I. Le Schelling vaut 1.25 fr
douze mais quinze heures. Il est évident que, dans ce cas, l'ouvrier, si ses forces physiques ne sont pas épuisées, produira davantage ; mais comme je n'ajoute pas un centime à son salaire, tout le surcroît de valeur créé par son travail est exclusivement à mon profit.
La p/tis value relative consiste en ceci : obtenir un gain plus considérable moyennant une invention, une machine, qui produise en trois heures, ce qui demandait autrefois six heures de travail, sans que le capitaliste toutefois soit amené de ce chef ou à diminuer la journée de travail de l'ouvrier ou à augmenter son salaire. Prenons un ouvrier cordonnier qui auparavant, dans les conditions ordinaires, aurait produit, en six heures, une paire de chaussures de la valeur de trois schellings, et qui continuerait à travailler les six autres heures, recevant pour prix de toute la journée de travail trois schellings. Le patron aura gagné la seconde paire de chaussures faites par l'ouvrier pendant les six dernières heures de sa journée : ce qui revient à dire que, par le fait de n'avoir pas rémunéré ce surcroît de travail, le patron aura augmenté son capital de trois schellings.Mais si, maintenant, avec la machine, l'ouvrier produit la même paire de chaussures en trois heures et si le patron le paie néanmoins le même prix et le fait tratravailler également douze heures, qui ne voit dans quelles proportions considérables augmente le gain, la plus-value qu'encaisse le patron, qui garde à son profit non plus une, mais trois paires de chaussures ?
De ceci Marx déduit deux choses : la première, la nécessité de fixer par une loi la journée normale de travail, qu'il voudrait limiter à huit heures, car de cette manière on conserve les forces physiques de l'ouvrier et on lui donne la facilité de satisfaire aux besoins intellectuels et sociaux qui chaque jour s'imposent davantage. Marx demande aussi que l'on surveille les patrons qui, autrement, trouveraient moyen de prolonger la journée de travail, malgré les prescriptions contraires de la loi. La seconde déduction de Marx est que les machines ne peuvent créer aucune valeur : elles ne transmettent en effet au produit que la valeur qu'elles perdent par l'usure et la détérioration subies durant le cours de la production. La valeur qu'elles créent est donc en raison directe de leur consommation ou consommation du capital, puisque la machine est un capital,
Socialisme et Ciitholicisme. 3
fruit de ressources naturelles, c'est-à-dire de la science, qui ne coûte rien au capitaliste. Assertion vraiment étrange, puisqu'elle suppose que l'acquisition de la science ne coûte pas ce qu'elle coûte en réalité, et que l'homme naît avec la science infuse comme il naît avec une figure, deux bras et deux jambes !
Il remarque ensuite que, si les perfectionnements industriels : division, subdivision et organisation du travail, coopération, inventions, machines, etc., sont, d'une part, des éléments de progrès historique et de développement civil et économique pour la société, de l'autre ils contribuent à exploiter l'ouvrier d'une façon plus adroite et avec des formes en apparence plus civilisées. L'effet général de l'amélioration industrielle est celuici : dépression intellectuelle et physique de l'ouvrier, car les ouvriers, par suite de la division du travail, deviennent trop des spécialistes et par conséquent ne peuvent plus produire autre chose. Le travail intellectuel se sépare de plus en plus du travail manuel, et la séparation des rôles dans le travail aboutit à une hiérarchie de salaire qui offre une grande facilité pour dépouiller l'ouvrier. La force musculaire est moins nécessaire, partant le travail de la femme et de l'enfant remplace de plus en plus celui de l'ouvrier adulte et constitue ainsi une nouvelle cause de la diminution du salaire.
On prolonge en même temps la journée de travail en la portant au delà des dernières limites delà résistance humaine ; ce en quoi le capitaliste se trompe gravement,car — les rapports des inspecteurs des manufactures le prouvent — le fait de raccourcir la journée de travail, en la réduisant, par exemple, à dix heures, accroît, au lieu de diminuer, le produit. Les améliorations industrielles tendent en outre, selon lui, à pousser à une plus grande intensité de travail, car les machines, pouvant travailler toutes les heures du jour et de la nuit, contraignent l'ouvrier à recourir à mille expédients pour travailler de pair avec elles. Au nombre de ces expédients figure le travail à forfait, que Marx condamne, parce qu'il entraîne à un excès d'effort et de temps dans le travail et permet d'évaluer le travail par la valeur de l'ouvrage exécuté, offrant ainsi au capitaliste le moyen de ne pas maintenir le prix stipulé, à moins que le travail n'arrive à la moyenne de la perfection requise.
De son côté l'entrepreneur parvient avec ce système, à obtenir une mesure, un critérium précis de l'intensité de travail
dont est capable l'ouvrier, puisque par le résultat du travail à forfait il juge combien de temps il faut généralement pour obtenir un produit donné. Aussi les ouvriers qui ne possèdent pas la productivité moyenne sont-ils renvoyés sous prétexte qu'ils ne peuvent pas même fournir le minimum de travail journalier. Substituer donc au salaire journalier l'entreprise à forfait aura pour unique résultat que le travail deviendra plus intensif, tandis que le salaire restera le même qu'auparavant.
Le dernier reproche — et non le moindre — que Marx fait au développement industriel moderne, est d'être cause d'un excès relatif de population ouvrière, comme le prouve le grand nombre d'ouvriers qui restent constamment sans emploi. Ceci ne dépend ni d'une surabondance absolue de population qu'il n'admet pas, contrairement à Malthus, ni du manque réel de travail. Le travail se trouve et est plus qu'abondant pour tous. Si l'on n'exigeait pas un travail excessif, mais qu'on le maintînt dans de justes limites pour chacun, en tenant compte de l'âge et du sexe, toute la population ouvrière actuelle ne suffirait pas à conserver le grand développement que la production a pris aujourd'hui. Si donc il y a des désœuvrés, c'est l'introduction de nouvelles machines, ce sont les fabriques industrielles, les crises commerciales, les changements de procédés et les transactions de tout genre qui arrivent à créer à côté de l'armée industrielle en activité de service, une nombreuse réserve, entièrement désœuvrée ou insuffisamment occupée. L'excès relatif de population est une conséquence inévitable du système capitaliste industriel, qui commence par pousser une moitié de la communauté ouvrière à exécuter le travail de toute la communauté, et se sert ensuite de la surabondance de travail ainsi obtenue pour contraindre cette même moitié ouvrière à recevoir un salaire insuffisant.
Les salaires insuffisants proviennent donc de la concurrence excessive que se font mutuellement les travailleurs à cause de cet excès relatif de population. Les fluctuations dans le cours des salaires suivent ainsi l'expansion et la contraction du capital, et non les variations de l'état de la population.
La dernière conséquence de ce que nous avons exposé jusqu'ici, dit Marx, c'est que le capital augmente dans une proportion régulière et fixe et finit par tout absorber, tandis que l'ouvrier est obligé de se contenter d'un salaire insuffisant et
précaire qui tend à baisser de plus en plus. Les opérations du capital constituent par cela même une série ininterrompue d'usurpations injustes, auxquelles il convient de mettre un terme, en recourant à un système plus équitable où il n'existe ni capitaliste ni travailleur, mais où tous les hommes produisent aux mêmes conditions. Ce système est précisément celui de la propriété collective entre les mains de l'Etat, qui devra partager le produit suivant la quantité de travail fourni par chaque individu.
Marx termine son volumineux écrit par une attaque contre la propriété, qu'il fait dériver de la conquête ou de la confiscation, en particulier de la confiscation et du partage des biens de l'Église, d'iniques usurpations des colonies, de la concession d'injustes privilèges et de divers droits protecteurs (').
I. Frédéric Engels a publié à Hambourg, en 1885, le second volume du travail de Marx, sur le capital. Il est intitulé : Der Cirkulatio7iprozess des Kapitals. Au dire des savants les plus consciencieux, il a rendu un mauvais service à son ami. Ce second volume, beaucoup plus lourd, plus obscur et moins logique que le premier, a causé une déception générale. Il en a été de même, et à plus forte raison, de la publication du troisième volume, comme on peut le voir dans X^. Réforme sociale d.^ MM. Xitti et Roux.