‹ Socialisme et CatholicismeChapitre 25 sur 91 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

ii6

mage quelconque à nos semblables. Or les choses extérieures, dont nous nous rendons maîtres à notre profit et pour notre subsistance, adhèrent tellement à notre personne, qu'elles font pour ainsi dire partie de nous-mêmes. Par conséquent celui qui nous enlève violemment les objets que nous possédons, produit sur nous un effet moralement semblable à celui que nous éprouverions si l'on nous arrachait une partie de nousmêmes, c'est-à-dire une véritable douleur, un véritable tort, une véritable privation, ce qui équivaut à une lésion manifeste du droit intangible qu'a tout homme de n'être blessé en rien par ses semblables (^). »

Mais pourquoi l'homme peut-il, en stricte justice, exclure les autres de la possession de ce qui lui appartient ? Cela vient de ce droit d'indépendance qui est propre à chaque individu et en vertu duquel l'homme considéré en lui-même, c'est-à-dire, abstraction faite du monde social dans lequel il vit, ne doit pas dépendre des autres. Ce qui revient à dire que tous les hommes, indistinctement, ont également le droit de faire ce qui leur semble plus apte à atteindre honnêtement leur bien sans que personne puisse contester ce droit, puisque, en le contestant, on léserait l'ordre de justice d'où il émane. Toutefois, remarquons-le, ce droit peut être limité, ou parce que la matière sur laquelle il s'exerce est elle-même limitée ou parce qu'il entre en collision avec des droits déjà existants et précédemment acquis par autrui.

D'où il suit que chacun peut employer tout ce qu'il a de force pour se procurer son vrai bien, en tant toutefois qu'il ne se heurte pas aux droits que d'autres se seraient précédemment acquis, car en ce cas le droit plus faible doit céder au plus fort. Ceci néanmoins n'implique aucunement que le droit plus faible soit détruit pour toujours, et ne puisse plus s'exercer dans d'autres occasions et à l'égard d'autres objets,sur lesquels personne n'ait encore acquis des droits. Cela signifie simplement qu'il doit s'arrêter et suspendre son action, en face d'un droit antérieurement existant et par conséquent légitime.

Les animaux eux-mêmes nous montrent qu'il doit en être ainsi : ils s'opposent à l'usurpation de ce dont ils ont pris possession, accomplissant ainsi par instinct ce que l'homme

Page 1