‹ SmolenskChapitre 7 sur 15 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Dès le début de la campagne de 1812, Napoléon P*" avait pour lui la supériorité numérique, mais son armée n'était plus celle du camp de Boulogne , ni même celle de 1 809, encombrée qu'elle était par de nombreux éléments étrangers. On a dit qu'en englobant parmi ses troupes une aussi grande quantité de soldats de nationalité non française, il avait voulu donner à l'expédition le caractère d'une croisade de l'Europe contre la Russie. H est plus probable qu'il les emmena sous ses aigles pour ne pas les laisser derrière lui, pour les empêcher de faire croisade contre lui-même. Quoi qu'il en soit, disposant de la supériorité du nombre, il s'efforça, suivant

sa stratégie habituelle, de manœuvrer son ennemi, de le fixer et de lui porter un de ces coups qui décident du sort d'une armée et de celui dune nation, au moins pour un temps. Mais, en cette circonstance, il présuma trop de son génie et crut quil opérerait avec autant d'aisance et de souplesse sur un échiquier très vaste, d'une étendue indéfinie, peut-on dire, que dans les vallées du Pô, du haut Danube et de l'Elbe. Il ne se souvint pas assez de la campagne de 1807, en Pologne. Il n'estima pas son adversaire à sa juste valeur et surtout ne tint pas assez compte de l'élément moral, du patriotisme moscovite. Cependant, ce qui se passait en Espagne et en Portugal aurait dû le faire réfléchir.

Mais les Russes ne furent pas manœuvres par l'Empereur, ils furent seulement gênés dans leur mouvement de retraite; leur foi patriotique, leur résolution de ne pas traiter tant que l'ennemi serait sur leur territoire explique pourquoi, malgré les fautes du com-

mandement (voir plus loin la lettre de l'empereur Alexandre à Tamiral Tchitchagoff), l'Empereur ne put leur infliger un de ces échecs dont une armée ne se relève pas et qui obligent à solliciter la paix.

Plusieurs fois, Napoléon fut persuadé qu'il tenait son adversaire, qu'il allait pouvoir lui asséner un de ces coups de massue qu'il excellait à porter, qu'il allait rééditer Austerlitz, léna, Friedland ou Wagram ; mais la bataille décisive lui échappa et il dut suivre les Russes jusqu'à Borodino où il remporta une de ces victoires qui ne vous laissent que le champ de bataille, une victoire tactique, une victoire sans lendemain ou, plutôt, qui eut pour lendemain la glorieuse et lamentable retraite.

Le désastre, le grand maréchal Duroc semble l'avoir prévu dès les premiers jours d'août, car dans une note antérieure au 4 août il dit : « L'Empereur ne trouvera pas la paix à Smolensk, ou même à Moscou plus qu'à Vitebsk ; il sera seulement plus loin de la

France. La paix fuira devant nous comme la bataille, et plus longtemps, quand l'ennemi nous verra plus épuisés de marches, quand une grande partie de notre cavalerie sera démontée, il essayera d'une grande bataille ; et, vaincu, il se retirera plus loin, n'étant pas poursuivi ; et il se recrutera vite, étant chez lui, au lieu que nous... ' »

* Note citée dans les Souvenirs contemporains d'histoire et de littérature de M. Villemain. T. I, p. 203. In-8°, Paris, 1856, cinquième édition.

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