ACTE TROISIÈME
s*inquiéter sans mesare d'une situation qui, en fin de compte, ne peut pas être changée, n'est-ce pas?
RICHARD
A la bonne heure 1
L*AMIRAL
Tu avais tout & fait raison... Ces mariages-là, quant aux apparences, sont assez communs, et personne ne songe & me reprocher le mienl... Et, quant au fond, il ne manque pas de filles qui ne se marient point et ne s*en trouvent pas plus malheureuses ! ...
RICHARD
Assurément!
l'amiral.
SmiUs est encore une enfant... Suppose qu*il me reste à vivre une dizaine d'années, car je ne suis après tout, moi, qu'un vieux soldat, fatigué par les campagnes, couvert de blessures, et puis, vois-tu, mon cher, le cœur est atteint, j'ai averti le docteur... Eh bien, à vingt-six ans, elle sera encore la plus délicieuse des créatures, et, de son apparent veuvage, elle aura gagné un charme de plus, voilà tout! N'est-ce pas ainsi que tu me voulais?
Si fait, si fait! J'aime entendre un homme parler ainsi!
L*AMIRAL
Tiens, voici le symbole : mon anneau, regarde; j'y ai fait enchâsser une pierre précieuse et ce n'est plus un anneau de mariage, ce n'est qu'un bijou!
RICHARD
Oui 1 Et tu ne t'inquiètes pas autrement ?
l'amiral, le regardant avec attention.
Est-ce que, dans ton cœur, tu me désapprouves?
BICHAhD.
Quelle idée !
l'amiral.
Alors, qu*as-tu? tu as Tair tout drôle!
BICHARD.
Mon Dieu, je ne sais pas I J*en étais encore à ton désespoir, moi... et j'éprouTe une certaine surprise... une surprise heureuse...
L*AIIIRAL| gouailleur.
Ehl eh! voilà bien les hommes! Je parie que tu te disais encore : ce pauvre ami ! à son âge ! prendre ainsi les choses ! avec cette violence tragique ! Tu me croyais encore dans les affres de la passion, hein? et tu apprêtais les conseils, les bonnes paroles... tu comptais me parler de l'héroïsme marin... de Navarin peut-être, et d'Aboukir !... Gomme si les combats de la guerre pouvaient se comparer aux luttes intérieures!] — Et te voilà tout désappointé.
RICHARD
Désappointé, non !
l'amiral.
Non?
RICHARD
Eh bien! oui... désappointé en effet, dans mes prévisions, car je croyais te connaître, entêté comme un Breton que tu es, incapable de changer de ligne quand une fois tu as mis le cap sur une idée.
l'amiral.
Enfin, tu t'étonnes de me voir revenu à des idées raisonnables, aux sentiments moyens, en un mot?
RICHARD
Il y a de cela !