Voici ce que Léon XIII a dit à ce sujet
«Il n'y a aucune des vérités naturelles qui soit en contradiction avec les enseignements de la foi révélée ; beaucoup d'entre elles la confirment, et, comme toute découverte de la vérité provoque l'homme à connaître et à louer Dieu, l'Église accueillera toujours volontiers et avec joie tout ce qui peut contribuer à augmenter les conquêtes des sciences, parmi lesquelles, ainsi qu'elle l'a toujours fait, elle favorisera et encouragera plus^ particulièrement les progrès des sciences naturelles. Dans la sphère de ces études l'Église n'est pas l'adversaire des découvertes de l'esprit humain ; elle voit sans déplaisir toutes les recherches qui ont pour but d'embellir la vie et de la rendre plus commode. Ennemie née de l'inertie et de la paresse, elle souhaite grandement que l'exercice et la culture fassent porter au génie de l'homme des fruits plus abondants ; elle a des encouragements pour tous les arts et pour toutes les industries. En dirigeant par sa vertu vers un but honnête et salutaire les efforts et l'activité des hommes dans cette direction, elle met tout en œuvre pour empêcher l'intelligence et l'industrie de l'homme de se détourner de Dieu et des biens célestes. » Epist, Encycl. Immortale Dei. — De civitatum constitutione Christiana, !««■ nov. 1885.
2. Voici ce que de profonds statisticiens et penseurs ont écrit et enseigné sur cette importante question : « L'école ne sera bonne que si elle reste à l'ombre de la sacristie. » Thiers. — « Tout système d'éducation qui ne repose pas sur la religion, tombera en un clin d'œil. » De Maistre. — « Ne permettez jamais que l'éducation soit séparée de la religion. » W^ashington. — « Pour que l'instruction primaire ait une base utile et profonde, il faut qu'elle soit religieuse. Et je n'entends pas seulement que l'enseignement religieux doive y tenir sa place. Il faut que l'éducation populaire soit donnée et reçue au sein d'une atmosphère religieuse, que les impressions et les habitudes religieuses
L'instruction considérée en elle-même est toujours un avantage pour l'ouvrier comme pour tous. Le développement et la culture de l'esprit sont choses auxquelles tout homme est appelé par la nature ; il serait donc injuste d'exclure de ces bienfaits les ouvriers, modestes mais utiles artisans de grands avantages sociaux (j-). Mais s'il est désirable que tous parvien-
pénètrent de toute part. ...L'âme ne se forme et ne se règle qu'en présence et sous l'empire de Dieu qui l'a créée et la jugera. » GuizoT. — Mémoires pour servir à l' histoire de mon temps. — De son côté R. Garofalo, dans son estimable travail : La superstizione socialista (Roux, Frassaii et C'^, éditeurs, 1895), fait ces justes remarques qui devraient être mises sous les yeux de tout homme d'État : « Les ridicules jacobins, écrit-il, qui depuis trente ans se donnent des airs de maître dans nos communes, ont commis l'énormité d'abolir dans les écoles l'instruction religieuse, sauf à invoquer dans les moments de péril un Dieu abstrait, une espèce d'Être suprême de Robespierre, qui n'est point le Dieu familier, toujours présent à la conscience de l'homme religieux dans toutes ses actions. Or, il n'est plus possible d'attendre de l'athéisme l'éducation de l'enfance. L'enseignement moral n'a pas de sens, ou du moins, ne sert à rien sans une base religieuse..., p. 225-226. Le sentiment de Garofalo est aussi celui du marquis F. Nobili-Vitelleschi qui, dans un important article : Socialismo ed anarchia, publié dans la Nuova Antologia, fase, du 15 janvier 1895, montre toute la gravité du mal qu'il faut attendre de l'athéisme qui prédomine dans l'enseignement que l'on donne aujourd'hui à l'enfance.
I. Trop peu de gens daignent s'arrêtera considérer les services si nombreux que les ouvriers rendent au corps social. Voici ce qu'écrivait M. Le Play en faisant allusion à quelques-uns de ces importants services : « On ne peut méconnaître la part importante que les hommes voués à ces dernières professions (les métiers usuels) prennent au mouvement social, car c'est leur travail qui soutient et fait vivre les arts libéraux. Le savant, le prêtre, l'homme d'État, qui ont pour mission spéciale d'augmenter le trésor des connaissances humaines, de propager la vertu, de faire régner l'ordre et la justice, Reçoivent en définitive leurs moyens de subsistance de l'agriculture, du manufacturier et du commençant, qui créent, élaborent et transportent pour eux les produits du sol, de l'air et des eaux. En second lieu, les travaux de l'agriculture, de l'art forestier, des mines et des manufactures, quoiqu'ils aient pour unique but la production des objets matériels, n'en constituent pas moins des méthodes très efficaces pour la culture de l'intelligence et de la raison. Ils ont contribué certainement plus que les philosophes de l'antiquité, du moyen âge et de la Renaissance à acheminer l'esprit humain vers la vérité. » Réf. sociale, t. 2^6, liv. IV, ch. 32, ch. 167-168.
Léon XIII fait sur le même sujet les observations qui suivent : <L Sans nul doute, le bien commun, dont l'acquisition doit avoir pour effet de perfectionner les hommes, est principalement un bien moral ; mais, dans une société bien constituée, il doit se trouver encore une certaine abondance de biens extérieurs, dont l'usage est requis à l'exercice de la vertu. Or, tous ces biens, c'est le travail de l'ouvrier, travail des champs ou de l'usine, qui en est surtout la source féconde et nécessaire. En effet ce travail a une telle fécondité et une telle efficacité, que l'on peut affirmer sans crainte de se troniper que c'est de lui que dépend la richesse de la nation. L'équité demande donc que l'Etat se préoccupe des travailleurs et fasse en sorte qu'il leur revienne une part convenable de tous les biens qu'ils procurent à la société ; qu'ils aient la nourriture et le vêlement et qu'ils puissent vivre au prix de moins de peines et de privations. D'où il suit que l'État doit favoriser tout ce qui, de près ou de loin, paraît de nature à améliorer leur sort. Cette sollicitude, bien loin de porter préjudice à qui que ce soit, tournera au contraire au profit de tous, car il importe souverainement à la nation que des hommes qui sont pour elle le principe de biens aussi indispensables ne se trouvent point continuellement aux prises avec les horreurs de la misère. » Epist. Encycl. Rerum novarum.
nent à acquérir certaines notions élémentaires, nécessaires dans n'importe quelles conditions, il n'est pas besoin cependant d'en conclure qu'ils doivent tous recevoir le même degré d'instruction.
Ce serait là méconnaître la différence des capacités ; ce serait servir à tous le même repas sans songer que tous ne sont pas aptes à digérer la même nourriture. Aussi le fait de présenter l'instruction comme une panacée infaillible, et de développer des appétits supérieurs à l'état et aux aptitudes de l'individu, non seulement enlève les bras au travail sans fournir aux sciences de nouveaux penseurs, mais encore crée un grand nombre de déclassés qui, ne voulant pas rebrousser chemin et reconnaître leur insuffisance, accusent d'injustice la société et, pour se venger d'elle, vont grossir les rangs des révolutionnaires (i). L'instruction doit donc être proportionnée aux différentes capacités et doit mettre chacun à même de remplir les devoirs que lui imposent son état, sa condition et les circonstances dans lesquelles il vit ; autrement, au lieu d'améliorer le sort commun, elle devient pour la plupart une cause de ruine (2).
1, Voici le sentiment de Le Play, sur ce point : « C'est une chimère, dit-il, de supposer que la prospérité d'une nation puisse avoir pour base un système d'instruction publique. Les nombreux instituteurs que réclame l'enseignement des classes populaires, sont incapables de leur inculquer des principes assez nobles et féconds, pour que les jeunes générations en déduisent, comme corollaires, les lois morales. De plus les instituteurs exercent généralement moins un sacerdoce qu'un métier. En outre l'impuissance de l'enseignement scolaire, comme principe d'organisation sociale, ne résulte pas seulement de l'inaptitude des enfants et de l'insuffisance des maîtres, elle dépend aussi de ce que les sciences ne sauraient régler le mouvement moral et matériel.
« Puis, comme je l'ai fait remarquer au commencement de cet ouvrage, les conquêtes incessantes de l'humanité n'ont depuis i8 siècles rien ajouté, dans l'ordre moral, aux principes du Christianisme, Quant aux arts ils exigent la tradition des experts et la connaissance des rapports spéciaux, qui ne s'acquièrent que par expérience...; ces vérités seront contestées par les niveleurs ignorants, qui, pour démolir l'édifice lentement élevé par la société humaine, affirment que la science fournira tous les moyens de le reconstruire... Mais à la vue des catastrophes produites par les premiers efforts des démolisseurs, le public constatera bien vite la fausseté de leurs promesses et sera au besoin éclairé par les vrais sages». Réf. soc, vol. 2™^, liv. III, ch. 28, p. 96-100.
2. « L'homme instruit, même à demi, vaut toujours mieux que l'homme ignorant : donc la culture intellectuelle des classes pauvres est un bien. Mais elle est aussi un mal, parce que le progrès de l'instruction produit une foule de médiocrités, de fausses vocations et de vanités. Lorsqu'il fallait escalader la science comme un rocher escarpé sur le sommet duquel on ne pouvait arriver qu'avec beaucoup de peine, et souvent après plusieurs chutes, ceux-là seuls qui se sentaient une âme vaillante tentaient l'ascension, traversant hardiment les misères et les difficultés de la vie, sachant bien qu'ils arriveraient à la gloire et illustreraient leur pays. Aujourd'hui ces hauts sommets n'existent plus, et nous n'avons que le niveau de la médiocrité ». Colet, Biographie de Ben-.
jamin Franklin.
D'un autre côté, voici ce que le ministre de l'Instruction publique en Italie, M. Bac-
Dans un corps organique tel que la communauté civile il y a toujours des inégalités naturelles et nécessaires auxquelles l'instruction doit s'adapter. Ainsi un homme peut être capable, par exemple, de discerner parfaitement la qualité du blé tout en étant absolument incompétent en d'autres matières. Chacun doit être aidé à développer ses aptitudes, voilà l'essentiel. En ne mettant pas à la portée de tous l'instruction supérieure, on n'entend nullement qu'il faille en priver les esprits d'élite. L'Église nous offre sur ce point un merveilleux exemple. Ouvrant à chacun le chemin du savoir et en même temps celui des honneurs, sans perdre en rien la solidité de l'unité la plus compacte, elle unit les avantages de la plus large démocratie et les mérites d'une aristocratie élective. A son imitation, une société doit s'estimer d'autant plus parfaite que l'instruction élémentaire y sera plus commune et l'instruction supérieure mieux accessible aux intelligences remarquables, sans oublier naturellement c^ élémentaire et supéjHeur sont des termes relatifs à l'état de chaque société, au progrès des sciences et au siècle où on est, car il y a des choses qui passent aujourd'hui pour élémentaires et qui faisaient partie de l'instruction supérieure à une autre époque.
Quant à préciser à qui incombe la mission importante de prendre soin de l'instruction primaire, cela n'est pas difficile ; certainement le père de famille a le droit et le devoir de se
celli, disait dans un discours prononcé en 1894 : « L'Etat n'est pas obligé de faire des littérateurs, des avocats, des mathématiciens. Qui veut la science doit la payer, comme on paie toutes les denrées, et la science est l'une des plus précieuses, parce qu'elle honore et ouvre la porte aux carrières lucratives. Il faut éviter de produire des fruits secs, parce que c'est parmi eux que se recrute l'anarchie. Les anarchistes sont des hommes trompés qui ne trouvent pas la place à laquelle ils croient avoir droit par leurs études. Ils s'en prennent à la société et entraînent avec eux les naïfs et les simples.
« Il faut ouvrir de nouveaux horizons à la jeunesse, en la dirigeant non seulement vers les études classiques, mais encore vers l'industrie, le commerce, l'agriculture. L'organisme social n'est que l'image de l'organisme humain, et aucun organe ne peut avoir de vie durable s'il n'est conforme au caractère et aux besoins de l'organisme dans lequel il vit. Les Romains étaient passés maîtres en hygiène politique, et leurs grands hommes, tels que Caton et Cicéron, cultivaient les sciences médicales, se servant de leurs recettes pour résoudre une foule de problèmes sociaux. L'Église marcha très sagement sur leurs traces, elle ramassa l'épée romaine dans la poussière, elle la prit par la pointe et en fit une croix. Elle reprit et continua les traditions. Là où il y avait eu un proconsul, elle mit un évêque, et l'art de dominer le monde passa sans coup férir de l'épée à la croix. Je souris quand j'entends dire ou que je lis : Crispi va à Canossa ! Non, il n'a pas endossé la livrée de la pénitence, mais il a appelé autour de lui tous les éléments nouveaux, afin de guérir les maux qui tourmentent la société ». W le journal L'Italie^ 19 septembre 1894.
faire le guide de ses enfants, et par là-même de choisir pour eux l'enseignement et Técole qui lui conviendra le mieux (i). C'est là un office éminemment pratique et domestique, qui ne rentre en rien dans les attributions de l'État, et si celui-ci, comme l'enseigne également Léon XIII, ne peut en aucune circonstance empiéter sur le domaine de la puissance paternelle, il le peut encore moins dans une matière de ce genre (2). Ce qui incombe à l'État, c'est d'obliger les parents à donner au moins un minimum d'instruction à leurs enfants, les laissant d'ailleurs absolument libres dans le choix des écoles (s). Et
1. i Enfin, l'instruction pourra dans l'avenir être abandonnée par l'Etat et les Communes à l'initiative privée... On multipliera les associations libres, volontairement subventionnées par les propriétaires qui se proposeront pour but l'éducation et l'instruction de l'enfance. Et alors c'en sera fait de l'école gouvernementale qui esi la pire de toutes. Quant à l'instruction supérieure, les avantages individuels qu'elle apporte sont trop évidents, pour qu'il y ait lieu de craindre qu'elle ne puisse subsister si le gouvernement cessait de la subventionner; et l'on finira par comprendre que la culture classique et professionnelle doit être exclusivement payée par quiconque veut en profiter. Et ainsi toutes les écoles secondaires et les universités seront des fondations particulières entretenues uniquement aux frais des élèves». R. Garofals, loc. cit., p. 67-70.
2. « Vouloir donc que le pouvoir civil envahisse arbitrairement jusqu'au sanctuaire de la famille, c'est une erreur grave et funeste. Assurément, s'il existe quelque part une famille qui se trouve dans une situation désespérée et qui fasse de vains efforts pour en sortir, il est juste que, dans de telles extrémités, le pouvoir public vienne à son secours, car chaque famille est un membre de la société. De même s'il existe quelque part, un foyer domestique qui soit le théâtre de graves violations de droits mutuels, le pouvoir public peut intervenir pour faire respecter le droit de chacun. Ce n'est point là empiéter sur les attributions des citoyens, c'est affermir leurs droits, les protéger, les défendre comme il convient. Là, toutefois, doit s'arrêter l'action de ceux qui président à la chose publique ; la nature leur interdit de dépasser ces limites. L'autorité paternelle ne saurait être abolie, ni absorbée par l'Etat, car elle a sa source là où la xvt humaine prend la sienne. Les fils sont quelque chose de leur père ; ils sont en quelque sorte une extension de sa personne ; et pour parler avec justesse, ce n'est pas immédiatement par euxmêmes qu'ils s'agrègent et s'incorporent à la société civile, mais par l'intermédiaire de la société domestique, dans laquelle ils sont nés. De ce que les fils sont naturellement quelque chose de leur père... ils doivent rester sous la tutelle des parents jusqu'à ce qu'ils aient acquis l'usage de la raison. Ainsi, en substituant à la providence paternelle la providence de l'Etat, les socialistes vont contre la justice naturelle et brisent les liens de la famille ». Epist. Encycl. Rertim novarum.
3. La question de l'instruction a toujours soulevé de grandes colères contre les soidisant usurpations de l'Éghse, comme si ce n'était pas au contraire l'Etat qui affiche chaque jour de nouvelles prétentions pour s'emparer, s'il le pouvait, même des âmes. Pour montrer au lecteur où se trouve la vraie hberté et où est l'usurpation et la contrainte, nous le prions de Hre attentivement la réponse de saint Thomas à ceux qui lui demandaient s'il était permis aux catholiques d'enlever aux Juifs et aux Musulmans leurs enfants pour les instruire dans le Christianisme et les baptiser. « Il n'est point permis, dit-il, de faire tort à qui que ce soit. Or, ce serait faire tortaux Juifs que de baptiser, malgré eux, leurs enfants, parce qu'ils perdraient le droit de la puissance paternelle envers ces enfants baptisés. Donc on ne doit point les baptiser contre le gré des parents... parce que la coutume de l'Église de Dieu, qu'on doit suivre en toute chose, ne l'a jamais plus approuvé qu'elle n'approuve ce qui répugne à la justice naturelle, et par conséquent, la
l'État ne doit, sous aucun prétexte, prétendre au monopole de l'enseignement, et encore moins doit-il s'opposer à la création d'écoles libres, puisqu'il limiterait la liberté des pères de famille, en les obligeant à envoyer leurs enfants dans des établissements où, malheureusement, l'enseignement ne s'inspire que trop souvent de l'athéisme et de l'immoralité (i).
Ces principes fondamentaux établis, il reste à dire un mot des écoles professionnelles ; elles sont utiles certainement, néces-
foi pourrait avoir à en souffrir... La coutume de l'Eglise jouit de la plus haute autorité parce que la doctrine même des docteurs catholiques tire son autorité de l'Église ; aussi, faut-il tenir davantage à l'autorité de celle-ci qu'à celle d'Augustin, de Jérôme ou d'autres docteurs. Or l'Église n'a jamais eu l'habitude de baptiser les enfants des Juifs contre la volonté de leurs parents, quoiqu'il y ait eu dans le passé un grand nombre de princes cathoHques très puissants, tels que Constantin, Théodose, avec lesquels de très saints évêques furent en relation, comme Sylvestre avec Constantin et Ambroise avec Théodose, évêques qui n'auraient pas manqué d'obtenir d'eux ce pouvoir s'il avait été conforme à la raison. Voilà pourquoi il semble dangereux d'introduire une innovation d'après laquelle, malgré la coutume observée jusqu'ici dans l'Eghse, on pourrait baptiser les enfants des Juifs contre la volonté des parents. Il y a à cela une double raison. L'une concerne la foi, car si les enfants qui n'ont pas encore l'usage de la raison étaient baptisés, ils pourraient fort bien, une fois arrivés à la maturité, être induits par leurs parents à abandonner ce qu'ils auraient reçu à leur insu, il en résulterait un préjudice pour la religion. Le second motif, c'est que cela répugne à la justice naturelle. Le fils en effet est quelque chose du père. Avant d'avoir l'usage du libre arbitre, il est sous la tutelle des parents... ; parce que, tant qu'il n'a pas l'usage de la raison, l'enfant ne diffère pas de l'animal sans raison... Aussi serait-il contraire à la justice naturelle que l'enfant, avant d'avoir l'usage de la raison, fût soustrait à la tutelle des parents et qu'on disposât de lui en quelque chose contre leur volonté. Ensuite quand il commence à avoir l'usage de la raison, il commence à s'appartenir et peut se suffire à lui-même en ce qui est de droit divin et naturel. Et alors on doit l'amener à croire, non par la force, mais par la persuasion». Somme Théol., 2,^ 2^, q. X, art. 12. Il est bon de remarquer que saint Thomas, dans le cas présent, quand il parle de personnes ayant l'usage du libre arbitre, entend parler des adultes ; ce qui du reste ressort clairement du contexte môme de son argumentation et est d'accord de tout point avec l'enseignement de l'Eglise.
I. Parlant des États mixtes, voici le rôle que Taparelli veut qu'ils jouent en matière d'enseignement : « Exiger de chacune des communions religieuses qu'elle fournisse à ses adeptes les moyens convenables d'instruction publique, qui fait partie essentiellement de la religion et de l'éducation. Et s'il les trouvait ou indolentes par paresse, ou indifférentes par principe..., alors les obliger à contribuer à une instruction publique quelconque, ne serait ni déraisonnable ni oppressif... ». Esame critico degli Ordini rappresentativi y'^dxi. I, p. 390. — De son côté Le Play dit que «le père de famille, secondé par le prêtre, restera dans l'avenir, quels que soient les progrès des sciences physiques, le véritable guide de ceux qui vivent de l'enseignement des écoles, et à plus forte raison de ceux qui n'en ont pas reçu les éléments ». Et peu après il ajoute : « Quand l'État cessera d'intervenir indûment dans le domaine de l'enseignement primaire, le clergé, par la nature même des choses, prendra, peu à peu, aux yeux des populations, la responsabilité de ce service... La science du prêtre a occupé de tout temps la première place dans l'estime des hommes. Elle répond aux aspirations de toutes les conditions et de tous les âges, seule elle a le pouvoir d'arracher les peuples à la barbarie et de les maintenir à l'un de ces points culminants que l'histoire nous offre par intervalles, l^ connaissance de ces doctrines est le meilleur moyen de perfectionner les aptitudes morales ». Réf. soc. , vol. 3e, liv. V, part. 2e, p. 64, 79, 80.
saires même, mais elles présentent généralement un grave inconvénient en ce sens qu'elles n'offrent pas le moyen de faire un véritable et propre apprentissage. L'école indique la manière de faire, mais l'usage seul enseigne si telle application est bonne ou mauvaise dans un cas concret. En somme la théorie ne remplace pas la pratique, et celle-cine s'acquiert que par un travail continu. Ajoutons encore que ceux qui sont vraiment habiles dans un art industriel se résignent difficilement à l'enseigner aux autres : tandis que ceux qui se consacrent à un tel enseignement sont le plus souvent fort peu capables; ils enseignent mal et ne sont pas en état de juger de certaines aptitudes, aussi ne font-ils souvent que contribuer à former des déclassés (i). Comme Le Play l'a remarqué fort à propos, il y a une foule de professions dans lesquelles le travail manuel implique une excellente culture intellectuelle (2), et il n'est pas rare de trouver dans les ateliers un développement de talents peu ordinaires (3). Aussi conviendrait-il que l'école professionnelle ne fût pas séparée de l'enseignement pratique, qu'elle fût toujours proportionnée aux aptitudes ordinaires des ouvriers et ne négligeât pas de développer la capacité industrielle de chacun, cherchant à exercer l'ouvrier à plus d'un métier, afin qu'en cas de crise dans telle ou telle industrie, il puisse se livrer fructueusement à quelqu'autre genre de travail.
1. « Les écoles dites professionnelles tendent à établir un régime de castes au profit des incapacités bourgeoises. » Le Play, Réf. soc, vol. 3^, liv. VII, eh. 61, p. 503, 504.
2. « ...Le travail manuel implique une excellente culture de l'intelligence et de la raison.» Et plus bas, en note, il est dit : « Conduit dans tous les ateliers métallurgiques de l'Europe par le besoin d'apprendre mon métier de professeur, j'ai vu avec surprise que les vrais éléments de l'art restent souvent inconnus aux chefs préposés à l'administration des ateliers. Dans la majeure partie des cas, je ne pouvais réclamer utilement de ce personnel que la permission de me mettre à l'école des ouvriers. » Le Play, Réf. soc, vol. 2^, liv. IV, ch. 32, p. 171.
3. « J'ai... parfois rencontré chez les simples ouvriers une perception très claire des phénomènes physiques et chimiques qui restaient inconnus à l'enseignement professionnel... Il n'est pas rare, par exemple, de trouver chez de simples menuisiers une connaissance de la géométrie descriptive plus étendue et surtout plus exacte que chez les élèves de nos lycées. » Id., vol. 3^, liv. V, ch. 49, p. m, 112. — Il faut donc reconnaître que les écoles professionnelles ne sont pas la base, mais le complément des arts usuels. En France et en Allemagne plusieurs hommes de bien ont voulu fournir, dans les heures de repos, aux jeunes gens sortant des ateliers une instruction libre, leur donnant une connaissance de la morale, des lettres et des arts qui intéressent la plupart d'entre eux et qui sont le mieux en rapport avec les travaux les plus en vogue dans la localité.