois, avec une anxiété croissante, la tournure çue prenaient les affaires de France. Il déplorait
les meurtres de Blois, non par excès de tendresse pour les victimes, mais parce que, avec sa sagacité habituelle, il en pressentait les conséquences. Voir Sixte-Quint céder à la pression de la diplomatie espagnole n*était pas le moindre des dangers qui en résulteraient, et qu'on s'appliquait à conjurer autant que possible. Le Sénat faisait dire et redire au pape que s'il sévissait contre Henri III (qui vivait encore), les forces réunies de ce prince et du roi de Navarre, grossies journellement par les seigneurs catholiques, ralliés par la réaction naturelle que produisaient en France les «xcès de la Ligue, démocratique et antinationale à la fois, pourraient se tourner contre Rome même', et, en donnant aux Turcs l'occasion de reprendre les hostilités, mettre l'Europe à feu et à sang. A l'appui de ces remontrances, le Sénat produisit les rapports qu'il recevait de toutes les cours chrétiennes et de celle de Gonstantinople. Il parla enGn le langage du bon sens, auquel Sixte-Quint ne fermait jamais l'oreille. « Nous n'avons, écrit le doge à Badoer, qu'un désir, celui de conserver la paix européenne. Nous ne pouvons croire que Sixte-Quint, ce grand pontife, manquera à sa mission, qui est de détourner du monde chrétien les dangers qui le menacent; imitant l'exemple divin de Celui qu'il représente sur terre, il usera de clémence et ne procédera pas à des actes qui pousseraient le roi au désespoir. » Pour la Seigneurie, toute la question est là* Si le pape intervient militairement de concert avec Philippe II, l'existence de la France est menacée, la République ne pourra gal'der la neutralité, et sera, ce qu'elle redou-
(ait par-dessus tout, attaquée par le sultan. « Nous reconnaissons, continue le doge, que tout prince doit conserver respect à la sainte Église : c'est la première règle; mais il y a des cas extrêmes, imposant le devoir de s'écarter des règles et de s'accommod(»r aux nécessités du temps et des circonstances. De plu», ce n'est pas trop demander au Saint-Siège que de le prier de vouloir bien tenir compte quelquefois d(!s intérêts et passions des princes, puisqu'ils ont si souvent combattu pour la conservation de l'Église. » Loi'sriue la Seigneurie apprend la publication du monitoire, elle ne dissimule pas son désappointement; mais, sans se décourager, elle continue ses bons offices à Rome, travaille surtout à arrêter le pape sur la pente fatale qui mène à l'alliance espagnole. Elle n'oublie pas son illustre compatriote, le cardinal Morosini, que Sixte-Quint, mal informé, a traité avec une injuste sévérité. Elle le défend chaleureusement, et fait si bien que l'ancien légat finit par rentrer dans les bonnes grâces du pontife.
Aussi longtemps que le gouvernement vénitien s'en tint aux représentations amicales, assez bien accueillies par Sixte-Quint, dont l'antipathie contre les Espagnols se rencontrait avec celles de la République, les relations entre Venise et Rome conservèrent le caractère habituel d'une bienveillante intimité. Mais, lorsque le pape apprit que la République entendait agir dans le sens de ses paroles, §a colère éclata soudainement. Déjà le titre de Sérénissime, qu'une dépêche du doge donnait à Henri 111' alors qu'il se trouvait placé sous le coup du monitoire.
l'avait fort irrité. Son mécontentement fut plus vif encore quand il sut, après la mort du roi, que Tambassadéur de Venise en France avait reçu Tordre de se rendre auprès de Henri de Navarre. Le Sénat, craignant plus que jamais l'ascendant croissant de l'Espagne au Vatican, jugea prudent de s'excuser. « Tout sage prince, dit le doge, pour des motifs de bonne politique, cherche à conserver l'amitié des autres. C'est surtout l'habitude de cette République. Or le roi de Navarre ayant, par des princes du sang et des cardinaux, informé notre ambassadeur Mocenigo du serment qu'après la mort du roi lui ont prêté les principaux personnages, ainsi que de sa promesse de maintenir la religion catholique et de son désir d'établir de bonnes relations avec Venise, nous avons dû répondre à ces avances par des compliments d'usage qui n'engagent à rien. Mais, en nous conformant aux sages conseils de Sa Sainteté, nous sommes décidé à observer la marche des événements et à nous abstenir de toute intervention. »
La nomination du nouveau légat, avec ordre de résider à Paris, le choix de la personne, son départ précipité (le pape n'avait pas voulu attendre l'arrivée du duc de Luxembourg annoncé déjà à Rome), enfin la prétention émise par Sa Sainteté de voir l'ambassade de Venise traiiférée au siège de la Ligue, tous ces faits réunis étaient de nature à entretenir les méfiances et les appréhensions de la Seigneurie. Le bruit d'un concert établi entre le pontife, Philippe et le duc de Savoie prenait de la consistance, et on trouvait à Venise que les paroles de Sixte-Quint
répondaient peu k ses actions. « Sa conduite, écrit le doge à Badoer, est faite pour attirer les hérétiques dans le camp des catholiques royaux, et pour augmenter, au lieu de les conjurer, les dangers d'une conflagration générale. » Ces plaintes ne s'adressent d'ailleurs qu'à l'ambassadeur. Elles doivent à peine percer dans le langage respectueux qu'il tiendra au Saint-Père. Il l'éclairera, mais il n'aura garde de l'irriter, car si on l'irrite, on le pousse dans les bras de l'Espagne; mais si on ne l'éclairé pas, il s'y laissera peut-être glisser, faute de connaître la situation, telle que la Seigneurie la juge à son point de vue, telle que Badoer est chargé de la faire apprécier à Rome.
Pendant que la diplomatie vénitienne usait au Vatican des précautions oratoires nécessaires, ménageait le tempérament colérique de Sixte-Quint et les sentiments religieux du prêtre, combattait sourdement, mais activement, le travail du parti espagnol et des agents de la Ligue, le nonce à Venise, Mgr Matteucci, moins pénétrant ou craignant de déplaire s'il se montrait trop facile, crut bien faire en faisant un éclat.
Dans les premiers jours d'octobre, M. de Maisse l'ancien représentant du roi défunt, avait reçu de Henri de Navarre Tordre de prendre le caractère d'ambassadeur de France auprès de la République. Le nonce s'empressa de faire savoir au doge que, si ce gentilhomme français paraissait aux cérémonies publiques qui devaient avoir lieu ce jour-là, lui, Mgr Matteucci, quitterait Venise par ordre du pape. M» de Maisse n'ayant pas encore remis ses lettres de
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créance, on en prit prétexte pour ne pas l'inviter. Peu de jours après, il annonça Tarrivéc de ses papiers et demanda une audience solennelle ^ qualité d'ambassadeur de Henri. Dès le lendemain, Mgr Matteucci se présenta au collège et demanda à savoir si le Sénat entendait traiter avec le représentant de NavaiTe. Il termina « son office insolite et fort extraordinaire » par une protestation éventuelle contre l'admission de M. de Maisse, Par suite de cet incident grave, qui, dit le doge, « a troublé notre âme, » Badoer est chargé de dire à Sa Sainteté c< que la Seigneurie est toujours décidée à travailler au maintien de la paix si elle est menacée, et à garder la neutralité, mais décidée aussi à user de ses droits de souveraineté, à recevoir et écouter les ambassadeurs des princes étrangers, à suivre en ceci l'exemple des pontifes et de l'Empereur, qui, lui aussi, a reçu les agents du roi de Navarre ». Pour donner à ce sujet des explications ultérieures, un ambassadeur extraordinaire sera envoyé auprès du Saint-Père.
Mgr Matteucci venait de faire sa protestation. Il sortit du collège lorsque M. de Maisse y fut reçu en audience solennelle. Le soir, sans prendre congé, sans avertir le gouvernement de son départ, le représentant du pape quitta Venise pour se rendre à Rome.
. On comprend quelle sensation ce départ produisit dans le sein du conseil et dans toutes les classes de la population. Le même jour, des courriers de cabinet furent expédiés à Prague, Madrid, Turin et Florence, portant aux ambassadcui^s de la Seigneurie