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commande de suivre Texemple de César, dont le nom est devenu synonyme d'empereur, et de Charles-Quint, qu'il appelle l'un des plus grands princes. Il évalue à quinze mille hommes les soldats payés du roi de Navarre, y compris les troupes auxiliaires de la reine d'Angleterre et des princes protestants, et pense que si lui et le Roi Catholique réunissent quarante ou cinquante mille hommes, on pourra compter dès le début sur des succès importants.
Ici se présente une question sur laquelle nous soni' mes réduits à des conjectures. Pourquoi le pape, décide à ne pas rompre avec la Seigneurie, n'a-t-il pas suspendu le départ du courrier espagnol ? Pourquoi n estil pas revenu en temps utile, c'est-k-dire entre le 15 et le 16 décembre, sur ses propositions tendant à conclure une Ligue avec Philippe? Probablement pour les raisons suivantes. D'abord, parce que, intimidé comme il l'était alors, il n'osait pas ; parce qu'il craignait les colères, les violences du comte d'Olivarès; ensuite, parce que l'attitude de la république de Venise était toujours fort équivoque. On avait évité une rupture, il est vrai, mais ce résultat était dû à la condescendance du pape et non à celle de la Seigneurie* On pouvait toujours craindre de la voir, le tas échéant, J se déclarer en faveur de Henri. Par conséquent, il ne pouvait risquer de se brouiller avec Philippe, en reli' rant ses propositions au moment même où il venait de les faire. Enfin, à cette époque, à la mi-décenibrc, il considérait encore la guerre avec le chef des Iiugut^ nots comme le seul moyen de rétablir en France Tunité de la foi. Sur ce point, sur l'éventualité de la
conversion de Henri, rambassadenr extraordinaire de la Seigneurie Tavait, il est vrai, ébranlé; il ne l'avait pas convaincu. Ce n'était que graduellement que les sages paroles de Donato agirent sur son esprit, et le revirement favorable à Henri s'accomplit dan» son esprit seulement lorsque le duc de Luxembourg, arrivé quinze jours après les faits que nous venons de relater, fut parvenu à lui faire croire que le roi de Navarre avait sérieusement Tintention de rentrer dans le giron de l'Église.
Le courrier d'Olivarès était arrivé à Madrid le 17 janvier. Dès le 28, Philippe répond* : N'ayant en vue que les intérêts de la religion, il lui sera facile de s'entendre avec le souverain pontife sur le règlement de la succession. 11 accepte la coopération militaire de Sa Sainteté et prend acte de son offre de supporter les frais de la plus grande partie de l'entreprise. Il pense comme elle que quarante ou cinquante mille hommes suffiront. Il a ordonné des levées d'hommes en Flandre et dans ses domaines d'Italie, et, conformément au désir de Sa Sainteté \ le commandement en sera confié à un capitaine général qui sera nommé par elle. Il approuve qu'on garde le secret pour le moment ; plus
1. Lo que Su Magcslad es sei'vida que se responda de su parte d Su Sanliffad sobre h que hn propnrsto por /os dos escritos que el vnrdenal Gesualdo din al coude de Olivarespara reniedio de las ntxas dt Francia. 28 janvier 1590. Arch. Simancas. S, de E. Rome. Leq, 955.
2. Ce point important, qui constate l'intention do Sixte-Quint de prendre en main la direction suprême de l'intervention en France, n'est pa& mentionné dans les notes verbales du cardinal Gesualdo. La proposition y relative a été évidemment transmise à Madrid par Olivarès,
tard il sera nécessaire d'inviter les princes d'Italie à se joindre à la coalition et d'employer les armes spirituelles contre ceux d'entre eux qui, directement ou indirectement, voudraient agir contre une si sainte entreprise.
Cette réponse, communiquée en forme de feuille volante, arriva à Rome le 22 février. Signée par Olivarès qui en constatait l'authenticité et traduite en italien, elle fut le même jour apportée au pape par le cardinal Gesualdo^ Ou sait quel revirement s'étoit opéré dans les idées de Sa Sainteté pendant les deux mois qui s'étaient écoulés depuis l'expédition de ses propositions du 16 décembre. La lecture achevée, Sixte-Quint s'exprima en termes vagues, disant qu'il était toujours disposé à concourir avec le roi au règlement des affaires de France; que depuis le meurtre du cardinal de Guise il s'en était ouvert au comte d'Olivarès; que, dans cet ordre d'idées, il avait lancé le monitoire contre le roi défunt et pris une attitude plus prononcée à la nouvelle de la mort de Sa Majesté Très Chrétienne. C'est dans ces généralités qu'il se renferma. Le cardinal devint pressant; il demanda ce qu'on devait répondre aux Espagnols. Le pape répliqua qu'il fallait, avant tout, attendre les nouvelles du légat; qu'il y avait une scission au sein de la Ligue; que Mayenne avait froidement accueilli l'offre de troupes étrangères faite par le cardinal Gactani ; qu'on par-
1. Respuesla de Su Santidad por et cardenal Gcsualdo à laque Su Magestad le diô por el conde de Olivarès sobre la offerte de ayiidar à las cosas de Francia. Arcli. Simancas. S. de E. Rome. Ley. 955.
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lait de paix entre le duc et Henri de N.*ivarro ; et que, malgré l'opposition du légat, des manifestations intempestives pourraient en hâter la conclusion.
Le cardinal appuya sur la nécessité de prononcer, dès lors Texcommunication des catholiques qui suivaient Béarn. Le Saint-Père, de son côté, lui rappela que le légat était chargé de se mettre en relation avec eux, et de tâcher de les gagner par là douceur ; mais qu'il était aussi autorisé à faire usage des armes spirituelles quand les moyens de persuasion seraient épuisés. Dans ce cas, lui-même prononcerait les censures.
Lorsque Gesualdo se hasarda à faire observer que, dans les circonstances présentes, il serait bon d'agir promptement et énergiquement, il eut pour réponse qu'il fallait se conformer aux prescriptions canoniques, c'est-à-dire publier d'abord les monitoires, et procéder ensuite, s'il y avait lieu, aux censures. C'est dans cet esprit qu'étaient cont;ues les dernières instructions envoyées à Gaëtani.
Répondant aux arguments que le cardinal produisait pour obtenir l'expulsion de Luxembourg, Sixte- Quint affirma que ce n'était pas lui qui encourageait des espérances coupables, et entra dans de longs développements, condamnant les hérétiques, blâmant Henri, déplorant la captivité du cardinal de Bourbon, mais, en iin de compte, soutenant qu'il ne pouvait renvoyer Luxembourg brusquement.
Ce langage vague, mais pourtant significatif, rapporté aussitôt à l'ambassade d'Espagne, exaspéra le comte d'Olivarès. Le samedi 28 février, à son audience ordinaire, il eut avec le pape une scène des
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plus violonles^ Il lui dos leltros do son roi; elles ra|>pelaient les propositions, faites par Sixte-Quint et annonçaient la formation en Italie d'un corps d'armée espagnol, sous le commandement de Don Pietro de Médicis, com])Osé de mille lansquenets allemands, de six mille Espagnols et de six mille Italiens. Ces forces étaient destinées à la guerre contre les huguenots. Le roi fait son devoir, que le pape fasse le sien ; qu'il renvoie sur-le-champ le duc de Luxembourg; qu'il déclare Navarre à jamais incapable de succéder à la couronne de France; qu'il excommunie sans retard les cardinaux, prélats, princes et seigneurs qui le suivent. En cas de refus de la part de Sa Sainteté, le roi avisera en mettant toutes ses forces au service de la cause du Christ.
Sixte-Quint avait à plusieurs reprises tâché de l'interrompre. Lorsque l'indomptable ambassadeur eut terminé, il éclata à son tour. « Les lettres du roi ne lui semblaient guère authentiques. 11 en avait reçu d'autres pleines de bonnes paroles et en tous points différentes de celles que lui, Olivarès, lui avait lues. Ces lettres sont du roi ou elles ne sont pas de lui. Si elles ne sont pas du roi, la conduite de l'ambassadeur est indigne d'un gentilhomme (di buon cavalière); si elles sont du roi, il répondra que Sa Majesté Catholique a conclu une trêve avec les Turcs sans l'en prévenir, comme c'était son devoir; qu'il a fait une ligue avec le roi hérétique de Danemark, sans que la cour ro-
1. C'est le pnpc qui donne Icî dclails de l'audience à l'ambassadcui' de Venise.
mainc ait relevé ce fiiil; qu'à Prague, son ambassadeur était le seul parmi les agents des princes catholiques qui eût donne le scandale de visiter et de fêter renvoyé danois ; que maintenant Sa Majesté voulait lui faire la loi et lui enseigner comment il fallait traiter les hérétiques. Que le roi y prenne garde! Il verrait ce que peut un souverain pontife justement irrité. Si le roi procède ainsi, le pape Texcommuniera, soulèvera contre lui les peuples d'Espagne et de ses autres Etats, le privera des grâces et bénéfices, le sommera de rendre compte du million d'or qu'il a tiré des biens de l'Église. » A ces mots, il se leva de son siège, tourna le dos à l'ambassadeur et se retira. Olivarès, pide de colère, sortit brusquement du cabinet, traversa les antichambres sans se donner la peine de cacher son émotion au curieux Sain galette et à la foule des courtisans qui s'y trouvaient, et qui ne tardèrent pas à remplir Rome du bruit d'une brouille avec l'Espagne. Cependant le secret fut bien gardé.
De part et d'autre on sentit qu'on avait été trop loin. Le cardinal et quelques afûdés s'entremirent. Sixte-Quint promit de revoir l'ambassadeur, à la condition que celui-ci ne lui reparlerait pas de la question brûlante. On avait insinué à Olivarès que Sa Sainteté ne demandait pas mieux que de reculer, pourvu que ce fût avec honneur. Olivarès se déclara disposé à faire les concessions nécessaires. Ces préliminaires terminés, le mercredi 28 février, le représentant de Philippe, après avoir fait dire le matin une messe du Saint-Esprit et avoir reçu la communion, se rendit au Vatican. Mais l'audience de réconciliation fut loin de
le rassurer. Au moment où il entra, le pape prit la parole, et parla pendant plus d'une heure sans lui laisser le temps de placer un mot. Il ne peut encoro, disait-il, congédier Luxembourg, mais il le fera dans certains cas prévus. Seulement, il faut lui donner les moyens de le faire avec honneur. De toute façon il faut attendre les rapports du légat. 11 faut quelques incidents, quelque chose de nouveau qui puisse motiver le renvoi du duc. Enfin, le thème étant épuisé, il fallut bien donner la parole à l'ambassadeur, qui cette fois, tout en devenant respectueux dans la forme, insista sur le départ immédiat de Tenvoyé de Henri. Il a hâte de porter ce fait à la connaissance de son souverain. Le pape répondant que les dépèches de Gaëtani doivent arriver sous peu de jours, Olivarès se déclare prêt à ajourner au samedi l'expédition de son courrier. C'est son ultimatum. Il veut d'ailleurs luimême gagner quelques jours, car, pour intimider le Saint-Père, il médite une mesure extrême : il compte faire lire au nom du roi, dans le prochain consistoire qui aura lieu le 12 mars, une protestation contre le s(\jour du duc de Luxembourg à la cour pontificale. Il ne se fait d'ailleurs aucune illusion sur la portée des paroles évasives qu'il vient d'entendre.
Ce sont pour Sixte-Quint des jours d'angoisses et d'hésitations. Il lutte, mais en faiblissant. Le langage qu'il tient aux acteurs principaux, à Olivarès, à Gesualdo, à Mgr Séraphin qui attend toujours son expédition pour le camp de Henri, à son confident l'ambassadeur de Venise, offre le caractère de la situation ^ même- Des moments de découragement alternent
avec des résolutions énergiques, plus conformes à son caractère. Quand il parle à Badoer des concessions faites à Olivarès, il en atténue un peu la portée. Il se peint un peu plus brave qu'il n'a été, en lui racontant ses scènes avec l'ambassadeur d'Espagne. D'ailleurs ses réticences, ses longues déductions ne trompent personne. Elles trahissent, au contraire, le combat qui se livre dans son âme. Au duc de Luxembourg il répète ses vœux pour la sincère conversion de Navarre, à Séraphin il parle dans le même sens, et en cela il ne dit que ce qu'il souhaite : ce sont des vœux et non des engagements, ce n'est plus même la solution qu'il espère, car il est évidemment intimidé, il en convient presque avec son ami fiadoer. « Les Espagnols sont terribles, » lui dit-il. Il a appris, par les rapports du nonce à Naples, les détails de leurs armements, qui sont considérables. Puis, soudainement, il lui demande' s'il a réfléchi à l'idée de la ligue à former avec Venise et un prince italien ; et lorsque Badoer lui répond que jamais la Seigneurie n'entrerait dans une semblable combinaison, il ne sait plus que dire, parle de Philippe comme chef de la ligue projetée, enfin se perd dans des contradictions, et laisse à l'ambassadeur affligé, mais non pas surpris, cette idée que les Espagnols sont pour le moment les maîtres du tertain.
Badoer ne se trompait pas. Le pape cédait, mais en hittant. Le 3 mars, terme fixé par Olivarès, était arrivé. Ce jour-là* l'ambassadeur se présenta au Va-
1. Olivarcs à Philippe' H, 5 mars 1590. Arch. Simancas. S. de E. Rome. Leg. 955.
tican pour connaître la résolution finale du Saint- Père sur les trois demandes qu'il avait formulées : le renvoi immédiat de Luxembourg, la déclaration contre le Béarnais, Texcommunicalion des catholiques royaux. Sixte-Quint chercha à atténuer la portée des concessions qu'il avait faites dans la dernière audience. Il lui échappa même de dire qu'il serait imprudent d'irriter le roi de Navarre dans le cas où il aurait le dessus. L'ambassadeur pensa que le moment était venu « de lui faire sérieusement peur ». 11 déclara que Sa Majesté était étonnée de voir les actes de Sa Sainteté répondre si mal à ses paroles, et qu'il comptait faire une protestation publique avec l'assistance du docteur Martos, président de la cour de la Snmmaria de Naples. A cet effet, il demanda l'autorisation du Paint-Père. Une vive altercation s'ensuivit. Le pape se mit « à hurler de rage* », en menaçant d'excommunier Olivarès et ceux qui l'assisteraient dans cet acte impie, et de les chasser, lui et eux, de Rome. Il paraît qu'il alla jusqu'à dire qu'il les ferait tuer*. Olivarès, froid et impassible, le laissa parler