‹ Socialisme et CatholicismeChapitre 28 sur 91 · Genèse, m · texte numérisé non relu

Genèse, m

2. « Qui en manque (biens propres) y supplée par le travail, de telle sorte que l'on peut affirmer, en toute vérité, que le travail est le moyen universel de pourvoir aux b)esoins de la vie, soit qu'on l'exerce sur un fonds propre, ou dans quelque art lucratif dont la rémunération se tire en dernière analyse de l'un des produits multiples de la terre et se convertit de nouveau en produits de même espèce. Epist, Encycl. Rerum novarum.

il y aura toujours des gens oisifs et même vicieux, mais qu'on n'en trouve pas parmi les ouvriers, voilà qm est afesol^Tnenl faux. Il n'est pas rare, au contraire, <Je^oir des ouvriers rmnés et plongés dans la misère uniquement parce qu'ils sont adonnés au vice et à îa paresse.

Mais si vous admettez, répliquent les socialistes, que le travail,sous quelque forme que ce soit, est le vrai moyen d'entretenir la vie, pourquoi ne voulez-vous pas convenir que celui qui ne travaille pas n'a droit à rien et que le travail seul est l'origine de la propriété .''

Le travail est le moyen d'arriver à la propriété; il en est aussi le but, puisque si nous nous rendons possesseurs d'un champ, nous le faisons précisément avec l'idée de le féconder par notre travail pour profiter des fruits qu'il portera; c'est là ce que nous avons reconnu, mais nous reconnaissons aussi que le travail ne peut être l'unique source de la propriété.

Le travail en effet, nous l'avons observé à propos de la valeur, ne peut rien faire sans la matière sur laquelle il s'exerce. Il modifie les substances, mais ne les crée pas, et voilà pourquoi la production est le résultat de deux coefficients : la nature et le travail. Il faut donc se rendre maître avant tout de ce que fournit la nature et en tirer ensuite profit par le travail, en imprimant à la matière les modifications qui répondent le mieux à nos besoins. Or il est certain que chacun a le droit de s'emparer de tout ce qu'offre la nature, mais lorsqu'un homme a exercé cette potentialité et l'a traduite en acte par la prise de possession d'une chose, personne ne peut plus annuler cet acte accompli, en invoquant la puissance générique commune à tous. Autrement il n'y aurait pas de droit qui tienne, pas même le droit suprême en vertu duquel l'homme ne doit jamais être lésé en rien par ses semblables.

Aristote a magistralement mis en relief cette vérité et s'en est servi pour montrer combien est légitime l'inégalité de la propriété. « Tout homme, dit-il, a l'aptitude et le droit de s'emparer des choses extérieures, comme moyen nécessaire à sa subsistance, et par là même à la réalisation de sa fin terrestre. Mais une multiplicité infinie de moyens et un emploi de forces des plus divers peut conduire à ce but unique. Assurément il est dans l'ordre rationnel de la création que chaque nature créée ait la capacité oupuissance suffisante pour atteindre

sa fin et accomplir le plan divin. Maison aurait tort de prendre occasion de ce droit générique^ de cette aptitude universelle à la possession des choses extérieures, pour conclure que personne ne puisse posséder plus qu'un autre et que les propriétés individuelles doivent rester toutes au même niveau {^). » Et ici le philosophe appuie son dire sur le fait même de la nature, fait si évident et si constant qu'on s'étonne qu'il échappe à des hommes sensés.

« Les diverses capacités et les diverses aptitudes au développement et au progrès qu'ont les forces créées est un fait, dit-il, évidemment conforme aux lois naturelles. Or tout fait qui s'appuie sur ces lois est légitime en soi. Si, parce que je suis doué d'une plus grande agilité et pénétration qu'un autre, ou parce que je suis favorisé par les circonstances, je fais mien un objet qui n'appartient encore à personne, quoique tous puissent y prétendre comme j'y prétends moi-même, qui pourra m'accuser d'empiéter sur le droit d'autrui? Tous avaient l'aptitude, la capacité, la puissance de s'en emparer ; mais du moment que moi, je m'en suis emparé et que j'ai ainsi réduit ma puissance en acte^ il est clair que cet acte ne doit profiter qu'à moi seul qui l'ai émis et non à d'autres. Pour qu'on pût me traiter d'envahisseur, il faudrait qu'il y eût une chose susceptible d'être envahie, et, en fait de droits, l'invasion ne pourrait être constituée que par l'entrée violente d'un individu dans la sphère où un autre exerce légitimement sa propre activité. Mais, tant que cette activité ^si potentielle ^ la sphère d'action existera en idée, en projet, abstractivement^ mais non en fait, ni concrètement ; aussi le champ, sur lequel on pourrait exercer cette force potentielle reste encore libre et inoccupé, et alors si une force concrète entre en jeu, elle ne commet aucune invasion en s'en emparant et ne lèse aucun droit en se l'appropriant (2). »

Ce sont là autant de preuves à l'appui de ce que nous disions dès le commencement, c'est-à-dire que la terre ne peut être considérée comme patrimoine commun que négativement, non positivement. Si quelqu'un soutenait le contraire, il serait forcé logiquement d'en conclure que non .seulement les individus, mais encore les peuples eux-mêmes n'auraient pu s'approprier aucune partie du sol. Ce qui conduirait, comme

Page 1