‹ Socialisme et CatholicismeChapitre 57 sur 91 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

d'or et l'emploi de chars dans les rues de la ville ; lorsqu'enfin la loi Orchia fixa quelles devraient être les dépenses des banquets et le nombre des invités, on ne saurait guère soutenir que l'obéissance des citoyens ait répondu aux sages dispositions de la loi.

Le même fait se reproduisit plus tard lorsque des lois identiques furent appliquées aux États modernes (i). Minghetti fait justement observer que le sentiment moral à mesure qu'il se développe chez tous, réussit mieux que les lois, à réprimer le luxe (2). Ajoutons encore avec Taparelli, que si l'on veut faire pénétrer efficacement ce sentiment dans les âmes, il est nécessaire de recourir à la religion, sans laquelle il n'y a et il ne saurait y avoir de vraie moralité (3). Mais comme le sens religieux et moral se trouve aujourd'hui plus affaibli peut-être qu'à aucune autre époque, et, d'autre part, comme il est urgent néanmoins de prendre des mesures capables d'enrayer le mal, il serait juste et opportun de grever d'impôts les objets de luxe de manière à en rendre l'acquisition de plus en plus dispendieuse et difficile.

Toutefois, qu'on ne l'oublie pas : nous ne parlons ici que d'une espèce de luxe, et il est très difficile dans la pratique d'établir des règles fixes et générales sur des choses essentiellement variables et sur lesquelles on ne peut porter un jugement qu'après avoir considéré leurs divers rapports avec les personnes, avec les circonstances et avec les lieux. Car il y a des cas, et ceci constitue un autre côté de la question, où ce qui était primitivement considéré comme un luxe ne l'est plus pour personne, ou du moins ne l'est que pour fort peu de gens, et cela à cause des changements de circonstances et des transformations sociales. Ainsi, par exemple, le café, jusqu'au commencement de ce siècle, était généralement réservé pour la table des riches: aujourd'hui il estdevenu une boisson commune. De même l'usage des gants, qui semblait, il n'y a pas longtemps, une simple fantaisie de luxe, à présent est à peine un luxe pour le villageois ; c'est qu'en effet ces objets sont utiles, et une fois introduits dans la société, ils ne tardent pas à y pénétrer de toute part, car ils répondent à des besoins nouveaux et

1. Les lois somptuaires se proposaient surtout d'empêcher que personne ne fît d'excès de dépense non proportionné à ses ressources.

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