Res fructijicat domifio, v. Ottv. cité, p
Si la démonstration est facile pour le revenu, elle l'est plus encore pour le capital, V infâme capital, conX.rQ lequel les marxistes lancent tant d'imprécations. Ici l'important est de s'en tenir à l'étude des faits, et c'est ce que les socialistes aiment souvent mieux ne pas faire.
Chacun le sait : le capital est une partie de richesse enlevée à la consommation pour servir à la production. Le capital est donc le fruit de l'épargne et comprend les choses qui représentent une certaine valeur et peuvent être employées à produire une nouvelle richesse. Le capital porte donc gravé en lui, comme un trait spécifique, le caractère de privation d'une jouissance immédiate en vue d'un bien à venir plus grand, qui tournera non seulement à l'avantage du capitaliste, mais encore à celui des autres, en rendant possible ultérieurement une production de plus en plus grande. On aura beau en effet posséder des terres cultivables, si l'on manque du nécessaire pour payer les semences, les machines, les moyens de transport, la main d'œuvre, en un mot, tous les instruments de travail, les terres resteront incultes, et partant, improductives. Or ce nécessaire qu'on doit anticiper sur la production future, d'où le tireronsnous si non des économies antérieures, c'est-à-dire du capital ? D'où l'on voit non seulement la nécessité du capital, mais encore la raison pour laquelle il doit nécessairement consister en choses utiles et douées de valeur, car si elles ne l'étaient pas personne n'en aurait besoin, il serait impossible de les vendre ou de les échanger, et nous serions en réalité privés de tout, quoique environnés d'une richesse factice.
Le capital est donc un moyen indispensable à l'augmentation de la richesse, non de celle de tel ou tel homme en particulier, mais de tous. Pour qu'un producteur, un ouvrier quelconque puisse améliorer sa condition économique, il faut que, par l'épargne, il se forme graduellement un capital, qu'il employera ensuite dans une production, dans une industrie donnée ; s'il n'a rien épargné, il ne progressera jamais.
On voit donc que le capital peut vraiment être regardé comme source de production, non toutefois comme source première mais secondaire.
Il n'est en effet que le résultat d'une production antérieure, une partie de la production que l'on a épargnée ; il est donc lui-même un résultat, non une cause première : et voilà pour-
quoi il doit être considéré non comme producteur de la richesse, mais comme l'un de ses éléments constitutifs. Il ne peut en devenir producteur qu'indirectement, c'est-à-dire en tant que la somme de richesse épargnée aide à produire une richesse nouvelle, la nature et le travail humain restent, par conséquent, les sources principales de la production de toute chose utile, autrement dit, de la richesse ; le capital peut l'accroître, — et en effet, il l'accroît, — mais jamais la créer. Ceci une fois bien déterminé, reste à savoir si le capital a droit, oui ou non, à une rémunération ; en d'autres termes, si le capitaliste, qui fournit les moyens nécessaires au travail, tels que semences, machines, salaires, etc., peut légitimement et en toute justice, en échange de ce prêt, prétendre à cette partie de produit, de bénéfice, que l'on désigne ordinairement sous le nom di^ profit ?
Il n'est pas hors de propos de faire remarquer dès maintenant, que ce n'est pas toujours directement le capitaliste qui place ses fonds dans les diverses entreprises,mais au contraire, que le plus souvent, il les confie à une tierce personne, douée généralement d'aptitudes et de connaissances spéciales pour bien conduire et diriger un travail auquel elle consacre son temps, ses talents et une expérience chèrement acquise. Cette personne, cet agent qui accomplit tout le travail à ses risques et périls, sous sa propre responsabilité et en se servant des ouvriers qu'il choisit luimême, s'appelle entrepreneur. Souvent il travaille avec les capitaux d'autrui ; mais rien n'empêche qu'il ne se serve des siens, s'il en a, et, dans ce cas, il est à la fois capitaliste et entrepreneur.
On voit donc que si l'entrepreneur a une fonction à part et toute spéciale, il n'en exerce pas moins une influence considérable sur le développement des capitaux. En effet, soit qu'il les tire de sa propre bourse, soit qu'il se les procure, c'est toujours lui qui, par son habileté et son activité, les fait prospérer.
Or, il n'est pas douteux que cela lui donne droit à une rémunération, comme nous le dirons plus loin. Ajoutons seulement que plusieurs économistes ont appelé profit cette rémunération de l'entrepreneur, tandis qu'ils ont donné le nom à^ intérêt à la part qui revient au capitaliste pour le capital prêté ('). A vrai
I. Les mêmes économistes distinguent le profit simple et le profit composé : il est simple, quand l'entrepreneur n'est que le directeur de l'entreprise sans être propriétaire du capital ; il est composé, quand, outre le travail de direction, il a fourni lui-même le capital, et dans ce dernier cas, évidemment, il^ droit à une double compensation.
dire les deux termes pourraient presque se confondre ; toutefois nous préférons appeler profit la rémunération donnée au capitaliste et à l'entrepreneur, au premier pour avoir fourni le capital, au second pour l'avoir mis en état de fructifier. Nous réserverons le nom à' intérêt uniquement à la compensation, au fruit que l'on veut retirer d'une somme d'argent prêtée. Le profit nous permettra ainsi d'envisager la question à un point de vue plus général, Xintérêt à un point de vue tout particulier.
Disons tout d'abord que s'il est juste que le propriétaire de la terre reçoive une compensation, un revenu^ pour la cession qu'il fait à autrui des forces naturelles inhérentes au sol, il ne l'est pas moins que le capitaliste reçoive, lui aussi, une compensation, un profit, pour les moyens qu'il fournit aux autres de pouvoir travailler et produire.
En effet, le capital qu'il met à leur disposition n'est qu'une partie de production, de richesse, qui lui appartenait exclusivement. De quel droit pourra-t-on prétendre qu'il s'en prive sans une compensation ? S'il devait en être ainsi, le capitaliste préférerait garder exclusivement pour lui le capital ; et on ne pourrait l'en empêcher, parce qu'il s'agit d'une propriété et par conséquent d'un droit que chacun doit respecter. Aussi de deux choses l'une : ou nous rémunérerons le capitaliste pour la part de propriété, de richesse qu'il cède, ou nous devrons renoncer à nous servir du capital d'autrui, et dans ce dernier cas, il est certain que la production cesserait, ou du moins, diminuerait de beaucoup. Mais, d'autre part, comment admettre que celui qui rend à autrui un service, et un service important, doive y trouver un préjudice au lieu d'un avantage ?
Si le capitaliste avait employé directement son capital, il en aurait, indubitablement, retiré un profit ; or, pourquoi devraitil y renoncer quand il le cède à un autre } Ne lui rend-il pas ainsi un service digne de récompense ?
Mais le « capital social » des collectivistes, répond Marx, pourrait jouer le même rôle et d'une manière beaucoup plus économique, puisqu'on ne devrait plus lui réserver aucune part dans le profit. Pour admettre cette raison, il faudrait prouver que le capital réduit à une forme collective n'aurait pas un fonctionnement beaucoup plus coûteux que celui du régime capitaliste actuel. Or, il est certain au contraire que le régime
actuel est moins dispendieux, et il est facile d'en comprendre la raison : l'exercice de ses fonctions se fait d'une manière plus économique et ressent d'une façon plus directe les influences de l'esprit d'entreprise.
Les socialistes attaquent, et souvent non sans raison, les trop nombreux intermédiaires du capital, qu'ils déclarent inutiles et qui restent en grande partie à la charge des industries. On ne saurait nier cependant que le capitaliste privé ne tende, par sa nature, à économiser, et par conséquent à diminuer autant que possible ces intermédiaires.
Avec le régime socialiste, c'est le contraire qui devrait nécessairement se produire. Il lui faudrait une armée d'intermédiaires, secrétaires, inspecteurs, etc. ; armée d'autant plus nombreuse que l'intérêt de ceux qui se trouveraient à la tête de l'administration des biens publics serait de multiplier autant que possible leurs subordonnés, auxiliaires, etc., dont le traitement absorberait, et au delà, le fruit que l'on devrait retirer des économies rêvées. Le défaut donc que nous reprochons au système social actuel, à savoir l'excès de bureaucratie, loin de disparaître, ne ferait qu'augmenter avec le nouveau régime prôné par le socialisme. Ajoutons encore que le capitaliste privé est certainement un directeur plus avisé, plus entreprenant, plus économe que l'employé d'un bureau public. Ce dernier sent bien moins l'aiguillon d'un intérêt qui, pour lui, n'est que des plus indirects, et en outre, le nombre des personnes auxquelles il doit rendre compte de ses opérations et qu'il doit consulter est tel, qu'il ne peut avoir le temps de bien approfondir sa propre gestion ni de profiter de certaines occasions favorables qui réclament une prompte décision. L'individu capitaliste au contraire ne sera pas retenu par la crainte des risques autant qu'un être collectif, et ainsi, tandis que le premier mettra rapidement la main à une entreprise, le second en sera encore à attendre l'avis de son chef pour savoir s'il doit s'y engager et quand il devra faire le premier pas. Le capitaliste privé est donc toujours en activité, cherche toujours de nouveaux débouchés, de nouvelles combinaisons, de nouvelles affaires, et ainsi se rend vraiment utile dans une société qui a besoin de progresser toujours.
11 faut encore remarquer que le profit ne fait partie ni du revenu qui, nous le disions tout à l'heure, a son origine dans
les forces naturelles inhérentes au sol, ni du salaire, qui est la rémunération de la coopération du travailleur. Toutefois son point de départ est dans le revenu. Le profit en effet découle du capital lequel, à son tour, découle de l'épargne. Mais l'épargne, d'où la tirer sinon du revenu, c'est-à-dire de la partie de choses utiles,de richesse que les agents naturels ont produite à l'origine et qui a été ensuite augmentée par le travail ? La marche historique n'en est pas difficile à retrouver. Les premiers occupants de terres cultivables purent épargner une portion de ce qu'ils tiraient, en partie des forces naturelles inhérentes au sol, en partie de leur travail, au lieu de le consommer en entier. Avec cette épargne ils fabriquèrent ou se procurèrent des instruments de travail et fournirent en même temps des moyens de subsistance ou toute autre compensation à ceux qui les aidaient dans leur travail. Voilà les débuts du revenu et du capital, et voilà aussi le titre légitime au profit que l'on a le droit de retirer du capital comme fruit d'une chose qui nous appartient, soit que nous l'ayons conquise nousmêmes, soit qu'elle nous soit venue par héritage de nos aînés (i). Comme toujours c'est le droit de propriété qui se présente devant nous,et c'est sur lui que se fondent tous les autres droits. La légitimité tant du revenu que du profit ne peut donc, ce semble, fournir matière à contestation ; il y a au contraire un autre point bien différent et non moins important à établir dans la question présente, point sur lequel Marx aurait pu à bon droit insister : à savoir qu'il ne faut pas que le propriétaire du sol, par rapport au revenu, ni le capitaliste par rapport au profit, prétendent à plus qu'à ce qui leur revient proportionnellement à l'utilité qu'ils ont cédée, au service qu'ils ont rendu. Car s'ils faisaient autrement, ils n'agiraient pas selon la justice, mais ils usurperaient au contraire une part qui devrait revenir à autrui et notamment au travailleur.
I. Minghetti fait allusion, ce semble, à cette origine du capital, quand il écrit : « Avec quel titre se présente le capitaliste ? Pour bien le comprendre, il faut distinguer clairement la nature et l'origine du capital. La plupart des économistes en le définissant : « %in travail accumulé '^ , retombent involontairement dans l'erreur que la seule cause des produits est le travail. Mais nous qui admettons comme coefficient perpétuel la nature, avec ses forces et ses capitaux, nous devons en faire remonter aussi l'origine jui^qu'à elle ; et, par conséquent, à notre avis, le capital pourrait se définir, une substance ou force naturelle transformée par la main de l'homme, et employée à la production. Aussi le droit du capitaliste se déduit-il en partie du droit de l'ouvrier, en partie encore du droit de propriété, » Dell' Economia pubblica, liv. v.
Pour le revenu de la terre le danger d'abus est moins grand, car en exigeant un rapport trop élevé, il arrivera un moment où, les conditions étant trop onéreuses, tous se refuseront à la prendre en location. Le propriétaire se verra ainsi obligé parla force des choses à faire ce à quoi il n'a pas voulu se décider par sentiment de justice.
Ce cas n'est pas une pure hypothèse, il se réalise déjà, souvent même dans des conditions telles que l'on court sérieusement le risque de tomber dans l'excès opposé, et de refuser au propriétaire du sol de lui payer un revenu mesquin. Il est vrai que la raison de cette baisse ultérieure dans le revenu se trouve, du moins jusqu'à un certain point, expliquée par la grande dépréciation des produits, par la stagnation forcée des affaires et par l'énormité des taxes, qui non seulement absorbent une grande partie de la production de la terre, mais encore l'épuisent dans un certain sens, puisqu'en tant qu'elles amoindrissent la part destinée à l'épargne, elles diminuent le capital et par conséquent empêchent le producteur de retirer des forces inhérentes au sol qu'il cultive tout le fruit qu'il pourrait obtenir s'il avait de plus grands moyens.
Aussi le revenu que le fermier peut payer devient-il de moins en moins grand et le capital se fait-il de plus en plus rare, du moins quand il s'agit d'en faire ce genre d'emploi qui ne semble plus rémunérateur.
Malheureusement le capital voit dans cette pénurie un motif pour afficher chaque jour de plus grandes prétentions. Là le danger d'abus est très grand, car tout producteur en a besoin, au moins dans une certaine mesure. Il importe donc de retenir le capital dans ses justes limites, et, pour y réussir pleinement, il faut avant tout chercher à ce qu'il ne soit pas graduellement épuisé par des charges continuelles ; il convient en outre de veiller à ce que ses emplois rémunérateurs n'offrent pas de trop fortes différences entre eux ; que le profit qu'il réclame soit toujours honnête, juste, et qu'il ne représente jamais une augmentation qu'on se serait procurée en augmentant d'une manière inhumaine le poids qu'ont à soutenir les travailleurs. Le capital, en un mot, en s'en tenant au droit strict, devrait toujours retirer un profit égal au gain qu'il obtiendrait s'il recourait de lui-même directement à d'autres emplois pareillement faciles et sûrs. Il faut ajouter du reste que si cela est vrai
au point de vue du droit, en fait le capital suit, lui aussi, la loi de proportion entre la demande et l'offre qui en est faite : plus il y a de capital mis à la disposition de la production, moins grand est le profit qu'on en exige, et, au contraire, plus il est rare, plus sa rémunération devient élevée. Ce qui n'empêche pas, comme nous le disions tout à l'heure, qu'on ne doive jamais outrepasser les limites imposées par le sens droit de la justice.
Sans doute il peut y avoir, exceptionnellement et pour un temps donné, des emplois plus rémunérateurs que d'autres pour le capital, comme, par exemple, quand il s'agit de la culture de terres vierges ou de l'application de nouvelles inventions ou de systèmes mécaniques de grande force et puissance, néanmoins, même dans ces cas, l'équilibre ne tardera guère à se rétablir, car on verra augmenter le concours des capitaux pour des emplois aussi productifs. On aura donc des exceptions plus ou moins durables, mais les règles générales de ce que le capital peut raisonnablement exiger comme son profit resteront toujours les mêmes.
La mission d'un État bien ordonné se trouve ici tout indiquée : il doit rechercher si ces règles sont observées ou ne le sont pas et, si elles ne le sont pas, en examiner les motifs, les éliminer et prendre les mesures opportunes. Ainsi l'Etat remplira un véritable rôle de tutelle et ôtera des mains des socialistes une arme qu'ils manient habilement pour établir une doctrine fausse et nuisible à tous.
Tout ceci s'applique naturellement au capital proprement dit, car du moment où il s'agit de l'entrepreneur qui, nous l'avons remarqué, mène à bout une entreprise à ses risques et périls, celui-ci, dit très justement Liberatore, « après avoir payé tous ceux qui y ont pris part (ouvriers, capitalistes, employés) peut parfaitement s'adjuger tout le reste du bénéfice obtenu. Si l'entreprise avait échoué, la perte eût été tout entière pour lui ; il est donc juste qu'ayant obtenu un heureux résultat, il profite du gain tout entier (») ». Nous ajouterons seulement que même ici il est nécessaire que l'entrepreneur opère en toute justice, c'est-à-dire qu'il ne prive personne de ce qui lui revient et qu'il tire son profit spécialement de la vente abondante de