Ibid
fin de compte elles tendent à diminuer, à ébranler le droit de propriété individuelle. Qu'on ne croie pas cependant que nous voulions par là sanctionner une injustice sociale et que nous nous refusions à ce qu'on s'y oppose. Non, nous aussi, nous trouvons que celui qui, pouvant faire autrement, garde sa terre inculte, ou ne la rend pas aussi productive qu'elle devrait l'être, commet une faute et doit une compensation à la société. Mais le mode de compensation ne nous semble pas difficile à trouver; on en parle et on s'en occupe déjà beaucoup. On pourrait par exemple établir un impôt, qui aurait le caractère d'une amende et qui équivaudrait au rapport que donnerait la terre en friche si elle était mise en bonne culture. Le montant de ces amendes servirait de prime d'encouragement aux petits cultivateurs qui auraient déjà bien mérité de la société, afin qu'ils augmentent toujours davantage la production de leur sol, et de cette façon on aura atteint le but de sauvegarder les intérêts de la société sans léser le droit de propriété privée.
Un autre résultat heureux de cette mesure, c'est que le propriétaire frappé de l'amende deviendra à son tour, par intérêt ou par amour-propre, un bon producteur. C'est là, bien entendu, un de ces cas où il convient de prendre en considération bien des choses. Avant tout, il faut que l'Etat n'ait pas par des impôts exorbitants, comme on ne le fait que trop dans certains pays, mis le propriétaire dans des conditions telles, que malgré les meilleures intentions, il manque des moyens nécessaires pour rendre ces terres productives ; s'il en était ainsi, la faute et la responsabilité ne retomberaient plus sur lui mais sur l'État.
Il faut que les terres en question soient vraiment cultivables et susceptibles d'amélioration ; il faut qu'on reconnaisse toujours au propriétaire le droit d'en garder une partie improductive pour sa propre jouissance, afin de la destiner à un usage de simple agrément.
Enfin, il ne faut pas oublier, que si, moralement parlant, celui qui peut cultiver le sol que Dieu lui a donné dans ce but et qui ne le fait pas, se rend coupable ; néanmoins, juridiquement parlant, l'Etat ne peut intervenir que dans le cas où il aurait été démontré que le défaut de culture cause un préjudice sérieux à la société. Ainsi le fait qu'une petite quantité de terres ne se trouvent pas mises en culture ne suffirait pas pour justifier des mesures rigoureuses dans ce sens.
L'État peut donc exercer un excellent et noble rôle de sauvegarde, mais pour bien le remplir, il doit tenir compte scrupuleusement de toutes ces diverses conditions.