Maton, Socialisme intt'ijral, p. l!o
les règles politiques au plus près qu'il sera possible ». Reprenant l'idée d'Aristote, il établit' « que la communauté tire toujours après soi des haines et des querelles... », et que « encore plus s'abusent ceux-là qui pensent que par le moyen de la communauté les personnes et les biens communs seraient plus soigneusement traités : car on voit ordinairement les choses communes et publiques méprisées d'un chacun, si ce n'est pour en tirer un profit particulier ». Aussi faisaitil reposer tout son édifice politique sur le respect de la famille et de la propriété héréditaire. Il écrivait également contre les dangers de l'extrême démocratie des pages remarquables.
Malgré ces protestations de la raison, la veine ouverte par l'auteur de la République et celui à'Utopie, devait, jusqu'à la lin du xviii" siècle, être féconde en conceptions sociales plusou moins fantaisistes dont quelques-unes ont eu sur le communisme et le socialisme modernes une trop notable influence pour qu'on les passe sous silence. Lr Monde des Sarjca, de Francesco Doni, la République des abeilles, de Bonifacio, la Cité du Soleil, de Canipanella, avec son organisation conventuelle et sa promiscuité des sexes renouveh'e de Platon (1630), peu répandues lors de leur apparition et où les communistes du xix" siècle ont été chercher des devanciers, sont parmi les
plus marquantes tentatives du xvi" siècle et du xvn" siècle commençant. Celui-ci dans son cours vit se produire les idées utopiques sous la forme particulière de « Conseils donnés aux souverains >> ou de « Systèmes d'élever les princes ». Un écrivain socialiste a compté trente ouvrages de cette catée:orie^ sous le résine de Louis XIV. Il faut ranger parmi eux le Télémaque et les célèbres tableaux, si souvent cités, de la Bétique et de Salente^ dontFénelon dépeignaitles habitants ignorant jusqu'au nom de propriété et vivant dans une inaltérable félicité, « sans prisons et sans juges », Un inconnu du xvii' siècle, qui eut son temps de célébrité au xvm^ siècle, grâce à Voltaire, s'est révélé par la publication posthume de ses œuvres comme un des ancêtres authentiques du communisme moderne : il s'agit du curé Jean Meslier, dont Voltaire publia le testament en l'arrangeant et en en retranchant tout ce qu'il jugeait trop hardi; dans cette édition, faite en 1762, près de trente ans après la mort du curé dEtrépigny, le patriarche de Ferney n'avait conservé que les arguments qui pouvaient lui servir dans sa polémique contre l'Église. Un éditeur plus récent - a remis au jour toute la partie socialiste des écrits