‹ Socialisme contemporainChapitre 3 sur 56 · PRÉFACE DE LA QUATRIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA QUATRIÈME ÉDITION

que le conflit entre le capital vivant et le capital mort est de? plus inégaux, et la liberté du contrat, dont l’économie poli^* tique se glorifie, n’existe pour ainsi dire pas. En de telles circonstances assurément, le rôle de l’Église est de protéger les pauvres, les travailleurs qui ont accumulé les richesses communes de l’humanité. »

En Amérique, le cardinal Gibbons, qui récemment détournait des livres de Henry George les foudres de l’Index, ne parle pas autrement que le cardinal Manning. « Puisqu’il est reconnu de tous, dit-il, que les grandes questions de l’avenir ne sont pas des questions de guerre, de commerce ou de finances, mais les questions sociales , les questions qui touchent à Famélioration de la condition des grandes masses populaires et spécialement des classes ouvrières, il est d’une importance souveraine que l’Église soit trouvée toujours et fermement rangée du côté de l’humanité et de la justice envers les multitudes qui composent le corps de la famille humaine. » Récemment (14 oct. 1887), dans un sermon partout reproduit, l’évêque de Derby disait : « Les sentiments et les aspirations du socialisme sont certainement chrétiens. S’affliger de l’extrême inégalité des conditions; constater l’abîme qui sépare Lazare et Dives, se déclarer partisan de la fraternité et de l égalité essentielle de tous les enfants d’un même père; soutenir, non le droit abstrait à un salaire équitable, à une éducation suffisante, à une bonne demeure, à un repos nécessaire, mais la nécessité de faire obtenir tous ces bienfaits à ceux qui veulent en jouir, si c’est là Lesprit du socialisme, c’est aussi l’esprit du christianisme. En Allemagne, on parle des socialistes catholiques et évangéliques. En Angleterre, les idées de Maurice et Kingsley ont été appliquées avec un admirable dévouement. Moi-même, en visitant à Londres et à Portsmouth les lieux où s’étale la plus affreuse misère, à côté des résidences les plus luxueuses, j’étais stupéfait et humilié, et je me disais : Oui, il n’est que trop vrai, « dans tout chrétien il y a un socialiste et dans tout socialiste il y a un chrétien ». ,

En empruntant ce passage à mon livre, qu’il veut bien citer avec éloge, l’évêque de Derby exprime un sentiment qui semble s’emparer de l’âme des pasteurs des différentes églises protestantes. Le clergé catholique, à la voix de ses chefs, comprendra-t-il sa mission de la même façon? Prendra-t-il en mains, comme les premiers Pères, la cause des ouvriers? Verra-t-on. un jour, ainsi que le prévoit un écrivain éminent, M. de Vogué,

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