‹ SmolenskChapitre 3 sur 15 · COPIE ANCIENNE DE L ICONE ODIGUITRI DE SMOLKNSK · texte numérisé non relu

COPIE ANCIENNE DE L ICONE ODIGUITRI DE SMOLKNSK

Conservée au couvent de la Trinité de Saint-Serge, près Moscou.

culeuse placée dans cette chapelle fut enlevée par une compagnie trartillerie et confiée depuis lors aux régiments de la 3" division d'infanterie du général lermoloff. Quant à l'ancienne image ^ miraculeuse qui figurait dans la cathédrale de Smoiensk, elle fut transportée à Moscou, où elle fut reçue en grande pompe, sous l'escorte de nombreux habitants de Smoiensk. Avant la bataille de Borodino, l'archevêque Iriné la promena en procession sur le front des troupes.

« Elle a été placée dans la cathédrale de l'Assomption, au Kremlin de Moscou. (11 s'agit sans doute de l'image moins ancienne dont la division lermolofi" avait la garde. C'est elle qui fut portée processionnellement devant les troupes avant la bataille de Borodino.) »

Voici, d'après l'archevêque PhilarèteGourmilevski', ce qu'il advint de l'icône ancienne.

*■ L'histoire de Smoiensk a en grande partie pour base les traditions relatives à cette icône.

^ La vie des saints russes vénérés par l'Eglise orthodoxe. Juillet-août, page 254, Saint-Pétersbourg, 188'j,

« En 181:2, l'image Odiguitri de Smolensk fut transportée à laroslav par Tévêque de Smolensk, Sfalkovski. Mais quand les troupes russes reprirent Smolensk, en vertu des ordres du général en chef Koutouzofî, qui avait reçu le titre de prince de Smolensk, Timage miraculeuse fut rendue à cette ville et remise à son ancienne place'. »

On peut voir aussi dans la cathédrale de Smolensk une superbe broderie faite de soie, d'or et d'argent, enlevée à Moscou de la cathédrale de l'Assomption par les Français en 1812 et qu'ils conservèrent jusqu'à Smolensk où elle fut reprise par les Russes.

Cette broderie, qui représente une mise au tombeau, porte Finscription suivante, en slavon :

En r/ionneur de la sainte Trinité^ source de vie^ de la très sainte mère de Dieu et de sa glo-

^ C'est-à-dire dans la grande cathédrale de Smolensk où l'on peut encore la voir et l'admirer. Cette icône est une des plus belles de la Russie.

BRODERIE DU XVl^' SIÈCLE CONSERVÉE DANS L.rCATHKI.HALE DE SMULEXSK

rieuse et vénérable Assomption^ Cannée 1561 , par le très pieux tzar et grand-duc de toutes les Russies^ Jean Vassiliévitch, sous le très saint métropolitain Macaire, ce voile a été donné à l'église de t Assomption de la très sainte mère de Dieu par le prince orthodoxe Vladimir Andréïévitch, par sa mère la princesse orthodoxe Euphrosine^ épouse du prince A ?id ré Ivanovitch, pour être vénéré par tout le peuple orthodoxe et en mémoire de ma mère dans la durée éternelle des âges pour le salut présent et futur de son cime.

Cette broderie, qui est de très grande dimension, est de celles qui servent à la procession qui a lieu le Vendredi saint dans le culte orthodoxe.

Il convient également de mentionner l'existence, dans l'église de Saint-Michel de Smolensk, ou église de l'archange de Svirsky, d'une icône presque aussi vénérée que celle de la vierge Odiguitri. Le nom d'église de Svirsky vient de 'Ce que dans l'église en

question figure l'icône de la sainte Vierge de Svirsky.

Voici la traduction de la notice relative à cette icône.

« Icône Svirsky, considérée comme miraculeuse. Autre version : Elle est appelée « Icône de Jérusalem », d'après la légende qui Tattribue à saintLuc, lequel l'aurait faite quinze ans après la Résurrection. Elle fut apportée de Grèce par les princes de Smolensk, au \ii*^ ou auxiir siècle. En 1812, elle a été fendue en deux par les Bavarois et jetée dans un cimetière. Retrouvée là, elle fut placée dans une église où elle resta jusqu'en 1816, puis elle fut replacée dans l'église de Svirsky. »

Nous avons déjà indiqué que Vladimir Monomaque s'établit à Smolensk en 1078 et qu'il fut prince de cette ville pendant trentetrois ans. Le commencement de son règne à Kiev date de 1113, époque à laquelle son fils Viatcheslaf le remplaça à Smolensk.

Vladimir Monomaque mourut le 19 mai

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Plan des ruines de l'église des saints Boris et Gleb construite

au xii» siècle à Smiadine.

1125. 11 laissait une touchante et remarquable lettre à ses enfants.

Son fils Mstislaf lui succéda comme grand prince de Kiev et, pour se conformer à la volonté de son père, il transféra son frère Viatcheslaf de Smolensk à ïourof\ et nomma son fils Rostislaf prince de Smolensk^

Rappelons qu'en 1144 Rostislaf posa les fondements d'une église en pierre'^ à Smiadine, à la place où avait été trouvé le corps de saint Gleb.

Le soubassement de ce sanctuaire, ruiné d'ancienne date, a été récemment mis au jour et j'ai pu, en 1909, étudier les intéressants vestiges de ce qu'il en reste.

Nous espérons que les curieuses substructions de cet édifice seront conservées et qu'une publication leur sera consacrée. J'ai constaté

' Touro est actuellement un bourg du gouvernement de Minsk.

2 P. Nikitin, Histoire de la ville de Smolensk, p. 31.

"^ Pour distinguer les édifices bâtis en briques de ceux construits en bois, on dit : en pierre.

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SMOLEXSK

Empreintes relevées sur les bri^^ues des substruetions de Téglise en ruine des t^aint Boris et Gleb à Smiadine.

SMOLENSK nEl'UIS SON ORIGINE 29

que les briques portent des marques nombreuses et variées qui méritent d'être relevées.

Rostislaf, petit-fils de Monomaque, était d'une remarquable intelligence et d'une grande piété. Il fut généralement respecté. Les chroniqueurs l'appellent Rostislaf le Grand, ce qui était justifié, car son règne fut l'époque la plus brillante de la principauté de Smolensk. 11 établit dans cette ville un diocèse indépendant. De même que son grand-père Monomaque, il mourut grand prince de Kiev.

A cette époque, les princes de Smolensk recevaient 3 000 ^-/wwfl! (sorte de monnaie en lingots d'argent) et la principauté renfermait déjà cinquante villes.

Le déclin de Kiev et la prépondérance de Sousdal eurent une influence considérable sur les destinées de Smolensk. André Bogoloubsky ^ déplaça le centre de gravité politique

^ André Bogoloubsky, prince de Vladimir de H57 à

de la région et le transporta définitivement vers le Nord. C'est alors que limportance des princes de Smolensk s'accrut et qu'ils exercèrent une sensible influence sur le sort de Kiev. C'est également alors que Smolensk exerça une suprématie sur Novgorod qui acceptait volontiers ses princes ou les appelait à son aide'.

C'est pendant la première moitié du xn' siècle que la civilisation de Smolensk atteignit son apogée. Les lettres du métropolite Clément à un prêtre de Smolensk du nom de Thomas, nous indiquent qu'il existait dans cette ville des écoles supérieures. Ces lettres furent écrites de 11 iT à 1154, c'est-à-dire à l'époque du règne du prince Rostislaf, petit-fils de Monomaque. Il en appert que, dans la première moitié du xir siècle, il y avait à Smolensk une école importante où l'on apprenait le sjrec et le latin. Le fait est confirmé par l'his-

* Revue historique de la ville de Smolensk {en russe), anonTme. Saint-Pétersbourg, 1894. Edition de l'état-major.

l'hul i.l-.l'i I. Mm.- Klein.-,

SMIADIXE FAL'BOURC. DE SMOMvXSK)

Église de Svirsky consacrée à saint Micliel (Coté NorJ-Est.)

torien Tatichef qui dit que le prince Roman (1160-1180), fils de Rostislaf , était très au courant des différentes sciences qu'il mettait beaucoup de personnes dans l'obligation de cultiver ; qu'il organisait des écoles où il attirait des professeurs grecs et latins ; qu'il entretenait lesdites écoles de ses propres deniers et qu'il ne tolérait pas de prêtres ignorants. D'après la tradition, une des écoles fondées par Roman était située près de l'église de l'Apôtre-Saint- Jean. Quant aux écoles primaires, il en est question dans la vie de saint Abraham (un des saints nationaux de Smolensk) .

Ce qui contribua beaucoup au développement de Smolensk, ce furent les rapports que, grâce à sa situation, cette ville entretenait avec Riga et la côte méridionale de la Raltique, de même qu'avec la partie occidentale de l'Europe, en général. Sous le prince David, fils de Rostislaf, il y avait beaucoup d'Allemands parmi les habitants de Smolensk. D'autres Allemands venaient volontiers admi-

rer Téglise de rArchange-Saint-Michel que ce prince avait fait construire'.

Sous le prince Mstislaf, fils de David, on renouvela, en 1229, un traité conclu entre

^ Cette église qui était proche du palais des princes, existe encore. C'est la plus ancienne et la plus curieuse de Smolensk.

« Léglise de Saint-Michel-lArchange a été construite vers l'année 1196 parle prince de Smolensk David Rostislavitch qui régna de 1180 à H97. Jadis elle était considérée comme la plus belle et la plus somptueuse église de la Russie du Nord. La chronique de Kiev la décrit ainsi : « Il n'y en a pas de pareille dans les pays d'Orient... Les « icônes sont ornées d'or et d'argent : parfois même de « pierres précieuses. » Les Polonais, qui en ont l'ait une église catholique, ne l'ont pas modifiée. Pendant six cent trente-sept ans, elle demeura dans le même état. Les habitants de Smolensk 1 appellent Svirsky. Sur une icône, de grande dimension, de la Vierge, qui porte aussi le nom de Svirsky, figure, au bas de l'habit, une inscription en écriture inconnue que l'on n'a pu déchiffrer. Celte église se trouve à 3 verstes de la ville. Là, dans les temps anciens, était l'endroit le plus peuplé de Smolensk. Ce n'est plus maintenant qu'un faubourg de peu d'importance. Sur la route entre la ville et l'église Svirsky, on remarque une grande colline à la base de laquelle on trouve quantité d'anciennes briques. Il est probable qu'il y avait là une église et un couvent. » — La vie et les exemples de 2')atieace de saint Abraham r archimandrite , etc., par son élève saint Ephrem. (Manuscrit du Séminaire de Smolensk ; mentionné par Mourzakiévilch, premier historien de Smolensk.)

Ce passage a été écrit en 1845. Depuis lors, à l'endroit où se trouve la colline dont parle .Mourzakiévitch, on a mis au jour, ainsi que nous l'avons indiqué précédemment, une église qui était celle du couvent de Boris et Gleb.

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Smolensk et Riga. L'original de ce traité avait été écrit en latin. Le texte latin fut ensuite traduit en allemand, puis ces deux versions furent elles-mêmes traduites dans l'idiome de la principauté de Smolensk*.

Le traité que conclut en 1228 Mstislaf Davidovitch avec les villes hanséatiques avait une grande portée internationale à cause de son caractère politique et économique. Ce traité atteste que les principautés de Polotzk et de V^itebsk étaient placées sous la dépendance de celle de Smolensk.

Les descriptions contemporaines montrent que cette cité était bien bâtie, opulente et très peuplée. La partie principale de la ville était déjà entourée, à Tépoque de Vladimir Monomaque, d'une fortification en terre hérissée de pieux. De riches couvents, des églises, des habitations se multipliaient sur les bords du Dnicpre ou dans les ravins

^ Redkoir, Saint Abraham de Smolensk et sa vie écrite par son élève Ephrem. Essai d'une élude historique et religieuse p. 37 {en rusae). Smolensk, 1909.

boisés qui y aboutissent. Le Térem du prince était situé entre le couvent des saints Boris et Gleb et Téglise de Tarchange Michel. On peut se faire une idée du chiffre de la population par le grand nombre des victimes de la peste qui sévit en 1230 dans la principauté de Smolensk. 3iî.000 habitants de la ville périrent. A Tepoque où la prospérité de Smolensk était à son comble, les autres parties de la Russie étaient déjà soumises aux invasions tatares. Les Tatars ne pénétrèrent que deux fois dans la principauté de Smolensk. Une première fois, ils s'approchèrent de cette ville en 1:239 et s'en arrêtèrent à :24 verstes. Une seconde fois, en 1339, le Khan Ouzbek se montra auxenvironsdeSmolensk,maisil s'éloigna peu après sans avoir tenté l'attaque de cette place. C'est vers ce moment qu'un grand danger venant de l'Occident menaça Smolensk'. Il existe encore à Smolensk un monastère

^ Revue historique de la cille de Smolensk {en russe), anonyme. Saint-Pétersbourg, 1894. Edition de létat-major.

d'hommes fondé au xiir siècle et qui porte le nom de saint Abraham qui en fut le premier archimandrite.

Ce couvent a beaucoup souffert en 1812. Dans l'église, on peut voir un boulet de canon engagé dans la muraille au-dessus d'une fenêtre près de l'autel ^

Saint Abraham est l'un des trois saints nationaux de Smolensk. Les deux autres sont saint Mercure et saint André ■.

Mourzakiévitch, le premier historien de Smolensk, nous dit au sujet de saint Abraham :

« Saint Abraham avait une belle physionomie. 11 goûtait la lecture des saintes Écritures et la régularité de sa conduite le faisait généralement respecter. x\près la mort de ses parents qui auraient désiré qu'il se mariât, il distribua sa fortune aux indigents et quitta Smolensk pour le couvent des saints Boris

1 Voir .1. Gratcheff, Guide pour Smolensk {en russe). Smolensk, 1908.

' Ibid.

et Gleb, à Sélischtché où il se fit moine. L'igoumène du couvent, connaissant Faustérité de sa vie et sa profonde connaissance des Ecritures, le décida à prendre la prêtrise, mais ses sermons déplurent à cet igoumène ainsi qu'aux frères, et on le chassa. Alors il alla au couvent de l'Adoration de la Croix où il continua à prêcher le peuple. La haine du clergé l'y poursuivit et induisit la populace à le calomnier auprès de l'évêque. La procédure dirigée contre lui ayant prouvé son innocence, l'évêque le réintégra dans son ancien couvent. Cependant on ne le laissa pas en repos. Mais il survint une grande sécheresse au cours de laquelle l'évêque implora de la pluie avec force génuflexions. La pluie ne se produisant pas, il finit par supplier Abraham de prier pour obtenir la cessation du fléau, et une pluie abondante suivit ses prières. Alors, ses envieux réclamèrent son indulgence, et il leur pardonna de grand cœur les torts qu'ils avaient eus envers lui.

Ensuite, lorsque l'évêque Ignace fonda un couvent à Smolensk, il lui donna Abraham comme archimandrite. C'est là qu'à cinquante ans Abraham rendit le dernier soupir après une vie toute de bienfaisance*.

Parmi les amis et défenseurs qui soutinrent Abraham dans ses luttes contre certains membres du clergé de Smolensk, se trouvait un nommé Lucas le Prussien, surnom qui, d'après le professeur Bouslaïeff, indique une origine occidentale. Durant la première moitié du xir siècle, les Prussiens de race lithuanienne et les Slaves des bords méridionaux de laBaltiquen'étaient qu'imparfaitement soumis aux chevaliers de l'Ordre teutonique. La résistance des Prussiens dura jusqu'à la fin du xiif siècle et, quand elle se termina, nombre d'entre eux émigrèrent en Lithuanie, à Pskov, à Novgorod, etc.".

' Mourzakiévitch, Histoire de la ville de Smolensk {en russe) . Smolensk, 1804.

Redkoffy Saint Abraham de Smolensk. Essai d'une étude historique et littéraire {en russe). Smolensk, 1909.

Une très curieuse icône de la cathédrale de Smolensk représente le prince Théodore Rostislavitch Tchorni {le Noir) et ses deux fils : David et Constantin. Ce sont des personnages qui appartiennent à l'histoire de Smolensk, car ils ont joué au xiii*' siècle un rôle dont nous nous occupons actuellement.

Théodore Tchorni, fils de Rostislaf, fut d'abord premier prince de Mojaïsk. Il était marié à la fille du prince Basile d'Yaroslav, unique héritière de la principauté de ce nom. Quand elle en fut investie, il se transporta à Yaroslav dont il devint prince.

En 1277, il se rendit avec plusieurs princes à la Horde d'Or pour participer à la campagne des Tatars contre les Yasses qui refusaient de leur payer tribut. Les princes russes allèrent jusqu'à Derbent et revinrent avec des prisonniers et du butin. Théodore le Noir se

distingua aussi dans ses campagnes contre les Bolgares^ ce qui lui valut l'estime et la sympathie du Khan. Il était de grande taille ; sa physionomie était de celles qui plaisent et son esprit charma la femme du Khan laquelle lui offrit la main de sa fille. Il était veuf et la mère de sa première femme s'opposait à son retour à Yaroslav; mais restait une difficulté : la différence de religion. La Khancha (femme du Khan), ne s'opposa pas à ce que sa fille devînt chrétienne; le Khan consentit h soumettre la question au patriarche et Théogonos, évêque de Saraï, fut envoyé à Constantinople. Le patriarche donna son consentement au mariage à la condition que la fille du Khan embrasserait la religion chrétienne. Celle-ci, qui s'appelait Men Goutimir, fut donc baptisée ; elle reçut le nom d'Anna et épousa le prince Théodore. Ce dernier, avec l'autorisation de son beau-père, édifia plusieurs églises dans la Honla^ ce qui fut un i Ne pas confondre les Bulgares avec les Bulgares.

grand bienfait pour les milliers de chrétiens qui y demeuraient. A la mort de sa première belle-mère, il partit pour Yaroslav avec sa femme et ses deux fils : David et Constantin, nés à la Horda.

En 1280, après ses frères Gleb et Michel, il fut investi de la principauté de Smolensk. Il la céda à son neveu Alexandre Glébovitch. H prit part aux guerres intestines entre les fils d'Alexandre Xevski. En 1298, il marcha en ennemi contre Smolensk, mais son neveu repoussa cette attaque. Il mourut à Yaroslav, le 19 septembre 1299. Avant sa mort, il fit ses adieux à tous ceux qui lentouraient, leur demanda pardon, et prit le voile monacal en présence de sa femme et de ses enfants ^ Il fut inhumé à Yaroslav où le furent également ses fils David et Constantin.

Trois cents ans plus tard, le tzar Jean le Terrible écrivait au prince Kourbski, descen-

^ Philarète. Les saints du 7nois de septembre {en russe). Saint-Péterbourg, 1885. Voir également : Dictionnaire historique des saints de Russie, Saint-Pétersbourg, 1826.

daiit direct du prince Théodore le Noir : « Combien le prince Rostislavilch, ton ancêtre, n'a-t-il pas fait couler de sang à Smolensk pendant les fêtes de Pâques ? et, pourtant, on le considère comme un saint \ »

Mais, pour plus de clarté, avant de poursuivre, indiquons la généalogie des princes de Smolensk, laquelle est malaisée à établir.

Le prince Rostislaf Mstislavitch de Smolensk était petit-fils de Vladimir Monomaque, mort en 1166. Son fils Rurik-Basile, mort en 1215, était le frère du prince David de Smolensk. Le fils de Rurik, le prince Vladimir- Dmitri, était le père du prince André Vladimirovitch Longue-main, premier prince Viazemsky qui fut tué en 1224, à la bataille de Kalka, contre les Tatars".

C'est sous le gouvernement du prince Vladimir Rurikovitch que les Tatars envahirent

* [1 a été canonisé en 1463.

- Prince Dolgorouki. Généalogie, livre I, p. 144-145, {en russe). Saint-Pétersbourg, 1854.

à nouveau la principauté de Smolensk et tentèrent de s'emparer de cette ville.

Mais c'est le moment, maintenant, de relater la légende de saint Mercure.

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« La légende de Smolensk relative à saint Mercure est une des productions les plus importantes et les plus curieuses de l'ancienne littérature russe.

« ïl existait dans la ville de Smolensk un jeune homme du nom de Mercure. 11 avait beaucoup de religion et passait ses jours et ses nuits à étudier les préceptes divins. Son existence était austère; il jeûnait, s'adonnait à la prière et brillait parmi les créatures comme une étoile envoyée par Dieu. Son âme était tendre et, souvent, il se laissait aller à verser des larmes. Il allait fré-

* II y a de nombreuses variantes de cette légende datant de diverses époques.

quemment se mettre en prières au pied du crucifix et priait pour riiumanité. Dans ce temps, il arriva que le féroce Khan Baty s'empara de la terre russe, persécuta les chrétiens et versa à flots le sang des innocents. Ce Khan s'approcha avec une grande armée de Smolensk, ville que Dieu protège, livra aux flammes quantité de saintes églises des environs, massacra nombre de chrétiens et se prépara à attaquer la ville. Le peuple fut frappé d'une grande épouvante; il ne quittait pas la cathédrale de la Sainte-Vierge où il passait son tem])s à se lamenter, à pleurer, et à supplier avec humilité le Dieu tout-puissant, la sainte Vierge et tous les saints de veiller au salut de la ville et de la protéger contre les calamités qui la menaçaient.

« Et le regard de Dieu se fixa avec commisération sur les habitants de Smolensk. Non loin de la ville, au couvent Petcherski situé au delà du Dnièpre, la sainte Vierge

apparut dans toute sa gloire au sacristain '■ et lui tint ce langage : « 0 homme de Dieu, « rends-toi en hâte auprès de la croix au pied « de laquelle mon serviteur Mercure est en « prières, et dis-lui : La sainte Vierge t'ap- « pelle. » Le sacristain se mit en route et trouva Mercure qui priait devant la croix. Il l'interpella par son nom de Mercure et

i « Dans cette circonstance ainsi que dans beaucoup d'autres, celui qui remplit le rôle d'intermédiaire entre le peuple et les membres de l'église avait une position sociale intermédiaire entre le peuple et le clergé. C'était un sacristain qui lut le mystérieux artisan des exploits héroïques de Mercure, dont il célébra aussi les prouesses en rapsode de talent. Si les femmes qui, daprés le témoignage du code (atoglas), préparaient les pains bénits, avaient la prétention de participer à certaines cérémonies rituelles et contribuaient par là à l'épandre de fausses croyances dues à l'ignorance, les sacristains, eux, se comportaient d'une façon qui contribua heureusement au développement de l'épopée nationale et religieuse. Du reste, les uns ainsi que les autres, tant les femmes qui confectionnaient les pains bénits que les sacritains, méritent une place honorable dans l'histoire de la poésie nationale et si Pouchkine signale la pureté que revêt la langue russe dans la bouche des prosvizni (') de Moscou, de même, l'historien de la littérature doit citer avec non moins de respect les récits poétiques de nos sacristains de l'ancienne Russie. » Bouslaïeff, La littérature et l'Art populaire de l'ancienne Russie [en russe), Saint-Pétersbourg, 1861.

(*) Femmes qui préparent les pains liénits.

celui-ci répondit : « Que veux-tu, gospodin^'^y) Le sacristain lui dit : « Hàte-toi, mon « frère, la sainte Vierge t'attend dans l'église « de Petcherski. » Le pieux Mercure se dirigea aussitôt vers cette église vénérée et là, il aperçut la sainte Vierge qui se tenait sur un autel doré et pressait l'enfant Jésus sur son sein. Elle était environnée d'une armée d'anges. A cette vue, il fut saisi d'une profonde terreur et tomba humblement aux pieds de la Vierge. La sainte Vierge le releva et lui adressa ces paroles : « Merce cure, mon enfant et mon élu, accomplis la « mission que je te confie : va arrêter l'effu- « sion du sang chrétien et vaincre le Khan « Baty, cet impie, ainsi que toute son armée. « Ensuite, tu verras venir vers toi un homme « d'une figure admirable; tu lui rendras tes « armes et il te coupera la tète. Toi, tu la c( prendras dans tes mains et tu retourneras

^ Gospodin, tei'ine qui correspond à peu près à celui de monsieur.

« dans ta ville (Smolerisk). C'est là que ta vie se « terminera, et ton corps sera placé dans mon « église. » iMercure fut accablé de tristesse, se prit à pleurer et répondit : « 0 sainte « Vierge, mère du Christ notre Dieu, com- (( ment puis-jeêtre capable d'une telle action, (( moi qui ne suis qu'un misérable et indigne « esclave ? Les forces du ciel manquent-elles « pour vaincre ce Khan impie ?» Ensuite il demanda à la Vierge sa bénédiction, fut armé de toutes pièces et quitta l'église en s'inclinant jusqu'à terre. Hors de l'église, il trouva un magnifique coursier qu'il monta. Puis il sortit de la ville. Quand il arriva en présence des hordes du chef infidèle, il les défit grâce à Dieu et à la sainte Vierge, et rassembla les chrétiens prisonniers qu'il dirigea vers la ville. Ensuite, tel qu'un aigle qui fend l'air, il se rua de nouveau sur les Tatars. Alors le Khan impie, voyant que cet homme avait le pouvoir de vaincre, fut épouvanté et frappé de terreur. Il abandonna

les environs de la ville, s'enfuit sous la protection d'une escorte et gagna la Hongrie. Cette fuite ne le sauva pas, car, en Hongrie, il fut tué par le tzar Stéphan (Etienne). Alors, un superbe guerrier apparut devant Mercure qui s'inclina devant lui et auquel il rendit toutes ses armes. Puis, il baissa la tète et fut décapité. D'une main le bienheureux prit sa tête et de lautre il conduisit son cheval par la bride. Il arriva ainsi dans Smolensk. Le peuple, eu le voyant, s'étonna des décrets de Dieu. Cependant, il avait marché jusqu'aux portes Mologrimes. C'est alors qu'une jeune fille qui allait puiser de l'eau, le voyant s'avancer sans que sa tête fût sur ses épaules, l'injuria bassement et le renversa sous cette porte où il rendit honnêtement son àme à Dieu ; et son cheval devint invisible. L'archevêque de la ville se présenta alors, suivi d'un cortège portant des croix et de la multitude du peuple dans le but de recueillir lecorpsdu saint, mais il fut impos-

CASljUR ET CHAl-SSURES 1)E SAINT MKItClliE

Conservés dans la Cathédrale de Sniolensk.

sible de le soulever. A ce moment, il y eut parmi le peuple de grandes lamentations et des sanglots parce que le saint refusait de laisser recueillir sa dépouille mortelle. L'archevêque, en proie à une profonde perplexité, se mit en prières et ne tarda pas à entendre une voix qui lui disait : « 0 serviteur du Sei- « gneur, cesse de te désoler, Celui qui l'a (Mer- « cure) envoyé à la victoire se chargera de ses «obsèques. » Et durant trois jours, le corps du saint demeura étendu sous cette porte sans être inhumé. L'archevêque passait les nuits sans sommeil, suppliant Dieu d'éclaircir ce mystère ; en observation auprès d'une petite fenêtre, ses yeux se fixaient sans cesse sur la cathédrale. A un moment, il aperçut parmi un rayonnement immense, semblable à la lumière de l'aurore au soleil levant, la sainte mère de Dieu qui sortait de l'église avec les arcJmtrages (archanges) du Seigneur, Michel et Gabriel ; elle s'approcha de l'endroit oii se trouvait le corps du saint, l'em-

porta dans les plis de son vêtement et le déposa à l'endroit oCi tout le monde peut encore le voir et où il exhale un arôme qui rappelle celui du cyprès et accomplit des miracles pour la gloire du Christ notre Dieu.

« Lorsque l'archevêque entra dans l'église pour les matines, il put constater l'admirable prodige. Le saint était étendu dans le sanctuaire et semblait dormir. Le peuple accourut et, à la vue du miracle, ilglorifialeSeigneur\ »

Saint Mercure était issu d'une célèbre famille romaine princière. Il était très jeune lors de son arrivée à Smolensk et entra au service du prince de cette ville'.

11 est mort le 4 novembre 1238. Ses armes ont été suspendues au-dessus de son tombeau. Un casque et des chaussures en fer, à lui attribuées et conservées dans le trésor de la cathédrale, attestent, par la simplicité de

• Théodore Bouslaïeff, La littérature et l'Art populaire de l'ancienne Russie [enrusse], p. 155 et suivantes. Saint-Pétersbourg, 1861.

2 Ibid.

SAINT ANDRE ol

leur fabrication, qu'ils remontent à une époque reculée. J'ai pu voir à la cathédrale de Smolensk ce casque et ces chaussures. Les personnes affligées de maux de tête peuvent obtenir leur guérison en coiffant le casque de saint Mercure.

Au xvi^ siècle, les habitants de Smolensk connaissaient encore un endroit, dénommé endroit du sang, et où saint Mercure avait été décapité. Le lieu est situé hors de la ville, dans la plaine.

Les reliques de saint Mercure sont conservées dans le couvent de Saint-Abraham où une église a été consacrée en 1755 sous le vocable de saint Mercure'.

Nous avons dit que les trois saints nationaux de Smolensk étaient : saint Abraham, saint

' L'évéque Philarète Gourmilevski , La vie des saints vénérés par l'Église orthodoxe {en russe), p. 235-236. Saint-Pétersbourg, 1885.

Mercure et saint André. Nous avons parlé des deux premiers, dont l'histoire est intimement liée à celle de Smolensk ; il nous reste à nous occuper du troisième, saint André, qui fut prince de Smolensk.

On connaît deux princes de cette ville du nom d'André : André Vladimirovitch, tué en 1224, à la bataille de Kalka, contre les Tatars, et André Féodorovitch dont le père était contemporain du grand-duc de Moscou, Siméon le Fier, mort en 1253. C'est ce second prince André qui est vénéré comme saint. Il vivait à l'époque où des dissensions existaient entre les princes, où ils se livraient à des guerres intestines, ce qui favorisa les desseins de Vitold, lequel s'empara de la principauté.

Le fils du prince André se retira alors à Tver, et le prince André lui-même jugea que le moment était opportun pour disparaître et se consacrer à une vie de piété et de mortifications. Il avait pour le guider l'exemple d'un contemporain, le fils de Siméon

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