In lib. I, Politicorum, lect. vii
tant dans l'ìmpossibilité de continuer une production de même espèce. De cette mesure découlera encore un autre avantagée considérable: une plus grande impulsion étant donnée àia production nationale elle augmentera, et par là même on aura besoin d'un plus grand nombre de bras, c'est-à-dire qu'on aura un plus grand besoin de travail, et celui-ci, par le fait même qu'il sera plus recherché, sera mieux rétribué : on aura par conséquent une sensible amélioration dans les conditions de la classe ouvrière. Toute l'action du protectionnisme se réduisit donc à combattre, le 'mieux possible, toute introduction dans le pays de produits étrangers, afin de développer lar production nationale.
Le rigorisme excessif de cettee doctrine provoqua, comme il fallait s'y attendre, une réaction en sens absolument contraire. Aussi vit-on paraître un nouveau principe attribué à l'écossais Adam Smith et mis en pratique spécialement par Cobden (i).
Il n'y a que le travail, répondit-on, qui puisse fournir à l'homme les moyens de subsistance. Donc plus il se développera, plus grand sera le produit ; on aura par conséquent une augmentation de capital et, comme c'est le capital qui constitue le fonds où se prend le salaire, celui-ci augmentera en proportion de celui-là ; le travail, cependant, pour bien se développer, a besoin de liberté : qu'on la lui donne pleine et entière. Qu'on laisse, ajoutent les plus radicaux des disciples de Smith, qu'on laisse le travail se porter partout oia il veut, personne en effet ne peut mieux que l'individu intéressé juger de ce qui convient à ses propres intérêts. S'il lui plaisait par conséquent d'acquérir des produits de l'étranger au lieu de les tirer du travail du pays, cela signifierait ou bien qu'il n'y a pas les con-
I. Déjà avant Smith en Angleterre, le docteur Quesnay en France (1694-1774) avait démontré que les métaux précieux sont le signe delà richesse, mais non la richesse même. Aussi s'efforça-t-il de rappeler l'attention ' dii- pays sur l'agriculture, source, selon lui, de toute richesse. Son école fut la première qui proclama le principe du laisse f-/aire, et peu après Vincent de Gournay, voyant que tout ne se réduisait pas à l'agriculture seule, réclama l'application du même système à l'industrie. Le ministre Turgot, qui vint bientôt après (1727-1781), renforça en les agrandissant les idées de Quesnay, et devint chef des Physiocrates,.nom donné à ceux qui faisaient consister la richesse des nations dins les produits naturels. Malesherbes (1741-1794) suivit la même voie. L'écossais Adam Smith, qui avait passé quelque temps en France et étudié les théories économiques appliquées surplace, essaya de concilier les divers systèmes en en rejetant les exagérations. Ses disciples prirent le nom de Smithiens ou Libéristes ; ils soutenaient le principe du laisser-faire. — Quelques-uns d'entre eux, plus exagérés que les autres, reçurent l'épithète de radicaux.
ditions requises pour les produire dans le pays, ou bien que les produits qu'il y trouve lui coûteraient plus cher que ceux de l'étranger. Pourquoi, observe-t-on, vouloir obliger un homme à employer son capital à un produit d'un profit insignifiant ou nul, pendant qu'il pourrait l'utiliser en produisant des marchandises à meilleur marché, d'un plus sûr débouché et partant d'un profit supérieur? Qu'on donne donc pleine liberté de choix et d'action à tous les citoyens pour l'industrie, le commerce, les contrats, en un mot, pour tout ce qui concerne la production et la distribution de la richesse sociale. Qu'on enlève tous les obstacles au travail : qu'on laisse libre la concurrence nationale et étrangère, qu'on abolisse les droits d'importation. On aura alors une rivalité entre tous les ouvriers : chacun cherchera à surpasser l'autre en habileté et célérité ; de là un perfectionnement plus grand dans la production, qui sera aussi mieux rétribuée, et alors se produira une augmentation aussi bien des capitaux que des salaires. « La concurrence, s'écrie Bastiat, n'est pas autre chose que l'absence d'oppression. Dans ce qui ni'intéresse je veux choisir de moi-même et ne veux pas qu'un autre choisisse pour moi et malgré moi ; voilà tout !.. Il est évident que la concurrence est laliberté. Détruire la liberté d'agir, c'est détruire la possibilité, et par conséquent, la faculté de choisir, de juger, de comparer : c'est tuer lintelligence, c'est tuer la pensée, c'est tuer l'homme (i), »
Comme il est facile de le voir, nous nous trouvons en présence d'une exagération dont les conséquences ne sont pas moins dangereuses que celles que l'on fait découler de l'application du système mercantile. Ainsi, s'il paraît beau en théorie de laisser au travail pleine liberté de se développer de son mieux oii bon lui semble, il n'en est pas moins vrai que, dans la pratique, l'individu n'a pas toujours la capacité nécessaire pour sauvegarder tout seul ses intérêts, de même que la direction donnée à une affaire, dans un but d'intérêt personnel, ne tourne pas toujours au profit de la communauté tout entière. Il arrive :soi|vent aussi que par le fait de circonstances extérieures la situation rende nécessaire, pour que telle ou telle entreprise puisse être menée à bonne fin, une intervention qui dépasse la sphère d'action des simples particuliers et appartienne à une