Essai sur le principe de la population
2. Au bout de deux siècles et dans des conditions normales, la population, affirme Malthus, serait aux moyens de subsistance dans le même rapport que 256 à 9 et au bout de trois siècles dans celui de 4096 à 13 !
3. La pire de toutes et la cause des plus grands maux est la prévoyance conjugale, que Thiers a appelée si justement ua délit contre nature. De la propriété, livre III, ch, 7.
4. Voici quelques chiffres pris dans l'espace de dix et vingt ans qui prouvent la vérité de ce que nous disons :
Or, si à la progression géométrique de l'augmentation de la population avait correspondu la progression arithmétique dans Taccroissement des moyens de subsistance, la moitié de la population américaine aurait péri dans l'intervalle d'un siècle faute de moyens de subsistance. Mais c'est le contraire qui est arrivé ; en effet, le bien-être de la population s'est accru et beaucoup de terres sont là qui réclament encore des bras pour les cultiver. La raison en est claire : les anciennes terres mises autrefois en culture ne sont pas aussi épuisées qu'on le croit, et l'industrie de l'homme, jointe aux nouvelles inventions, a fait que la production de ces terres surpasse de beaucoup les limites marquées par la progression arithmétique présumée. Et ce que nous disons de l'Amérique peut s'appliquer à notre vieille Europe, où il y a encore une foule de terres que n'a jamais déchirées le soc de la charrue, et où il y en a d'autres qui, quoique cultivées, n'ont pas encore donné toute la production dont elles sont capables.
Say, déjà de son temps, se plaignait de ce qu'en France, où pourtant l'activité ne manque pas, il y eût des milliers d'hectares incultes, et qu'on ne retirât pas des terres cultivées tout ce qu'on pouvait ('), Il faut dire la même chose des autres
« Le Texas qui, en 1860, n'avait que 604,000 habitants, en compte dix ans plus tard 818,000, et les calculs du dernier recensement, en 1680, portent le chiffre de la population à 1,100,000. Quant aux principales villes des Etais-Unis — New-Yovk, Philadelphie, Brooklyn, Chicago, Saint-Louis, Baltimore, Cincinnati, San-Francisco, Pittsburg, Boston — elles ont toutes ensemble gagné 1,186,000 habitants. Pour New- York seule, le gain a été de 234,000 et pour Brooklyn de 159,000. Et cependant Philadelphie, qui en 1860 avait 562,000 habitants et en 1880, 843,000, comme Chicago, qui en 1870 avait 298,000 et en 1880, 475,000, se plaignaient que l'augmentation fut aussi faible. Quant à l'immigration qui, parvenue en 1870 à 356,000 âmes, avait ensuite subi une certaine diminution proportionnelle, on calcula qu'elle finirait par être de 300,000 âmes annuellement. La grande masse des émigrants européens accourut dans les villes de l'Ouest pour s'adonner à l'agriculture... Les villes de l'Ouest attestent par leur développement prodigieux le rapide peuplement des régions dont elles sont le centre. Tandis que la population de New-York a augmenté en dix ans de 25 °/o, celle de Chicago s'est accrue de 59 0/0. Le même phénomène s'est reproduit dans les villes de second ordre, mais situées également dans les centres productifs : ainsi Milwaukee a gagné 80 0/0 ; Détroit 32 0/0 ; Cleveland 70 0/0. Il faudrait dans le même ordre d'idées citer ; Mineapolis, Saint-Paul de Minnesota, Denver, Kansas-city, Saint-Joseph, etc. En réalité l'agriculture est la grande ressource et la grande préoccupation de toutes ces populations. Elle a procuré jusqu'ici l'aisance aux fermiers, un travail rémunérateur aux nouveaux venus, et au pays tout entier des éléments considérables de prospérité. » V. Courrier des États-Unis, 22 juillet 1880, et Journal des Débais, 16 et 17 août 1880.
I. « Si l'on songe que les terres à blé ne rapportent, en France, l'une pour l'autre, que de 5 à 6 semences pour une, tandis que, suivant les bons agriculteurs pratiques, elles pourraient en rendre beaucoup plus ; que la suppression des jachères et la culture
pays, car le fait de l'émigration de la population ne prouve pas que le sol cultivable y fasse défaut ; ce qui y fait défaut c'est, dans les capitaux, la tendance à se consacrer à ce genre d'industrie. Nous disons tendance, parce que nous croyons qu'il y a des capitaux disponibles, mais qu'ils se refusent pour différentes raisons à certains emplois, et alors la population émigré non par surabondance mais pour des motifs d'un autre genre. Ainsi qui oserait dire que l'Italie manque de terres cultivables (i)? Il suffit de citer la campagne romaine, les grandes propriétés territoriales de Sicile, la Sardaigne et une foule d'autres endroits, demeurés incultes ou cultivés encore d'une manière primitive ; et cependant la population, qui n'y a pas par trop augmenté, ne trouve pas de travail et s'en va dans les lointaines Amériques, parce que les capitalistes, mis en défiance par la mauvaise administration de la chose publique et l'énormité des impôts, ne veulent pas consacrer leurs fonds à des entreprises qui dans des conditions normales seraient certainement avantageuses (2). Le mal vient donc, du moins en grande partie, de tout autre chose que de l'augmentation géométrique de la population. Cela n'empêche pas qu'on ne doive suivre d'un œil attentif ce qui regarde la possibilité d'un développement ex-
des fourrages sur les terres qui se reposent encore une année sur trois, dans la plus grande partie de la France, multiplieraient d'une manière merveilleuse les troupeaux, les engrais et les viandes de boucherie ; que la pomme de terre enfin... est encore loin d'être répandue partout... vous trouverez que la France, sans même avoir recours à l'importation d'aucune subsistance, est encore très éloignée de compter autant d'habitants qu'elle en pourrait nourrir ». — Cours d' économie politique, ch. vi.
1. Suivant les dernières statistiques publiées par le ministère de l'agriculture et du commerce, il y aurait encore en Italie 2,000,000 environ d'hectares incultes susceptibles de culture.
2. Il n'est pas inutile de consulter, à ce sujet, l'état de l'émigration en Italie ; il confirme, à notre avis, la vérité de ce que nous avons affirmé, à savoir que ce n'est pas la surabondance de population qui pousse à l'abandon du sol natal. Ce qui vient encore à l'appui de notre thèse, c'est que ce sont les agriculteurs qui émigrent, toute proportion gardée, plus que les autres.
Donnons d'abord le mouvement général de l'émigration, tant permanente que temporaire, pendant les dix dernières années, d'après la statistique dressée par le ministère de l'agriculture :
Années Permanente Temporaire Totale.
cessif ; néanmoins ce serait une erreur de croire que le système patronné par Malthus puisse efficacement conjurer le péril. Entre autres défauts grossiers, ce système a surtout le tort d'être un expédient impossible et immoral, parce que — comme on le verra bientôt — il est en opposition flagrante avec la loi même de la nature. Le seul remède efficace consiste au contraire à remettre dûment en honneur la famille, en montrant clairement la nature et l'étendue des devoirs qui incombent à tout homme qui songe à en former une au moyen du mariage. Cette conviction une fois entrée dans les esprits, assurément aucun homme honnête ne voudra prétendre au mariage que quand il se sentira en état de former une famille et de la maintenir convenablement, et il apprendra à la considérer non comme une simple accidentalité, mais comme l'unité organique de la société. Certainement là où il n'y aurait pas de famille il
Années
Permanente
Temporaire
Totale.
Tandis que l'émigration temporaire a oscillé autour de 90,000 dans une période de vingt-cinq ans, atteignant le maximum en 1895 avec le chiffre de 122, 439, l'émigration proprement dite, c'est-à-dire pour un temps indéfini, a monté de 20,000 'qu'elle avait compté jusqu'à l'année 1878, à 127, 748 en 1887 et à 195,993 en 1888.
Le maximum est donné par 1888, reprend en 1891, redescend en 1892, et en 1893 remonte encore et atteint de nouveau presque le chiffre de 1887.
Les provinces qui donnent la plus grande émigration temporaire sont celles de la Vénétie, du Piémont et de la Lombardie. L'émigration permanente tire ses plus forts contingents de la Ligurie et de certains territoires des provinces de Cosenza, Potenza, Salerne, Avellino, Campobasso et Cantanzaro, ainsi que des provinces de la Haute Italie, qui contribuent fortement à l'émigration temporaire.
Les hommes émigrent en plus grand nombre que les femmes, et les adultes plus que les enfants. En effet, de 1891 à 1893, les garçons oscillent de 87 à 90 °/o pour l'émigration temporaire et de 66 à 70 °/o pour la permanente.
Les enfants au-dessous de 14 ans varient de 19 à 24 °/o dans l'émigration permanente et de 6 à 8 dans la temporaire, tandis que la proportion des enfants des deux sexes audessous de 14 ans représente, d'après le recensement de 1891, 30"/© de la population du royaume.
En réunissant l'émigration permanente et l'émigration temporaire de l'année 1893, on trouve que les agriculteurs (hommes et femmes) sont au nombre de 95,897, c'est-à-dire représentent 45 0/0 du total des émigrants au-dessus de 14 ans, les terrassiers, les hommes de peine, les journaliers et les portefaix 54, 200, ou 26 % ; les maçons et les tailleurs de pierres 25,957, ou 12 0/0 ; les artisans et les ouvriers, 15,692, presque 7 0/0. Ensemble ces classes donnent un total de 191,746, soit 90 0/0 de tous les émigrants au-dessus de 14 ans.
L'émigration de 1893 se divise par pays de destination de la manière suivante : pour l'Europe 104,482, soit 42,34 0/0 de l'émigration totale ; pour l'Afrique septentrionale 3119, soit 1,27 0/0 ; pour l'Amérique 138,299, soit 56,05 %.
n'y aurait pas d'association humaine, étant donné qu'elle manquerait de son centre, et la famille ne saurait exister sans le mariage. Aussi la conservation de la société implique-t-elle nécessairement celle de la famille qui, à son tour, ne subsiste qu'en maintenant au mariage son véritable caractère. . . ;.
Le remède suggéré et préconisé par Malthus n'atteint donc pas le but ; il aboutit même à l'effet contraire. Et il est facile d'en deviner la raison.
Les obstacles apportés au mariage produiraient en première ligne, surtout dans une société redevenue païenne, la diffusion de l'abominable concubinage avec toutes les criminelles et effroyables conséquences qu'il traîne avec lui. L'une des plus graves est celle-ci : l'homme, dont nul frein salutaire ne contiendrait plus les passions désordonnées, laissé au contraire complètement libre de suivre ses caprices, sans crainte d'assumer aucune responsabilité, se livrerait à tous les excès, et son brutal égoïsme tournerait au préjudice du corps social. Et voilà comment les sociétés les plus immorales deviennent les moins prolifiques, s'acheminant de cette manière vers la décadence.
D'où chacun peut comprendre combien saint Ambroise a eu raison de dire que la virginité, au lieu de rendre plus rares les mariages et moins fécondes les sociétés, en favorise puissamment la prospérité et le développement. En effet, affranchissant le genre humain des convoitises de la chair, elle l'élève — autant que le comporte notre faiblesse — à un idéal plus pur et le détache des choses terrestres. Elle amène par conséquent la purification de toutes les passions humaines, surtout dans le mariage, lequel entendu dans ce sens demeure une source de bien-être pour la société et ne porte à aucun désordre.
Pour bien résoudre cependant la question, il est absolument nécessaire de recourir au catholicisme ; lui seul, nous reportant aux principes de la vraie morale, nous rappelle — ce qu'a complètement oublié Malthus — que si le mariage relativement à l'individu est un droit, relativement à la communauté il représente un droit et un devoir. C'est pourquoi, si l'on ne peut obliger un homme quelconque, pris individuellement, à se marier — car ceci constituerait un mal moral en violant la liberté personnelle de chacun — il est permis toutefois de dire à la communauté que, par l'obligation qu'elle a de veiller
à sa propre conservation, elle doit favoriser les mariages entre ses différents membres. Seulement il importe qu'elle leur fasse bien comprendre combien sont grandes et sacrées les obligations inhérentes à cet état. Le catholicisme se trouve ainsi obtenir un triple but: il protège la liberté individuelle ; il inculque dans les âmes un juste et parfait sentiment du devoir ; et, loin de pousser imprudemment au développement excessif de la population, il le modère et le règle, sans contraintes inopportunes, mais avec des mesures aussi douces que sages. Du reste, en étudiant avec impartialité ses institutions, en approfondissant les raisons du célibat du clergé, en considérant les honneurs dont il entoure la virginité et la continence, on y trouvera toujours, en même temps qu'un respect absolu des droits individuels, une haute idée d'ordre social et une rare et sublime prévoyance pour l'avenir.
Au commencement du monde, quand la société dut se former, Dieu dit : « Croissez et multipliez-vous ; remplissez la terre et assujettissez-la (i) » ; mais plus tard, lorsque cette société était déjà formée et se développait toujours de plus en plus, alors la loi nouvelle, prêchée par Jésus-Christ aux hommes, tout en maintenant dans son intégrité ce premier précepte, le tempère en conseillant la chasteté et la continence. La virginité se révèle alors telle qu'elle est, perfection de l'individu ; le célibat du clergé, au contraire, revêt le caractère d'une loi positive, qui, édictée pour le plus grand bien de l'Église elle-même, finit par devenir un bienfait pour la société tout entière. Mais ici encore remarquons avec quelle sage précaution procède l'Église. Elle ne pousse jamais personne au célibat, et si elle oblige le prêtre à le garder, c'est uniquement parce que celui-ci, maître de luimême, l'a spontanément choisi et voulu.
Nobles enseignements qui, entendus, auraient été féc'onds en applications éminemment salutaires et auraient notamment fermé la voie aux périls incriminés de surabondance dans les populations. Chacun en effet aurait compris que si l'accroissement de population est de lui-même un bien social, il n'est pas tel qu'il doive se développer indéfiniment. Car, comme Taparelli l'a observé avec beaucoup de raison, la population fait partie de l'organisme social : or les parties de tout organisme sont bonnes, c'est-à-dire sagement ordonnées, quand elles visent au
ï. Genèse, i, 22-28,
bien commun et, pour l'atteindre, sont proportionnées entre elles. La population est donc un bien socia],quand elle augmente en proportion du reste, c'est-à-dire quand la force morale de la société — l'intelligence et la volonté — est capable de l'investir tout entière et de l'animer, et quand le territoire où elle réside est propre à la soutenir tout entière et à la nourrir pour obtenir l'ordre et le bonheur de tout le corps social (i).
Avant de quitter cette importante question, il n'est pas inutile d'expliquer un peu plus au long ce que nous n'avons fait qu'indiquer en passant, à savoir que le célibat ecclésiastique, institué pour de très légitimes motifs religieux, est la source d'avantages sociaux et politiques qu'on aurait tort de ne pas estimerà leur juste prix. Ainsi Guizot lui-même a pu constater que le célibat a empêché le clergé de se transformer en caste. Ajoutons encore que par ce moyen il a pris un caractère d'indépendance et de progrès ; d'indépendance, parce que, n'ayant pas de famille, il ne s'est pas vu obligé, pour des raisons d'intérêt matériel, de se rendre esclave des pouvoirs politiques, dont il n'avait pas besoin de mendier l'appui en faveur des siens ; de progrès, parce que la cléricature étant ouverte à tous^ quelle que soit leur famille, pourvu qu'ils possèdent les qualités morales et intellectuelles requises, on a obtenu que le clergé ne restât pas inférieur à la hauteur de sa mission et qu'il pût apporter dans son ministère une pleine connaissance des besoins spirituels des différentes classes, dont il sortait lui-même (2).
N'étant arrêté du reste dans son action par aucun motif terrestre et personnel, le clergé a pu exercer plus facilement la charité envers le prochain, en venant en aide à ses misères et en maintenant intactes les vérités religieuses.
Le monde a pu voir une foule de prêtres qui, n'ayant pas de famille à eux, adoptèrent généreusement la famille des pauvres. Comment François d'Assise, Vincent de Paul, François de Sales, Benoît, Bernard, Bruno, Las Casas et tant d'autres, auraient-ils volé à la conquête des âmes ; comment auraient-ils répandu sur les malheureux les trésors de leur cœur et de leur charité; comment se seraient- ils entremis pour apaiser les luttes
1. Taparelli, Saggio teoret., etc., V. 2, p. 1117-IT18, p. 53.
2. On n'a pas oublié sans doute les critiques dirigées, il y a quelque temps, par la presse anglaise contre les missionnaires protestants des Indes, accusés de s'être adonnés aux spéculations commerciales au détriment de la propagande reiigieuse.
fratricides; comrhent se seràieht-ils dévoués à instruire les hommes, à les diriger même dans les affaires temporelles, à leur prêcher le respect des faibles, des (opprimés, s'ils s'étaient trouvés eux-mêmes un pied dans le sanctuaire et l'autre dans le monde, partagés entre les intérêts de Dieu et ceux de leurs enfants, enchaînés par les liens de la paternité et les besoins matériels sans cesse renaissants et toujours plus nombreux ? Ge n'est pas tout : qui ne voit par exemple que tout homme qui embrasse l'état sacerdotal ou religieux, laisse une place vide dans le monde, place qui passera à une nouvelle famille, laquelle aura été de cette façon aidée, soutenue précisément par un de ceux qui ont embrassé le célibat pour l'amour de Dieu et des hommes? Et n'est-il pas vrai que les revenus du clergé tant régulier que séculier, ont toujours été dépensés au soulagement et au profit non seulement des simples particuliers, mais encore des cités tout entières (i) ?
Nous concluons qu'il n'est pas raisonnable de craindre une
I. Voici en quels termes Léon XIII enumera les bienfaits que l'Eglise apporte par ses différentes institutions aux prolétaires :
« L'Eglise, en outre, pourvoit encore directement au bonheur des classes déshéritées en fondant et en soutenant les institutions propres à soulager leur misère ; et même en ce genre de bonnes œuvres elle a tellement excellé, que ses ennemis eux-mêmes ont fait son éloge. Chez les premiers chrétiens, la charité mutuelle était telle qu'il n'était point rare de voir les riches se dépouiller de leur patrimoine en faveur des pauvres ; de sorte que l'indigence n'était point connue parmi eux. (Act. iv, 54). Neqne... gtiisquam egens erat inter illos. Les apôtres confiaient la distribution quotidienne des aumônes aux diacres, dont l'ordre avait été spécialement institué dans ce but et saint Paul lui-même, quoique absorbé par une soUicitude qui embrassait toutes les Églises, n'hésitait pas à entreprendre de pénibles voyages pour aller en personne porter aux chrétiens pauvres les aumônes qu'il avait recueiUies. Des secours du même genre étaient spontanément offerts par les fidèles dans chacune de leurs assemblées ; Tertullien les appelle des dépôts de la piété, parce qu'on les employait à entretenir et à inhumer les personnes indigentes, les orphelins pauvres des deux sexes, les domestiqués âgés, les victimes des naufrages. (Apoll. Il, XXXIX. Egenis alendis humandisque, et piieiis ac puellis re ac parentibus destitutis, inque domesticis senibus, itein natif ragis. ) Voilà comment peu à peu s'est formé ce patrimoine, que l'Eglise a toujours gardé avec un soin religieux comme le patrimoine des pauvres gens. Elle est allée jusqu'à assurer des secours aux malheureux, en leur épargnant l'humiliation de tendre la main. Car cette mère commune des riches et des pauvres, profitant des merveilleux élans de charité qu'elle avait partout provoqués, fonda des sociétés religieuses et une foule d'autres institutions utiles, qui ne devaient laisser sans soulagement à peu près aucun genre de misère. Il y a, sans doute, beaucoup de gens aujourd'hui, qui, comme les païens d'autrefois, font un grief à l'Église, même d'une charité aussi excellente ; et l'on a vu une bienfaisance établie par les lois civiles se substituer à la charité chrétienne ; mais cette charité, qui se voue tout entière et sans arrière-pensée à l'utilité du prochain, ne peut être suppléée par aucun effort purement humain. L'Église seule possède cette vertu, parce qu'on ne la puise que dans le Cœursacré de Jésus-Christ et que ceux qui s'éloignent de l'Eglise s'éloignent aussi de Jésus-Christ. — Epist. Encycl. Rerum novarum,
augmentation excessive de population, dans les conditions où se trouve actuellement l'Europe, avec des terres encore cultivables ou qu'on peut rendre plus productives ; il faut donner aux capitaux, lesquels peuvent seuls faire fructifier efficacement le sol, une meilleure direction,et les gouvernements doivent, en s'appuyant sur la religion et avec le concours du clergé, remettre en honneur les principes qui sont les seuls capables de ranimer dans les cœurs, sans toutefois leur faire aucune violence, les sentiments de devoir, d'honnêteté, de prévoyance et de sagesse, grâce auxquels une société ne peut pas ne pas être bien ordonnée et parfaitement réglée dans son développement multiple et dans son progrès.