Système national d'éconotnie politique. Leipzig
gez, nous réplique-t-on, que la libre concurrence est très utile à la juste répartition de la richesse. Or, c'est précisément ce qui nous semble faux, au moins par rapport à la concurrence illimitée. Celle ci est favorable à la production abondante et rapide, mais pour le reste, si elle tend à augmenter la richesse du riche, elle diminue les moyens de subsistance du pauvre.
La meilleure preuve en est — et ceci nous ramène à la question du salaire — précisément dans l'abaissement des salaires, qui, à notre avis, dépend au moins en partie d'une excessive liberté de concurrence. Selon quelques économistes, cette baisse doit être attribuée à l'augmentation de la population. Étant donné en effet que, par la loi de l'offre et de la demande, les salaires suivent la proportion qui existe entre la population ouvrière et le capital, il s'ensuit que le salaire ne pourra baisser que quand cette proportion sera modifiée. Si le capital, disentils, reste immobile et que les ouvriers au contraire augmentent en nombre, on aura une augmentation dans l'offre du travail, sans que lui réponde une augmentation dans la demande. De cette sorte la rétribution, qui était partagée tout d'abord entre cent ouvriers, devra être partagée entre cent cinquante, ce qui veut dire que la quote-part que chaque ouvrier percevait auparavant sera diminuée presque de moitié.
Pour rétablir l'équilibre il faut, d'après eux, ou qu'on arrive à diminuer de nombre la classe ouvrière, ou encore que le capital augmente dans la proportion dans laquelle s'est accrue la population. Du reste, cet équilibre, disent-ils, ne tardera pas à se rétablir : car le nombre des travailleurs augmentant, la production augmentera. On aura donc de plus grands profits, et le capital finira par augmenter lui aussi. Or, le capital une fois augmenté, on verra renaître l'harmonie entre lui et les travailleurs.
Ce raisonnement ne serait bon, selon Liberatore, que « dans l'hypothèse oîa le capital et la population opéreraient comme deux forces physiques, réglées par des lois dynamiques. Mais le fait est qu'ils opèrent comme des forces morales, en ce sens qu'ils sont mus et gouvernés par la libre volonté, qui déjoue tous les calculs et obéit souvent à des passions et à des intérêts bien peu d'accord entre eux. Pour la même raison l'accroissement des capitaux peut n'être pas employé à la rémunération des travailleurs devenus plus nombreux, et la population
amoindrie peut être réduite à se contenter de salaires insuffisants et antérieurement réduits. La loi de la demande et de l'offre est souvent troublée par la nécessité où se trouve celui qui vit au jour le jour d'accepter parfois les conditions les plus dures pour ne pas mourir de faim. L'avantage même de la diminution de prix dans la vente des marchandises, qui résulte de la libre concurrence, tourne au préjudice de l'ouvrier, parce que la rivalité des marchands pour vendre moins cher, afin de l'emporter sur leurs concurrents, implique la rivalité pour obtenir les produits à meilleur marché, et la rivalité pour obtenir les produits à meilleur marché implique la rivalité pour payer moins cher les producteurs. De là vient l'affreuse maxime : obtenir le plus de travail avec les salaires les plus bas possible (ï). »
On répond à ceci que l'ouvrier retrouve dans le rabais des denrées ce qu'il perd dans le salaire. Mais, observe avec raison Liberatore, « cela est absolument faux parce que, premièrement, les deux choses sont rarement en proportion l'une avec l'autre. Et, en second lieu, rarement encore ce rabais affecte les objets qui répondent aux besoins de l'ouvrier. Troisièmement, ce rabais des denrées est lui même flottant et incertain par suite des artifices et des fraudes auxquels est exposé le marché dans la pleine liberté de concurrence. L'erreur capitale des économistes est de croire qu'en économie tout procède avec une rigueur mathématique. Ils pensent que de même qu'il y a une mécanique céleste, ainsi il doit y avoir une mécanique économique. Mais il en est tout autrement ; car, dans les faits économiques, intervient le libre arbitre de l'homme avec tout le cortège des passions humaines (2). »
A ces justes considérations nous croyons pouvoir en ajouter quelques-unes ; ainsi, malgré le rabais du prix des denrées, les consommateurs — dans l'état actuel des choses — ne pourront guère en tirer grand profit. Nous ne rapporterons pas ici, à l'appui de notre thèse, l'exemple déjà cité de la diminution toujours croissante du nombre de ceux qui n'ont pas les moyens suffisants pour se procurer du pain quoiqu'il coûte aujourd'hui moins cher qu'autrefois. Nous remarquerons seulement que la concurrence, que les produits étrangers font aux nôtres, nuit