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CHAPITRE XII

La justification du revenu. — Les services que rend le capital. — Le droit aux profits. — L'intérêt de l'argent et l'usure.

SUIVONS maintenant Marx dans sa théorie sur le revenu. Toucher un revenu, dit-il, d'un fonds mis en location, est une absurdité, la base de la valeur faisant défaut en ce cas, puisque le travail est fourni tout entier par le locataire et non par le propriétaire.

Sans entreprendre ici un traité d'économie, commençons par la définition rationnelle du revenu pour mieux voir en quoi consiste l'erreur de Marx.

Dans le sens strict des termes, on ne peut confondre le revenu avec le loyer^ car le revenu se compose de l'ensemble des fruits du fonds, tandis que le loyer représente le prix que paie le locataire pour la cession temporaire du sol.

Le revenu est donc la partie de richesse qui provient de l'action des forces naturelles de la terre, et qui à ce titre est dévolue au propriétaire. Nous l'avons déjà vu, la richesse consiste dans l'abondance des choses utiles, et l'utilité de cellesci leur vient non seulement du travail mais encore et surtout de la nature et de ses forces. Nous avons vu aussi que les forces naturelles, par le fait qu'elles se trouvent incorporées dans une matière donnée, sont appropriables. Or, du moment que je cède à un autre une chose dont je suis légitimement propriétaire,et que cette chose représente une utilité et, par conséquent, une partie de richesse, il est clair que j'ai droit à avoir une compensation pour l'avantage dont je me prive au profit d'autrui. En d'autres termes, si les forces naturelles d'une terre concourent vraiment — et ceci a déjà été prouvé — à la production, il en résulte qu'une partie du produit est due au possesseur légitime de cette terre.

Mais il y a plus. Les terres cultivables, généralement parlant,

ne sont pas absolument improductives de leur nature. Elles offrent au contraire de grandes utilités, même dans leurs fruits spontanés. Or, si je me dépouille en faveur d'autrui de ces utilités, de quel droit peut-on exiger que je le fasse gratuitement ?

Il est certain que si à ce premier facteur de production l'on ajoute les deux autres, c'est-à-dire le capital et le travail, la terre produira des utilités plus grandes et beaucoup plus abondantes encore, telles, par exemple, que le blé, la vigne, l'olivier, etc. Mais, quand on aura prélevé sur les produits obtenus moyennant la coopération de ces divers facteurs, la part qui revient légitimement à l'ouvrier en récompense de sa peine, et au locataire pour le capital qu'il y a consacré et pour son travail de surintendance, il restera toujours une part provenant des forces naturelles inhérentes au sol (').

Et à qui reviendra cette partie si étroitement unie aux conditions du sol si ce n'est précisément au propriétaire ? Aussi Liberatore a-t-il eu grandement raison de dire que « l'origine juridique du revenu ne peut se trouver ailleurs que dans le droit de propriété dont le revenu est la conséquence (2) ». Admettre la propriété et ne pas admettre le revenu est un contresens, comme serait celui d'admettre la cause et d'en rejeter l'effet (3).

I. Suivant la fameuse théorie de Ricardo, on paie d'abord les salaires, puis les intérêts, et le revenu est précisément ce qui reste. Quand on donne une terre en location, le locataire ne fait que prendre en louage une machine productive, et, poussé par la concurrence, donne pour une année, comme équivalent de l'usage de cette machine, tout le montant du produit qui lui reste, après avoir payé le salaire de ses ouvriers, et après avoir prélevé l'intérêt de son capital, et ce qu'il regarde comme un juste dédommagement de son travail de surintendance. On présuppose naturellement un certain prix courant de salaire et un taux courant des profits, et ces points réglés, si la terre a produit quelque chose de plus, ce surplus est ce que l'on paie comme revenu. De tout ceci on peut conclure que le rapport de la terre montera en raison directe de l'élévation du prix des denrées produites. Henry George, dans son travail Progress and Poveriy, a donc tort d'attaquer le revenu, en disant qu'il est la cause du renchérissement des vivres, comme si c'était eux qui dépendaient du revenu, tandis que c'est le contraire qui a lieu. En réalité, moins on paie cher les denrées, moins grande est la marge qui reste pour le revenu, qui peut presque disparaître : ce qui est une perte pour tous et particulièrement pour les ouvriers, dont le travail diminue progressivement et sensiblement. De là Rae tire cette grande vérité, que la plus grande partie de la ricliesse de la société moderne n'est nullement centralisée dans les mains des propriétaires terriens : elle ne s'est point accrue en vertu du revenu et ne diminuerait point d'un centime si la propriété privée de la terre était abolie demain. V. Le social, contempi, p. 447.

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