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velles congrégations, de réorganiser les anciennes. Cette réforme — encore en vigueur — du gouvernement de l'Eglise est contenue dans la Bulle Immensa œterni Dei (23 janv. 1587). Au début de la bulle, il parle de l'admirable harmonie que Dieu a portée dans l'œuvre de la création: toutes les créations se servent et se complètent mutuellement. De môme qu'il y a dans la Jérusalem céleste une certaine hiérarchie entre les esprits bienheureux, de même il doit y en avoir une parmi les pasteurs qui sur la terre veillent au soin des ouailles de Dieu. Il y a autour du souverain pontife soixante-dix cardinaux, les plus illustres membres de l'Eglise, chargés de l'assister de leurs conseils, de porter avec lui le fardeau immense de la chrétienté. Mais la bulle fait ressortir que le Pape a seul la plénitude du pouvoir et que les votes des cardinaux ont un caractère purement consultatif. Puis la bulle montre que la nécessité de faciliter l'expédition des affaires explique la création des congrégations des cardinaux.
Les congrégations établies sont au nombre de quinze. Coller qui s'occupent des questions spirituelles existent encore. 11 y a d'abord la c >ngrégation du saint-office, fondée par Paul III et que Sixte-Quint réorganisa. Elle est munie des pouvoirs d'un tribunal el a à connaître de toutes les causes relatives à la foi, depuis l'hérésie jusqu'à l'abus des sacrements. Elle présidée par le Pape et étend sa juridiction sui tous les pays où existe la religion catholique, La congrégation de la signature des grâces a l'examen des demandes de grt veursquâ
ne dépendent pas des tribunaux ordinaires. Celle dite « pour l'érection d'églises et provisions sistonales » s'occupe de deman les d'érection
d'églises patriarcales et métropolitaines, d'établissements de cathédrales et de chapitres. La congrégation de l'abondance de l'Etat ecclésiastique a la direction de l'approvisionnement de Rome et des provinces ; Sixte-Quint la dota de deux cent mille écus destinés à former le patrimoine des pauvres. La congrégation des rites et cérémonies s'occupe de la liturgie, veille à la conservation des usages établis dans les solennités de l'Eglise ; les causes de canonisation sont de son ressort. La congrégation dite « pour l'armée navale » doit s'occuper de former une marine pontificale pour combattre les corsaires et pirates qui infestaient la mer Supérieure. La congrégation de l'Index rédige la liste des livres défendus et doit se mettre en relation avec les Universités de Paris, Bologne, Salamanque et Louvain. La congrégation du concile de Trente interprète les actes de ce fameux Concile pour ce qui regarde les mœurs et la discipline. Sa sphère d'activité embrasse l'ensemble du monde chrétien. Mais le Pape se réserve le droit de décider sur les matières de dogme traitées par le concile de Trente. Il y a une congrégation pour soulager le peuple de l'Etat ecclésiastique et une congrégation pour gouverner l'Université dite la Sapienza, que Léon X avait créée et que Sixte-Quint réorganisa : il éleva aussi les deux ailes de l'édifice. La congrégation des Réguliers est chargée du contentieux entre différents ordres monastiques ; la congrégation des évêques reçoit les demandes des patriarches, primats, archevêques évêques et prélats non réguliers ; elle est chargée de juger les contestations qui s'élèvent entre eux. 11 y a une congrégation pour l'entretien des routes, ponts et aqueducs, et une autre pour la surveillance
de l'imprimerie Vaticane. Cette imprimerie, fondée par Pic IV, fut agrandie par Sixte-Quint qui y fit publier son édition des Pères de l'Eglise et de la Vulgate. La dernière congrégation, dite « sur les consultations de l'Etat», était un tribunal d'appel revisant les procès au criminel et au civil, sauf décision définitive du Pape.
De toutes ces congrégations, celles qui onttrait aux affaires spirituelles de l'Eglise subsistent toujours ; la congrégation de l'Université a pris lenom de congrégation des études. Sixte-Quint respecta presque toujours les avis émis par les congrégations; on n'a que de rares exemples qu'il ait passé outre à leurs décisions. L'établissement ae ces groupements fut en général bien accueilli et s'il suscita de petits froissements d'amour-propre dans la répartition du personnel, il ne souleva aucune objection de principe. On peut donc dire avec M. de Hùbner qu'à Sixte-Quint revient l'honneur d'avoir organisé le travail de l'Eglise.
Il s'occupa avec le plus grand soin de la composition du Sacré Collège. Certes il ne put pas toujours résister à sa tendresse pour les siens et au lendemain de son élection il ne craignit pas de donner la pourpre à un enfant de treize ans. Mais en général ceux qu'il créa cardinaux étaient des hommes de mœurs exemplaires et très pieux ; certains môme comme le vénitien Morosini, l'anglais Alan, Pierbenedetti, gouverneur de Rome, et Aldobrandini qui devint pape, se sont distingués très brillamment. Le dernier nom que l'on trouve sur la liste de la dernière promotion de Sixte-Quint est celui d'un Pepoli, de cette famille dont le Pape s'était vu obligé de faire mettre à mort le chef. Le Pape désirait que les candidats au cardinalat aient tes qualités
requises pour cette dignité et il nomma une congrégation chargée de se prononcer sur les vertus et les titres de ceux qui briguaient la pourpre. Par sa bulle Postquam verus Me du 3 décembre 1586, il fixa à soixante-dix le nombre des cardinaux et les divisa en trois ordres : 6 évoques, 50 prêtres, 14 diacres. Les cardinaux devaient être choisis dans toutes les nations chrétiennes ; les diacres devront avoir au moins vingt-deux ans; parmi les soixante-dix cardinaux il y aura au moins quatre docteurs en théologie appartenant aux ordres mendiants. Pour être cardinal il faut avoir reçu les ordres mineurs et porté au moins une année la tonsure et l'habit ecclésiastique. Les cardinaux absents de Rome au moment de leur création sont obligés de s'y présenter dans l'année. Il arrivait souvent, en effet, que certains cardinaux éludaient cette obligation, et Sixte-Quint s'en plaignait à leur souverain. Le cardinal Draskovich tardant à se rendre à Rome, il y eut échange de notes acerbes entre le Vatican et la cour de Prague.
Sixte-Quint était fort sévère en général sur le choix des membres du Sacré Collège ; il aimait, lorsqu'il faisait une promotion, à faire valoir les titres et les qualités des nouveaux cardinaux. Il affirmait que lorsqu'un pape, vers la fin de sa vie, faisait de trop nombreuses promotions, il pouvait faire supposer qu'il cherchait à faire élire après lui un pape qui serait favorable à sa famille. De même, aimait-il à dire, qu'il faut laisser à l'évêque le soin de nommer le vicaire, de même il faut laisser à l'Evêque qu'est Jésus- Christ le soin de désigner le souverain pontife.
Beaucoup de cardinaux qui avaient pris part au conclave de 1585 ne tardèrent pas à mourir. Sirletto disparut le premier, puis ce fut le tour
de Cesi et du cardinal d'Esté. Celui-ci-fut remplacé comme protecteur pour ia France par le cardinal de Joyeuse : homme d'esprit, il avait pour secrétaire l'abbé plus tard carainal d'Ossat, dont il a sûrement inspiré les fameuses lettres. Sixte-Quint l'aimait peu à cause de sa jactance. Dans les consistoires, Joyeuse tenait toujours tête au Pape, à ses syllogismes et à ses sarcasmes, et dans leur for intérieur les cardinaux n'en étaient pas mécontents. Les sujets les plus graves comme la ligue, le sort de la France pendant les guerres de religion, étaient ceux où Joyeuse intervenait avec le plus de bonheur. Seulement il passait pour avoir le mauvais œil, pour être « jettatore » et à cause de cela les « papabili » le redoutaient. Les cardinaux San Sisto et Guastavillani, neveux de Grégoire XIII, moururent aussi assez tôt, Savello et Azzolino les suivirent de près et l'heure fatale sonna enh'n pour le cardinal Farnèse : une crise d'apoplexie l'emporta au début de mars 1589 à l'âge de 70 ans. Le cardinal Ferdinand de Médicis, à la mort de son frère François, le 19 octobre 1587, devint grand-duc de Toscane et déposa le chapeau et la pourpre. Ses relations avec le Saint-Siège furent en général fort bonnes, interrompues parfois par de courtes brouilles.
Le pape Sixte-Quint s'occupa aussi beaucoup des ordres monastiques. Par bulle du 5 mai L586 il confirma la Congrégation <l«*s Feuillants-. Cependant il y eut un ordre pour le<ni<>l Sixte V se montra plus froid et plus réservé que les autres papes: nous voulons parler de la Société de Jc>us. ( vue célèbre Compagnie avait acquis depuis sa fondation un prestige Incomparable ; ses membres, comme de vaillants s «Mat- du Christ! avaient porté 'li* rudes coups à l'hérésie
par leur discipline, leur éloquente propagande, leurs vertus et leur science. Cependant en Espagne et en Italie, les Jésuites avaient beaucoup de rivaux et d'envieux, partant des ennemis. L'Inquisition espagnole, trouvant trop grands les pouvoirs du général et des supérieurs et regardantcela comme une infraction à se» prérogatives, se plaignit au roi. Philippe II chargea Olivarès de demander au Pape la revision des règles de saint Ignace et la nomination d'un provincial pour l'Espagne. Sixte-Quint écouta les représentations du P. Acquaviva, alors général de l'ordre, puis soumit l'affaire à la congrégation du saintoffice. Celle-ci rendit une sentence favorable aux Jésuites et le nonce à Madrid fit savoir à l'Inquisition que sa demande était exagérée, attentatoire aux droits de la Société et même du Saint-Siège. Cependant l'Inquisition espagnole ne désarmait pas. Elle avait fait jeter en prison des Pères qui avaient refusé de lui remettre les exemplaires des Constitutions. A Rome, Olivarès essayait toujours de tourner contre la Compagnie les dispositions du Souverain Pontife. Il finit par y arriver et Sixte-Quint chargea le cardinal Carafïa d'examiner les règles des Jésuites ; il lui fit part de quelques-uns des points les plus importants qui, d'après lui, semblaient réclamer des modifications : le trop d'étendue des pouvoirs du général et des supérieurs, la nomination aux divers grades par le Père général et les Pères assistants, la longue durée du noviciat, l'obéissance aveugle, la correction fraternelle, le nom même de la Compagnie. Le P. Acquaviva répondit à tous ces griefs et il réussit même à gagner le cardinal Caraffa. Entre temps les princes favorables aux Jésuites, le duc de Bavière, le roi de Pologne Sigismond, plusieurs prélats et sei-
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gneurs intervinrent auprès du Pape et le supplièrent de ne pas détruire un ordre qui avait rendu tant de services à la religion. Sixte-Quint répondit qu'il n'avait pas l'intention de supprimer cet ordre, mais seulement de corriger ses défauts. Il retira sa commission au cardinal Caraffa qui traînait l'affaire en longueur et la remit à la congrégation des cardinaux du saint-office avec l'ordre de faire rédiger par quatre théologiens l'arrêt qu'il comptait rendre. Un incident malheureux acheva de mal disposer le Pape envers les Jésuites : Sixte-Quint était de plus en plus mal vu à Madrid où on le soupçonnait d'avoir des sympathies pour Henri de Navarre, « le Béarnais », et de lui ménager la couronne de France. Un jeune jésuite, le P. Juan Geronimo, alla jusqu'à s'écrier du haut de la chaire que le pontife favorisait et aidait l'hérétique Navarrais. Le nonce annonça cet événement à Rome et le Pape entra dans une vive irritation. Il se plaignit vivement de cette offense dans un consistoire tenu quinze jours avant sa mort, déclarant qu'un catholique ne peut pas accuser le Souverain Pontife de favoriser l'hérésie, et reprochant à l'Espagne de n'avoir pas infligé à l'imprudent religieux un châtiment proportionné à la gravité de sa faute.
C'est à la même époque que le P. Acquaviva finit par accepter le changement de nom de la Société de Jésus, nom que le Pape trouvait injurieux pour les autres ordres religieux et les fidèles, indécent parce que le Très Saint Nom pouvait être traîné devant les tribunaux etinc< >mmode parce que les pieux devaient toujours se signer en l'entendant prononcer. Le général exigea que le décret portant abolition du nom mentionnât son intervention en faveur du nom
habituel. Acquaviva rédigea le décret, puis demanda qu'il fût soumis à l'approbation du Pape. Ceci se passait passait dans les premiers jours d'août 1585. Le 27 août, Sixte-Quint mourut, sans avoir eu le temps d'approuver le décret, qui ne fut jamais rendu.
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