‹ Slaves et TeutonsChapitre 11 sur 42 · Tarnopol · texte numérisé non relu

Tarnopol

Dans vingt autres districts la proportion varie de 6 à 11 0/0 de la population totale. Dans vingtdeux districts elle est inférieure à 1 pour cent.

Pour se faire une idée exacte de cette population

allemande, il faut remarquer qu'elle est en majeure partie composée de juifs. On a souvent parlé de la germanisation par l'influence des juifs allemands; le fait s'est produit en effet dans plusieurs régions, mais indépendamment de toute action administrative. L'invasion des juifs a été la conséquence naturelle de l'absence dans le royaume de Pologne d'une classe moyenne capable de s'occuper de commerce. C'est par la même raison qu'ils sont si nombreux en Roumanie. Les juifs venaient d'Allemagne, faisaient le métier de courtiers, continuaient à parler leur jargon allemand et conservaient leurs habitudes. Les centres où ils se groupaient devenaient de véritables villes allemandes. La Galicie est le pays où l'envahissement par les juifs a été le plus complet, car cette province était avant la construction des chemins de fer, une des contrées où il se faisait le plus d'échanges de marchandises entre l'Orient et l'Occident. Bien que les Polonais considèrent cet élément étranger comme un grave danger sous le rapport économique, ils ne le redoutent nullement sous le rapport politique. Au surplus, depuis la création de la ligue anti-sémitique en Allemagne, les juifs ne font plus avec le même enthousiasme qu'autrefois l'apologie du libéralisme allemand et l'admiration qu'ils professaient jadis pour le génie des Teutons a considérablement di-

minué. Les violences dont leurs coreligionnaires sont depuis deux ans les victimes dans toutes les provinces russes leur font enfin considérer l'Autriche comme le seul pays qui puisse désormais leur servir d'asile.

C'est la Galicie que les émigrés juifs choisissent de préférence, parce que c'est la province autrichienne la plus proche de la Russie et que, dans les plus petits villages, ils trouvent leurs coreligionnaires établis depuis longtemps, des propriétaires polonais très tolérants et des paysans ruthènes très faciles à exploiter.

Il y a 685,942 juifs en Galicie, soit 11,54 pour cent de la population totale. En rapprochant le nombre des Allemands des districts cités plus haut de celui des juifs des mômes districts, il est de toute évidence que les juifs se sont fait inscrire comme allemands dans ces divers centres, mais il ressort aussi de ce calcul que plus de 400,000 juifs se sont déclarés polonais lors du recensement. Ceci montre que l'influence allemande tend de plus en plus à décroître en Galicie. On tire la même conclusion de l'observation des faits isolés.

Il est constaté que les juifs d'un village restent allemands ou deviennent polonais suivant que l'enseignement est donné en allemand ou en polonais dans l'école. A Lemberg où l'école de la commu-

LES ALLExMANDS EN GALÎCIE 1)3

nauté israélite est encore en partie allemande, on remarque depuis une dizaine d'années une tendance parmi les juifs à se rapprocher des Polonais ; parler la langue polonaise est môme une marque de bon ton pour les jeunes filles des riches familles juives.

Le chiffre indiqué ci-dessus pour la population juive s'est notablement accru depuis 1881. Un instant la Galicie a été littéralement envahie par les Juifs qui se sauvaient de Russie ; on vit arriver par milliers à Brody ces pauvres gens que la haine du paysan russe pourchasse de village en village. Cette immigration fut à ce moment l'objet d'une légitime inquiétude pour les populations de la Galicie orientale. Le véritable danger de l'agglomération juive en Galicie vient de la situation précaire faite aux paysans partout où les juifs sont établis. Tant que ceux-ci ne pouvaient posséder la terre, leurs procédés étaient les mêmes que ceux dont les Roumains se sont plaints si vivement; c'est comme cabaretiers qu'ils arrivaient à devenir maîtres des villages ; ils étaient même aidés dans leurs opérations par l'incurie des propriétaires. Ceux-ci ne cherchant qu'à tirer le plus d'argent possible de leurs domaines, louaient parfois tout le village à un juif, y compris même l'église qui leur appartenait. Le juif avait de la

sorte tous les monopoles, le paysan ê*tait à sa merci On raconte que dans certains endroits il fallait naguère obtenir du juif à deniers comptants la clef de l'église pour y faire baptiser les enfants ou pour l'administration des autres sacrements. Les juifs émancipés depuis 1848 ne pouvaient encore s'emparer des terres des paysans, car il était interdit à ces derniers de morceler leurs propriétés ; depuis quinze ans la Diète a autorisé les ventes partielles, elle a vu là un moyen de dégager la terre des hypothèques qui la grevaient. Ce jour-là les juifs sont devenus propriétaires, fermiers et en peu de temps les maîtres du pays.

En dehors des affaires commerciales, les juifs n'ont qu'une très faible influence. Ils sont d'ailleurs divisés en deux fractions profondément hostiles : les orthodoxes et les libéraux. Les orthodoxes sont ceux qui entendent appliquer à la lettre les prescriptions du Talmud et conserver rigoureusement les usages et les coutumes de leur race. Ils veulent que leurs enfants soient élevés dans les écoles confessionnelles de leur culte, et pour mieux garder leur individualité, ils conservent le jargon allemand auquel ils adaptent souvent les caractères hébreux. Les libéraux au contraire rejettent une partie du rite et envoient indifféremment leurs enfants dans toutes les écoles. Tandis que le juif orthodoxe pro-

tège sa famille contre toute influence allemande ou polonaise et se préoccupe avant tout de continuer la tradition du peuple élu, vivant au milieu des infidèles, le juif libéral, tout en restant Israélite, devient polonais ou allemand, suivant le milieu où il vit.

Là comme partout, les juifs sont toujours du côté du pouvoir ; aux élections ils votent pour ou contre les candidats polonais suivant que le gouvernement se montre ou non favorable au parti polonais. Au surplus, les élections les intéressent peu et les juifs ne tiennent nullement à être représentés au parlement par un de leurs coreligionnaires ; il n'y a pour la Galicie qu'un seul député juif au Reichsrath, c'est le rabbin orthodoxe de Cracovie et encore a-t-il promis de faire partie du club polonais. L'hostilité entre les orthodoxes et les libéraux se manifeste même dans les luttes électorales. A Lemberg on a vu les juifs orthodoxes refuser de voter pour un candidat juif, parce qu'il était progressiste. La tradition religieuse rompue, la solidarité de la race juive disparaît.

De tout temps les députés à la Diète ont eu la faculté de se servir, à leur choix de la langue allemande, polonaise ou ruthène ; mais la langue officielle était l'allemand, excepté pour les tribunaux où le latin resta en usage jusqu'en 1848. En 1862, il fut permis d'adresser aux autorités des requêtes en polonais et en ruthène, et l'administration était tenue de répondre au pétitionnaire dans la langue dont il s'était servi. La même faculté fut donnée aux Allemands et aux Ruthènes en 1869, lorsque le polonais remplaça l'allemand comme langue officielle pour toutes les affaires administratives.

L'enseignement universitaire passa par les mêmes phases. Jusqu'en 1862, tous les cours étaient faits en langue allemande tant à l'université de Cra-

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