‹ Slaves et TeutonsChapitre 5 sur 42 · TCHÈQUES. ALLEMANDS · texte numérisé non relu

TCHÈQUES. ALLEMANDS

Théologie (en latin)... 164 44= 208

Droit 670 369=1.039

Philosophie 287 141 = 428

Médecine 229 184 = 413

Nous réclamons pour ces 1350 élèves un enseignement conforme à leur nature d'esprit et à leurs tendances. Les Allemands nous reprochent de ne

pas avoir un corps de professeurs suffisant pour une université distincte. Qu'on jette les yeux sur YOrdung et qu'on recherche l'origine des professeurs allemands, beaucoup d'entre eux ne sont pas originaires de Bohême, mais viennent de Prusse et d'autres parties de l'Allemagne. Il est vrai qu'on a admis des professeurs tchèques à l'université de Prague, mais dans quelle proportion? Dans la faculté de philosophie, par exemple, on trouve pour les cours de philosophie le Dr Willmann, Prussien; le Dr Stumpf, Bavarois ; le Dr Marty, Suisse ; un seul professeur est Tchèque, le Dr Durdik. Et quelle peine il faut pour pénétrer dans ce Sacré Collège l Comme les professeurs présentent au ministre trois candidats, ils peuvent toujours empêcher un Tchèque d'être nommé. La nationalité est une cote défavorable qui vient encore s'ajouter aux chances d'un examen, et les privat-docenten tchèques n'ont pu forcer la porte de l'université qu'en produisant des thèses d'une valeur telle qu'il fallait bien les recevoir pour ne pas provoquer de scandale. Il y a dix ans au plus qu'on a bien voulu accepter des dissertations faites en langue tchèque. Un corps enseignant qui compte des hommes de la valeur du Dr Durdik pour la philosophie, du Dr Anton Randa pour le droit, du Dr Gundely, le continuateur de l'ouvrage de Palacky, ne mérite pas le reproche

médiocrité que les Allemands lui ont adressé à tort. En fait, il y a déjà à Prague deux universités dans une même noix. Les Tchèques ne veulent pas attendre davantage, ils demandent à être émancipés de suite.

Après l'université de Paris et celle de Bologne, l'université de Prague est la plus ancienne de l'Europe. Charles IV, empereur d'Allemagne et roi de Bohême, la créa en 1348 ; elle fut aussitôt le rendezvous de toute la jeunesse de Bohême, de Pologne, de Bavière et de Saxe. En 1408 elle comptait 30,000 étudiants ; seule l'université de Paris pouvait rivaliser avec elle. Il a fallu l'écrasement des Hussites, le triomphe du germanisme dans la guerre de Trente ans, les persécutions de Ferdinand II et l'effacement de la Bohême pendant plus de deux siècles, pour priver les Tchèques de la plus belle de leurs institutions. La politique autrichienne a livré cette université aux Allemands ; la politique fédéraliste venant à triompher doit la rendre aux Tchèques.

Il est temps, disent encore les Tchèques, que les Allemands ne se targuent plus de représenter à eux seuls la culture intellectuelle en Bohême. Si les Tchèques n'ont pas vu depuis trois cents ans leur littérature se développer, c'est que les Allemands ont confisqué à leur profit toutes les forces vives de

L UNIVERSITE DE PRAGUE t\

la nation tchèque. Et d'ailleurs qu'a produit en Bohême cette société allemande si cultivée et qui dispose de tant de ressources ? — Pas un seul journal littéraire, tandis que les Tchèques en ont déjà plusieurs.

L'université allemande jouit d'une dotation considérable. Les professeurs ont à leur disposition des bâtiments magnifiques : le Carolinum, le Clementinum et les splendides instituts de la nouvelle ville où sont de spacieux amphithéâtres, de riches collections, de magnifiques bibliothèques et des logements confortables pour le personnel enseignant. Partager les fonds de l'université actuelle, céder une partie des bâtiments, se serrer pour faire place aux nouveaux venus, c'est dur pour des hommes qui la veille encore se croyaient seuls maîtres de la place. Les Tchèques disent tout bas que ces soucis matériels ne sont pas étrangers à l'opiniâtre résistance qu'ils ont trouvée dans le camp des professeurs allemands.

Le vote du parlement a enfin donné gain de cause aux Tchèques. La nouvelle université est en voie de formation. On ira progressivement. Une faculté de philosophie et une faculté de droit seront d'abord créées. Dans un an seulement on ouvrii a une faculté de médecine.

Le journalisme politique a été créé en Bohême par Havliczek, un patriote ardent, qui fonda en 1848 Les nouvelles nationales (Narodni Novinï). Longtemps contenue par une censure sévère, la presse tchèque ne put se développer. C'est seulement depuis la constitution de 1860 qu'elle a commencé à jouer un rôle important. Les principaux journaux politiques sont les suivants :

La Politique (Politik), organe du vieux parti tchèque, inspiré par le docteur Rieger, chef des conservateurs-libéraux. Il est rédigé en allemand pour pouvoir défendre plus facilement la cause tchèque contre le parti allemand.

Le Progrès {PoliroU), organe du même parti, dirigé par M. Zeithamer et rédigé en tchèque.

Les nouvelles tchèques {Ceshé noviny) a aussi la même tendance, mais a peu d'influence.

Les Feuilles nationales {Narodni List y). C'est le journal des jeunes tchèques. Ce parti s'est formé en 1863 pour protester contre l'alliance du vieux parti national avec la noblesse et l'épiscopat ; il a des tendances radicales qui tranchent avec la modération que les vieux tchèques* se sont imposée comme ligne de conduite. Tout en étant d'accord sur la question nationale, ils prennent le contrepied de leur système. Palacky déplorait en 1863 l'insurrection polonaise, la Politik condamnait dernièrement l'insurrection de l'Herzégovine, — les jeunes tchèques au contraire firent l'apologie de la première et se gardèrent bien de blâmer les Herzégoviniens. Le système d'abstention préconisé par le docteur Rieger, vis-à-vis du Reichsrath et de la diète fut aussi combattu par le Narodni Listy. Les vieux tchèques sont très catholiques, les jeunes tchèques sont en grande partie protestants et ne seraient pas très éloignés de revenir à la tradition hussite. Le docteur Greger dirige ce journal. Des trois députés que les jeunes tchèques ont au Reichsrath, le docteur Trojan est le plus en vue. La nécessité de faire opposition à la Politik et de justifier l'existence d'un parti distinct entraine souvent le Narodni Listy à exagérer ses propres tendances.

Le Tchèque (Cech) est le journal du clergé.

Les journaux politiques allemands de Bohême sont: La Bohemia, Le Prager TagMatt, qui a adopté le genre de nouvelles à la main et donne à sa politique une note moins acerbe que la Bohemia.

Le Prager Zeitung (journal officiel) ; la Politik, le Narodni listy, la Bohemia et le Prager TagUatt tirent chacun de six à sept mille exemplaires

La Tribune, qui paraît à Vienne, est rédigée en allemand et a pour directeur M. J. S. Skrejsovsky. Elle défend la politique tchèque dans la capitale de l'Autriche. A Brunn, les Tchèques de Moravie ont pour organe le Moravsha Or lice [Y Aigle de Moravie). A Saint-Marton, dans le comitat hongrois de Turoc, qui est peuplé de Slovaques, les Sloveski noviny entretiennent la propagande slave.

Il faudrait citer un trop grand nombre de journaux, pour avoir une nomenclature complète des feuilles en langue tchèque qui paraissent en Bohême et en Moravie.

Page 1