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cardinaux sont étonnés de le voir si défait et si abattu. Il leur lit les instructions concertées avec Olivarès, qu'il vient de donner au légat en vue d'un arrangement que Mayenne, brouillé avec Âumale et Nemours, semble disposé à conclure avec le roi de Navarre, et queGaëtani est chargé de faire échouer avec Taide de Mendoza. Il leur lit sa lettre à Philippe. Les membres de la congrégation trouvèrent ces pièces bien faibles, bien au-dessous des exigences de la situation. Un des cardinaux , quoique dépendant de l'Espagne , eut le courage de dire que mieux valait autoriser la protestation et répondre avec force et dignité, que de se laisser aller ainsi au découragement. Le pape écouta en silence, mais le mot produisit sur lui une profonde impression.
Olivarès put s'en convaincre dans sa fameuse audience* du samedi suivant. Tout Rome était en émoi. On ne savait pas positivement de quoi il s'agissait, mais personne n'ignorait que le cabinet du Saint-Père fût le théâtre de luttes acharnées. Lorsque l'ambassadeur entra, Mgr Sangaletto, « le moinillon', » comme Olivarès l'appelait dédaigneusement, souleva la portière et, profitant de l'occasion, put voir que le comte s'agenouillait à peine et que le pape s'asseyait sans le regarder en face*. C'étaient les mêmes prétentions et les mêmes refus. A trois reprises le représentant de Philippe se jeta aux pieds du pontife pour demander la permission de faire sa protestation, l'ex-
* Alberto Badoer au doge, 22inarsl590. Arch. Ven.Di>p.Rome,/î/.24.
* c Elmonacillo. i»
* Nicolini au grand-duc Ferdinand, 50 mars 1590. Arch. Flor.3299.
communication immédiate des catholiques royaux et la déclaration contre Navarre. Sixte-Quint le fît se relever, s'anima de plus en plus, l'appela la cause de tous les maux. Lorsque Olivarès déclara, qu'en cas de refus, le roi son maître se dégagerait de l'obédience au pontife et pourvoirait aux besoins de la cause de Dieu, il se retira brusquement, après avoir accablé le diplomate espagnol des plus dures paroles. Le comte souleva seul la portière du cabinet, se rendit chez le cardinal Montalto et lui déclara qu'il maintenait toutes ses prétentions, car mieux valait pour lui avoir la tête tranchée par le pape que de la perdre par ordre de son roi.
En proie à des angoisses mortelles, ne voyant plus d'issue, Sixte-Quint fit convoquer une congrégation composée à dessein de cardinaux de la faction espagnole. Le vote de cette assemblée ne pouvait être douteux. Triste expédient, mais le seul qui semblât rester à l'infortuné pontife, afin de pouvoir motiver sur Tavis du sacré collège le dernier pas à faire , celui qui devait consommer sa soumission aux volontés de Philippe. La veille de la réunion, dans la nuit, Gesualdo et d'autres agents d'Olivarès allèrent porter le mot d'ordre aux vingt-trois cardinaux qui devaient être de la congrégation. La séance eut lieu le 19 mars. Le pape, après avoir exposé en termes mesurés les faits connus du lecteur, posa les questions à résoudre : Doiton admettre la protestation du docteur Martos? Doit-on procéder immédiatement à l'excommunication des adhérents du roi de Navarre? Lui-même opina en faveur d'un sursis de quinze jours.
508 SlXTE-QUlNT.
Le cardinal San-Giorgio, en sa qualité de doyen, prit le premier la parole, disant seulement qu'il s'en remettrait à la sagesse du pontife.
Le cardinal Gesualdo parla ensuite longuement et diffusément. 11 conclut, sur les deux points, à l'acceptation pure et simple des demandes espagnoles. Madruccio, Deza et Côroe adhérèrent à cet avis.
Le cardinal évéque d'Aragon dit « qu'ayant prêté serment de verser son sang, s'il le fallait, au service de l'Ëglise, il était d'autant plus disposé à donner librement son opinion qu'en le faisant il croyait, en même temps, servir les intérêts bien entendus du roi catholique, son sire et bienfaiteur, qu'il trahirait si, en cette occurrence, il ne disait pas franchement sa pensée. Rien ne serait plus préjudiciable à Sa Majesté que de sortir de l'obédience de Sa Sainteté, ou, en matière de religion, de protester contre les actes du souverain pontife. Des maux, des scandales incalculables s'ensuivraient, non-seulement en Espagne mais dans toute la chrétienté ! En France, cette protestation produirait un effet contraire aux intérêts de Sa Majesté. Toute la noblesse et presque tout le clergé, c'est-à-dire le royaume tout entier, se trouveraient soudainement excommuniés et cela par la volonté du roi, et non par celle de Sa Sainteté, qui au contraire, par Ses brefs, leur a laissé entrevoir des bénédictions. Le résultat en serait que, contrairement aux desseins du roi qui veut une France catholique, ce pays, poussé au désespoir, se séparerait de l'Église. Ce serait Papostasie de ce royaume et plus tard celle du monde entier, ou bien on réunirait un concile national, et alors ce serait le
schisme. «Passant à un autre ordre d'idées, le sage et courageux vassal de Philippe II continue : «Profondément blessées par cette mesure dans leur honneur et dans leurs intérêts, placées comme elles sont entre le Navarrais prêt à les défendre et entre les partis opposés, vraisemblablement peu disposés à les accueillir, la noblesse et une grande partie du peuple français se réuniraient avec Navarre. Vouloir déclarer toute la maison de Bourbon incapable de succession, ce serait au contraire ranimer Tantique vénération des Français pour leurs princes du sang. Ainsi aux deux points de vue, pour des motifs touchant la religion, pour des raisons d'Ëtat , et dans l'intérêt même du roi catholique, l'ambassadeur doit être débouté de ses demandes. On fera bien d'ajourner l'excommunication des adhérents de Navarre, jusqu'à ce qu'on ait connaissance des efforts de persuasion que Gaëtani est chargé de tenter auprès d'eux, et, à la dernière extrémité seulement, de prononcer les censures, non en masse mais individuellement, enfin d'attendre pendant quelques jours les lettres du légat.» En terminant, par égard pour l'ambassadeur, le cardinal propose qu'on Tinforme des débats et des conclusions de la congrégation.
C'est avec un étonnement croissant que l'assemblée des pourprés avait suivi cet éloquent exposé, si peu attendu et assez puissant de logique pour que tous les autres cardinaux, surpris eux-mêmes de leur courage, adhérassent au vote d'Aragon. Le pape n'en crut pas ses oreilles; il chargea, séance tenante, les cardinaux Colonna aîné et Sforza d'aller, non en son nom , mais
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de la part de la congrégation, rendre compte à Olivarès des résultats des délibérations.
Ce jour-là, il respira plus librement. En se déshabillant le soir, on le vit tout joyeux, a C'est Dieu, dit-il, aux familiers qui assistaient à son coucher, c'est Dieu qui a soin de nous ; on ne dira pas que nous avons choisi nos hommes, ce sont eux, les Espagnols, qui ont fait la liste des cardinaux de la congrégation, et, cependant, nos conseils ont été adoptés.»
Le lendemain, contrairement à l'attente générale, au grand déplaisir d'Olivarès et de ses amis, à la vive joie de la faction française et de l'ambassadeur de Venise, le duc de Luxembourg, qu'on avait cru en route pour la France, revint inopiijémentde son pèlerinage. L'atmosphère semblait comme changée. Ce n'était pas une solution ; loin de la, mais c'était une détente, et dans les grandes crises, ceux qui se sont crus perdus jouissent du moindre répit , s'attachent avec avidité aux plus légers symptômes qui semblent de bon augure, car l'homme aime à espérer. Avec l'espérance, quelque peu fondée qu'elle soit, il retrouve le courage qui l'a déserté, la présence d'esprit, la résolution de lutter jusqu'au bout, ces qualités, enfin, qui n'assurent pas le succès, mais qui le rendent poswsible. Au fait, on n'avait gagné que quinze jours ; mais ces quinze jours étaient bien précieux. Si le ciel qui a opéré le miracle d'un vote contre l'Espagne émis par des cardinaux espagnols, si le ciel, évidemment propice, intervient encore une fois dans ce court espace de temps, s'il envoie quelque fait nouveau, quelque événement grave, comme serait une bonne et
grosse nouvelle du théâtre de la guerre, le vieux pontife se retrouvera lui-même, tiendra tcte à ce terrible Olivarès, à ce petit docteur napolitain qui renferme dans son portefeuille Tabdication de la papauté ou le schisme de TEspagne. Oui, se disait-on au palais de Venise et dans les coteries navarrisles, oui, il faut un second et plus grand miracle, car s'il fait défaut, la France est démembrée, la monarchie universelle est faite !
Cet événement si ardemment désiré ne se fit pas attendre. Il s'était même accompli cinq jours avant la mémorable congrégation du 19 mars. Le 14, le duc de Mayenne avait essuyé une défaite sanglan le. Son armée était détruite, la victoire de Henri complète. Celui-ci n'avait, semblait-il, qu'à marcher sur Paris pour s'en emparer, et, en s'en emparant, devenir le maître de la France. La grande nouvelle de la bataille d'Ivry, arrivée d'abord à Rome sous la forme d'un bruit vague, ne fut officiellement constatée que dans les derniers jours du mois. Elle produisit au Vatican et à l'Ëscurial des effets opposés. Elle ranima le zèle de Philippe ; elle ralentit celui de Sixte-Quiiit. 11 faut hâter l'expédition, dit le roi d'Espagne à ses ministres. Il ne faut pas trop irriter Navarre en ce moment où il paraît victorieux, telle élait l'opinion du pontife. II ne s'en cacha pas même au comte d'Olivarès. Dans ses causeries amicales avec Badoer il ajouta : « Et si Henri se convertit sincèrement, tout ira pour le mieux. » Il convint même qu'il fallait être insensé pour demander au roi de Navarre d'abjurer à ces moments de crise suprême, en apparence, alors que plus
que jamais il avait besoin du concours des huguenots. Il répétait ce propos dans son intimité. Un soir, à son souper, après avoir longtemps gardé le silence, et comme sortant d'un rêve, il dit soudainement : « Comment Navarre pourrait-il se faire catholique maintenant? Il serait aussitôt abandonné par la reine d'Angleterre et les princes d'Allemagne, et le roi d'Espagne le humerait comme un œuf. » Ces paroles furent rapportées à l'ambassade d'Espagne et mandées à Philippe*.
Vis-à-vis du duc de Luxembourg il était moins explicite. Quand celui-ci vint lui porter de bonnes paroles de son maître, quand il lui parla de l'intention de Henri de se déclarer catholique dès que Paris serait pris, il l'écouta avec bienveillance, avec une satisfaction visible, mais en gardant le silence. Dans les congrégations ' qui se réunissaient presque journellement, il se répandit en doléances contre Olivarès, contre le légat, contre Philippe qui avait laissé sans réponse trois de ses lettres. Mais il distingua toujours entre le roi plein de déférence et entre son représentant, « cette pierre de scandale, ce scélérat, » auquel il attribua tous les maux. Toujours intimidé par les rassemblements de troupes aux frontières de Naples (les souvenirs du sac de Rome et la mésaventure de Paul lY expliquent ces appréhensions), il posa un jour à la congrégation de France la question de savoir s'il fallait
^ Sessa à Philippe U, 22 août 1590. Ârch. Simancas. S. de £. Rome. Leg, 955.
* Olivarès à Philippe IL Rome, 1-6 mai, 1500. Arch. Simancas. S. deE. Rome. Leg, 950.
514 SIXTE-QlîlNT.
renvoyer Tambassadeur d'Espagne et lever des troupes pour faire face à toutes les éventualités. Sur les deux points les cardinaux répondirent négativement.
Le comte se moqua des appréhensions chimériques du Saint-Père. «Ce sont quelques recrues, écrit-il au roi*, et des valétudinaires.» Au reste, il modifia son langage, alla rarement à l'audience, ne parla plus de protestation et renvoya le docteur Martos à Naples*. De son côté, Sixte-Quint retira Tordre par lequel il avait, à peine d'excommunication, interdit aux membres du sacré collège tout commerce avec l'ambassadeur d'Espagne. C'était une sorte de trêve motivée^ d'abord, sur les quinze jours d'attente dont on était convenu sous le prétexte d'avoir les nouvelles du légat, et réellement sur des indications parvenues de Madrid à Olivarès. Il avait appris que le roi désapprouvait sa conduite ^ En même temps, le nonce manda que Sa Majesté catholique l'avait, personnellement et en termes affectueux, prié de représenter à Sa Sainteté la situation de la France, et de Lui recommander l'intervention énergique contre Béarn.
Quelleétait alors la situation de Sixte-Quint? Il est nécessaire de s'en rendre compte pour comprendre la marche qu'il avait suivie. Il l'a exposée lui-même dans l'une des congrégations, et dans ses entrevues avec Badoer. La franchise de son langage, qui frise parfois la naïveté, nous aide à porter la clarté dans ce dédale
^ Le même au même, 29 avril 1590. Ibid.
» 7 avril.
s Tomaso Contarini au doge. Madrid, 28 avril iSCO. Arch. Ven. Disp. Espagne, fil. 22. — Alberto Badoer au doge, 14 avril 1590. Ibid. Disp- Rome, fil. 24.
d'intrigues des partis, d'irrésolutions et de contradictions, plus apparentes que réelles, du pape. On se rappelle que pendant presque une année entière, celle qui s'est écoulée depuis les meurtres des Guises, il vivait sous l'impression que la religion en France ne pouvait être sauvée qu'avec le concours de l'Espagne et en appuyant la Ligue. Pour s'assurer du concours du roi catholique, il s'était résigné à accepter d'avance, comme futur souverain de ce royaume, le candidat de Philippe II. Pour rendre la coopération espagnole efficace, il s'était réservé la direction suprême de l'entreprise, offrant à cet effet un contingent plus considérable que ne serait celui du roi. C'était, en même temps, le moyen de donner plus d'autorité à sa voix quand après la victoire le moment serait venu de régler définitivement le sort de la France. Croire qu'il parviendrait ainsi à paralyser la prépondérance du roi d'Espagne eût été une illusion. Il le savait bien, mais il fallait, avant tout , sauver la religion, et au besoin sacrifier la France. A part quelques velléités qui vinrent par moment le troubler, c'est dans cet ordre d'idées qu'il se maintint pendant presque toute Tannée 1589, et c'est dans cet esprit que furent conçues et rédigées les instructions du légat Gaêtani, ainsi que les ouvertures importantes faites à l'Espagne par l'entremise du cardinal Gesualdo. On connaît le revirement que ces dispositions subirent à la suite de Tambassade de Donato et du message de Henri que le duc de Luxembourg lui avait apporté, message tendant à le persuader et le persuadant, en effet, de l'intention sérieuse du rtfi de Navarre d'abjurer. Les avis de France
3i6 SIXTE-QOINT.
favorisaient ces nouvelles tendances. Rien de décisif no s'y était passé. Mais il y avait deux fails positifs sur lesquels , désormais , tout le monde était d'accord : l'impuissance de la Ligué abandonnée à ses propres ressources, et la certitude de la victoire de Henri, si l'étranger n'intervenait pas ; ensuite, la force, la vitalité dont on n'avait pu douter jusque-là de l'esprit catholique de la France. Non, elle ne ferait pas défection à la foi. La preuve, c'était que presque toute la noblesse, une très-grande partie du haut clergé, deux cardinaux tenaient à Henri, persuadés, disaient-ils, et sans doute ils l'étaient, qu'il reviendrait à la religion du pays dès qu'il pourrait se passer du concours des huguenots. Et à ce moment, Sixte-Quint, qui avait voulu sauvegarder en même temps la religion et la France, livrerait ce beau royaume à Tambilion de Philippe, et ce serait lui-même qui donnerait ses trésors et ses soldats pour sacrifier la France, l'Italie, l'Europe, la papauté, enfin l'indépendance du Saint- Siège, qui ne serait plus, désormais, que le premier bénéfice dont aurait à disposer le monarque de Tunivers ? Mais, hélas ! ce terrible légat Gaëlani qui exécu-. tait, à la lettre, ses malheureuses instructions ! Mais ces deux feuilles volantes du cardinal Gesualdo! On connaît les angoisses de Sixte-Quint, ses remords, son désir de se dégager. D'ailleurs, était-il réellement engagé? Cette question, il se la posait souvent. Quand on a pris l'initiative de propositions, et quand l'adhésion de celui qui a reçu ces propositions est donnée sans retard, on est, il nous semble, moralement engagé, à moins que, dans l'intervalle , des fails d'une
haute portée ne soient venus modîGer la situation. Or, les ouvertures faites par Gesuaido, expédiées de Rome le 16 décembre, étaient arrivées à Madrid, le 17 janvier, et la réponse du roi, envoyée dès le 28 janvier, fuDremise au pape le 22 février ^ Il était matériellement impossible de l'avoir en moins de temps. Les doléances du Saint-Père, au sujet du silence de Philippe, n'étaient donc motivées que sur le désir de se soustraire à ses engagements. Mais peut-être des événements, survenus entre les 16 décembre et 22 février, pourraient-ils être allégués à cet effet? Hélas, non ! Henri n'avait pas encore vaincu à Ivry, et ce succès, lorsqu'il fut connu à Madrid, n'était, dans l'opinion du roi, qu'une raison de plus de hâter l'intervention. Sans doute, il y avait un fait bien plus important aux yeux du pape que la déroute de Mayenne, c'était la conviction par lui acquise, pendant ces deux mois, de la résolution sérieuse de Henri de revenir à la foi catholique. Mais ce fait, il ne pouvait le faire valoir auprès de Philippe, qui avait, de tout temps, posé comme axiome, accepté par le Pontife, que la conversion de Henri serait nécessairement feinte et ne devrait, par conséquent, en aucun cas, être admise. Sixte-Quint se trouva donc en présence de ce dilemme, ou de passer à l'action avec Philippe, ainsi qu'il l'avait proposé lui-même, ou bien de se dégager, de se déclarer neutre, et de laisser faire le roi. Dans la
* Philippe II écrit de San Lorenzo, en date du 12 juin 1590, au duc de Sessa : « No se puede decir que se le dio tarde esta respuesta, pues habiendo llegado sudespachoà 17 de £nero à Madrid, tuboSu Santidad la respuesta â 22 Ebrero en Roma. »
première alternative, il concourait lui-même à ce qu'il redoutait le plus après les dommages de la religion catholique, à rétablissement de la monarchie universelle. Dans le second cas, il serait, apparemment avec raison, accusé de déloyauté, mis en contradiction avec lui-même, proclamé fauteur de Tliérésiç, probablement assiégé dans Rome comme Tavaient été Clément YII et Paul IV, vaincu, sans aucun doute, et à jamais déshonoré.
Dans cette perplexité, il fit ce qu'on fait en pareille situation, il tâcha de gagner du temps. Avant tout il s'étudia à ajourner la crise, à soustraire à la connaissance du public Tétat des choses, à éviter tout esclandre, par conséquent à ne pas laisser faire la protestation des Espagnols. On a vu comment ce malheureux septuagénaire avait lutté avec TimpiloyableOlivarès; comment à force de scènes regrettables, et qui eurent un grand retentissement dans le cabinet de Philippe, il était parvenu à provoquer, pour le comte, l'ordre de procéder plus doucement et de renvoyer le président de la cour de Naples. Pour se mettre à l'abri de nouvelles tentatives de ce genre, il chargea deux cardinaux, Pinelli et Mattei *, d'élaborer une constitution fondée sur les paroles du Christ : Quodcunque ligaveris^ réservant au pontife seul le droit d'absoudre le roi de Navarre. Ce travail n'eut pas de suite.
Pour gagner du temps, car c'était l'essentiel, il se retrancha derrière la nécessité d'être, mieux informé des affaires de France, non par les ouï-dire mais par
' Olivarès à Philippe If, 7 mai 1590. Ârch. Simancas. S. de E. Rome. Leg, 956.
les rapports officiels du légat. En attendant, il accablait ce dernier de son blâme, en partie injuste, en partie motivé, l'appelant le légat de l'Espagne et non le sien, se servant de propos injurieux, peu dignes d'un pontife et peu logiques à ce moment, puisqu'il déclarait vouloir régler sa conduite d'après les informations d'un agent qu'il accusait d'ineptie et d'infidéiité. Gaëtani n'était pas déloyal, mais il manquait de perspicacité et d'instinct politique. 11 s'en tenait à ses premières instructions , sans se rendre compte de la marche des événements.
Il est temps*, d'ailleurs, de revenir sur nos pas et de suivre cet homme d'Etat dans sa longue et périlleuse pérégrination à travers le midi de la France, souvent arrêté en route par les événements de la
' J'écris la mission du légat Gaëtani d'après ses rapports originaux conservés aux Archives du Vatican. Ces précieux documents forment la moitié de deux dossiers, Tun contenant les dépêches in claris et les chiffres signés par le cardinal, Tautre les déchiffrements. Beaucoup de passages sont soulignés évidemment de la main de Sixte-Quint, car je les retrouve dans les communications verbales qu'il fit aux consistoires et aux ambassadeurs d'Espagne et de Venise. Il y a, on ne saurait assez le relever dans l'intérêt de la vérité historique, et pour constater la croyance que méritent les correspondances diplomatiques, il y a entre les rapports du légat, le récit qu'en fait le pape, et entre ses paroles telles qu'elles sont relatées par Olivarès et Badoer la plus parfaite concordance. — Le cardinal Gaëtani |au cardinal Montalto. Dijon, 21 décembre 1589; déchiffrée à Rome, 6 janvier 1590. Arch. Vatic. France, ▼ol. XXVII, f. 542. — Le même au même. Paris, 26 janvier 1590; déchiffrée à Rome, il février. Ibid. f. 543. — Le même au même. Paris, 27 janvier 1590; déchilTrée k Rome, 11 février. Ibid, f. 344. — Le même au même. Paris, 30 janvier 1590 ; déchiffrée à Rome, 6 mars. Ibid. f. 547. — Le même au même, Paris, 5 février 1590; déchiffrée k Rome, 6 mars. Ibid. f. 550. — Le même au même. Paris, 12 février 1590, déchiffrée à Rome, 25 mars. Ibid. f. 551. — Le même an même, Paris, 15 février 1590, déchiffrée à Rome, 25 mars. Ibid. f. 352. — Le même au même. Paris, 12 mars 1590. Ibid. f. 355.
guerre, escorté de ville en ville, donnant partout la bénédiction apostolique, promettant les secours du souverain pontife, et arrivant après un voyage de dix semaines, car d'ordre de Mayenne il a été retenu à Lyon pendant plusieurs jours, non encore à Paris mais à Dijon d'où, à la date du 21 décembre, il expédie son premier courrier. On se rappelle ses instructions-: obtenir la délivrance du cardinal de Bourbon, organiser la guerre contre Henri, appuyer les forces du duc de Mayenne, essayer par la persuasion de déjacher les principaux adhérents du roi de Navarre, notamment le cardinal de Vendôme et le duc de Nevers; car, même en s'alliant avec elle, le pape se méfie de la Ligue. Sa pensée prédominante est de réunir dans un seul camp tous les catholiques de la France.
A peine arrivé à Dijon, le légat subit déjà Tempire de l'atmosphère qu'il respire. Ses premiers rapports le prouvent : il insiste sur le prompt envoi de secours et sur Texcommunicalion explicite des adhérents du roi de Navarre; il supplie le Saint-Père de déclarer sans retard tous les dignitaires de l'Eglise, tous les prélats qu'il est chargé de gagner par la douceur, déchus et incapables de jouir de tout bénéfice ecclésiastique. Ces dépêches arrivent, le 11 février, au milieu de la lutte à outrance entre le pape et Olivarès, qui demande précisément ce que le légat conseille défaire.
A la fin de janvier, il entre dans la capitale. Le duc de Mayenne accourt aussitôt. Il lui dit que Tissue de la guerre dépend de la possession de Paris ; mais Tétat de cette ville est désolant. Si des subsides considérables ne sont donnés sans délai, elle tombera au pou-
voir de Navarre. « Il y a, lui dit. le duc, dans Paris, trois classes d'hommes, les marchands, les officiers de justice, le peuple. Les marchands ne songent qu'à faire des affaires, ils ne veulent pas de la guerre et prêchent la paix. En ce qui concerne les officiers de justice, une partie se compose de bons catholiques, l'autre partie de politiques et de navarristes. Ceux-ci, les politiques et les navarristes, ne cessent de travailler le peuple. Or, le peuple sera facile à contenir tant qu'il vivra dans l'abondance, mais à chaque petit renchérissement des vivres il devient turbulent. On ne peut faire aucun fond sur lui ^ » f^e légat, à l'issue de la première entrevue, remet à Mayenne cinquante mille écus, c'est-à-dire la moitié du crédit que le pape lui a ouvert. Il a cru devoir en agir ainsi, écrit-il au cardinal Montalto, pour sauver le duc de Mayenne d'un danger imminent, pour ranimer le courage des habitants, pour donner de l'autorité à sa légation, enfin pour démentir le faux bruit répandu par les adversaires que Sa Sainteté refuserait Son appui à la Sainte-Union. Il se félicite et attribue à la miséricorde divine d'avoir pu arriver à temps, a On a, dit-il, dans ce pays, une très-grande peur de Sa Sainteté. Il suffira qu'on sache qu'à Rome on bat le tambour, (qu'on y enrôle des soldats), et beaucoup de nobles penseront à leurs intérêts et abandonneront Navarre. Mais il faut de l'argent et des troupes, de la cavalerie et de rinfanterie. Avec ces secours et les excommunications on viendra à bout des huguenots, sinon on doit désespérer du salut de ce royaume. »
< En ceci le duc s'est trompé, le long sïége de Paris Ta biea prouvé. II. '21
hn SlXTE-QUINT.
Mayenne le sonde sur le projet, déjà médité par les chefs de la Ligue, de nommer Philippe protecteur de la couronne de France. Le légat demande que cet honneur soit réservé au pape. Enfin, il transmet et appuie les vœux du duc, qui recommande l'alliance étroite entre Rome et Madrid.
En se mettant à la place de Sixte-Quint, qui, au lieu de trouver dans les rapports de son représentant des arguments à faire valoir contre les prétentions d'Olivarès, y rencontre les mômes demandes, on comprend ses colères, injustes en ce sens que son envoyé a eu Tordre d'appuyer les adversaires de Henri, mais motivées sous un autre rapport. Le légat ne voit plus que parles yeux de la Ligue ; il oublie une partie essentielle de sa mission, celle de négocier avec les catholiques royaux.
Cependant pour la forme, car il ne se promet aucun résultat de ces démarches, il s'est mis en relation avec le cardinal de Vendôme. Celui-ci lui a fait dire que le seul moyen d'apaiser le royaume est de « réduire Navarre à la religion catholique; qvs le légat le cite et quHl l^exho7^te\ et on verra. «Gaëtani ne trouve pas de termes assez forts pour blâmer l'aveuglement et la tiédeur du cardinal. Il en revient aux dangers de la situation, à l'urgence de voir le Saint-Père entrer en campagne, à l'intention qu'il suppose à Henri, une fois vainqueur en France, de pénétrer en Italie et de marcher sur Rome. Toute la phraséologie des ligueurs et des agents espagnols se retrouve dans ses rapports
* Ces mots du rapport sont soulignés, évidemment de la . main de Sixte-Quint.
et chacun de ses courriers produit au Vatican une nouvelle explosion de colère.
Sachant le prix que Sixte-Ouint met à un accord avec le duc de Nevers, le légat y prête la main, mais il est persuadé d'avance que cette tentative n'aboutira pas. « C'est, écrit-il au cardinal Montalto, un chevalier de beaucoup d'intelligence. Mais, à vrai dire, il a très-haute opinion de lui-même, et il est fort engagé avec la maison de Bourbon. Il ne peut pas voir le duc de Mayenne dans la charge que celui-ci occupe. Il a l'esprit tellement tourné à la spéculation, que le plus souvent il poursuit des chimères.»
Lorsque Mayenne, presque brouillé avec Nemours et Aumale, songe à faire la paix avec Henri, c'est le légat qui tâche de l'en détourner. Enfin il est convaincu que P.aris se serait alors déjà rendu au roi de Navarre si, grâce aux cinquante mille écus de Sa Sainteté qu'il a donnés à Mayenne, il n'avait pas empêché cette fatale résolution.
Les dépêches du cardinal Montalto renouvelant, sans cesse, l'expression du profond mécontentement du pape, Gaëtani charge le patriarche d'Alexandrie, son frère, de se rendre à Rome, de le justifier et d'insister sur la nécessité d'envoyer de l'argent en attendant qu'arrivent les troupes auxiliaires du pape, d'imprimer surtout dans l'esprit de Sa Sainteté que Henri, hérétique très-obstiné, ne doit jamais être admis à l'abjuration \
* L'iastruction du légat à son frère, le patriarche d'Alexandrie» écrite par son secrétaire Riccardi et apostillée de sa main, se trouve dans
Engagé d'un côté fort avant et beaucoup trop avec la Ligue, en parfaite entente avec l'Espagne, retenu ensuite par des ordres postérieurs à l'époque où le grand revirement, que le lecteur connaît, s'était opéré au Vatican, l'infortuné légat perdait la tête et ne savait plus comment sortir avec honneur d'une situation devenant plus fausse de jour en jour. Peu de temps après la bataille d'Ivry, il eut à Noisy, une entrevue avec le maréchal* de Biron. Certes, le moment pour détacher ce personnage de la cause de Henri n'était pas bien choisi. Aussi cette rencontre n'eut-elle aucun résultat. Le maréchal scandalisa le légat par sa tiédeur * en disant qu'il ne servait pas l'hérésie, mais le roi légitime, avec l'espoir fondé de le voir bientôt catholique.
Ce fut après cette entrevue que le représentant du Saint-Siège prononça les censures. Il écrivit au cardinal de Vendôme et aux prélats partisans de Henri réunis à Tours qu'ils étaient excommuniés. Vendôme répondit qu'ils se trouvaient auprès du roi avec autorisation du Saint-Père ; qu'ils étaient là pour travailler à la conversion de Sa Majesté ; que par conséquent, pour sa- part, il ne pouvait cacher au légat son étonnement de le voir si peu informé des volonlés de Sa Sainteté.
les archives de M. le duc de Sermoneta. Elle a été publiée en traduction française dans la livraison de la Revue du monde catholique, du 10 avril
^ « Se conocia en él muv poca religion. » — Olivarès à Philippe II, rapport précité du 1*' mai 1590. — Le cardinal de Vendôme au duc de Luxembourg. Tours, 6 avril 1590, en traduction italienne, formant annexe d'un rapport d'Alberto Badoer au doge^SS avril 1590. Ârch. Ven. Disp, Rome, /i/. 24.
LA LIGUE. ù)ib
Quant à la conversion éventuelle de Henri, le légat n'en crut rien. Ce prince, dit-il, prétend être empêché de se faire instruire par les occupations de la guerre ; mais c'est un faux prétexte, puisque peu de Français sont mieux renseignés en matière de foi. Il pense à autre chose qu'à la religion et songe déjà à se faire élire roi des Romains. Enfin, le légat mande qu'à Tours, siège principal des sommités ecclésiastiques qui avaient embrassé le parti de Henri, un Père dominicain a prêché que, loin de procéder contre les adhérents du roi, le Saint-Père formait les vœux les plus ardents pour la conversion de Sa Majesté, et comblait le duc de Luxembourg de gracieusetés.
Sixte-Quint* fit lire ces lettres dans la congrégation de France. 11 loua la discrétion de Biron, approuva la réponse du cardinal de Vendôme et blâma vivement la conduite du légat, qui ne faisait rien ou agissait à contre-temps, qui disait lui-même que rien ne dépopularisait la cause de la Ligue aux yeux des Français comme les intelligences de ses chefs avec l'Espagne, et qui cependant affichait son intimité avec Don Bernardino de Mendoza en se montrant tous les jours avec lui dans les rues de Paris. Il contrecarrait, enfin, tous ses desseins. Il savait, il répétait sans cesse que le nom de l'Espagne seul suffisait pour exaspérer les Français et, néanmoins, il avait eu l'imprudence de déclarer que Henri ne pouvait être roi, parce que Philippe ne le permettrait pas. Il avait raison d'être en rapports con-
* Alberto Badoer au doge, 31 mars 1590. Ibid. — Le même au même, autre rapport du 28 avril 1590. Arch. Ven. Dwp. Rome, fil, 24. — Le même au même, 5 mai 1590. Ibid.
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fidentiels avec les Espagnols, ses premières instructions le lui avaient prescrit, mais il manquait de tact et de mesure et compromettait son gouvernement en annonçant tous les jours aux Parisiens les secours du Saint-Siège, tandis que, depuis la défaite d'Ivry, la Ligue n'était plus qu'un corps sans vie. Vu les progrès du roi de Navarre, vu la rébellion en Flandre, qui empêchait le duc de Parme de venir au secours de Paris, et l'ensemble de la situation, il ne comptait plus donner ni argent ni soldats. «On nous accuse, s'écriat-il, d'être avare. Nous ne le sommes pas, mais nous ne voulons dépenser les trésors du château Saint-Ange qu'à bon escient, ainsi que nous le faisons en bâtissant tant d'édifices, en érigeant des obélisques — et il se mit à énumérer tout ce qu'il foisait — mû, disait-il, par un certain désir de gloire dont nous ne nous cachons pas * ; mais ce que nous ne voulons pas, c'est jeter l'argent sans profit, sans autre résullat que d'offenser de plus en plus le roi de Navarre aujourd'hui victorieux, de le détourner enfin des bonnes intentions qu'il peut avoir. » Par toutes ces raisons, il voulait temporiser, tandis que chaque courrier du légat lui apportait des dépêches poussant à l'action.
L'ambassadeur d'Espagne suivait d'un œil jaloux les transactions de la congrégation de France, surtout de celle dite générale. Dans sa correspondance avec Philippe, il rend compte' de l'attitude des cardinaux, vassaux, bénéficicrs, ou pensionnaires du roi catholi-
* « Certi spiriti di gloria. »
* Olivarès à Phillippe U, 19. avril 1590. Arch. Simancas. S. de E. Rom^ Leg, 956.
que; il distingue entre ceux qui a dans la tempête » se sont bien ou mal conduits, qui se sont montrés tièdes, qui ont voté contre les intérêts de l'Espagne. Il propose des récompenses, des louanges, l'expression du blâme, des punitions selon le mérite de chacun. Si la satisfaction que lui donnent plusieurs pourprés constate la triste dépendance d'une partie du sacré collège, ses colères contre les récalcitrants prouvent en faveur de ceux qui ont osé braver le mécontentement du puissant monarque. c< Dans ces séances, écrit-il à Philippe, le pape présente les faits à sa manière, justifie sa conduite par des paroles qu'il a dites avec l'intention de ne pas s'y conformer, ou qu'il n'a pas même dites, ni entendu dire. Il communique ou passe sous silence ce qui lui convient, s'emporte aux moindres objections qu'on lui fait et déclare factieux qui n'est pas de son avis. De ses vingt-trois créatures il exige adhésion implicite à sa volonté. Les vieux cardinaux (ceux qui ont élé promus par des papes antérieurs) craignent de s'aliéner Montalto, d'autres redoutent le tempérament colérique du Saint-Père, bien capable de leur jouer un mauvais tour. » La vérité est que la grande majorité des cardinaux était favorable à Philippe, et si Olivarès se plaignait de Sixte-Quint, celuici déplorait en pleine séance les sympathies espagnoles des pourprés, qui voulaient, disait-il, le pousser à dépenser le trésor de l'État, et à mettre ainsi le Saint- Siège sous la dépendance des princes.
Par égard pour le roi d'Espagne, la question du rappel du légat avait été résolue négativement. Le frère du cardinal, le patriarche d'Alexandrie, arriva, mais il
ne put apaiser le pontife, qui proûta même d'un incident pour le mettre aux arrêts. Deux prédicateurs, un capucin et un théatin, à Tinstigation de ce prélat, avaient recommandé aux fidèles de prier pour la Ligue. Ils furent incarcérés et mis au secret. Une ordonnance fut publiée en même temps, défendant aux prédicateurs, sous des peines sévères, toute allusion aux affaires politiques*.
Dans ces tiraillements se passèrent le printemps et une partie de Tété; Olivarès tenant hors la Porte du Peuple des conciliabules secrets avec Deza, Sens et d'autres cardinaux de sa couleur*; Sixte-Quint luttant presque seul, faisant ses confidences à l'ambassadeur de Venise, payant celui d'Espagne de paroles vagues, se mettant souvent en contradiction avec lui-même comme cela arrive à ceux qui parlent énormément et oublient, par conséquent, ce qu'ils ont dit ou tu dans d'autres occasions. Cependant, il ne trahissait que trop à Olivarès ses sympathies pour Henri, qui, il en était convaincu, n'attendait pour abjurer que d'être maître de Paris ; à Badoer les concessions qu'il s'était laissé arracher par les Espagnols, à tous son désir de s'en dégager. Il cotifondait les temps, se trompait sur les dates, s'étudiait à mettre d'accord ses aspirations si différentes dans les deux époques, faiblissait physiquement de jour en jour, dépérissait à vue d'oeil. Mais
* Olivarès à Philippe U, i9 juin 1590. Arch. Simancas. S. de E. Rome. Leg. 956. — Alberto Badoer au doge, 26 mai 1590. Arch. Ven. Dùp, Rome, fil. 24. — Le même au même, 2 juin 1590. Ibid. — Le même au même, 9 juin 1590. Ibid. — Le même au même, 16 juin 1590. Ibid. — Le même au même, 25 juin 1590. Ibid.
* Nicolini au grand-duc Ferdinand, 11 mai 1590. Arch. Flor. fil. 5299.
il voulait être bien portant, décidé à mourir debout, â lutter à outrance avec ce terrible Espagnol qui forçait ses consignes, pénétrait chez le vieillard infirme; qui, impérieux ou déférent, empoisonnait son existence, l'humiliait à ses propres yeux, puisqu'il rintimidait, lui Sixte-Quint, qui naguère n'avait pas connu la peur.
On a vu que le représentant de- la Seigneurie revenait sans cesse auprès du pape aux dangers qui menaçaient l'Europe du côté de la Turquie. C'était en effet, depuis longtemps et surtout depuis que Philippe II s'était ouvertement déclaré en faveur de la Ligue, l'objet de l'anxiété croissante des cabinets. Quelle sera dans la grande conflagration européenne qui paraissait imminente la conduite du sultan ? Qu'il ne restât pas spectateur oisif, c'est ce dont personne nedoutait. C'était précisément celte prévision qui avait décidé le gouvernement vénitien, après et avec l'Empereur, la puissance la plus directement intéressée au maintien de la paix, à sortir de sa politique d'abstention, à favoriser, indirectement, une solution prompte des questions pendantes en France, car la prolongation de la guerre civile dans ce pays, la participation d'autres puissances ramenaient nécessairement les Turcs sur la scène. D'après un bruit généralement accrédité à Péra, le Grand Seigneur, cédant aux instances de la reine d'Angleterre, méditait une expédition maritime, appuyée par le dey d'Alger, dans le but d'opérer un débarquement en Provence, et de s'emparer de Marseille.
Henri de Navarre, désireux de se servir des armes
350 SIXTE-QUIICT.
de ces puissants auxiliaires, non pour les appeler en France, nmais pour les diriger contre l'Espagne, écrivit au sultan et au c< premier pacha, » au grand-vizir, au moment où il mettait le siège devant Paris ^
Après avoir raconté brièvement l'assassinat de Henri III, attribué par lui à ceux de ses sujets rebelles qui espéraient, par ce crime, s'emparer de la couronne de France, il notifie son avènement comme roi légitime. La rébellion, il est vrai, continue; elle est appuyée par les Espagnols, ennemis de toutes les monarchies, et notamment de celle du Grand Seigneur. De là pour lui l'obligation de pourvoir aux besoins de la guerre jusqu'ici heureuse. Il informe le sultan de la victoire dlvry, de la conquête d'un grand nombre de villes et de provinces, de son espoir de se rendre bientôt maître de Paris. Enfin, il s'excuse, sur les opérations militaires qu'il dirige lui-même, d'avoir si longtemps tardé à reprendre avec le sultan les relations d'amitié si heureusement subsistantes entre les empereurs musulmans et les rois de France, ses prédécesseurs. Mais il réparera celte omission sous peu; il enverra un ambassadeur digne de la confiance des deux souverains. Celui qui s'y trouve en ce moment, M. de Lancôme, ne la mérite pas. Il a épousé la cause des rebelles, et le roi prie le sultan de ne plus le considérer comme représentant de la France.
Cette lettre qui, sauf la saillie significative contre
* m. Jacques Savary, seigneur de Lancôme, depuis 1585 anobassadcur (ie France k Gonstantinople, sut se procurer une copie de la lettre de Henri.
l'Espagne et le passage, concernant M. de Lancôme, ne sort pas des généralités, fut envoyée à M. de Maisse, ambassadeur de Henri à Venise, et par celui-ci à Tagent de la reine d'Angleterre à Constantinople. Elle n'y arriva que le 13 juillet, et fut quelques jours après solennellement remise par ce diplomate au principal ministre du sullan. Le premier pacha, c'était le titre qu'il portait, se montra fort content de la démarche du roi, fort heureux, dit-il, de savoir sur le trône de France un prince ennemi du roi d'Espagne et du pape, la Sublime Porte étant d'ailleurs toujours ouverte à ceux qui recherchaient Tamitié du Grand Seigneur. Le surlendemain, M. de Lancôme fut averti par un simple chapus qu'il avait à cesser ses fonctions. Des démarches par lui tentées auprès du vizir n'eurent d'autre résultat que la permission de prolonger son séjour à Péra. Il s'était attendu à pis, et se félicita d'en être quitte pour la perte de son caractère officiel; car la Turquie étant considérée comme en état perpétuel d'hostilité avec les puissances chrétiennes, les ambassadeurs étrangers à Constantinople ne se trouvaient pas placés sous l'égide du droit international, et eurent plus d'une fois à endurer de fort mauvais traitements. A en croire M. de Lancôme, M. de Maisse par sa correspondance, les représentants de Venise et de l'Angleterre auprès de la Sublime Porte par la persuasion et par des cadeaux, tâchèrent de décider les Turcs à se déclarer et à opérer une diversion en faveur de Henri, en dirigeant sur Marseille ou sur la côte d'Espagne les deux cents galères qu'ils avaient armées sur la demande expresse de la reine
Elisabeth. Une flottille anglaise devait, au prochain printemps, transporter des troupes en Portugal et j raviver Tinsurrection sous la conduite de Dpm Antonio.
Telles sont les nouvelles que l'ambassadeur de France transmet à M. de Dieu, l'agent du duc de Mayenne à Rome, en faisant prier ce dernier d'arrêter, à leur passage par Lyon, les messagers porteurs delà correspondance de Henri et d'Elisabeth avec l'ennemi delà chrétienté*.
Cependant en France un événement important venait de s'accomplir. Le cardinal de Bourbon, le Charles X de la Ligue, était mort*. Pour la Sainte-Union, pour Philippe, le trône de France était devenu vacant. Il fallait y pourvoir. La succession était désormais la question brûlante du jour. Selon le légat, qui la traite dans un de ses rapports', il n'y a en France aucun prince qui puisse donner satisfaction au pays; Navarre étant hérétique, relaps, et par conséquent incapable de succéder ; le cardinal de Vendôme trop lié avec Henri et pas homme de guerre; le prince de Conti presque sourd-muet; Soissons suspect en matière d'orthodoxie ; le jeune prince de Condé bâtard et
*■ Lancôme à Tambassadeur de la Ligue à Rome. Constantinople, 21 juillet 1590. Arch. Simancas, S. de E. Rome. Leg. 956. — Le même au même. Constantinople, 4 août 1590. Ibid, — Henri à Âmuratb, datée du camp sous Paris, 28 avril 1590. Ibid. — Les lettres du roi et de M. de Lancôme ont été traduites en italien, probablement pour être communiquées au pape ou à des cardinaux. Des copies en ont été envoyées à' Madrid. Ce sont les seules traces des relations dé Henri lY avec le sultan que j'aie trouvées parmi les correspondances officielles du pontificat de Sixte-Quint.
* 8 mai 1590. — Alberto Badoer au doge, 9 juin 1590. Arch. Yen. Disp. Rome, /S/. 24. — Le même au même, même date. Ibid.
' Le même au même, 9 juiUet 1 590. Ibid.
hérétique; le duc de Montpensier et son fils faibles et incapables. Après avoir, ainsi, donné l'exclusion à tous les primces du sang, il passe en revue les membres des maisons de Guise et de Lorraine, impossibles comme étrangers, le duc de Savoie détesté à cause de l'entreprise de Saluées et aussi comme étranger. Cela étant, Gaëtani en arrive à la conclusion qu'il faut prier Dieu pour qu'il daigne y pourvoir.
Ce n'était pas l'avis de Sixte-Quint. Selon lui, il n'y avait de possible que Henri qui, maître de Paris, se fera catholique, et sera ensuite proclamé roi, du consentement presque universel. Mais les conclusions du légat répondaient aux vues de Philippe. Si Henri de Navarre, si les princes du sang, si les Guises et les Lorrains sont exclus, évidemment c'est le roi d'Espagne qui donnera la solution. Dans ses instructions^ adressées en mai et en juin à l'intendant général Tassis, au commandant Moreo et à Don Bernardino de Mendoza, Philippe expose sa pensée intime. Il charge Parme, dit-il, d'entrer en France avec toutes les troupes disponibles. Il ne peut pas faire davantage et Mayenne doit être engagé à solliciter le secours de Sa Sainteté qui, on a lieu de l'espérer. S'associera à l'entreprise. Une fois le territoire français envahi, on profitera de l'occasion pour s'emparer de Cambrai. On tâchera de faire disparaître les soupçons qui existent au sein de la Ligue à l'égard du duc de Savoie. La bonne entente entre ce dernier et Mayenne est né-
^ Instruccion à Jtuin-Bautista Tarn, Moreo y Don Bernardino de Mendoza^ sobre los negodos de Francia. Madrid, 5 mai 1590. Ârch. Simancas. S, de E, Flandre. Leg. 2220.
cessaire. C'est le duc de Savoie qui, en occupant la Provence, empêchera les Turcs d'y prendre pied. Le duc de Lorraine est un membre important de la Ligue. On doit le secourir, et Mendoza et Tassis auront soin de lui remettre de suite vingt mille ducats et la même somme, plus tard, dans des circonstances prévues. Ils lui offriront aussi la Toison d'or. Ils provoqueront un édit qui défende de traiter avec le Béarnais. Le roi est disposé à accepter, seul ou en commun avec Sixte- Quint, le titre de protecteur de la Ligue. Ses représentants auront soin de pousser le Légat à c< enflamer y> le zèle du pape. Ils sonderont le duc de Mayenne sur la question de succession. c< L^infante, ma fille aînée, continue l'instruction, a des droits incontestables nonseulement sur certaines parties mais sur le royaume entier*. La loisaliqueet les us et coutumes de France ne sauraient être allégués comme obstacles. On pourra aussi insinuer l'éventualité d'un mariage de l'infante. » Il y a deux grands dangers à conjurer : d'abord la réhabilitation de Béarn et l'admission par le pape de son abjuration, malgré les engagements contraires que Sa Sainteté a pris à ce sujet. L'autre danger consiste dans un accommodement avec Béarn des villes et du peuple catholiques, fatigués des souffrances qu'ils endurent. Mendoza, Moreo et Tassis s'opposeront à une semblable solution. Ils se prévaudront à cet effet de l'appui du légat.
* L'infante Isabelle-Glaîre-Eugénie, iiUe de Philippe II et d'Elisabeth de France, fille de Henri U et et de Catherine deMédicis, descendait ainsi de François I" et de la reine Claude, fille elle-même de Louis XII et d'Anne de Bretagne, à laquelle appartenait le duché de Bretagne.
LA LIGIE. 355
Dans une seconde instruction \ le roi entre plus avant dans l'examen de la question de succession. Il applaudit au courage et à la persévérance des habitants de Paris, alors cerné par les troupes de Henri, promet son secours et charge ses représentants d'émettre éventuellement des déclarations publiques au sujet de la succession. Il sera, toutefois, nécessaire de s'entendre avec Mayenne, de lui ôter tout soupçon, de lui dire que de toute façon et quel que soit le prince appelé au trône de France, il gardera la seconde place en qualité de lieutenant général du royaume. Ici le roi écrit de sa main en marge de la minute qu'il vaudrait peut-êlre mieux ne pas le lui dire*. Ce passage fut donc modifié. On pourvoira à la situation du jeune duc de Guise encore prisonnier. Dès qu'on sera parvenu à s'entendre avec Mayenne, on tâchera de se mettre d'accord avec le légat. Il serait dangereux de réunir les États-Généraux pour leur déférer l'élection du roi. Mieux vaudrait le faire nommer par le Parlement de Paris. Dans ce cas, les autres villes suivraient l'exemple de la capitale. Si on exprime le désir de connaître les vues de Sa Majesté relativement à la personne qui portera la couronne de France, les ambassadeurs répondront d'abord par des généralités, en disant que leur maître donnera la préférence à celui des compé-
* Instruction de Philippe H, juin 1590. Delo que Su Magestad manda que se advierta y procure en el estado présente de las cosas de Francia para ponerlas en camino de algun asiento y remedio. Ârch. Simancas S. de E. Flandre. Leg. 2220.
* Voici cette note : • No se si es bien decirle esto, ni yo lo intiendo muy bien, y asi se mire como se pondra. » — Le secrétaire ajouta le mot • mudôse. t
titeurs qui sera le plus fort et le plus propre à rétablir la religion catholique dans le royaume. De là l'exclusion du cardinal de Vendôme ainsi que de tous les membres de la maison de Bourbon, puisque tous ont porté les armes au service de l'hérésie. Ce point établi, ils insinueront habilement les droits de l'infante, que l'instruction expose, et ils combattront l'opposition qu'on pourrait faire du chef de la loi salique, celte loi étant une invention, ainsi que cela est reconnu par les plus grands légistes français. Cette matière doit être traitée avec beaucoup de tact. Il faut surtout éviter d'envenimer la discussion. Ses ambassadeurs lui feront connaître la marche des choses et attendront ses ordres sur les diverses candidatures; mais si l'élection était précipitée, il n'objecte pas au choix du marquis de Pons, ni à celui du duc de Guise, d'autant moins que dans ces deux éventualités, Mayenne garderait dans le royaume la seconde place, qui lui est due, la plus grande autorité, et la direction suprême de l'armée. Dans le cas d'élection, il faudra ratifier la capitulation passée entre lui (Philippe II) et le cardinal de Bourbon, et aussitôt exécuter la clause concernant la restitution de Cambrai. Le nouveau roi s'engagera à se marier conformément au désir de Philippe. Pour le cas d'une seconde entreprise contre l'Angleterre, on conviendra des ports de refuge français, qui seront mis à la disposition delà flotte espagnole, ainsi que de l'assistance à prêter par la France. Si le choix tombe sur le fils du duc de Lorraine, il est à stipuler que ce duché ne pourra jamais être réuni à la France, qu'il devra être cédé à l'Espagne et former ainsi le lien
entre le comté de Bourgogne (la Franche-Comté) et les Pays-Bas. Si la cession ne peut être obtenue, il faudra insister au moins pour que le duché passe au second frère du duc de Lorraine et à ses descendants. La question du mariage de Tinfante est des plus délicates. Si d'autres la mettent en avant, les plénipotentiaires n'accepteront ni ne déclineront la discussion; ils se borneront à déclarer ne pas connaître les intentions de Sa Majesté* Ils ajouteront que leur maître aime sa fille tendrement, que la France est un pays plein de troubles; enfin, par des insinuations adroites, ils tâcheront de produire la conviction que cette union serait du plus, grand avantage pour les Français. Ils donneront à entendre qu'avec l'infante tous ses litres, droits et privilèges passeraient à la couronne de France, outre que ce royaume pourrait désormais compter sur la faveur et la protection du roi d'Espagne. Sa Majesté, dit l'instruction en terminant, S'en remet à l'habileté de Ses ambassadeurs, et plus encore aux succès de Son armée dirigée par le duc de Pafme.
En résumé, au dire même du légat Gaëtani, aucun des princes du sang, saiif un seul dont il ne veut pas, Henri de Navarre, n'avait la moindre chance de se faire accepter ; les membres des familles de Guise et de Lorraine et le duc de Savoie se trouvaient dans le même cas; tout prince étranger serait repoussé par le pays, si on laissait au pays la faculté de choisir son roi. Cette appréciation était celle de tout le monde, personne n'osait la combattre. Cela étant, il ne restait que cette alternative : ce sera, selon l'issue de la guerre, ou la France ou l'Espagne qui fera le roi. Dans le premier lu 2-2
cas, l'élection de Henri n'est plus douteuse; dans le second ce sera à Philippe de disposer du royaume. Il y établira sa fille qui donnera sa main à un prince français et, en contra\ention à la loi salique, y régnera de son droit ; ou bien la France sera démembrée. Celte dernière solution semblait surtout sourire à l'ambition du duc de Mayenne. Comme prix de son élection, il offrit à Philippe la cession à l'Espagne de la Bourgogne, de la Provence, du Dauphiné et de la Bretagne ! C'est la combinaison que son agent principal à Rome, le cardinal de Sens, au moment départir pour la France*, fait par un ami commun insinuer au comte d'Olivarès.
Par. la force des choses et non par la volonté des hommes , en raison de l'incapacité personnelle des individus appelés à succéder par leur naissance, de la supériorité et de la naissance de Henri de Navarre, et de la situation où il se trouve, lui seul est possible en France, et la France n'est possible qu'avec lui. S'il succombe, elle sera, n'importe 5 quel titre, inféodée à l'Espagne.
* Olivarès à Don Bernardino de Mendoza, 28 juillet 1590. Arch. Simancas. S. de E, Rome. Leg. 955. — « Bien tocô que no ha muchos aôos que el Ducado de Borgona, y la Provenza, el Deltinado y la Bretaâa no eran de la corona de Francia y que por eso los Reyes no dejaban de ser grandes ; que un cardenal amigo suyo (de Sens) me dijo que si obrasemos que Humena fuese Rey que daria à V. Magestad estas cuatro provincias. » Les derniers mots sont soulignés, probablement de la main du roi.
Le duc de Sessa , annoncé depuis plusieurs mois, était attendu par le pape avec une inquiétude mal dissimulée; par le comte. d'Olivarès*, avec une impatience mêlée de dépit; par la cour et la ville de Rome, comme l'homme destiné à déterminer la grande crise, à enchaîner Sixte-Quint à la politique de Philippe ou à le pousser dans les bras du roi huguenot. Ce personnage avait perdu quelques semaines dans le port de Carthagènc à attendre les galères qui devaient le transporter en Italie. Il arriva enfin, le 21 juin. Deux jours après, introduit par l'ambassadeur ordinaire, il eut sa première audience. Le duc de Sessa, fils de l'ancien gouverneur de Milan, était malgré sa jeunesse, le dépositaire des pensées secrètes de son souverain, l'instrument choisi pour achever par la douceur*, s'il était possible, ce qu'Olivarès, par sa violence
* Olivarès à Philippe H, 19 et 20 juin 1590. Àrch. Simancas S. de E, Rome. Leg, 955.
* Sessa h Philippe II, 30 juin 1590. îbid. « Conforme lo que V. Magestad me onfena en mis instrucciones probar con Su Sanlidad el camino de los medios suaves y apurar si corresponderian las obras con la bnena voluntad que en sus palabras mostraba. » — Olivarès à Ydiaquez, 19 août 1590. Ibid. Leg. 956. — Alberto Badoerau doge, 30 juin 1590. Arch. Ven. DUp. Rome, fiL 24.
portée trop loin selon Topinion du roi, n'avait pu accomplir. L'objet de sa mission était d'obtenir Timmédiale et entière exécution des propositions du 16 décembre que, par les raisons et sous les prétextes connus du lecteur, le pontife avait jusque-là laissés à l'état de lettre morte. A côté et comme but véritable de l'intervention militaire qu'il s'agissait d'organiser sans perle de temps, le duc devait préparer la solution d'une autre question, celle de la succession à la couronne de France dans le sens des instructions données par le roi a ses agents à Paris, Don Bernardino deMendoza, le commandeur Moreo et l'intendant Tassis.
La première audience se passa en échange de paroles, affectueuses de la part du Saint-Père, pleines de déférence du côté du jeune ambassadeur. Ce ne fut que dans la seconde qu'on entra en matière. L'émotion du pape était visible. Pendant que le duc exposait au point de vue de son maître les maux de la France et les moyens d'y remédier, les mains de Sa Sainteté tremblaient convulsivement, non pas de colère, cette fois, mais d'émotion, de peur, dit Olivarès qui assistait à l'audience. Évidemment Sixte-Quint s'était attendu à un langage plus énergique, à des reproches plus durs, à de plus grandes prétentions, à des menaces, à celle surtout, dont l'appréhension l'obsédait sans cesse, d'être amené par des mesurçs coercilives à mettre à exécution ses propositions comme il les appelait, les engagements pris, comme disaient les Espagnols, aux termes des ouvertures du cardinal Gesualdo. Mais rien dans l'exposé de Sessa ne trahissant de semblables intentions, il se rassura, reprit courage, et avec le
courage, non dans cette audience, mais dans les suivantes, son langage habituel ; il gesticula, cria, s'emporta, selon Olivarès, jusqu'à extinction de voix.
Le duc rappela en termes respectueux les engagements du 16 décembre, exprima au sujet du retard qu'en avait éprouvé l'exécution les regrets du roi, démontra qu'il y avait péril en la demeure, et demanda péremptoirement l'emploi immédiat des moyens temporels, la formation d'un corps d'armée, et celui des moyens spirituels, l'excommunication des adhérents de Navarre. Il s'abstint de parler des subsides.
Le pape répondit , c< qu'il avait toujours maintenu les propositions de Gesualdo ; que d'ailleurs ces propositions n'avaient pas été transformées en convention; que s'il n'avait rien fait, le roi n'avait fait que fort peu, et rien pour secourir le duc de Mayenne pendant le siège de Dieppe ; qu'on le tourmentait par des menaces de protestation ; que néanmoins, laissant le passé de côté, il était prêt à faire une convention (une capitulation comme on disait alors); qu'il étaiL en mesure de lever des gens dans Tespace de quinze jours, que toutefois il était bien décidé à jeter son argent plutôt dans le Tibre que d'en envoyer au duc de Mayenne ; que le légat, en remettant des fonds à ce prince, avait agi contrairement à ses instructions; que, pour sa part, il était décidé à ne jamais secourir la Ligue, parce que l'inimitié entre les maisons de Bourbon et de Guise résultait de vieilles rancunes et n'avait rien de commun avec les intérêts de la religion ; que c'était pour cette raison que beaucoup de cardinaux, de princes et de seigneurs ennemis de Mayenne,
s'étaient ralliés au roi de Navarre, et que, précisément pour cette raison, il ne voudrait pas se donner l'apparence d'être ligueur ou protecteur de Mayenne. C'est en gardant la neutralité entre ces deux partis, en déclarant hautement que l'intervention pontificale et espagnole se ferait exclusivement dans le but de donner à la France un roi catholique, et non pour favoriser la Ligue, qu'on pouvait espérer réunir sous le même drapeau tous les catholiques de la France. » Ces sages paroles sont l'expression vraie de la pensée intime de Sixte-Quint. Sous ce rapport il était parfaitement sincère ; mais il s'arrêta là, il ne dit pas le dernier mot : sa conviction que ce roi catholique, le seul possible en France, le seul exclu définitivement par Philippe, était Henri de Navarre. A ces arguments politiques destinés à expliquer sa ferme résolution de ne pas s'identifier avec les passions et les tendances essentiellement antinationales de la Ligue, il ajouta une longue série de. griefs contre le duc de Mayenne. Ce dernier lui avait manqué, disait-il, en la personne du légat qu'il a retenu longtemps à Lyon et reçu à Paris d une manière peu convenable. Il avait envoyé à Rome, comme ambassadeur de la Sainte-Union, un libraire^ et ensuite un pauvre chevalier de Malte. Il était, en général, peu respectueux pour le Saint-Siège, et laissait commettre à ses soldats toutes sortes d'horreurs. La conduite du duc, celle du légat, la méfiance qu'ils lui inspirent l'un et l'autre, sont la cause de son inaction. On lui écrit aussi d'Espagne, quoiqu'il ait de la peine à le croire, que le roi n'a d'autre but que de lui faire débourser ses économies.
Les ambassadeurs répliquèrent que le contingent espagnol était réuni en Savoie, et prêt à entrer en France en même temps que le duc de Parme y pénétrerait avec Tarmée de Flandre. «C'est la manière, dit Sixte-Quint, de dépenser son argent en pure perle. Rien n'est mauvais comme d'éparpiller ses forces, de les laisser inactives, de les payer sans en tirer aucun parti.. Si cela convient au roi, il peut le faire, puisque ses galions lui apportent tous les ans les trésors des Indes. Mais nous ne sommes pas dans le même cas. Nous entrerons en campagne dès que nous serons prêt, et alors une fois engagé, nous vendrions jusqu'à notre mitre, si besoin était. En ce qui concerne les moyens spirituels dont le duc nous parle, il faudrait, pour discuter cette question, avoir étudié la théologie. Nous la savons, et nous savons ce qu'il faut faire en cette circonstance, et quand il faudra le faire. D'ailleurs nous ne comptons pas pousser au désespoir les partisans catholiques de Navarre. »
Il passa ensuite à la partie la plus importante de la mission du duc de Sessa, au concerta établir à l'égard de Ja succession. Sur ce point son langage, qui a néanmoins une légère teinte d'ironie, tend à cacher sa pensée intime. Il maintient, d'abord, sa déclaration, souvent répétée, qu'il acceptera le candidat du roi Philippe. Si Philippe veut prendre la France pour lui-même, qu'il le fasse, ce n'est pas lui qui l'en empêchera ; il est même prêt à y concourir. Mais c'est un grand secret (qu'il a dit à cent mille personnes, remarque Sessa dans son rapport). Si le roi se décide en faveur des ducs de Savoie et de Lorraine ou même de
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Mayenne, quoique ce dernier lui répugne, il ne fera aucune objection. Tout roi lui est bon, pourvu qu'il soit catholique et il se dit à lui-même : Pendant que nous négocions ici, Henri aura pris Paris, se sera fait catholique et aura été proclamé roi de France.
En passant au mode d'élection, il soutient qu'il n'appartient pas à la nation française, que c'est au pape de choisir le roi , ainsi que cela s'est passé deux fois à l'époque de Pépin et de Hugues Capet. Cette prétention n'était pas sérieuse, mais elle faisait gagner du temps.
A la fin, malgré les remontrances des ambassadeurs qui insistaient pour qu'il exécutât purement et simplement les propositions du 16 décembre, il fut convenu que deux cardinaux seraient délégués par Sa Sainteté pour concerter avec les représentants de Philippe le texte de la capitulation.
L'audience avait duré plusieurs heures, et les ambassadeurs accablés sous ce flux de paroles, et fort en peine d*en démêler le sens, se retirèrent avec l'impression que Sixte-Quint ne songeait réellement qu'à temporiser et à se dégager. La troisième audience qu'ils eurent, le 30 juin, les confirma dans cette opinion. De son côté, le pape avait dit à Graiziosi, agent du duc d'Urbin qui s'empressa de rapporter ce propos aux ambassadeurs d'Espagne, que les desseins de Philippe et de Mayenne n'étaient pas pour lui un mystère: c'était le démembrement de la France.
Pendant que Sessa s'étudiait à imprimer dans l'esprit du Saint-Père la nécessité de remplir ses engagements, un courrier vint lui apporter, avec une lettre
Là ligue. 345
autographe du roi pour Sixle-Quint, de nouvelles instructions*. Philippe sejustifledes reproches d'avoir laissé sans réponse les lettres du pape et insiste sur la prompte exécution des propositions du 16 décembre; cite, pour prouver son empressement, les dates que nous avons fait connaître, en déduit que la cour de Rome est engagée, partage en général les soupçons d'Olivarès, demande enfin le monitoire contre les partisans catholiques de Navarre et le renvoi de Luxembourg. Cette instruction ne dit rien de nouveau, mais elle constate qu'à part les menaces de schisme et de guerre, et à part ses façons impérieuses, Olivarès ne s'est pas écarté des volontés de son maître.
La lettre du roi est la réponse à celle que le pape lui avait écrite le 8 mars, et dont nous avons parlé plus haut. Aux plaintes de Sixte-Quint, Philippe II répond par d'amers reproches. «Rien ne m'a plus surpris que de voir Votre Sainteté, après cet acte inspiré par Dieu (la bulle privatoire contre Henri de Navarre), laisser aux hérésies le temps de prendre racine dans ce pays, sans même vouloir ordonner aux partisans catholiques de Réarn de s'en séparer. L'Église est près de perdre un membre tel que la France ; la chrétienté est à la veille d'être mise à feu par les hérétiques réunis ; l'Italie court les plus grands dangers, et on regarde et temporise en face des ennemis de Dieu ! Et, à moi les offenses parce que, considérant tous ces intérêts comme s'ils étaient les miens, j'ac-
* Philippe n à Sessa. San-Lorenzo, 12 juin 1590. Arch. Simancas. S. de E. Rome. Leg, 955. — Philippe H à Sixte-Quint. San-Lorenzo, 12 juin 1590. Annexe delà pièce précédente.
cours auprès de Votre Sainteté comme auprès d'un père aimé et respecté; parce que, en bon fils, je Lui rappelle les obligations du Saint-Siège ! Par la miséricorde de Dieu, oùavez-vous trouvé dans tout le cours de ma vie, des motifs de penser de moi ce que vous me dites qu'on pense sur mon compte, et de quel droit me récrivez-vous? Dieu et tout le monde connaissent ma vénération pour le Saint-Siège, et rien ne m'en fera jamais dévier, pas même Votre Sainteté par le grand tort qu'EUe me fait en m'écrivant des choses semblables. Mais plus mon dévouement est grand, moins je consentirai^ à ce que vous manquiez aux devoirs envers l'Église et envers Dieu qui vous a donné les moyens nécessaires d'agir, et au risque d'importuner Votre Sainteté et de Lui déplaire, j'insisterai pour qu'EUe mette la main à l'œuvre. . . D'ailleurs, quoi qu'il arrive, je compte sur la divine protection qui m'éclairera et dirigera mes pas, et au demeurant je m'en remets à ce que le diic de Sessa dira à Votre Sainteté. » Sixte-Quint ne voulait pas pousser les choses à l'extrême. Il tenait à se montrer coulant. Il ne revit donc plus le duc de Luxembourg, mais il continua a recevoir Mgr Séraphin, l'âme, comme disait le diplomate espagnol , de la cabale béarnaise. Le patriarche d'Alexandrie, le frère du légat Gaëtani, les deux moines qui avaient prêché pour la Ligue, furent relâchés, et le cardinal d'Aragon, qui s'était réconcilié avec Olivarès, et le cardinal Santa-Severina, également de la faction espagnole, chargés de la mission de traiter avec les ambassadeurs. On se réunit aussitôt; les séances se succédèrent rapidement, et le 19 juillet
on tomba d*accord sur la minute d'une capitulation dont voici les principales dispositions * :
L'article premier, Tintroduction, déclare l'intention de Sa Sainteté d'intervenir en France militairement et sans relard, ainsi qu'Elle l'eût déjà fait s'il n'y avait eu «quelques empêchements.» Le but de l'intervention est de sauvegarder les intérêts de la religion ca* tholique en France, de réunir tous les princes et peuples de ce royaume, de les protéger contre la violence des hérétiques, de leur faciliter les moyens de se donner un roi catholique et vraiment très-chrétien, d'assurer ainsi l'indépendance et l'intégrité du royaume.
Ici les ambassadeurs mirent en marge: «Sa Sainteté a voulu éviter que dans le traité rien ne fût dit qui pût être interprété comme Son intention de favoriser la Ligue (suivent les motifs qui reproduisent les paroles citées plus haut du pape touchant cette matière). Sur ce point, Sa Sainteté est restée inébranlable, en sorte que nous nous sommes contentés d'écarter toute rédaction contraire aux stipulations que Votre Majesté a arrêtées ou pourrait arrêter avec la Ligue. »
L'article second constate la solidarité de vues entre Philippe et Sixte-Quint, le roi étant, comme le pape, animé du désir de sauver la religion catholique, d'exterminer l'hérésie, de conserver la couronne de France, de rétablir la tranquillité et la paix dans ce royaume. Il n'est pas fait mention de son intégrité. C'est dans ce but que Philippe s'engage à coopérer.
* Sessa à Philippe D, 8 juillet 1590. Àrch. Simancas. S. de E. Rome. Leg, 955 — Capitulacion entre Su Santidad y Su Magestad sobre el ejerciio que han de junior para Francia, en carta del Duque de Sessa, 19 juillet 1590. Md.
5i8 SIXTE-QLINT.
Les clauses suivantes portent sur la nominalion du duc d'Urbin au commandement en chef des troupes pontificales et espagnoles, sur le chiffre des forces. fixées à quinze mille fantassins M mille chevau-légers à la solde du pape, et vingt-cinq mille hommes de guerre à fournir par le roi d'Espagne. Cet engagement est pris de part et d'autre pour la durée d'une année. Si, dans cet espace de temps, le roi de France n'est pas élu, il est entendu que l'intervention cesse, à moins qu'une prorogation ne soit stipulée par les deux parties contractantes.
Le contingent du pape était inférieur à ce qu'il avait fait espérer par les ouvertures du cardinal Gesualdo, mais les plénipotentiaires de Philippe, sur le conseil pressant des deux cardinaux, acceptèrent néanmoins son chiffre, afin, comme ils le marquèrent en marge de la pièce, de ne pas lui donner occasion de rompre les négociations.
L'article dernier (art. 16) réserve au pape la faculté d'inviter les « potentats » d'Italie à se joindre à cette sainte entreprise. Par une capitulation secrète^, le Saint- PèrQ s'engage à accepter et reconnaître comme roi de France, pourvu qu'il soit vraiment catholique, le prince nommé et déclaré par le roi catholique. Il attache cependant à cet engagement les conditions suivantes:
La nomination et déclaration du roi de France doit se faire conformément, il est vrai, au désir du roi ca-
* «t Capituîacion sécréta entre Su Sanlidad y Su Wagesiad sobre las cosasde Francia, » Arch. Simancas S. de E, Rome. Leg, 955. Annexe au rapport de Sessa du 19 juillet 1590. Ces pièces ne furent expédiées que le !•' août.
tholique, mais par voie d'élection ou dans d'autres formes justes et légitimes, après que le roi d'Espagne aura fait connaître à Sa Sainteté confidentiellement le nom du prince désigné par lui. Ce choix sera tenu secret, et l'élection se fera au plus tard dans les trois mois, après que les troupes de Sa Sainteté et de Sa Majesté auront isolément ou ensemble évacué la France. Le futur roi devra prendre l'engagement de ne jamais contracter alliance avec les infidèles, les hérétiques et les schismatiques ; de faire publier dans son royaume les décrets du concile de Trente, de maintenir l'Inquisition et de la rétablir là où elle aurait été supprimée ; de mettre fin au détestable péché de simonie ; de conserver toutes les libertés et immunités du clergé ; enfin d'appeler dans son Conseil privé et dans son Conseil d'État, un nombre de prélats ou autres ecclésiastiques qui ne pourra être inférieur au tiers du nombre dont ces Conseils se composeront. Les plénipotentiaires espagnols jetèrent les hauts cris. L'une de ces clauses leur paraissait surtout intempestive et compromettante, celle qui portait que l'évacuation des troupes étrangères devait précéder l'élection. Mais Sa Sainteté, ajoutent-ils en marge, est décidée à rompre les négociations. Il ne leur reste donc qu'à adhérer.
Le dernier article fut celui dont la rédaction leur causa le plus de travail. Le pape insista pour que la Bretagne et la Provence, appelées pays d'obédience, fussent restituées à la due obéissance du Saint-Siège en ce qui concernait les bénéfices, provisions et autres choses du for ecclésiastique. Les ambassadeurs en fi-
350 SlXTE-QUlNT.
rent un article distinct et séparé des précédents, par lesquels leur souverain s'engageait à demander au roi de France les concessions qu'on vient de lire. De cette façon, tout en se conformant, relativement à la Bretagne, aux vœux du pape, ils ne disent pas que c'est au futur roi de France que Philippe demandera ces concessions, ce qui aurait impliqué, au préjudice des droits de l'infante, la reconnaissance de la Bretagne comme partie intégrante de la France.
Les soins que les ambassadeurs apportèrent à la rédaction de cet article n'avaient pas échappé à la pénétration de Sixte-Quint. Des explications eurent lieu, et les diplomates espagnols furent mis en demeure de se prononcer sur les intentions du roi. Ils déclarèrent queSa Majesté était de toute façon décidée à faire l'entreprise de la Bretagne, à maintenir les droits de l'infante, sauf d'ailleurs à régler cette question par le mariage de sa ûUe, qui aurait la Bretagne pour dot, avec le futur roi de France.
ËnGn, ces dernières difficultés furent aplanies et les' clauses formulées ainsi qu'on a vu. Les négociations si laborieuses, si émouvantes pour ceux qui les dirigeaient purent aboutir. L'instrument, pour être transformé en traité engageant les deux souverains, ne manquait plus que de la signature des plénipotentiaires. Cette formalité n'était pas encore remplie, mais elle devait Têtre sans retard, lorsque le pape, malade de la fièvre, fit mander dans sa chambre la congrégation de F*nce. A l'étonnement indicible des cardinaux qui la composaient et qui, comme les ambassadeurs, croyaient que la ligue avec Philippe était
faite, Sixte-Quint soumit à Texamen de la congrégation la quevStion de savoir si, le trône de France étant vacant, Télection du roi appartenait au pontife : An electio régis Francise, vacante principe ex^corpore sanguinis. spectet ad pontificemi Pour Olivarès et Sessa, quoique préparés à tout, ce fut un coup de foudre. Ils ne purent approcher le pape à cause de son indisposition, mais ils Taccablèrent de messages, de prières, de menaces mal déguisées. Il les fit prier de prendre un peu de patience, de le croire animé des meilleures intentions pour leur roi, de lui donner un peu de repos pendant les fortes chaleurs. Ils insistent néanmoins, ils emploient tous les moyens, ils posent enfin un ultimatum. Si le pape n'a pas donné à la capitulation sa sanction finale d'ici au mercredi i^^ août, ils expédieront leur courrier ; ils enverront les pièces à Philippe, ils l'informeront de ce qu'ils appellent une trahison. Mais Sixte-Quint ne donne pas sa sanction. Il se retranche derrière ses devoirs de chef de l'Eglise qui l'obligent à sauvegarder les droits du Saint-Siège. Il a fait prévenir le duc d'Urbin, il l'a invité à se tenir prêt, car ce prince doit prendre le commandement des troupes qu'il va lever, mais qu'il ne lève pas encore. Seulement, avant de s'engager définitivement avec le roi catholique, Sa Sainteté veut S'éclairer sur la question qu'Ellea posée à la congrégation. C'est Sa réponse. Les ambassadeurs n'en obtiennent pas d'autre, et, la rage et le désespoir au cœur, le l^*" août étant venu, ils expédient leur courrier, porteur de la capitulation, qui n'en est pas une, qui n'est qu'un papier, une minute dépourvue de tout caractère officiel, et
35Î SlXTE-QUlNT.
surtout de celui d'un traité, puisqu'elle manque de signature.
Pendant ces jours de crise , pendant que les ambassadeurs et les deux cardinaux travaillent à engager définitivement du côté de l'Espagne l'action de Sixte- Quint, la partie adverse n'est pas restée inaclive* Badoer en est l'agent le plus intelligent et le plus autorisé. Maigre les chaleurs de la canicule, malgré la fièvre du pape, « ce gros rhume qui le fatigue depuis quelques mois, »le diplomate vénitien sonde, et devine les intentions de Sixte-Quiht,^ l'éclairé sur la situation de la France * et lui apporte les dernières nouvelles de Paris réduit déjà à la dernière misère, et dont la prise ne paraît plus qu'une question de jours ou d'heures. Quelque, strictement qu'on eût gardé le secret des négociations, Badoer l'a pénétré. Il sait tout, mais il n'en dit rien à personne, si ce n'est au doge dans sa correspondance toujours précieuse, mais ici d'un intérêt palpitant, non-seulement pour la Seigneurie, mais aussi pour l'historien, qui, à la distance de trois siècles, y trouve la clef de la conduite, jusqu'ici inconnue, que le pape a suivie au milieu de ces grandes péripéties, de sa pensée intime, des moyens qu'il a employés pour se dégager des étreintes de l'Espagne, pour sauver la France et, avec la France, l'indépendance de l'Église et de l'Europe.
Le 14 juillet, Badoer a déjà connaissance des princi-
* Les ambassadeurs de Venise, grâce à leur courrier périodique, la poste de Venise, qui arrivait et partait régulièrement une fois par semaine, étaient les membres les mieux informés du corps diplomatique.
pales clauses de la capitulation donl la rédaction n*a été arrêtée que cinq jours plus tard. « Si le pape con«sent à signer, écrit-il au doge% c'est dans l'espoir que les armements des Espagnols ne seront pas terminés à l'époque fixée par le traité. Il compte en prendre prétexte pour se déclarer dégagé. Dieu veuille que Sa Sainteté ne Se trompe pas, et qu'une fois la conven* tien conclue, il ne Lui soit pas impossible de Se retii^r. » Un jour, il raconte au Saint-Père tout ce qu'il a appris des négociations. Le pape secoue la tête. c< Nous ne savons pas, i:épbnd-il, tant de choses ; ils (les Espagnols) promettent beaucoup et font peu. Â les en croire, la Provence devait être prise par le duc de Savoie en décenabre dernier, et jusqu'ici ils n'ont pas même commencé les opérations. Maintenant, ils veulent faire soudainement d'iniimenses préparatifs. Nous verrons, ajoute-t-il d'un air d'incrédulité, et alors nous parlerons de l'affaire. Us ont la bouche pleine du duc d'Urbin, de troupes, et de tant d'autres miracles. Eh bien! nous verrons, et alors nous parlerons, quand nous aurons vu dé nos yeux, et en atten* dant nous ne croyons pas plus qu'il ne faut tout ce qu'ils nous disent. » L'ambassadeur se répand en louanges sur la prudence de Sa Sainteté ; mais il n'a pu, écrit-il au doge, s'empêcher de glisser un mot sur les avantages de la neutralité, « si conforme à la mission du père universel. Tant qu'il s'y renfermera, il sera toujours le maître d'agir, selon ses saintes inspirations et comme il l'entendra; mais une fois en-
*■ Alberto Badoer au doge, li juillet 1590. Arch. Ven. Disp. Rome, /i/. 24. — Le môme au même, 28 iuillet 1590. Ibid.
lu 23
354 SIXTË-QUIKT.
gagé avec Tune des parties, il lui sera difficile de re* venir sur ses pas, et de toute façon, il se sera aliéné la partie adverse, avec grande perte de réputation si les affaires vont mal, certainement avec beaucoup de soucis et avec des dépenses insupportables. »
. Le Saint-Père abonde dans son sens, mais ne s'explique pas davantage sur les négociations pendantes. Il raconte ce qu'on vient de lui mander de France et des Flandres. Tout va mal pour r£spagne;.le nonce à Cologne écrit que Tarmée du duc de Parme A' est pas payée, qu'il y a des séditions dans ses rangs, que le général a beaucoup à faire pour se maintenir dans les Pays-Bas ; et, « cela étant, ajoute le pape, ils parlent des armées qu'ils enverront en France. Ils veulent conquérir le monde, et ne sont pas capables de reprendre Cambrai. Un essai tenté pour ravitailler Paris a échoué. Les convois, les troupes, l'artillerie sont tombés dans les mains de l'ennemi. Le roi de Navarre écrit à Luxembourg qu'il occupe les ponts de Gharenton et de Saint*Gloud, et que les Parisiens en sont à jeûner. Le légat s'est renfermé dans Paris ; il mange de l'herbe comme un cochon ; il n'a que ce qu'il mérite. Il s'étudie à exciter les habitants à la résistance ; mais à la prochaine défaite de Mayenne, ils penseront plus à leurs intérêts qu'aux exhortations du légat. » Cette audience laisse à l'ambassadeur l'espoir que le traité ne sera pas accepté.
Quinze jours après, le 28 juillet, au plus fort de la €rise, Badoer trouve le langage du pape plus explicite. Évidemment sa résolution est prise» Il ne signera pas la capitulation. «Nous ne voulons pas, lui dit-il^ en*
trer en ligue avec TËspagne. Mais nous devons faire quelque chose pour la France. Nous nous prévaudrons de l'exemple de trois de nos. prédécesseurs. Nous ne ferons rien sans en prévenir la Seigneurie^ afin que si cela lui convient, elle puisse nous assister de ses conseils, de ses suffrages et même de son action. Nous ne voulons pas lui forcer la main. 11 nous suffira d'apprendre qu'elle dit : Le pape fait bien. En résumé, nous voulons rétablir la paix en France, et cela sans épouser^ les passions d'autrui. » L'ambassadeur fort rassuré s'inclina sans rien répondre. « Nous pen-r sons, continua le pontife, qu'il vaut mieux concourir au bien-être de ce royaume sans nous unir avec d'autres. Cela nous évitera bien des soucis et de grandes dépenses. S'il le faut, nous viendrons au secours du roi élu, sans déranger personne. » Mais, quel est ce roi futur dans l'opinion du pape ? se demande l'am* bassadeur. Il cherche à pénétrer le fond de sa pensée. « Mais, Saint-Père, dit-il, ce ne sera pas chose facile de chasser Navarre, victorieux et puissant qu'il est. Et s'il se convertissait, que ferait Votre Sainteté? — Ce n'est pas nous, répliqua Sixte-Quint, qui l'exclurons^ ni lui, ni d'autres. Et certes s'il se fait catholique, il sera élu et maître du royaume,. et personne ne pourra y contredire. Mais bientôt vous saurez tout, et en attendant écrivez ce que nous vous avons dit. »
La congrégation de France* avait terminé ses délibérations sur l'élection éventuelle du roi de France. Après avoir écouté les divers avis, le Saint-Père donna le sien : «Il a mûrement pesé Popinion des
A Alberto Badoer au doge, 4 août 1590. Âreh« Ven. Diq>t Rome^ fil, 24*
356 S1XTE*QUINT.
cardinaux, et à la suite d'un examen consciencieux, il en est arrivé à la résolution d'envoyer deux prélats, Tun, Mgr Séraphin, aux princes du sang, aux prélats et à la noblesse de ce royaume, l'autre, Mgr Borghèsc, aux villes et autres lieux qui tiennent à la Ligue, avec mission de les inviter tous à se rassembler dans un certain espace de temps pour faire l'élection d'un roi catholique. Ces deux prélats feront les plus grands efforts pour que le choix tombe sur un prince qui réunisse les suffrages de tous.» Le roi ainsi élu pourra compter sur le secours du Saint*Siége, lui, le pape étant décidé à l'aider de tous ses moyens temporels et spirituels. Après cet exposé il demanda l'avis des cardinaux.
Santa-Severina, parlant le premier, dit que Sa Sainteté était maîtresse d'agir comme Elle Tentendait ; mais que, pour sa part, il ne pourrait jamais approuver l'envoi d'un agent auprès d'un hérétique. La colère de Sixte-Quint éclata, et il y eut, entre lui et le cardinal, une vive altercation. Les opinions des autres membres de la congrégation étaient partagées, mais on convint à la Gn qu'un mémoire motivant les résolutions prises serait rédigé et communiqué aux ambassadeurs d'Espagne. Cet écrit devait prendre pour point de départ le désir de Sa Sainteté, conforme à celui du roi, de donner à la France un souverain catholique, et démontrer ensuite que les moyens adoptés par la congrégation s'appuyaient sur des précédents. Enfin il fut résolu, pour la justification du chef de l'Église, que le mémoire serait envoyé à tous ies princes de la chrétienté.
LA LIGDE. 357
Les ambassadeurs n'attendirent pas la communication officielle d'une résolution qui tendait évidemment à accélérer la conversion et l'élection de Henri. A force d'insistances, malgré les excuses du Saint-Père, malgré les fortes chaleurs qu'il prétextait pour se soustraire à leurs odieuses visites, ils finirent par obtenir audience. Ce fut le 7 août^ Le pape en les "voyant entrer prit aussitôt la parole, et se répandit en interminables reditas sur la situation de la France, sur les succès du Béarnais, sur les fautes de Mayenne, sur l'inqualifiable conduite du légat. Ceux qui ont traité d'affaires de cette nature savent quels efforts il faut pour ne pas se troubler en présence de la prolixité calculée de l'adversaire tendant moins à masquer sa pensée qu'à faire perdre le sang-froid à l'interlocuteur. Les deux seigneurs espagnols s'armèrent donc de patience, et écoutèrent en silence. A la fin il fallut bien s'expliquer, et le pape leur dit qu'avant d'envoyer des troupes, il était décidé à envoyer des prélats. Le comte d'Olivarès l'interpella sur le bruit qui désignait Mgr Séraphin comme Tun de ses délégués auprès du Béarnais. « Et si cela était, qu'en résulterait-il ? » s'écria Sixte-Quint. Le duc de Sessa demanda quel était l'avantage qu'il comptait retirer de cette mission. « Nous ne sommes pas tenu, fut la réponse, de vous rendre compte de nos secrets.» Le duc, continuellement interrompu par les explosions de colère du pape, répliqua ce qu'il ne s'agissait pas d'un secret, mais de choses connues de tout le monde,
* Sessa à Philippe II, 7 août 1590. Àrch. Simancas. S. de £. Boiiie.
d'une nouvelle qui courait les rues ; que la mission d'un agent pontifical auprès d'un prince hérétique était un scandale, un mauvais moyen d'en détacher les adhérents catholiques, une offense cruelle faite au roi d'Espagne, puisque, après avoir offert d'envoyer une armée en France, le Saint-Père y envoyait une ambassade; enfin que si Mgr Séraphin partait pour le camp du Béarnais, lui et le comte se verraient obligés d'écrire à leur souverain qu'il n'avait plus rien h attendre de Sa Sainteté. » Sixte-Quint s'écria qu'ils étaient venus pour l'insulter dans son cabinet ; que le roi était bon prince, mais que ses ambassadeurs dénaturaient ses intentions, ce D'où savez-vous que Sa Majesté trouvera mauvais ce que nous comptons faire? Nous ne sommes pas l'egciavelKu roi, tenu à faire toujours ses volontés, et#liti rendre compte de nos actions. Nous sommes le père, et il n'appartient pas aux enfants de lui donner conseil, quand il ne le leur a pas demandé. Lorsque, peu après notre avènement, nous avons renvoyé l'ambassadeur de France, lorsque nous avons lancé le monitoire contre le roi très*chrétien parce qu'il avait tué un cardinal, ce n'est pas sur les conseils de Sa Majesté catholique que nous avons agi, mais de notre propre mouvement ; et vous, qui portez l'épée au côté, vous voulez en savoir plus long en matière de théologie que nous qui avons nos grades en théologie, en médecine et en autres facultés? De quel droit venez-vous donc nous faire des menaces? Sur des bruits que vous avez recueillis dans les rues? Pourquoi, après tout, êtes-vous venus à Rome ? Depuis décembre vous êtes annoncés, et maintenant vous vou-
lez nous forcer la main! Mieux aurait valu ne pas venir. Qu'est-ce qui a empêché le roi de pousser la guerre? Qu'a-t-il fait en France? rien d'important. » Ici les ambassadeurs firent valoir les mérites de leur souverain. Mais le pape les interrompit, a Les catho*liques de France, leur dit-il, ont été victorieux jusqu'au moment où le roi s'est ligué avec Mayenne. C'est de là que datent leurs revers, et Dieu veuille qu'il n'arrive pas à l'Espagne de semblables malheurs !» A la fin, il offrit de différer la mission de Mgr Séraphin jusqu'à l'époque à laquelle il aurait reçu des nouvelles plus récentes de Paris*. Les ambassadeurs prirent congé, pleins d'inquiétude et convaincus qu'il comptait profiter de la violence de leur langage pour se retirer définitivement de l'accord avec l'Espagne*.
Dans la congrégation qui eut lieu immédiatement après cette orageuse audience, le Saint-Père se plaignit des importunités de Sessa et d'Olivarès, et les cardinaux Santa-Severina et Facchinetti se hâtèrent de courir chez ceux-ci pour les supplier de le laisser faire à sa manière. Insister davantage n'aurait, à leur avis, d'autre effet que de le confirmer de plus en plus dans la résolution d'abandonner l'expédition de France.
La mission du duc de Sessa avait évidemment échoué. Les ambassadeurs eux-mêmes ne se firent, à ce sujet, aucune illusion'. <c Le duc, écrit Olivarès à Ydiaquez, s'est montré aussi habile qu'on pouvait
* Le 18 août, le pape raconte cette audience à Tambassadeur de Venise qui, ce jour-là, le Toit pour la dernière fois. Alberto Badoer au doge, 18 août 1590. Arcb. Yen. Disp. Rome, /ÎZ. 24.
* Sessa à Philippe H, 7 août 1590 ; rapport cité précédemment. ^Rapport cité précédemment d'Olivarès àjdiaquez, 19 août 1590:
le désirer, mais son ambassade n'a produit aucun résultat. » Cet échec, il l'attribue aux moyens de douceur recommandés par le roi, tandis que, dans son esprit, c'est la peur, et la peur seule qui aurait pu briser les résistances du Vatican ^ D'ailleurs Olivarès est dégoûté du service. La triste satisfaction que lui donne l'insuccès du duc est contre-balancé par son dévouement pour le roi. Le rôle de Mentor du jeune Sessa ne lui convient pas, et il prie son ami, le secrétaire d'État, d'exprimer à leur maître les regrels qu'il éprouve de se voir écarté du nombre des personnes qui passent pour avoir bien mérité de Sa Majesté.
Cependant ils ne cessent, lui et le duc, d'obséder le vieux pontife de plus en plus souffrant, mais non brisé, luttant en même temps contre la fièvre et contre les ambassadeurs de Philippe II , dont l'aspect seul le remplit de dégoût et de colère, mais non plus de peur; car, chose étrange, dans les derniers jours de son existence, depuis qu'il a trouvé le courage de laisser partir le courrier d'Olivarès avec la capitulation non signée, il a repris toute l'énergie de son caractère ; il est décidé à ne plus se laisser intimider ; il espère d'un jour à l'autre apprendre la reddition de Paris. 11 compte sur des faits accomplis que le temps amènera, car le temps, tout le monde le sent, est favorable à la cause de Henri qui est la cause de la France, et en même temps, cette fois, celle de la papauté. «Ils nous
Poco fruto que reporté la idadelDuque de Sessa. Arch. Siinancas.5. dt E, Rome. Lap. 956.
< « Ia via del rigor. »
tueront, dit-il à Badoer ', quinze jours avant sa mort, ils ne veulent pas nous laisser en vie, ces Espagnols, ils veulent nous enseigner ce que nous avons à faire, mais nous n'avons pas besoin de leurs enseignements. Nous enverrons des troupes en France, mais pas main-: tenant, et pas en compagnie avec l'Espagne, mais pour soutenir le prince catholique qui aura été élu roi de France, et en attendant nous y enverrons des prélats.»
Le dimanche 19, Olivarès et Sessa se présentent chez lui. Il est fort souffrant et pour se venger de leurs importunités , c'est au milieu du jour qu'il les oblige à quitter l'ombre et la fraîcheur du palais d'Urbin et à gravir la rampe qui mène au Quirinal, son habitation pendant la saison chaude. Cette audience ne dura que quelques minutes. Les ambassadeurs renouvelèrent leurs instances, protestant contre la mission de Mgr Séraphin, exigeant qu'il fit lever des troupes conformément aux engagements « quasi» pris par Sa Sainteté*. Le pape se fâcha, leur dit des paroles fort dures, et lorsqu'ils lui déclarèrent que, s'il continuait à les traiter ainsi, ils ne se présenteraient plus devant lui, il s'écria qu'à l'heure même ils pouvaient s'en aller. Ils se retirèrent aussitôt pour ne plus le revoir. Le 21 , Sixte-Quint réunit la congrégation de
^ Alberto Badoer au doge, 11 août 1590. Ârch. Ven. Disp. Rome, fiL 24.
* Le pape raconte le& détails de Faudience à Graziosi, agent du duc d'Urbin. — Relacion de lo que posé con Gracioso^ agente del Duque de Vrbino. Lundi, 20 août 1590; adressée au duc de Sessa. Ârch. Simancas. S. de £. Rome. Leg. 955. — Alberto Badoer au doge, 11 août 1590. Arch. Ven. Diap, Rome, fil, 24. — Le même au môme, 25 août 1590.
France, renouvela ses plaintes * contre les représentants de Philippe, et posa la question de savoir si les prélats devaient ou non se mettre en route pour la France, Les cardinaux conseillèrent d'ajourner le départ, afin de ne pas avoir l'air d'agir par dépit, et aussi par égard pour Sa Majesté catholique. Sa Sainteté y consentit et se calma, car à ce moment rien ne répondait mieux à ses desseins que les délais*.
< Sessa à Philippe il, 22 août 1590, avec ia relation de la congrégation de France du 21 , par le cardinal d'Aragon. Ârch, Simancas. 5. de E. Rome. Leg. 955.
^Alberto Badoer au doge, 28 août 1590. « Forse perché la dilatione fa più a proposito délia sua intentione d*ogni altra cosa. » Arch. Yen. Disp. Rome, fil, 24.