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ET LES SLAVES DU NORD

Je prie le lecteur de s'écarter un moment de la route qu'il s'est d'abord tracée et, avant d'entrer dans le royaume de Prusse pour y retrouver les Allemands aux prises avec les Slaves, de franchir la haute crête du Tatra qui s'élève au sud de Gracovie. Dans cette excursion à vol d'oiseau il traversera une région montagneuse, les gorges des petites Carpates où sont blottis les Slovaques, il laissera sur la droite la ville de Turoc Sz Marton, qui est le nid des meneurs de ce petit groupe de Slaves, et bientôt les plaines sans limites arrosées par la Theiss et le Danube développeront devant lui de vastes pâturages et de riches moissons. Nous n'irons pas plus avant dans la pouszta hongroise

et nous nous installerons sur une merveilleuse terrasse d'où la vue s'étend sur toute la vallée du Danube. Nous sommes à Buda, de l'autre côté du fleuve s'étend dans la plaine la belle ville de Pest. Immense et splendide panorama.

Les 380,000 habitants qui s'agitent dans cette capitale ne sont en rien semblables aux habitants de Prague ou de Cracovie. Ils ne sont pas de la même race, ils parlent deux langages qui n'ont pas un seul trait commun ; à certains égards leurs intérêts sont contraires et pourtant ils sont sujets de la même monarchie, ils donnent leurs enfants à la même armée, et ils acclament le même souverain avec le même enthousiasme.

Remarquez cet homme qui vient de gravir la montée de Buda et qui se dirige vers l'un des ministères installés sur la plateforme près de l'église de Saint-Etienne; il porte l'attila à brandebourgs, la toque, les bottes. Sec, nerveux, il est taillé pour le cheval, on le prendrait pour un hussard. C'est un Hongrois, un pur, sans doute quelque gentilhomme campagnard, car le costume national n'est guère porté dans les villes que par des originaux ou quelques contemporains de Kossuth, aussi attachés à leurs soutaches que certains vieux le sont encore chez nous à l'habit bleu à boutons d'or.

Il n'y a pas à s'y tromper, cet homme répond à

l'un des noms d'Arpad, Bêla, Sandor' Gabor, Janos, Karoly ou Attila. Il y a six chances sur dix pour qu'il soit catholique, trois pour qu'il soit calvniiste, une pour qu'il soit luthérien ou unitaire. J'ai dit qu'il était Hongrois, pour parler correctement j'aurais dû dire Magyar. Est Hongrois tout habitant du royaume que le vieux roi saint Etienne fonda en l'an 1000, et il y a clans ce royaume des gens de toutes les races et de toutes les religions, des Slaves, des Roumains, des Allemands..., des catholiques, des protestants, des schismatiques, des juifs, des unitaires et des adhérents à toutes les variétés de sectes, tandis qu'il n'y a que le Magyar, l'homme de race finnoise, qui a pour aïeux les Mongols, pour précurseur Attila, pour frères les Turcs, il n'y a que le Magyar qui règne et qui gouverne dans toute l'étendue du territoire. Les autres doivent obéir, s'ils n'aiment mieux apprendre la langue des Magyars et se déclarer tels.

Vous pouvez agir sans cérémonies et aborder cet homme de but en blanc. Comme étranger vous êtes son hôte, comme Français vous êtes son ami et il vous répondra avec une entière franchise. Je n'ai pas fait cette expérience une fois, mais cent fois et j'ai toujours été frappé de l'ouverture que l'on trouve chez le Magyar quand on se déclare Français, de la parfaite connaissance qu'il a des besoins

de son pays et de la situation de sa race visà-vis de chacun des peuples qui habitent le territoire de la Hongrie. Demandez-lui ce qu'il pense des Tchèques, des Slovaques, des Polonais, passez en revue tous les peuples qui habitent la Hongrie, Ruthènes , Roumains , Saxons de Transylvanie, Serbes du 13anat, Croates, vous ne le prendrez jamais en défaut; il sait parfaitement les dangers que ces différentes races peuvent faire courir aux Magyars. Vous remarquerez surtout que tous soutiennent la même thèse. Que votre interlocuteur soit libéral avec M. Tisza, conservateur modéré avec le comte Apponyi ou partisan de la constitution de 1848 avec M. Iranyi, il vous tiendra le même langage. Le Magyar a un programme national, une politique nationale sur laquelle il ne varie pas : — Se défendre contre les Allemands, contre les Roumains et surtout contre les Slaves. Aucun compromis n'est possible, car il s'agit pour lui d'être ou de ne pas être.

Je laisse maintenant la parole au Magyar que nous venons de rencontrer. Quand vous l'aurez entendu vous saurez ce qu'ils vous diraient tous.

Quelle situation occupent les Magyars dans la Hongrie ?

Les statisticiens s'obstinent à nous compter

pour six millions seulement sur les quinze millions d'habitants qui peuplent le royaume de saint Etienne ; soyez certain que les Magyars sont plus de sept millions. Si nous étions gens à nous laisser supprimer, la question orientale aurait fait un grand pas , la monarchie des Habsbourg n'oscillerait plus entre les Allemands et les Magyars, elle serait slave du jour au lendemain. Les- Slaves du Sud, Slovènes, Croates, Serbes qui sont 4,200,000 se joindraient aux 12,700,000 Slaves du Nord, Tchèques, Slovaques, Polonais et Ruthènes* Une vaste confédération de Slaves occidentaux se formerait instantanément.

Depuis 1867, nous avons repris l'espoir de reconquérir en Europe la situation que nous avions au temps de Mathias Corvin; la condition de notre existence est de maintenir l'intégrité du royaume de saint Etienne. Coûte que coûte, Slaves du Nord et Slaves du Sud, Roumains, Allemands, tous les peuples sans distinction de race, par le fait qu'ils habitent le sol hongrois, doivent se soumettre à notre domination. « Vous n'êtes pas Magyars, soit; mais vous êtes sujets hongrois et comme tels vous vous devez au service de la patrie commune. » Voilà le langage que nous leur tenons. Notre race n'a pas de frontières naturelles, notre domaine propre est la vallée du Danube et celle de la Theiss;

mais ies enfants de la pouszta n'oublient pas qu'ils sont de la race d'Attila et d'Arpad. Prompts à franchir l'espace sur leur chevaux iudomptés, ils se portaient jadis en même temps des Carpates à l'Adriatique et savaient tenir chacun en respect. Comme les Turcs, les Magyars ont le génie du pouvoir ; il en suffit de trois ou quatre dans une ville pour imposer à tous. La place qu'ils occupent dans la monarchie austro-hongroise est si grande et leur nombre est si petit, qu'on est assez porté à croire en Occident qu'ils n'ont réussi que par surprise et que leur succès ne peut être durable. Toujours est-il qu'ils possèdent certaines des qualités essentielles qui font les peuples forts et qu'il faut compter avec eux sous peine de désagréables inéprises. Témoin l'Autriche en 1859 et 1866.

En quoi consiste le dualisme austro-hongrois?

La monarchie austro- hongroise repose depuis 186*7 sur un compromis qui a donné deux capitales à l'ancien empire d'Autriche. La Cisleithanie (Empire d'Autriche) a Vienne pour capitale avec un ministère et un parlement. La Transleithanie (Royaume de Hongrie) a Budapest pour capitalr avec un ministère distinct et un parlement distinct. Le lien entre les deux fractions de la monarchie des Habsbourg est formé par un mini?-

tère commun pour les affaires étrangères et la guerre, et pour les finances afférentes à ces deux départements. Des délégations du parlement de Vienne et de Budapest règlent les affaires communes. C'est le système du dualisme imaginé par le comte de Beust en 1867. Dans ces conditions, il importe peu à la Hongrie que le gouvernement de Vienne germanise plus ou moins les provinces autrichiennes, pourvu que l'élément allemand ne prenne pas d'influence dans le domaine du vieux roi saint Etienne. Il y a bien des colonies allemandes jetées au cœur de la Hongrie et même au sud de la Transylvanie, mais les Magyars se chargent seuls de les tenir en respect et d'imposer silence à tous les Slaves hongrois, Slovaques, Ruthènes, Serbes et autres qui s'aviseraient de les gêner dans leur marche. Le plus grand mal qui pourrait advenir aux Magyars, serait l'écrasement complet du parti allemand à Vienne et le triomphe du système fédéraliste avec les Slaves d'Autriche, Dalmates, Slovènes, Tchèques, Polonais et Ruthènes. Les Slaves du nord de la Hongrie, Slovaques et Ruthènes, et les Slaves du sud, Serbes et autres ne manqueraient pas de demander au gouvernement de Budapest un traitement semblable à ceux de leurs frères d'Autriche, ce qui amènerait la dislocation du royaume de Hongrie. Il y a plus,

si les Tchèques arrivent à reconstituer le royaume triunitaire de Bohême, Moravie et Silésie, il faudra bien que François-Joseph consente à se laisser couronner à Prague comme il a consenti à l'être en 1867 à Budapest. C'en est fait alors du dualisme ; la monarchie des Habsbourg se fractionnerait, l'Empereur d'Autriche, roi de Hongrie, devenu roi de Bohême, serait de nouveau sollicité par les Croates qui lui imposeraient une nouvelle couronne slave, pour le royaume triunitaire de Croatie, Slavonie et Dalmatie (la Bosnie et l'Herzégovine comprises). Ce serait la fédération et avec elle la ruine des espérances des Magyars.

V influence allemande se fait -elle sentir en Hongrie ?

Les A Uemands sont environ 1,850,000 en Hongrie, mais à l'exception de 200,000 colons allemands, dits Saxons, qui occupent le sud de la Transylvanie, le reste est disséminé dans tout le territoire et ne constitue plus un danger pour les Magyars, depuis que la Hongrie a réussi à se soustraire à la domination autrichienne.

Dans ces derniers temps une association scolaire [Schulverein) s'est organisée à Berlin , et s'est donné pour mission de prendre le patronage de tous les Allemands des pays étrangers. Les Hon-

grois ont été les premiers attaqués. Le Docteur Rudolf Heinze a publié sous le titre de Rungarica res, une brochure qui n'est qu'un acte d'accusation dirigé contre les Magyars, qu'il traite de barbares et d'oppresseurs des Allemands. Les Magyars ont répondu victorieusement à tous les reproches. Un grand nombre de colonies allemandes ont même protesté contre cette ingérence des Prussiens dans leurs affaires intérieures. Depuis la chute du parti centraliste au parlement de Vienne, les Hongrois n'ont plus d'inquiétude du côté des Allemands. D'ailleurs les hommes d'Etat hongrois tiennent à ce que l'Autriche n'intervienne pas dans leur politique intérieure ; par contre, ils évitent de s'occuper de ce qui se passe en Autriche, mais ils ne peuvent s'en désintéresser complètement, car tout ce qui se fait à Vienne a forcément son contrecoup à Budapest.

Est-il vrai que les Magyars soient alarmés du progrès des Tchèques en Bohème ?

Les Magyars ne sont pas hostiles au mouvement tchèque tant qu'il ne s'agit que d'obtenir pour la Bohême une autonomie administrative. Dans le royaume de Hongrie, les Croates jouissent déjà d'une autonomie très étendue et ce système a pu jusqu'ici fonctionner sans mettre en péril le Dua-

lisme ; les Magyars croient donc que les Tchèques pourraient dans l'Empire d'Autriche obtenir un traitement analogue sans que le compromis austrohongrois fût menacé. Les progrès du parti tchèque en Bohême peuvent même offrir quelques avantages à la Hongrie. Les Magyars ont deux ennemis, les Russes et les Allemands. Les Polonais de Galicie peuvent les aider à se défendre contre les premiers, les Tchèques à se défendre contre les seconds. Les Hongrois et les Tchèques ne sont donc pas nécessairement ennemis, aussi lors du renversement du parti centraliste à Vienne, le docteur Rieger est-il venu à Budapest et a-t-il essayé de faire comprendre aux Magyars qu'ils n'avaient rien à redouter du progrès des Tchèques. Quoi qu'il en soit, l'inquiétude et la méfiance n'ont pas disparu en Hongrie. On ne doute pas que l'autonomie administrative ne soit pour les Tchèques un acheminement à la reconstitution du royaume de Bohême; ce jour là le dualisme austro-hongrois, qui régit la monarchie depuis 186"/, aura fait son temps et devra céder la place au fédéralisme austro-slavo-hongrois.

Qit est-ce que le peuple slovaque ? Les Magyars rêussu-ont-ils à le soustraire à l'influence

tchèque ?

Sur le territoire hongrois, dans les montagnes

des Carpates, est une population slave de près de deux millions, gens pauvres et peu instruits, presque tous paysans ou ouvriers : ce sont les Slovaques. Ces montagnards ne savent guère ce qu'ils sont. Ils n'eussent sans doute jamais fait parler d'eux s'ils n'avaient été tour à tour sollicités par les Autrichiens, par les Russes et par les Tchèques.

Vers 1862, M. de Sclimerling, qui cherchait à isoler les Magyars pour les contraindre à entrer dans le parlement de Vienne, essaya de rompre les liens qui rattachaient les Slovaques aux Magyars. On nomma deux évêques en vue de gagner le clergé catholique et le peuple au gouvernement autrichien, on voulut même supprimer l'autonomie de l'Eglise protestante pour disposer aussi des pasteurs et des instituteurs pour cette propagande, enfin on choisit les employés parmi les Slovaques qui se posaient comme nationalistes. Ces efforts furent stériles et en 1867 les Hongrois firent tout rentrer dans l'ordre. D'autre part, les Russes entretenaient chez les Slovaques, comme chez tous les Slaves, une active propagande. L'archimandrite russe RajKwski, qui résidait à Vienne, fut longtemps chargé de distribuer les subventions entre les meneurs nationalistes. Aujourd'hui, les Allemands n'ont plus de prise sur les Slovaques et les Russes paraissent avoir abandonné la partie. Ce

n'est plus que par les Tchèques que les Slovaques sont rattachés au monde slave. La propagande tchèque consiste à subventionner les publications nationalistes, à entretenir avec les chefs de ce groupe slave des relations purement littéraires, et à tâcher de leur inspirer le sentiment que c'est à Prague qu'ils doivent désormais chercher leurs aspirations. Cette propagande revêt toutes les formes. La Slavia, compagnie d'assurances dont le siège est à Prague, a des agents dans les plus petits villages. Elle choisit pour la représenter les instituteurs et les notaires, excellents courtiers, qui ne manquent pas d'expliquer aux paysans que ce n'est pas à Pest mais à Prague qu'ils doivent chercher les éléments de leur prospérité matérielle. Le gouvernement hongrois a pris les mesures nécessaires pour rendre ces agitations stériles. Turocz Sz. Marton, petite ville de quatorze cents habitants, est le dernier centre du mouvement nationaliste slovaque. Des avocats et des employés autrichiens en retraite s'y occupent delà rédaction d'une feuille qui n'a guère plus de sept cents abonnés. Une association littéraire (Matica) qui, sous prétexte de belles lettres, ne faisait que de la politique séparatiste, a été dissoute par le gouvernement hongrois ; quelques écoles ont été fermées, plusieurs professeurs expulsés. En fait, si les Tchèques n'avaient pas pris

le haut patronage de ce groupe, il n'y aurait pas lieu de faire mention des Slovaques. Les Magyars n'ont donc aucune inquiétude pour le moment de ce côté. Les Tchèques sont, il est vrai, servis dans leur propagande par l'affinité qui existe entre la langue tchèque et la langue slovaque, — depuis la Réforme la langue liturgique des protestants slovaques est le tchèque. Il y a bien, depuis un certain temps, une véritable renaissance dans la littérature slovaque, mais il est peu vraisemblable que ce petit peuple réussisse à tirer de son propre fonds tous les éléments d'une culture intellectuelle. Aussi les Tchèques ne négligent-ils rien pour lui apporter ce qui lui manque, afin de le soustraire à l'influence littéraire allemande et magyare ; ils disposent même d'une clientèle très zélée : prêtres catholiques, pasteurs luthériens, instituteurs, avocats, médecins qui s'intitulent nationalistes-slovaques. Par contre, les Slovaques ne sont pas disposés à renoncer à leur langue et il y a même quelques traditions d'antagonisme entre eux et les Tchèques. Les gens qui ont de la fortune et un peu d'instruction paraissent s'intéresser davantage au développement littéraire de la Hongrie qu'à celui de la Bohême. Depuis le moyen-âge, les Magyars ont conféré des titres de noblesse, sans avoir égard à la race, aux citoyens jugés dignes de cette faveur.

Les Slovaques en ont en leur part, si bien qu'il y a dans certains de leurs comitats plus de nobles que dans plusieurs comitats magyars. Ainsi dans celui de Turocz où est la petite ville de Sz. Marton, le boulevard des nationalistes panslaves, on trouve un noble par dix habitants. C'est un lien puissant entre les Slovaques et les Magyars. D'autre part les Slovaques jouissent, sous le gouvernement hongrois, de la plus grande somme de libertés à laquelle puisse prétendre une nation à moins de réclamer une autonomie complète. La loi de 1868 sur les nationalités leur garantit l'usage de leur langue pour leurs écoles et dans l'administration locale. On peut plaider en slovaque devant les tribunaux et adresser toute requête dans la même langue aux diverses administrations. Enfin ils choisissent librement leurs instituteurs, leurs pasteurs et leurs conseillers municipaux. Aussi en 1881, comme à toutes les élections précédentes, aucun candidat nationaliste n'a été envoyé au parlement hongrois. Les comitats slovaques envoient même des députés favorables à la politique du cabinet de M. Tisza.

Comment expliquer V attraction que les Hongrois ont toujours eue pour les Polonais ?

Par leur passé historique, par le caractère de

leurs grands hommes, par la mission providentielle qui leur a été dévolue, les Polonais et les Hongrois sont deux peuples frères. Plusieurs rois ont porté en même temps les couronnes des deux royaumes. Mathias Gorvin et Jean Sobieski furent, chacun dans leur temps, les plus solides remparts de la chrétienté contre les Turcs. Chez les Hongrois et les Polonais on retrouve le même caractère chevaleresque, le même élan, la même abnégation pour le service de la patrie. Nées généreuses et enthousiastes, ces nations avaient un moment devancé les peuples d'occident dans la voie de la civilisation et occupaient la première place en Europe, au temps où il fallait défendre le vieux monde contre la barbarie. Mais elles ne furent plus en état de se protéger elles-mêmes le jour où le pouvoir appartint non pas aux plus braves mais aux plus habiles. Aux heures de crise, quand l'insurrection devint la seule sauvegarde des libertés nationales en péril, le patriotisme enfanta les mêmes prodiges. Les grands patriotes hongrois trouvèrent des émules dans les héros polonais. A un siècle de distance la grande âme d'Emeric Tœkœly semble revivre dans Thadée Kosciuszko.

De fait, les Polonais sont la seule nation slave pour laquelle les Hongrois aient une amitié sincère. Les Magyars ont applaudi à chaque insurrection

polonaise, ils ont envoyé des secours et ont recueilli les réfugiés. En 1849, un Polonais, le général Bem, soutint en Transylvanie à la tête des insurgés hongrois une lutte héroïque contre l'armée russe venue au secours de l'Autriche. L'année dernière les Magyars ont érigé à ce général une statue à Maros Vasarhely, en Transylvanie, et les étudiants de Cracovie ont tenu à se faire représenter à la fête d'inauguration.

Les Hongrois considèrent les Russes comme leurs plus grands ennemis, parce que, si le Panslavisme, tel qu'il est compris à Moscou, c'est-àdire le Panrussisme, venait à triompher, ce serait l'effondrement du royaume de saint Etienne. Ce Panrussisme est un danger non moins grand pour les Polonais toujours opprimés par les Russes. Il y a là une communauté d'intérêts qui rapproche les Polonais des Magyars. Aussi depuis Kossuth jusqu'au dernier paysan magyar, ce ne serait qu'un cri d'enthousiasme en Hongrie le jour où par un coup du sort, la Pologne renaîtrait de ses propres ruines.

Je regrette de ne pouvoir faire une halte à Pest, car c'est la ville du monde où l'on trouve le plus de sympathies pour la France ; mais il nous faut quitter l'Autriche-IIongrie et entrer en Silésie pour y voir les Prussiens aux prises avec les Polonais.

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