CHAPITRE XI
La légitimité de la propriété individuelle. — Les terres incultes et le droit d'expropriation.
SI clair que soit tout ce que nous avons exposé jusqu'ici, Marx et ses adeptes ne s'en contentent pas. Les raisons invoquées tiendraient, répondent-ils, si les agents naturels étaient matière à propriété et par là même susceptibles d'échange. Mais ils ne le sont pas ; personne ne peut avoir le droit de dire : cette terre, ces mines sont à moi ; personne, par conséquent, ne peut exclure les autres du droit de s'en servir ; et si quelqu'un veut les en exclure, ou bien exige une rému-, nération pour la cession temporaire ou perpétuelle qu'il entend leur en faire, il commet un vol. Or, comment voulez-vous que le vol contribue à servir de mesure à la valeur ?
Avant de répondre à ce sophisme quelques réflexions s'imposent. Nous l'avons déjà vu : posséder une chose de manière à pouvoir en disposer à son gré, en excluant tout autre de son usage, c'est ce qui constitue et s'appelle le droit de propriété. Pour que ce droit existe, il faut qu'il s'agisse d'une chose dont l'usage est si limité, que, servant à l'un, elle ne puisse en même temps servir à d'autres. Car s'il s'agissait de choses dont l'usage n'est point limité, par exemple de plusieurs des agents naturels dont nous parlions précisément tout à l'heure, il est évident que leur abondance, leur caractère inépuisable et la facilité de se les procurer sont autant de preuves que Dieu a voulu qu'ils soient et restent dans leur généralité des biens communs et partant d'usage universel.
Mais les socialistes parlent uniquement des biens susceptibles d'appropriation et d'usage particulier, et tout spécialement de la terre. En effet quoique dans le sens usuel on applique le rpot de propriété non seulement aux immeubles mais encore aux meubleSjCar ceux-ci peuvent parfaitement être objet de pro-