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LIVRE SIXIÈME

UAIGUILLE

L Extrême décndence de Rome au retour des papes d'Avignon. — Ils en entreprennent la reconstruction. — La Renaissance. — Bramante. — L'âge d'or. — Le style baroque en luite avec le style classique.

III. Constructions et travaux de Sixte-Quint. — Domenito Fontnna.

IV. La famille du pape. — Donna Gamilln. — Mariages de Donna Klavia, de Donna Felice Orsina et de Michel Peretti. — Funérailles de Francesco Peretti.

La réorganisation du gouvernement des âmes, que nous avons exposée au commencement du livre précér dent, n'a pu être appréciée que par les générations postérieures, alors que Fexpérience avait démontré la valeur des innovations introduites par Sixte-Quint. L'action politique de ce pape, sa part si grande que nous ferons connaître à la solution des questions vitales qui agitaient la France, était le secret, qu'ils emportèrent dans la tombe, d'un nombre restreint de contemporains, des membres du sacré collège , de quelques hommes publics de haut rang, seuls admis, à cette époque, à participer aux affaires d'Étal. Ce qui,

aux yeux des masses, a entouré Sixte-Quint déjà durant son court pontificat d'une auréole qui n'a pas encore pâli, c'était, en dehors du rétablissement de la sécurité publique^ ses immenses constructions. Est-il besoin de dire qu'une simple nomenclature ne saurait donner au lecteur une idée juste de leur importance et de leur valeur ? Ici un coup d'œil i apide sur le développement des arts, notamment de l'architecture des temps précédents, c'est-à-dire depuis que Rome était sortie de ses cendres, et sur la physionomie de cette ville nous parait indispensable. Â cette digression nous en ajouterons une autre. Avant d'aborder les affaires de France, nous jetterons aussi un regard sur la vie sociale, sur le milieu dans lequel se me.uvent les principaux personnages de notre récit.

Dans la seconde moitié du seizième siècle, les grands maîtres du dix-septième, dont le goût ne devait pas égaler la puissancecréatrice,n'avaient pas encore imprimé à la capitale de la chrétienté le caractère de magnificence hardie, exagérée, bizarre qui lui est resté jusqu'à ce jour. Cependant depuis Paul II, Sixte IV, Alexandre VI, l'esprit moderne, essentiellement méthodique et affectionnant la ligne droite, avait commencé à tracer des artères à travers le chaos de restes gigantesques du monde ancien et d'habitations chétives d'une population réduite à la misère*.

* C'est Paul II qui donna Texemple en rectifiant le Corso depuis Tare de Portugal, près du palais Fiano, jusqu'à son palais de Saint-Marc (de Venise, aujourd'hui d'Autriche). Sixte iV entreprit la reconstruction de Rome sur une grande échelle; il fit abattre les portiques obscurs, élargir et paver un grand nombre de places et de rues (Opusculum de mirabilibus novas et veteris urbù RomXy auctore Francisco Albertino

On sait dans quel état les papes avaient trouvé Rome, à leur retour d'Avignon. Des champs, des vignes, des pâturages avaient envahi la résidence des Césars. Les collines qui forment aujourd'hui les quartiers dès MorUi^ TAventin, la partie la plus opulente de la Rome des empereurs saxons, les thermes, les piliers et voûtes du Palatin, le Colisée, pour la plupart transformés par les barons en forteresses crénelées, le Panthéon, quelques colonnes restées debout, témoignaient seuls delà grandeur passée ; les vénérables basiliques, quelques couvents isolés, du passage du christianisme, près déjà de fuir ces lieux qui semblaient désormais voués à une perte sans retour. Au forum, qui a gardé le nom de champs des vaches^ paissaient des troupeaux. Les trois quarts de l'espace que ceignaient les murs d'Aurélien et de Bélisaire étaient redevenus déserts. Un peu de vie s'était conservée dans le champ de Mars, dans la plaine qui s'étend entre le Tibre, le Pincio et le Capilole. Là, à côté des débris de maisons baronniales, démolies selon T usage barbare par le vainqueur, on apercevait des cabanes et des masures sans architecture. Ce qui frappait les arrivants, c'étaient les tours de l'aristocratie, carrées, souvent forf élevées et percées de meurtrières, sombres témoins del'état social ,

Florentino ; Romae, 1515). Alexandre VI aligna la viaAlessandrina (BorgonoYo); Jules II traça la via Giulia ; Léon X la Leonina^ qui» depuis le commencement du siècle dernier, a pris le nom de RipeUa ; Pie IV la via Pia, mise par Sixte-Quint dans Tétat où nous la voyons; Paul III, la via Pcu)lina et celle à'Ara-Cœli; le cardinal Alessandrino, neveu de Pie V, la via Àlessandrina, qui mène du Forum de Trajan au temple de la Paix; Grégoire XllI, la via Gregariana du Pincio; enfin Sixle-Quint, dépassant tous ses prédécesseurs, ouvrit à travers les Monti les cinq grandes artères dont nous parlerons en son lieu.

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Rien ne prouve plus l- état de décomposition, de délabrement et de ruine où se trouvait la ville éternelle dans les commencements du quinzième siècle qu'un examen attentif des maisons bourgeoises. A l'exception des tours, démolies en partie et transformées en habitations, dont on trouve un grand nombre au Transtevère et dont quelques-unQ3 se sont conservées sur la rive gauche, il y a fort peu de maisons qui remontent à une époque antérieure à Martin V ou à Eugène IV*.

Toutes les traditions s'étaient perdues. Les métiers qui servaient aux arts n'existaient plus. Il fallait recourir à l'étranger. C'est la Toscane, plus tard l'Ombrie, qui fournissaient les architectes, les sculpteurs et jusqu'aux maçons.

Eugène IV appela Antonio de Filarete, l'ami de Donatello, pour fondre les portes de Saint-Pierre. Paul 11 fil construire, par le Florentin Giuliano de Majano, le palais et le portique de l'église de Saint- Marc. Sous Sixte IV et les deux pontificats suivants, Baccio Pintelli' répandit sur la ville éternelle le

^ Je ne compte pas comme maison bourgeoise la casa di PilaWj via àé Crescenzi, du onzième siècle, et quelques autres petits édifices du treizième qui ont éyidemment fait partie des châteaux baronniaux. Dans les villes de France et d'Allemagne^ les édifices antérieurs au quinzième siècle sont aussi fort rares ; mais cela s'explique par le fait que les constructions en bois y prédominaient. Les riches et belles villes de la Décapote (en Syrie) ont disparu en un jour par suite d'affreux tremblements de terre. La Rome du moyen âge, toute bâtie en pierre, n'a péri ni par des incendies ni par des tremblements de terre, mais par cent ans de misères et de guerres féodales.

' Il a construit Saint-Augustin, Sainte-Marie du Peuple, Saint-Pierre inMontoriOy la chapelle Sixtine, la façade de Saint-Pierre ad vincula et des Saints-Apôtres, l'hôpital et probablement le clocher du Saint-Ësprit, enfin la cour du Govemo VeceÀio, la résidence des Borgia.

reflet du goût et de la hardiesse de son maître Brunellesco qui, le premier, avait sur les lieux étudié les monuments de Rome ancienne. C'était la première Renaissance, avec ses charmes et ses imperfections, timide et capricieuse à la fois, imitant les modèles de l'antiquité surtout dans les détails, se trompant sur les proportions, qui sont Tessentiel, mais brillant dans l'accessoire, dans les ornements qu'elle emprunte aux anciens, qu'elle répand avec profusion, tout en les adaptant aux idéeset aux besoins du temps. Le principe fondamental de l'architecture, celui qui exige que l'extérieur réponde à la destination de l'intérieur de la construction, lui était inconnu. Pour rompre la monotonie, on encadrait les façades, on les décorait, on voulait plaire à Tœil, n'im{}orte par quels moyens. On était peintre autant qu'architecte, et en effet la plupart des artistes étaient l'un et l'autre. C'est vers la fin du siècle, vers 1 500, que ce style avait atteint son apogée. A ce moment, comme c'est dans la nature des choses, il s'était survécu; une transformation était devenue indispensable, sinon on lombait en décadence. Bramante répondait à ce besoin. L'oncle de Raphaël quittant jeune l'Ombrie, sa patrie, s'était formé dans le noFd de l'Italie. Dans ce pays, doût les vastes ' plaines manquent de pierres, on était obligé d'employer la brique. De là des formes de constructions nouvelles et inconnues à Rome, où les monuments anciens servaient de carrières. C'est par suite de cette circonstance, l'absence de la pierre de taille, et, plus encore, du contact de l'esprit germanique des Longobards avec le byzantinisme de Ravenne, qu'est né le

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