Lectures historiques sur la Grèce, p
COUP D'ŒIL SUR l/lIlSTOIRE DU COMMUNISME. 19 deux ennemis qui Nivaicnt à cùtt; l'un de lautro, l'un convoitant la richesse, l'autre voyant sa richesse convoitée. Entre eux nulh; relation, nul service, nul travail qui les réunît. Ils se regardaient d'un œil haineux ^ »
Cette situation se prolongea longtemps, car Lucien nous montre, au n*" siècle (ap. J.-C), la vieille querelle aussi vive et âpre que jamais. Sous le nom de Saturne, il se charge de transmettre les réclamations des pauvres aux riches : « Les pauvres, leur dit-il, m'ont écrit pour vous accuser de ne pas leur faire leur part de ce que vous possédez, et ils me demandent de remettre tous les biens en commun, afin que chacun en aitune portion égale. La justice \eut, disent-ils, que légalité soit rétablie cl l'un ne doit pas avoir de trop grandes jouissances, tandis que l'autre en est complètement sevré. » Saturne, tout en répondant que « ce soin regarde Jupiter », exhorte du moins les riches à la bienveillance et à la charité. Les riches répliquent par l'énumération de leurs griefs contre les pauvres: « Ces pauvres, qui prétendaient d'abord n'avoir que peu de besoins, ont à peine vu les portes ouvertes, qu'ils
1. Ai'isfolc dit que dans ccrlains l^tals les liclies prononçaient entre eux ce serment .• « Je Juio d'être toujours l'ennemi du peuple et de lui faire tout le mal que je pourrai. » (Po/i^, VIII, 7, 19.)
n'ontpas cessé de nous faire demande sur demande, et lorsqu'ils ne recevaient pas sur-ie-champ, colère, haine, injures, éclataient à Finstant... Il fallait donc ou devenir ennemi déclaré, en ne donnant rien, ou, prodiguant tout, devenir pauvre et se réduire au rang des demandeurs \ »
La querelle, on le voit, si les causes en sont différentes suivant les époques, n'a guère changé de forme, et le fragment de Lucien prouve qu'aucune des institutions par lesquelles l'antiquité avait cherché à parer aux maux de son organisation économique n'avait réussi à aplanir le conflit entre les classes : ni l'esclavage luimême, ni le régime des corporations où les ouvriers libres trouvaient les ressources de l'association et qui, longtemps combattu sous la république, se développa singulièrement dans l'empire romain -, ni l'organisation familiale d'une partie du travail industriel, ni les liens de client à patron qui rattachaient la classe la moins fortunée aux classes riches, et jusqu'à un certain point la faisaient Aivre à leur dépens, ni les secours publics ou privés qui prirent à certaines