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priété privée, toutefois, on peut aussi restreindre le sens de ce mot et ne l'appliquer qu'aux immeubles, maisons, mines, constructions et en particulier àia terre cultivable. Cette acception du mot répond mieux à l'idée que s'en forment les socialistes qui concentrent toute leur attention sur le sol, agent naturel par excellence,et soutiennent que la nature ne l'a jamais destiné avec ses trésors et sa richesse à tel ou tel homme en particulier, mais qu'elle l'a mis à la disposition générale, afin que chacun puisse s'en servir et en tirer sa subsistance. Aussi concluent-ils que la propriété privée est un vol.
Nous trouvons au contraire, même en prenant le mot de propriété dans le même sens qu'eux, c'est-à-dire en ne l'appliquant qu'aux immeubles, à la terre cultivable, nous trouvons leur théorie fausse et absurde et nous nous rangeons pleinement à l'avis d'Aristote lorsque, attaquant les théories communistes de Platon, il déclare que « la possession des choses extérieures (la propriété) est naturelle à l'homme » (i). Il ajoute que la propriété est « de droit individuelle et exclusive^ et que par conséquent la loi morale donne un caractère d'inviolabilité à la possession prise par qui que ce soit d'une chose extérieure qui lui est utile et qui n'a pas été précédemment occupée par d'autres (2) ». Toutefois, on le comprend, pour qu'une telle prise de possession puisse équivaloir à un titre légitime de propriété, il faut que le possesseur, l'occupant, ait émis de propos délibéré un acte quelconque de force, moyennant lequel se soit établi un lien physique, une union réelle entre la chose occupée et l'occupant. A ce lien physique doit s'ajouter, toujours d'après Aristote, un lien moral qui rende juridique l'occupation.
Or le lien moral consiste dans la conviction, intime et loyalement fondée, que cette union, ce lien réel n'a lésé le droit de personne. Or on peut de deux manières léser le droit d'autrui. La première, la seule dont nous ayons à nous occuper pour le moment, se produit lorsqu'on prétend s'approprier un objet qui, appartenant déjà à d'autres, ne peut être considéré comme libre et disponible pour un second occupant. Et ici Aristote appuie sa doctrine sur un raisonnement des plus clairs. « C'est une loi morale, universellement comprise et acceptée, dit-il, que celle qui nous interdit de faire du tort ou de causer un dom-