‹ Slaves et Teutons: notes et impressions de voyageChapitre 11 sur 73 · LA LUTTE EN BOHÊME · texte numérisé non relu

LA LUTTE EN BOHÊME

ques comprirent tout le péril que les Allemands faisaient courir à leur nationalité. Ils virent qu'après les désastres de la guerre de Trente ans, de trois millions d'habitants la population de la Bohême avait été réduite à sept cent mille âmes, que les montagnes n'avaient plus alors été pour elle un rempart suffisant et que les Allemands avaient pu, sans coup férir, franchir les crêtes des Géants et s'installer dans les riches vallées de la Bohême. Les envahisseurs guidés par leur instinct suivent un plan qu'on croirait tracé par un habile stratégiste: — Au nord, les Saxons remontent l'Elbe et pénètrent jusqu'au cœur du pays, encore un peu et ils seront à Prague ; au nord-est, les Allemands venant de Silésie gagnent les plateaux, descendent en Moravie, occupent Olmiitz ; ils seront bientôt rejoints par les Allemands d'Autriche qui viennent par le sud et ont déjà conquis Brùnn et Austerlitz. Peu s'en faut que le blocus ne soit complet. Les Tchèques de Bohême seront alors séparés de leurs frèfes de Moravie et de Silésie. Ces masses s'avancent lentement et imperceptiblement comme les dunes de sable poussées par le vent sur certaines villes du littoral.

Si l'investissement de la Bohème continue maintenant, c'est que les Tchèques le voudront bien , car ils se sont comptés et ils savent leur force . Il n'y a

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qa# deuac HulUons d'ÂUemaiids répartis sur un cevele kûmeofie, tandis qu'eux sont quatre ixiitliîons trois, cent mille massés au ce&tr» de la Bobéa^e et en Moravie- et de plus couverts sur leur droite et reliés au otonâe slave par plus de deux, millions de SIova(|ue6, q^ sont forlefiient étaUis dan3 tes montagOies des Carpate^ au nord de la Boiserie.

Frague est sans contredit Tune des plus beUes cités du nionde. Po^ir jiugeir de retendue et des merveilkuses perspectives de cette^ grande ville, il fhut gravir le mamelon de Wyschrad ; il domine Prague comme Montmartre domine Paiis. Le chanoine Stulc, Tun des amis et coQaborateurs de Palacky, a établi sa résidence au sommet. Yue de là, Prague produit un effet magique. Vers la gauche, descendent en courbes gracieuses les demies contreforts de la Montagne Blanche où succomba lan^tion tchèque au début de la guerre de Trente ans, plu$ loin un amas de vieux monuments, des tours, des dômes^ des murs crénelés qui s'étagent efliérissent les flancs d'une haute coUlne qui barre Thorizon. Cestle Hm^cMn. De somptueux palais en couronnent les crêtes. Sur le sommet se développent leurs longues façades blanches fornaant comme UB imme^Qse soubassement de marbre à la basilique de Saint-^^itt dont la v^le ^che dentelée s^'élance

à xme hauteur infinie. La Mol4au coûte lefttMiauit le long de cette oaajeatueii^e acropoto^ cou^éei par un icieiix poinit moiutiDientali qqe- la Borne ajatique eùJb p«L lai esbvier poisr (fêecirei* le Tll)]?e. Su pluâieura endroits la rivière s*élargii et euvetof pe de ses eau^ claires de toogue&ilesr baisées, véritables jardins^ de vilie. Sur la droite ceiitt âècbes, tours, docheton^^ partofitr de tous le& points de la basse ^Ule et se sil^iËetteiaiit sur le ciel de la façoa la plus bizarre et la plus gracieuse. De oiôuveaux qjuartiers sont en construction. D*iniunenses espaces soat déjà cou? verts de grands bâtiments neufjs , hôpitaux , tOr cultes, nombre d'établissemeats spacieux. Leur as*pect sévère et leur ordonnaace uaiforBae contirasiteat avee les naonunxeats pittoresques de la vieUlp ville, qui est restée ce q^u'eUe était au xv° siècle,, du temps de la guerre des Hussites et sou3 le v^j^ f^im&mi de George de Podiebrad.

Mm desceittlant de Wyschrad nK)n ootupaguton:, w tchècpe, qui avait pris à tâche de ne laisser échaj^ ]^r aucuni diétail, m'amiena dan^s^ le qiiaetière ^ Wyschrad devant la toiiabe de Hankav « Uanlia*, me ^t-ïlr est un de nos portes célèbres;, il a surtout fmà» mi grand service am paye par la découverte fiàlL fit d-uft ma^usorili de nos chajxts nationaux qui date du xv« siècle, le Kralove Dvor (La cow dm lès£i>. Lt'îAscjriptiPû t(i^<|ue ç[ue vous, voyez, sur

la pierre tombale rappelle ce souvenir : — Une nation vit tant que sa langue vit, »

Il me parla ensuite de Jungmann, Thomme qui a le plus contribué à faire Tevivre la langue tchèque. Voici ce qu'il me raconta :

Jungmann est le Littré des Tchèques. Il ftit le, précurseur de Palacky et de Safarik et il les aida de ses conseils. En 1823, il accueillit Palacky à Prague et le présenta à la Société littéraire qu'il avait déjà su grouper autour de lui, -^ A la fin du siècle dernier, Tidiome tchèque avait presque complètement disparu, les Allemands avaient réussi à le faire oublier dans les villes. La noblesse de Bohême avait bien essayé de le faire revivre pour entraver les projets de germanisation de Joseph II, mais Dobrowsky, le philologue tchèque le plus éminent de cette époque, déclarait lui-môme qu'il était trop tard pour ressusciter la nation, que le tchèque n'était plus qu'une langue morte, et il n'osait môme pas publier ses ouvrages dans cette langue. S'il fouillait les origines de ce langage, ce n'était qu'en manière d'archéologue, curieux de rechercher les débris de l'édifice national qui s'était effondré deux siècles avant : Jungmann jugea autrement et jugea bien. — Une nation vit tant que sa langue vit.

A Prague et dans les autres villes, les bourgeois

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étaient allemands et on parlait allemand dans les écoles primaires, mais dans les campagnes le ) curé du village avait son école paroissiale où l'en- 'fant apprenait à lire et à écrire dans la seule langue qu'il sût, celle que lui avait parlée sa mère en le berçant, la langue tchèque. Dans la bouche des paysans ce langage était peu à peu devenu on patois incorrect. Mais il suffisait d'un philologue doublé d'un patriote pour reprendre un à un ces débris, les classer, leur rendre leur forme primitive et offrir à ses compatriotes le plus beau présent qu'il soit donné à un peuple de recevoir. Ce fut l'œuvre de Jungmann. Il a recherché l'étymologie de chaque mot usité, a extrait des vieux auteurs ceux qui étaient tombés dans l'oubli, et a même créé de nouvelles formes pour exprimer les idées et les objets qui, depuis deux siècles, avaient fait leur apparition dans le monde. Au lieu d'emprunter, comme on l'a fait pour la plupart des langues étrangères, ces mots au grec et au latin, il les tira des racines de la langue tchèque ellemême. Une fois remis en possession de leur langue originelle, les Tchèques s'enthousiasmèrent pour leur idiome, et admirèrent la richesse de ses formes. Ce que les étrangers trouvaient dur dans leur bouche, eux le trouvaient sonore. Parler correctement devint un devoir patriotique ; bientôt

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ie tengi^ee ^Igaire «¥pnara, «les expresiâom •<^assiqties î^devînrent m. èonneur. BaiRs cet efifort, te "peii^te rétroii'^ bientôt la tcAme ymmite et jualpal>le #1 ^éaàe ^ationaL

Le iliGtîomiaiipe 4e futigmann, les a^ntîfiiMés iadaves èè Safai'ik, et rhisloii^ de BcKiréine de Palacky , ve^ Ja triple pierre «ngtilaifre sur laquelle va 3se dresser te tnorrannent national dont tes T(i%fè9tsies aUlendefit te ocmromnemGfiit.

'Ceux ^cpte te relêveinent 4es Tchèques a Ddas «ii- Tteux, ine imain^eiït pas de dire qtte tes T^!iècpii0s 4e B^liêifte ik^yvà pai^ su se refaire seuls, ^'11 a ùàbi dés éftPaiigers pour réveîlter chez eux te iseiïttfiiélit :&atioiïM : François Palacky n'eilt pas de Bekême, saais du petit village de Hodeslavice en Memvte, ^a«ifl Saftiirdk est slovaque ainsi que Kollar, teiyoète myt^u» <âu panslavisme et bon nombre des 'écmi'- "vaiins tcbëfiies. ... « On ajoute que, m on y regoirâe ^ ipPès, on ttroave parmi les Tchèques tes ftas ^^liinivlns bim des ^ens d'oiîgine polonaise «ou aUe^ liâande. Oes discussions sont oiseuses, il importe IKim ^M te peup^te tcbèque ait trouvé ses ^i^iixes âatis mti propre sein ou «qu'il 'les ait regus «d'ttne eoiàstée vcâssm ; te ùM est qu'il <a éomié la yeix de omji fpsi M ^tA t^appelé ses droits et «les 4ev^cAtis, qu^ «%st tevé, ^ «aarobé^ a été sftirvé.

Jto tMâttitsaOïistarigM recdiistîtiiéei^iUkkidky,

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ayait montré aux habitants de la Bohême le rôle qu'ils avaient joué dans le monde slave; leur filiation tracée méthodiquement par Safarik leur avait indiqué leur proche degré de parenté avec les Slaves du Nord et les Slaves du Sud : Fœuvre cotossalede Jungmann donna à ces découvertes une f^lei-ne consécration. Les Tchèques de Bohême et ée Moravie avaient bien conscience de leur parenté avec les Slovaques de Hongrie leurs voisins, (5&t îte se comprenaiefnt «entre eux d'une façon très Intelligible émis leurs Miomes respectifs. Ils sa^ hissaient afussi asses facilement la langue po^o^ naise. Bien que les Tchèques n'eussent pas de rel«tiMis directes avec les Slaves du Sud, cependant oe«iitee le Oouvernement autrichien chaisissait vakmtiers ses employés parmi les Tchèques, comme tes ïBéas-triels de tout l'empire recherchaient les euviiett^ ée Bohême, ils s'étaient trouvés en «contdict ^qaeeft avec les populations slaves du Sud 4lte la monarchie. L'idiome des Slovènes de €â^nlvAè ta <de Gatinthie et celisi des Croates et des Slav^iis des b0râs de la Brave et de la Sai/^^:9e letir étsîent pas étrangers, ils pouvaient même lire ^ees langues fui s&sA écrites comme te toltè^e* en •e«Ni«^ié»Pes ilalfeins, lie ^and lexique de Jfmgmann ^mmfi à <i6s imtyressians eitcore vaines ta force d%Be iiaN;itadie% L'4ifft&tté iétroite fad ^mtÊte ^ntre

toutes ces langues était établie. Bien qu'elles fussent écrites en caractères cyrilliques et moins intelligibles pour les Tclièques, il ressortait aussi des travaux de Jungmann que la langue ruthène, la langue russe, celle des Serbes et même celle des Bulgares avaient une parenté certaine avec le tchèque. L'origine commune de tous ces peuples établie par Safarik à Taide de la tradition était ainsi attestée d'une manière irréfragable.

Ces notions sont aujourd'hui tellement vulgarisées qu'on a peine à croire que cela ait pu être, il y a cinquante ans, une révélation pour la grande majorité des Tchèques.

Grâce à trois savants, un peuple tout entier venait de retrouver son état civil. La situation faite aux Allemands en Bohême, c'est eux Tchèques, qui devaient l'occuper. Ils étaient en face d'usurpateurs. Cette université allemande, ces églises allemandes, ces palais allemands, avaient été bâtis par des Tchèques et pour des Tchèques. Un cartouche, un écusson était-il remis à nu, une peinture restaurée, un vieux parchemin tiré de la poussière, tout protestait en leur faveur. Dans tous les vestiges du passé, ils retrouvaient la marque du génie national dont, malgré la culture allemande, ils avaient gardé en eux l'instinct secret. Le moment était favorable pour briser les liens du servage moral dans lequel

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ils étaient tenus. Un grand courant pour l'émancipation des peuples traversait TEurope ; les races qui revendiquaient leur propre indépendance s'érigeaient en juges du grand tribunal de la liberté. Quiconque se présentait avec des titres avait droit d*ôtre entendu. Aussi bien les Tchèques n'étaientils pas un débris d'une ancienne race, comme les Magyars, qui, isolés au centre de l'Europe, sont seuls contre tous, et n'ont pour eux que leur vaillance et la foi dans leurs destinées. Eux avaient des frères et des alliés naturels. S'ils occupaient le poste le plus avancé des Slaves en Europe, ils n'en étaient pas complètement détachés ; deux millions de Slovaques et treize millions de Polonais formaient avec eux un groupe important de Slaves, tous catholiques ; et derrière ces masses se dressait le colosse russe, toujours prêt à appuyer leurs revendications. L'avenir semblait ouvert aux peuples Slaves ; l'heure fatale avait sonné pour la Turquie. A chaque secousse, un des peuples que les mulsulmans tenaient sous leur joug était rendu à la liberté. Après les Grecs et les Roumains, allait venir le tour des Slaves du Sud, Serbes et Bulgares ..... Tôt ou tard, la monarchie austro-hongroise finirait par adopter la forme fédérative. Ce jour-là, les Slaves du Nord retrouveraient leur autonomie.

5a SLAY^S BT »»WTONS

Pour mesa^er la portée de Fœuvre entreprt» p^y Palacky et oeatinuée ayec uae ptrsévéîraaœ efiniàtre par soa gendï*© le D'' Rîeg^r, fl: fkià » rap*peler ce q^ a été dit plus haut de ta situati<»i €b fo Bohême pendant 1» première moitié de ee sMefcK L'instruction publique à tous lesdegrés ébttt donaée en allemand et par des Allemands. Pïtitgae ne po»^ sédait* qttt^un seul théâtre et on n'y jwait fue cte» pièces écwles en allemand. Tous le^^ Hvres, tousr lesr Journaux éliaîent en Mngue allemande. Au point de Tue politique et social Fin^ence allemande était également dominante. La haute aristoci^ttie et le» grands propriétaire» étaient tous d*origiûe aile* mande. Lors de la révolution de 1618, la mbSè^&is» de Bohéfme s'était déclarée contre FBmpereur ;^ e»€r fut décimée, en l&^, à la bataille de la Ifontagae Bîamobe. On fit alors don aux généraux aïH trichiens de vastes domaines. De nombreuses fiK milles vinrent d*Autrtehe en Bohême, y donnèrent le ton à la^ haute société tchèque, Fabsorb^mt à ce point, qu'il' y a vingt ans, la euiie des grandir propriétaires ne contenait que tmig^ femiîteft tclfeè»* ques, les Pstlacky, les DaoteiL et les Clawfy. L'élément tchèque n'étant plus représenté m Bo^ home que par un petit nombre de bourgeois et par la populatiwî rurale, les AHemands eureiït liferf^» carrière. Us accaparèrent toutes les branches de

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commerce et d'industrie, ftireot maîtres^ <ie$, viUeft el des chambres de commerce. Us» pureiil ainsi s'ash surer la majorité aux élections. Dans les essaie e0ns;tituti:O0ûels £aiit& après la ]»ataUIe de ScjlérioOi^ ea evA soia de forsfôr les^ circonscriptiQi^ élecjfco^* raies de mmiièpe à coittsarver V'm&nem:e a<& faiMÂ atlom^dé Ci Ea Boliâme^ 1^ \iUes Slayes allaient im député pour K,03ô électeurs, tandis que les iiiUea allemandes en avaient un pour 10,315. Dans les cirw^ conscriptions rural^^ les Slaves avaient un députa pap 53,20d^ habitants, taudis quelescirconscriptioAil aUemaades en avaient ue pour 40,800 électeursî* Lu isiUe allemajade 4e Reichenberg ave<^ 19,0QQ ha^ tîuits, avait trois députés, tan^ii^^ que la ville sla^d de Pi^aguev avec 150^,000 hahitajits> n'ea avaB qw dix.. -^ lie bourg allemand de Parcheu» atvec 580^ ba.-^ bitsBits, avait un député; la vULe slave da )Ua4xuN avec 8)000 habitants, i^'ea avait pas^ \m seu^ — ^ système électoral était un Kéritable* mm»m^x S sujbsiate encore aupurd^hui, et tai^ v^JX sefatea vigueur, ^Autriche nie peuâ ôlr^ considéjeée ^mam un étatr sincèremeM repi^senteit&C ^ %

B Mlait que Palacls,^,^ ^ ne se plaî^ràlt ^mi mtHeit de ses livireâLet ne dese^Mbiifc «u*à ceob^ cœur dans l'arène politique, eût une singulière-

> nittoire de VAuhiche-Hongrie, 1879. Louis

énergie pour essayer le renversement de cet état de choses. Le réveil du sentiment national ne date que de la fondation du musée de Prague créé en 1818 par les comtes Kolowrat et SternLerg; on y rassembla tous les documents d'archéologie et d'histoire qui pouvaient aider à reconstituer l'histoire de la Bohême. On découvrit vers cette époque quelques poésies du moyen-âge qui sont de la plus haute importance pour Tétude de la langue tchèque, le Jugement de Liboucha et le manuscrit de Kralove Dvor '. La Revue du Musée fut la première manifestation de la renaissance littéraire et l'occasion d'un rapprochement entre tout ce que la nation tchèque possédait alors d'esprits cultivés. Palacky puis Safarik eurent la direction de la revue, plus tard leD^ Riegeren assura le succès. La société pour la publication des livres scientifiques [Matice Czeska), fondée dans le même temps, permit d'éditer des œuvres considérables, notamment celles de Jungmann et de Safarik. La régénération du peuple tchèque était Tunique préoccupation. Tout savant ou tout homme de lettres était reçu chez le comte Sternterg où se réunissait l'élite de la société tchèque. Chacun briguait les suffrages de cette

^ Chants héroïques et chansons populaires des Slaves de Bohême, Louis Léobr. *

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brillante réunion, qui réservait ses encouragement.^ à ceux qui concouraient le plus activement à l'œuvre nationale.

Comme aux jours où Virgile annonçait au monde un nouvel ordre de choses, chaque nation opprimée apprenait par les chants de ses poëtes qu'une ère nouvelle allait s'ouvrir pour elle. Dans la vaste plaine hongroise, c'étaient Vorosmarty, Petofi et Jean Arany, sur les bords de la Vistule Mickiewicz, Slowacki et Zaleski, au cœur de la Bohême c'était KoUar, l'auteur de la Fille de glov^e. Celakovski, Hanka, Vocel, tous suppliant leurs compatriotes de ne pas s'oublier eux-mêmes et de savoir vivre assez longtemps pour attendre l'heure de la liberté.

En 1842 la renaissance littéraire en Bohême était déjà un fait accompli. Le comte de Thun en indiqua la portée dans un travail resté célèbre ; De Vétat actuel de la liiiérature en Bohême et de son importance. Après avoir montré le rôle de tous les précurseurs, du grammairien Dobrowski, de rhistoriographe Pelzel, du linguiste Faustin Prochazka, il présente au monde le cortège des poëtes, des historiens et des savants dont nous venons d'observer la marche. Les Hongrois, qui menaient sous les auspices du comte Stéphan Széchenyi la même campagne, comprirent où voulaient en venir les

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Teli-èçiifes, et 41 s'engagea ^iitre le comte êè Thu pour la Bohème et M. F. Puîszky pour la Hongrie une polémique courtoise mais véhëmente ; te |>re* mi^ ï^éclamait pour les Slaves de Bohême et de Hongrie le droit à une vie individueite, le second évoquait te spectre russe qui lui pasfaissaît dissimulé derrière l'agitation des Slaves du nord.

Nous sommes* la veille des événements 4e 1848* La ïïi^on tchè^iue reloue à la vie va pouvoir s'a^ firmer. Quelle va être ^on attitude ot son programme ? Palacky en est à la fors la tête et l'âme. €'est 4ui qui Va occuper toute la scène politique. Ildem setâ à parier au nom de son peuple. Dans ffti»$i€ars notices consacrées à ce grand historien, M. Louis Léger a mis en relief rélévation de son ^sw^ctèreiet la sûreté de ses vues politiques. Palacky li%tfeewd le saint de la Bohême, ni de l'insurrection, ni de l'abaissement de l'Autriche, mais du dévelop^ pement moral de la race tchèque et de son droit historique. De 1824 à 1848 les travaux historiques l'avaient absorbé complètement; de 1848 à 187€i^ •époque de sa mort, il dut bien malgré lui faire à la politique une lai je part. Rien n'était plus con*traire à Tses goûts que les luttes oratoires et les'in*trigues de la vte parlementaire. Les revendications des Tchèques reposaient uniquement sur le droit historique. C'^st l'unique base d'argumentation que

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