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CHAPITRE II

Le dernier prince apanage de Smolensk fut le prince Georges, fils de Sviatoslaf, lequel fut chassé de sa capitale et de ses Etats par Vitold. Ce dernier, ne tenant pas compte des liens de famille qui existaient entre lui et Sviatoslaf, dont la fille Anna était sa première femme', s'empara de Smolensk en 1404 -.Cet événement mit fin à Texistence de la principauté de Smolensk. Sviatoslaf, dont la sœur Anastasie avait épousé le second fils de Dmitri Donskoï, mourut en 1407.

* Mourzakiévitch, Histoire de Smolensk. Smolensk, 1804.

- Prince Dolgorouki, Généalogie {en russe). L. 1, p. 149. Saint-Pétersbourg. 1854.

Après la prise de Smolensk, les membres des diverses branches de la famille des princes de cette ville entrèrent les uns au service de la Lithuanie, les autres à celui de Moscou. Parmi ces princes, citons les Kozlovski, les Krapotkine, les Daschkoff, les Tatischeff, etc

Les derniers temps de laprincipauté de Smolensk furent marqués par un terrible drame : le double assassinat de la princesse Juliane et de son mari le prince Simon Viazemsky, des princes de Smolensk. D'après Philarète, le coupable était le prince Georges, fils de Dmitri Donskoï^ qui avait épousé la princesse Anastasie de Smolensk.

Lorsque le grand-duc de Lithuanie, Vitold.

s'était emparé de Smolensk, la femme du

prince Georges, fils de Sviatoslaf, avait été

faite prisonnière. Ce prince Georges s'enfuit

*■ Frère de Basile.

LITHUAiXIE ET RUSSIE SE DISPUTENT 8M0LENSK 57

à Novgorod. Il était accompagné du prince Simon Viazemsky, des princes de Smolensk.

« A l'automne de 1406, dit M. Exemplarski, le prince de Smolensk, Georges Sviatoslavitch, se rendit de Novgorod à Moscou chez le grand prince Basile de Moscou, lequel lui fit don de la ville de Torjok ' où Georges, frère de Basile, tua le prince Simon Mstislavitch Viazemsky et sa femme Juliane-. »

Le fait de la donation accordée au prince Georges de Smolensk est confirmé par les deux chroniques de Sophie lesquelles ajoutent ce détail que la moitié de Torjok fut attribuée à ce prince et l'autre moitié au prince Simon Viazemsky^

Philarète retrace aussi la scène du double assassinat :

^ Torjok, ville du gouvernement de Tver.

-Exemplarski, Les princes et les princesses apanages delà Russie du Nord pendant la période tatare. de 1238 jusqu'en 1505 [en russe). T. I. p. 371. Saint-Pétersbourg, 1889.

^ Collection complète des chroniques russes, éditée par la Commission archéologique. T. VI, La seconde chronique de Sophie, p. 133. Saint-Pétersbourg, 1849.

ft Le grand prince de Moscou, Basile, fils de Dmitri Donskoï, avait un frère, Georges, marié à la fille du malheureux prince de Smolensk. Le prince Georges Dmitriévitch s'enflamma d'un amour coupable pour la femme du prince Simon. Cette princesse Juliane était d'une remarquable beauté et douée de grandes qualités morales. Tantôt elle tenait au prince Georges un langage sévère, tantôt elle le suppliait de la laisser en paix, lui représentant que ce qu'il désirait était impossible ; qu'elle avait un mari et qu'elle tenait à lui rester fidèle plus encore qu'elle ne tenait à la vie. Alors le prince Georges profita d'un festin pour tuer le prince Simon. Ensuite il voulut violer la princesse Juliane. Celle-ci, pour le ramener à la raison, le blessa d'un coup de couteau. Le prince Georges mit l'épée à la main, poursuivit Juliane jusque dans la cour, l'assassina et ordonna de la jeter dans la rivière. Cela se passait le 121 décembre 1406.

« En 1814, pendant la démolition de l'ancienne cathédrale de Torjok, qui était devenue le refuge du prince Georges de Smolensk, l'ami du père de Juliane, on découvrit le cercueil en pierre de la bienheureuse princesse '. »

La quatrième chronique de Novgorod spécifie que le coup de couteau donné par Juliane au prince Georges, qui était alors sur son lit, le frappa au-dessous de l'épaule ; et qu'après avoir tué la princesse, il ordonna de lui couper les mains et les pieds et la fit jeter dans la rivière".

Vers la fin du xiv^ siècle, Smolensk et sa principauté subissaient alternativement l'influence du grand prince de Moscou et du grand-duc de Lithuanie. En tant qu'alliés des Russes, les habitants de Smolensk prirent

* Philai'ète Gourmilevski, La vie des saints russes vénérés par l'Église orthodoxe {en russe). Saint-Pétersbourg, 1885.

* Collection complète des chroniques russes, éditée par la Commission archéologique {en russe). T, IV, p. 109. Saint- Pétersbourg. 1849.

part à la bataille de Koulikovo sous l'étendard de Dmitri Donskoï.

En 1395, le grand-duc de Lithuanie,Vitold, avait occupé Smolensk sans coup férir, mais six ans après, l'ancien souverain recouvra sans opposition le pouvoir. Cependant Vitold reprit possession de sa conquête en 1404 et, à partir de cette époque, Smolensk demeura durant cent dix ans sous la dépendance de la Lithuanie. Pendant tout ce temps, les troupes de Smolensk firent partie de l'armée lithuanienne. Ainsi, dès 1404, Vitold remporta la brillante victoire de Griuvald à laquelle prirent part les soldats de Smolensk. Au début du XV® siècle, une guerre qui devait être longue et acharnée avait commencé entre la Lithuanie et les chevaliers de l'Ordre teutonique*.

On sait déjà que la première femme de

^ Revue hulorique de Smolensk {en riiase) (anonyme). Saint-Pétersbourg, 1894. Edition de l'état-major.

Vitold était Anna, la fille du prince de Smolensk Sviatoslaf. La fille de Vitold, Sophie Vitovtona, avait épousé le grand prince de Moscou, Basile, qui était le fils de Dmitri Donskoï. En 1398, elle vint à Smolensk chez son père avec ses enfants. En 1418, cette même grande-duchesse de Moscou revint passer quelque temps chez son père, à Smolensk, avec son fils Basile et le métropolite Photius. De cela on peut conclure que le grand prince de Moscou, Basile, était un habile politique et qu'il ne tenait pas à se brouiller avec son premier beau-père*.

La réunion à la Pologne de la Lithuanie, avec la principauté de Smolensk qui en dépendait, constituait un grave danger pour la Russie. En 1462, c'est-à-dire au commencement du règne de Jean, le grand prince de Moscou, était le sobiratel « rassembleur de terres » souverain de tous ces territoires. Avant

^ Mourzakiévitch, Histoire de la ville de Smolensk {en russe). Smolensk, 1814.

de mourir, en 1492, il laissa la Pologne à son fils aîné Albert et attribua le grandduché deLithuanie à son second fîls Alexandre. En 1500, celui-ci épousa Hélène Ivanovna, fille de Jean, grand prince de Moscou. Loin d'améliorer les rapports entre la Lithuanie et le grand-duché de Moscou, ce mariage fut un motif de discorde entre les deux États, à cause de la différence de religion et parce que le prince de Lithuanie n'observa pas les conditions stipulées par celui de Moscou. Une guerre s'ensuivit et, en 1501, Jean marcha sur Smolensk, sans obtenir de résultat du reste. Mais ce que Jean le Grand ne put pas accomplir fut réalisé par son fils Basile IV \ Celui-ci attaqua Sigismond qui avait réuni les deux couronnes de Pologne et de Lithuanie, mais essuya un premier échec en 1509. Trois années plus tard, les hostilités recommencèrent; une armée russe se présenta de nouveau devant Smolensk et

i Basile Ivanovitch, 1505-1533.

VUIÎ DE SMOLKXsK: a I. EPûQUF, de SIGIS.MOND lU 11611-1633).

une imposante artillerie écrasa les remparts de son Kremlin. Les bourgeois contraignirent le voïévode polonais à capituler (1514). « La prise de Smolensk, dit un chroniqueur russe, fut pour la Russie comme un brillant jour de fête ; en effet, s'emparer du bien d'autrui ne peut flatter qu'un prince ambitieux, mais on est en droit de se réjouir quand on reprend son bien. » Smolensk fut alors annexée au duché de Moscou et en fit partie pendant quatre-vingt-quinze ans.

Sous le règne du tzar Jean le Terrible \ il y eut, à propos de Smolensk, des tiraillements entre la Russie et la Polo2:ne.

Sous celui du tzar Théodore ïvanovitch " et sur rinitiative de Roris Godounoff, on commença (1596), à cause de l'importance stratégique de la position de Smolensk, la construction de la formidable enceinte de murailles qui entoure cette ville. Elle fut

1 Jean le Terrible, 1533-1584.

- Théodore ïvanovitch. 1584-1598.

terminée sous le règne de Boris Godounoff*, en 160:2. Ce souverain s'intéressa grandement à la construction de ces fortifications ; il indiqua lui-même l'emplacement des murailles et des tours. Ces remparts qui, en grande partie, existent encore, offrent un aspect véritablement imposant et grandiose. Ce travail fut très coûteux et, pour le mener à bien, on eut recours à des ouvriers tirés de toutes les parties de la Russie. La longueur des murailles de Smolensk est de 5 verstes et SOsagènes. Leur épaisseur est de 2sagènes et demie. Sur certains points, il existe des passages et des escaliers. La base du mur est en pierre, le reste en briques. Ce mur comporte trois étages ; celui d'en bas est muni d'embrasures pour l'artillerie ; le second présente des meurtrières pouvant servir pour la mousqueterie ou pour le guet; le troisième forme au sommet un chemin de ronde garni de créneaux. Jadis, Tenceinte de Smo-

» Boris GodounotT, 1598-1605.

l'OHTRAIT DU TZAU BOHIS GODOI'.XOFF

lionservé au Musée Impérial Historique de Moscou,

LITHUANIE ET RUSSIE SE DISPUTENT SMOLENSK 6b

lensk était renforcée de 38 tours qui n'étaient pas toutes construites d'après le même plan \ Il n'en existe plus que 10-,

Cette forteresse élevée contre les Polonais devait un jour tomber entre leurs mains.

Pendant l'époque des troubles et de l'interrègne, le roi Sigismond III commença le siège de Smolensk (29 septembre 1009). Il somma d'abord la garnison de se rendre, mais celle-ci lui opposa un refus. Alors, les opérations du siège furent poussées avec vigueur et plusieurs assauts furent livrés. La défense était dirigée par le voïévode ^ de Smolensk, le boyard iMichel Borissovitch Schein, et son aide, le prince Pierre Gortchakow. Les habitants avaient décidé de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. En présence del'éuergique résistance des assiégés

' V. T. Gratcheff. Guide pour Smolensk {en russe). Smolensk, 1908.

'■^ Sous le règne de l'empereur actuel, M. Soultanoff a été chargé de se rendre compte de l'état des murailles de Smolensk.

' Les voïévodes étaient des sortes de gouverneurs.

Sigismond eut recours aux conseils de rhetman Jolkiévsky qu'il n'aimait pas, mais qui était un des meilleurs hommes de guerre de la Pologne et que ses ennemis mêmes respectaient. Jolkiévsky déclara que l'artillerie était insuffisante pour battre efficacement les murailles de la place ; il conseilla donc de lever le siège et de conduire les opérations d'après un autre plan. Sigismond refusa de suivre cet avis, et le siège continua. Il devait durer presque deux ans. Les assauts se succédèrent saas succès. Maintes tentatives pour faire sauter les murailles échouèrent. L'emploi des mines n'amena pas de résultats plus heureux. Les Russes répondaient par des sorties et étonnaient les Polonais par leur témérité. Ainsi, un jour, six soldats de la garnison de Smolensk arrivèrent en bateau au quartier général du maréchal de Lithuanie et réussirent à enlever son drapeau qu'ils rapportèrent à Smolensk.

Le tzar Basile Chouïskv se décida enfin à

envoyer au secours de la place une armée do 38.000 hommes sous le commandement de son frère le prince Dmitri Chouïsky, personnage tout à fait incapable de remplir le rôle qui lui était assigné ! Cette armée comprenait aussi un corps de troupes auxiliaires suédoises aux ordres du général de La Gardie. Le général polonais Jolkiévsky remporta sur les Russes une brillante victoire. Pendant la bataille, les Suédois n'étaient pas intervenus. Chouïsky fut détrôné et l'anarchie la plus complète régna à Moscou. Espérant sauver la situation, une députation partit de cette ville le 7 octobre 1610, se rendit au camp de Sigismond devant Smolensk et lui demanda de donner comme tzar à la Russie son fils Ladislas, Sigismond consentit à accéder à cette demande à la condition que Smolensk lui serait livré. A cette nouvelle, les défenseurs de cette forteresse résolurent de continuer la résistance jusqu'aux dernières limites. Us réussirent à entrer en correspondance avec

les autres villes qu'ils engagèrent à défendre fermement leur foi et leur nationalité. En outre, des habitants de la principauté se rendirent à Moscou où ils tinrent ce langage. c( Levez-vous, tant que vous disposez encore de la liberté de vivre réunis ensemble, que vous n'êtes pas dans les fers. Sachez ce qui se passe à Smolensk ! Là, sous la protection du bouclier de la sainte Vierge', les fidèles s'obstinent à ne pas céder et résistent courageusement aux armées de l'étranger. »

Furieux de ne pas avoir obtenu la reddition de Smolensk, Sigismond livra de nouveaux assauts à cette forteresse dont le siège dura vingt mois. Dans la place, les vivres avaient fini par s'épuiser ; le chiffre des hommes en état de combattre diminuait, non seulement à cause des pertes éprouvées, mais aussi parce que le scorbut régnait parmi la garnison et la population. L'historien Berg expo-

1 L'image de la Vierge Odiguitri miimemenl liée à l'histoire de Smolensk.

sant quelle était alors la situation de Smolensk, dit : « 11 ne restait pas plus de 400 hommes en bonne santé à Smolensk, mais parmi eux se trouvait THectorde Smolensk et la nouvelle Troie ne voulait pas se rendre*. » Enfin, le 30 juin 1611, la ville fut prise, grâce à la trahison d'un certain x\ndré Dédeschine qui indiqua aux Polonais une partie de l'enceinte où la muraille était moins solide. L'ennemi dirigea le feu de son artillerie sur cette portion des murs et ouvrit une brèche par laquelle il se rua dans la place. Alors commença une lutte sanglante. La rue où Ton se battit avec le plus d'acharnement porte encore le nom de Rezdnitskàia (où l'on se tue à Tarme blanche). On combattit longtemps dans les rues, sur les murailles, cela au son des cloches. Les vieillards, les femmes et les enfants se réfugiaient dans les églises.

* Les Polonais appelaient le voïévode Schein Smolenci Hector, vir acer et animosus et aussi vir honestissimus . Orlovsky, La muraille de Smolensk {en russe). Smolensk,

Les Polonais auxquels le sort des armes était favorable, se dirigèrent vers la grande cathédrale de la Sainte-Vierge où s'étaient réfugiés beaucoup d'habitants avec leur famille et ce qu'ils avaient de plus précieux. Là aussi se trouvaient les poudrières. Au moment où Ton constata qu'il n'y avait plus possibilité de s'échapper, que tout salut était impossible, on mit le feu aux poudres et tous ceux qui étaient rassemblés là sautèrent avec ce qu'ils possédaient. Les rues et les places étaient jonchées de cadavres. Smolensk apparut comme une nouvelle Sagonte et ce n'est pas la Pologne, mais la Russie qui peut s'enorgueillir le plus de cette journée qui tient une place si glorieuse dans son histoire '. Au milieu de ces terribles scènes de destruction, le voïévode Schein, Tépée ensanglantée à la main, se tenait sur une tour élevée^ avec ceux qui l'escortaient. Ne voulant pas survivre à la chute de Smo-

^ Karamzine, Histoire de VÉtat russe. T. III, 1. V. * Cette tour existait encore en 1830.

lensk, son dessein était de mourir en combattant, mais les larmes et les prières de sa femme et de sa fille finirent par triompher de sa résolution. 11 descendit, rendit son épée et se livra à Pototski. La tour dite de Schein existait encore en 1830.

Smolensk avait succombé, mais sa défense héroïque rendit plus de services à la Russie que bien des victoires î

Sous le règne du jeune Michel RomanofT, les hostilités avec la Pologne recommencèrent. Sigismond III étant mort en 1632, il y eut, jusqu'à l'élection de Ladislas, un interrègne de six mois. La guerre ayant été déclarée le 9 août, l'armée russe, qui avait à sa tête le boyard Schein, l'ancien défenseur de Smolensk, eiVochoinitchihma^ûoïï, se porta contre cette forteresse qu'elle bloqua complètement. Le quartier général de Schein était placé sur la rive gauche du Dnièpre, à une distance de quatre verstes de la ville. Mais Ladislas marcha contre l'armée russe avec 23.000 hommes.

La place fut débloquée et demeura en la possession des Polonais.

Le tzar Michel Romanofî était marié à Eudoxie Loukianovna Stréchneff, fille d'un noble pauvre de Viazma (gouvernement de Smolensk) .

Voici au sujet de ce Loukian des rensei- . gnements qui ne sont pas dénués d'intérêt \

Le 4 août 1614, Basile Pétrovitch Chéréméteff fut envoyé vers Smolensk avec Koltovskoy . Le gouvernement de Moscou avait en effet les yeux fixés sur cette ville dont la prise de possession pouvait amener un règlement de comptes entre les Russes et les Polonais et hâter le retour du métropolite Philarète, père du tzar Michel, qui était entre leurs mains. Dans le corps commandé par Chéréméteff, servaient en qualité de subalternes Jean et Loukian Stréchneff. Pouvait- on supposer alors que Loukian deviendrait le beau-père

i Orlovsky, Smolensk dans l'histoire de la maison Romanoff. — Calendrier de Smolensk. Edition du comité statistique de Smolensk. 1905.

du tzar? Loukian était chargé de la direction des bagages de l'armée. Le suédois Sralenberg qui était au courant de bien des détails historiques tombés dans l'oubli, assure qu'Eudoxie, la fille de Loukian, faisait partie en qualité de demoiselle de compagnie (Kammer Fraiilein) de la maison du boyard Féodor Ivanovitch Chérémétefr qui avait épousé la cousine germaine du tzar, la princesse Hélène Borissovna TcherkaskiV

La position modeste d'Eudoxie avant son mariage était un fait que nul n'ignorait. Ses propres femmes de chambre disaient : « Elle n'est pas de haute extraction ; nous la connaissions alors qu'elle ne portait encore que de simples petites chaussures de cuir jaune ; et maintenant Dieu a fait d'elle une tzarine '. »

L'œuvre dans laquelle le tzar Michel avait

* A. Barsoukoff, La famille Chéréméteff (en russe). T. 111, p. 55 et 56. Saint-Pétersbourg, 1882.

- Zabéline, La vie domestique des tzariiies russes {en russe) , p. 223. Moscou, 1872.

échoué fut accomplie par son fils, le tzar Alexis. En 1654, les cosaks zaporogues ayant reconnu la suprématie de la Russie, il en profita pour déclarer la guerre au roi de Pologne et se mit lui-même à la tête d'une armée de 70.000 hommes avec laquelle il marcha sur Smolensk. Après un siège de deux mois marqué par des bombardements et des assauts, les habitants obligèrent le chef de la garnison russe à ouvrir les portes de la ville aux Russes (10 septembre 1654). En quittant la ville, les troupes polonaises durent rendre leurs drapeaux. En vertu du traité de paix d'Androussovo, la Russie conserva la possession de Smolensk, qui demeura depuis lors en son pouvoir'. N'avait-elle pas sur cette ville un droit primordial et imprescriptible?

Le tzar Alexis épousa, le 20 janvier 1671, Nathalie Kirillovna ' Narychkine, nièce de

' Revue historique de la ville de Smolensk [en russe) anonyme. Saint-Pétersbourg.

Fille du colonel Cyrille Narychkine.

Matvéïef chez lequel il l'avait rencontrée. Elle était née le 2:2 août 1651 ; elle mourut le 25 janvier 1694'. Elle fut, on ne Fignore pas, la mère de Pierre le Grand. Mais ce que l'on sait moins, et que nous sommes, croyonsnous, le premier à indiquer ou à rappeler, c'est qu'elle passa sa jeunesse chez la princesse Iraïda Kourakine qui fut abbesse du couvent de Vosnessensk à Smolenskde 1663 à 1676.

Le premier Narychkine cité dans la généalogie de cette famille est Jean Ivanovitch qui fut tué en 1552, lors de la campagne de Kazan.

Le père de Nathalie Kirillovna Narychkine était Cyrille, fils de Polyeucte. Ce dernier, Polyeucte Ivanovitch, qui descendait d'un noble de l'arrondissement de Taroussa (gouvernement de Kalouga) fut tué devant Smolensk en 1633. Son iils Cyrille, boyard en 1623, mourut le 30 avril 1691 et sa femme, Anna

^ Prince A. Lobanoffde Rostoff, Livre généalogique russe {en russe). T. II, p. 6 et 7. Saint-Pélei'sbourg. 1895.

Léontiévna Léonlieff, le 2 juin 1702. Un neveu de Polyeucte, le fils de son frère Philémon, ThéodorePhilémonovitch, Irouvaaussi la mort devant Smolensk.

Parmi les actes historiques publiés par la Commission archéologique, se trouve à la date de 1670, c'est-à dire quelques mois avant le mariage du tzar Alexis, un ordre du souverain adressé au voiévode de Smolensk, le prince Jean Khovansky\ pour que certaines libéralités fussent accordées au couvent Vosnessenski dont Iraïda, princesse Kourakine était abbesse. Évidemment les dons du tzar à ce couvent de Vosnessenk avaient lieu à cause de sa fiancée laquelle, nous le répétons, avait passé sa jeunesse chez cette princesse Iraïda Kourakine. Vu l'intérêt de ce document nous croyons devoir le résumer à grands traits :

1670. — Ordre du tzar Alexis au voiévode

* Le prince Jean Andréïévitch Khovansky a été voiévode de Smolensk du 29 août 1669 jusqu'au 17 septembre 1671. Voir A. Barsoukoff, Liste des voiévodes, p. 210.

de Smolensk, prince Jean Kliovansky, de donner au couvent Vosnessenski un subside en argent et en pains'.

« Le tzar... nous avons envoyé l'ordre, d'après la supplique de Tabbesse et de ses sœurs..., de donner annuellement trois pouds^ de cire, deux védros'^ de vin d'église ; à l'abbesse et aux sœurs 350 roubles trois quarts de blé.

« Et maintenant,... Iraïda ayant été transférée du couvent de Koutein en celui de Vosnessensk à Smolensk, il fut ordonné, à cause de la pauvreté du couvent, de lui donner la rouga en blé et en froment... et de l'argent pour la nécessité ainsi qu'à l'église un poud de cire, deux védros de vin d'église, un demipoud d'encens et un quart pour les pains bénits. Dans les années précédentes, les voïévodes leur attribuaient cette rouga et, main-

^ Actes historiques. T. IV, n"^ 212. Saint-Pétersbourg,

2 Le poud (40 livres russes) équivaut à 16'^ 140s . ^ Le védro équivaut à 12'" 30.

tenant, vous ne leur avez donné comme rouga que 50 tchetverts (quarts) de blé et de froment ; le tout était pourri et ne fut pas accepté par les employés du couvent. Et elles ne reçurent rien d'autre. Il leur était aussi fait don de 20sagènes de bois ; et il n'en est plus ainsi. Privées de tout subside et se trouvant dans la plus grande indigence et sur le point de périr, elles nous supplient, nous le tzar, qu'on leur accorde la rouga en argent et en blé pour l'année et, qu'à l'avenir, cette rouga leur soit donnée complète comme cela avait lieu les années précédentes.

((. Et quand vous recevrez cette missive de nous, le tzar, vous devrez attribuer au couvent de femmes de Vosnessensk... la rouga en argent et en blé... pour cette année, soit 2 roubles et trois quarts de blé en plus sur le don d'autrefois, et ordonner qu'on la leur livre annuellement, avec en plus, en argent, la somme nécessaire pour l'encens et le vin d'église... »

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