CHAPITRE XXL
REMEDES
Erreurs sur les attributions de l'État. — Sa véritable mission et comment on doit considérer l'État. — La liberté et ses limites. — Limites de l'ingérence de l'État. — En quoi notre opinion diffère sur ce point de celle des socialistes. — Reconnaissance juridique des associations ouvrières. — Le repos dominical. — La journée normale du travail. — Le travail de la femme et des enfants. — La femme est faite pour la maison. — Permanence et stabilité dans le travail. — Enseignement professionnel et industriel.
TOUT en nous réservant d'étudier un peu plus loin quelle est la source première du socialisme, non seulement en Allemagne mais dans toutes les autres contrées du monde, et par conséquent de rechercher quel est le remède souverain qu'il faut lui opposer, nous allons dès maintenant indiquer quelquesuns des moyens les plus propres à combattre, sinon à détruire les causes secondaires de ce terrible fléau et leurs désastreux effets.
Et d'abord, il est désormais acquis et dûment constaté que la condition économique actuelle n'est ni heureuse ni exempte de périls, et que le développement des industries sous le régime de la liberté illimitée de concurrence n'a pas permis aux classes ouvrières d'obtenir dans sa plénitude l'amélioration essentielle et progressive qu'on en attendait généralement. L'accroissement rapide de la richesse, qui est un signe caractéristique de notre siècle, n'a pas amélioré suffisamment la condition générale des peuples, et cela explique le découragement des classes pauvres et leur tendance à se révolter contre un ordre de choses qu'on accuse de tous les maux, même de ceux avec lesquels il n'a rien à voir.
Ce qui est un fait, c'est qu'aujourd'hui peu d'hommes estiment que le principe de la liberté absolue de concurrence puisse
donner à la société le moyen de produire et de répartir la richesse d'une manière vraiment satisfaisante. Aussi, par une réaction toute naturelle, demande-t-on que ce soit l'État qui donne ce que les autres n'ont pas su ou n'ont pas pu donner ; et Ton va si loin dans cette voie, qu'on détruit toute autre initiative ou action pour se retrancher sous la bannière de \ Étatprovidence.
Que l'État puisse et doive faire quelque chose, que son rôle soit même fort important, c'est ce que nous admettons volontiers, mais nous n'admettons pas que ce soit lui qui doive tout faire. L'État a été constitué tout exprès en vue de la société,et sa raison d'être est d'en sauvegarder et d'en promouvoir de toute manière les intérêts ; il doit prendre soin de la conservation et du bien-être de cette société, autant que possible, dans la personne de chacun de ses membres. Aussi a-t-il une mission sociale qu'il doit remplir en s'opposant énergiquement à tout ce qui peut l'empêcher d'atteindre le but que cette mission comporte. Toutefois, pour qu'il puisse exercer efficacement son action, il convient qu'il reste inaccessible à toute partialité, qu'il tienne la balance égale entre le pauvre et le riche, entre le faible et le puissant ; qu'il se conforme toujours et en toute circonstance à la justice et à l'équité ; qu'il s'inspire, dans toute son action, des vrais principes chrétiens, dont nous parlerons ciaprès, et dont l'abandon transforme tôt ou tard l'État en une oligarchie despotique.
L'État donc, tel que nous le concevons, c'est-à-dire chrétien, moral, ordonné suivant la justice, tuteur et vengeur des intérêts de toute la communauté sociale, entendra et appliquera certains principes sociaux de manière à ce que ceux-ci soient toujours en parfait accord avec le bien général qu'ils peuvent produire, et auquel ils doivent nécessairement tendre {}).