‹ Socialisme et CatholicismeChapitre 64 sur 91 · I. Theory of Politicai Economy, p · texte numérisé non relu

I. Theory of Politicai Economy, p

d'hui, c'est de rétablir, quoique sous une autre forme, plusieurs des mesures adoptées par les anciennes corporations d'arts et métiers, contre lesquelles on n'a probablement tant crié, que parce qu'on ne les connaissait pas assez. Elles n'étaient pas exemptes d'abus, assurément, car aucune institution humaine n'est sans défauts, mais les avantages qu'elles présentaient étaient énormes et pour quelques individus empêchés par ce système de s'élever aussi haut que le comportaient leurs talents naturels, il y en avait des milliers qui y trouvaient le moyen de gagner honnêtement leur vie. En effet, grâce au système corporatif, les travailleurs étant tels par profession et non par occasion, s'appliquaient avec tout le soin possible aux travaux auxquels ils s'étaient exclusivement consacrés et étaient à cause de cela plus appréciés et plus recherchés. Leur nombre en outre était en proportion avec la quantité de travail qui pouvait raisonnablement se présenter, de manière qu'il n'y avait pas, par exemple, plus de fabricants de chaussures ou de chapeaux qu'il n'était nécessaire.

Chacun savait au contraire qu'il ne peut y avoir qu'un travail limité là où est limité le moyen de le rétribuer, où, en un mot, le salaire est en juste proportion avec le capital existant. On obtenait en outre, au moins indirectement, que la population n'augmentât pas en plus grande proportion ni plus rapidement que le développement du capital ; soit en empêchant de se précipiter aveuglément d'un centre vers un autre, et de déplacer ainsi l'équilibre général, comme il arrive, par exemple, lorsque les paysans désertent les campagnes pour se mettre en quête de gains imaginaires dans les villes ; soit parce qu'en cas d'excédant de population, on y obviait par des émigrations bien dirigées et des colonies (i), soit enfin parce que les mœurs

t. L'émigration n'est pas toujours un mal, ni une preuve de misère, ni une nécessité imposée aux populations. En effet, partout où s'est maintenue l'ancienne prospérité européenne et où les conditions générales intérieures des contrées qu'on abandonne sont normales et prospères, l'émigration est regardée par les familles comme un bienfait pour ceux qui émigrent, et ceux qui restent n'ont rien à craindre de ce côté puisque l'activité agricole et industrielle a assez de bras et de capitaux pour se soutenir. Dans ces cas l'Etat a raison de favoriser l'émigration, à condition, toutefois, de la bien régler et de la diriger de manière que les émigrants n'aillent pomt habiter des lieux malsains, peu sûrs, improductifs, où ils deviennent la proie d'habiles spéculateurs qui les exploitent impitoyablement, les traitant comme des bêtes de somme, et non comme des êtres humains ! La facilité des communications, le rapprochement des distances, la plus stricte et plus parfaite observation du droit des gens, sont autant de sauvegardes pour les émigrants et permettent ainsi plus aisément à l'État de veiller de près sur le sort

étaient devenues telles qu'on exigeait des hommes aspirant à la dignité de père de famille certaines aptitudes morales, l'exercice d'une profession utile et la possession des choses indispensables à la vie domestique (i).

Les corporations ayant été détruites, tous ces sages moyens de sauvegarde et d'autres encore ont fini par disparaître peu à peu, de telle sorte qu'aujourd'hui nous sommes obligés de recourir à mille voies détournées et souvent stériles pour essayer de les reconstituer d'une manière ou de l'autre (2).

réservé à tous ceux qui ne doivent jamais être abandonnés de la mère-patrie. Quant aux dangers que courent ceux qui désertent les campagnes pour trouver du travail dans les villes, il ne sera pas inutile de citer à ce propos, ce qu'écrivait le Journal de Genève dès l'année 1880 (2 nov., n. 261).

« Un correspondant du BundsxgxvdXo. la situation déplorable dans laquelle se trouvent actuellement une foule d'ouvriers qui, au moment où l'industrie était en pleine prospérité, ont laissé leurs occupations agricoles pour venir chercher dans les villes industrielles des salaires plus élevés, mais n'ont en réalité rien appris de solide en fait de métier, de manière que, durant la stagnation des affaires, ils sont devenus inutilisables. Ils ne peuvent maintenant retourner à leurs occupations antérieures, et l'industrie ne leur offre plus le moyen de gagner leur pain, il ne leur reste donc d'autre ressource que celle de l'émigration, et s'ils ne s'y résignent pas ils sont forcément jetés dans le prolétariat de la pire espèce, celui du vagabondage et de la mendicité. Aussi faudrait-il, dans leur intérêt et dans celui de la société, encourager leur émigration en Australie, aux Etats de la Piata, au Sud du Brésil, où tout émigrant qui a la volonté de travailler est sûr de réussir. Mais pour obtenir un résultat favorable, il faudrait que l'État ou l'autorité fédérale intervînt avec les mesures d'organisation générale qui sont nécessaires en ce cas. »

1. Le Play, Réforme sociale, etc. vol. 3, liv. VI, ch. 50, p. 181.

2. « En dehors de l'Italie, on voit aujourd'hui en France, en Belgique et en Allemagne un certain nombre de personnes qui se consacrent à l'étude des sciences sociales, former des comités pour organiser les forces du travail et grouper les ouvriers en associations déterminées, afin de défendre leurs intérêts respectifs. Mais tout cela avait déjà été fait à des époques assez reculées, sous l'impulsion et l'encouragement de l'Église, et les statuts des corporations ouvrières qu'on peut toujours consulter, avaient soin de déterminer la hiérarchie ouvrière et les règles concernant le travail, et de résoudre les divers problèmes regardant les intérêts des ouvriers. La sagesse et la prévoyance catholique a devancé en somme de beaucoup les libéraux sociahstes d'aujourd'hui, et elle n'a pas eu besoin d'attendre les lumières de ces derniers pour discerner ce qu'il fallait faire pour les travailleurs et la défense de l'ordre social. Il n'y a même pas, on peut le dire, une seule des questions qui passionnent aujourd'hui les socialistes et sont cause d'agitations tumultueuses, qui n'ait reçu alors une solution convenable. L'un des points qui donne lieu à l'heure actuelle aux plus grandes clameurs, et que, malgré tant de disputes, tant de cris et tant de menaces, on n'est point arrivé à résoudre, c'est celui des heures de travail. Les anciens règlements s'en préoccupaient sans bruit et le résolvaient dans le sens le plus pratique et équitable, en veillant à ce que les ouvriers, de tout sexe et de tout âge, ne fussent pas accablés de besogne au delà de leurs forces. Pour résumer brièvement les dispositions relatives à ce sujet, la durée du travail était déterminée suivant les différentes époques de l'année, suivant les divers métiers et les difficultés plus ou moins grandes que devait offrir chaque espèce de travail. Et tout cela était réglé par la charité en tenant compte et des jours de fête et d'autres circonstances extraordinaires, dans lesquelles sans préjudice pour les ouvriers, mais au contraire pour leur plus grand bien, les travaux étaient ou suspendus ou limités. Après avoir passé

Ceci ne veut pas dire qu'on n'ait rien fait de bon et que les associations créées peu à peu n'aient pas atteint quelquesuns au moins des différents buts qu'atteignaient autrefois si amplement les corporations (i). Nous ajouterons même que le système des associations offre l'avantage de laisser plus de liberté à chacun et de ne pas trop l'absorber, ce qui pourrait arriver dans une corporation si elle était conçue dans un sens trop étroit. Nous reconnaissons donc volontiers leur utilité et nous reconnaissons également qu'elles ont déjà obvié en partie au péril de l'atomisme individuel, en fortifiant le système de la libre mutualité, de manière à mettre l'individu à même de résister à la tyrannie que l'État pourrait exercer sur lui (2).

en revue toutes ces sages et prévoyantes mesures, les socialistes sérieux et de bonne foi n'auront pas de peine à s'apercevoir que la solution proposée autrefois par la sagesse chrétienne est la même que celle qu'indique et recommande aujourd'hui Léon XIII, Le Saint-Père déclare, lui aussi, que le travail ne doit pas excéder les forces de l'ouvrier, et fait une juste distinction entre la plus ou moins grande peine et difficulté de chaque espèce de travail. Les enseignements de l'Eglise, en un mot, n'ont jamais changé, et comme aujourd'hui l'expérience est suffisamment faite à ce propos, plusieurs libéraux sont convaincus avec raison de la nécessité de rebrousser chemin, » V. Osservatore Romano, i6 août 1894,

X, Dans un ouvrage de haute valeur, mais auquel manque, à notre grand regret, le souffle vivifiant du christianisme, un écrivain belge, Prins, remarque avec raison, que beaucoup d'associations ont fait renaître dans le prolétariat l'esprit de justice et de modération. Ainsi au vingt-deuxième Congrès des Trade's Unions — de celles qui n'étaient pas révolutionnaires — tenu à Dundee en 1889, les délégués ouvriers ont réclamé la création de Chambres de concihation et ont insisté sur l'utilité de la conciliation, A la même époque les délégués de l'industrie cotonnière se sont prononcés contre la journée de huit heures de travail, invoquant la nécessité de la lutte contre la concurrence. Mais voici plus encore : dans une séance de l'Union des mineurs du'Northumberland, Burt, leur chef, a déclaré que l'industrie carbonifère dépend de circonstances variables, que les actions des sociétés carbonifères sont moins sûres que les fonds d'État, que par conséquent il est de l'intérêt tant des ouvriers que des industriels que ces actions donnent un dividende supérieur aux rentes anglaises. V. LJ organisation de la liberté et le devoir social, par Adolphe Prins, inspecteur général au ministère de la justice, professeur à l'Université de Bruxelles. — Bruxelles, Librairie Européenne, C. Muqiiardt, 1895,

2. A propos des différentes autres formes d'associations, nous aimons à citer les paroles magistrales par lesquelles Léon XIII en trace les principales fonctions après avoii déterminé le rôle de l'Etat vis-à-vis d'elles. Ces paroles font ressortir la largeur et la justesse de vue du Pontife et montrent combien il est faux qu'il ait voulu imposer une seule forme d'association à l'exclusion de toutes les autres. Il a dit au contraire quelles étaient celles qu'il jugeait les meilleures et en a e.xposé les motifs, mais il n'a jamais entendu restreindre une juste liberté d'opinions sur ce sujet, lorsque, bien entendu, ces opinions sont le fruit non de préférences personnelles mais de considérations, raisonnables, parmi lesquelles celle qui doit toujours occuper la première place est de faire en sorte que tous les hommes en général et les ouvriers en particulier puissent obtenir commodément et promptement au moyen de ces associations la plus grande quantité possible de bien-être physique, économique et moral. - « Que l'Etat protège ces sociétés fondées selon le droit ; que toutefois il ne s'immisce point dans leur gouvernement intérieur, et ne touche point aux ressorts intimes qui leur donnent la vie ;

Socialisme et Catholicisme. ly

Néanmoins, tout en défendant hautement les autres différentes formes d'associations, ce serait une erreur, à notre avis, que de s'opposer en principe au rétablissement des corporations, dont, comme le dit Léon XIII, « nos aïeux retirèrent les avantages les plus manifestes... et cela non seulement pour les artisans, mais pour les arts eux-mêmes qui y puisaient, ainsi qu'une foule de monuments le proclament, un nouveau lustre et une nouvelle vie (i). »

Quant à ceux qui douteraient encore de l'utilité de remettre en honneur certaines institutions disparues, qu'ils réfléchissent un moment aux deux tendances qui dans les dangereuses conditions de la société contemporaine vont chaque jour s'affirmant de plus en plus. L'une, absolument malsaine, conduit au collectivisme, qui n'est qu'une réaction exagérée contre l'espèce de désagrégation à laquelle s'est trouvé exposé tout le corps social par suite de la révolution et des idées faussement appelées libérales. L'autre nous pousse à une véritable réorganisation par l'application d'idées saines et conformes à la nature, c'est-à-dire par la reconstitution de toutes les formes organiques qui à d'autres époques faisaient du corps social non une simple juxtaposition de molécules artificiellement rapprochées par la force centralisatrice de l'État, mais un tout vivant pourvu d'organes variés concourant tous au bien-être général par la variété même de leurs fonctions individuelles.

car le mouvement vital procède essentiellement d'un principe intérieur et s'éteint très facilement sous l'action d'une cause externe. Ces corporations ont évidemment besoin pour conserver l'unité d'action et l'accord des volontés, d'une organisation et d'une discipline sage et prudente. Si donc, comme il est certain, les citoyens sont libres de s'associer, ils doivent l'être également de se donner les statuts et les règlements qui leur paraissent les plus appropriés au but qu'ils poursuivent. Quels doivent être ces statuts et ces règlements? Nous ne croyons pas qu'on puisse donner des règles certaines et précises pour en déterminer le détail ; tout dépend du génie de chaque nation, des essais tentés et de l'expérience acquise, du genre de travail, de l'étendue du commerce, et d'autres circonstances qu'il faut peser avec maturité. Tout ce qu'on peut dire en général, c'est qu'on doit prendre pour règle universelle et constante d'organiser et de gouverner les corporations de façon qu'elles fournissent à chacun de leurs membres les moyens propres à lui faire atteindre, par la voie la plus commode et la plus courte, le but qu'il se propose, et qui consiste dans l'accroissement le plus grand possible des biens du corps, de l'esprit, de la fortune. Mais il est évident qu'il faut viser avant tout à l'objet principal, qui est le perfectionnement moral et religieux ; c'est surtout cette fin qui doit régler toute l'économie de ces sociétés ; autrement, elles dégénéreraient bien vite et tomberaient, ou peu s'en faut, au rang des sociétés où la religion ne tient aucune place. Aussi bien, que servirait à l'artisan d'avoir trouvé au sein de la corporation l'abondance matérielle, si la disette d'aliments spirituels mettait en péril le salut de son âme? » Epist, Encycl. Rerum, novarum. I. Epist. Encycl. Rerum novarum.

Or, il s'agit de choisir entre ces deux tendances, et il ne nous semble pas qu'on puisse se demander laquelle doit avoir la préférence. Ce n'est pas qu'il soit ici question de faire revivre tout le passé, mais celles de ses institutions qui sont reconnues bonnes, opportunes, fécondes, et à la condition de les adapter aux besoins et aux temps nouveaux et de les mettre en harmonie avec eux. Voilà pourquoi le pape, continuant à parler des corporations, a soin de nous avertir qu'aujourd'hui : « Notre époque étant plus cultivée, les mœurs plus policées, les exigences de la vie quotidienne plus nombreuses, il n'est point douteux qu'il faille que les corporations s'adaptent aux conditions présentes (^). »

Il convient donc de reconstituer les corporations de manière à ce qu'elles répondent pleinement aux exigences actuelles ; c'est-à-dire de maintenir les dispositions de leurs anciens statuts qui s'adaptent le mieux au temps présent, d'écarter, en les remplaçant par d'autres plus utiles, celles qui ont perdu leur raison d'être, respectant toujours ce légitime développement de la liberté individuelle, fruit du progrès continuel de la vérité chrétienne chez les peuples civilisés (2).

1. « Eruditioré mene œiate, moribus novis, auctis etiavt rebus quas vita quotidiana desiderai, profecto sodalitia opificum flecti ad prœseiitem usutn necesse est. » Epist. Encycl. Rerum novarum. — Depuis un temps déjà très reculé, dans les villes industrielles et commerciales, entre la famille et le municipe, on rencontre des groupes de travailleurs organisés pour la défense et la sauvegarde de leurs intérêts professionnels. Tels étaient les gildes allemandes, les artel des slaves et les corporations ouvrières chez les races latines, corporations qui se rattachent à l'affranchissement des communes et au magnifique épanouissement de la vie communale du XII le siècle. Lorsque, à partir du Xle siècle, les bourgeois de certaines villes en obtinrent l'indépendance, ils se constituèrent non seulement en communautés politiques, mais étant eux-mêmes chefs et maîtres de la ville, ils voulurent, en quahté soit de marchands, soit de fileurs ou artisans, s'organiser en petites communautés professionnelles pour résister à la concurrence et ils déterminèrent les conditions qui réglaient l'entrée des artisans dans ces communautés. Ainsi naquirent les règlements des corporations.

2, Voici en quels termes Léon XIII continue son aperçu sur les corporations: « C'est avec plaisir que nous voyons se former partout des sociétés de ce genre, qu'elles soient composées seulement d'ouvriers, ou qu'elles soient mixtes et réunissent à la fois des ouvriers et des patrons ; il est à désirer qu'elles accroissent leur nombre et l'efficacité de leur action. Bien que nous nous en soyons occupé plus d'une fois, nous voulons exposer ici leur opportunité et leur droit à l'existence, et indiquer comment elles doivent s'organiser et quel doit être leur programme d'action. L'expérience quotidienne que fait l'homme de l'exiguité de ses forces rengage et le pousse à s'adjoindre une coopération étrangère. C'est dans les Saintes Ecritures qu'on lit cette maxime : // vaut mieux que deux soient ensemble que d' être seul, car ils tirent avantage de la société l' un de Vautre. Si Vun tombe, l'autre le sotitie?it. Malheur à l'homme seul: car lorsqu il sera tombé il n' aura personne pour le relever fEccl., IV, 9-12. Melius est duos esse simul, quam unum: habent enim emolumentuvi societatis suce. Si unus ceciderit, aò altero

Ainsi compris nous considérons le rétablissement des corporations comme très utile à certains égards, et principalement pour limiter l'intervention de l'Etat ; en efifet, dans une foule de circonstances elles peuvent même exercer un rôle salutaire de sauvegarde et de protection.

fulcietur. Vce soli : quia cum ceciderit, non habet sublevanteni se). Et cette autre : Le frère qui est aidé par son frère est co7nme une ville forte. (Prov., XVllI, 19. Frater, qui adjuvalur a fratre, quasi civitas firma. J De. cette propension naturelle, comme d'un même germe, naissent la société civile d'abord, puis au sein même de celle-ci:, d'autres sociétés qui, pour être restreintes et imparfaites, n'en sont pas moins des sociétés véritables. Entre ces petites sociétés et la grande, il y a de profondes différences, qui résultent de leur but immédiat. Le but de la société civile embrasse universellement tous les citoyens, car il réside dans le bien commun, c'est-à-dire dans un bien auquel tous et chacun ont le droit de participer dans une mesure proportionnelle. C'est pourquoi on l'appelle publique,p2ivce qu'elle réunit les hommes pour en former îine natiojt. (S. Thom. , Contra impugnantes Dei cultum et religionem, ch. 11). Au contraire, les sociétés qui se constituent dans son sein sont appelées privées et le sont en effet, car leur raison d'être immédiate est l'utilité particulière et exclusive de leurs membres. La société privée est celle qui se jforme dans un, but privé, comme lorsque deux ou trois hommes s'associent pour exercer ensemble quelque négoce. (Ib, Privata autem societas est, quœ ad aliquod negotium privatum exercendum coniungitur, sicut quod duo vel très socictalem ineunt, ut simul negotientur). Or, de ce que les sociétés privées n'ont d'existence qu'au sein de la société civile, dont elles sont comme autant de parties, il ne suit pas, à ne parler qu'en général et à ne considérer que leur nature, qu'il soit au pouvoir de l'Etat de leur refuser l'existence, Le droit à l'existence leur a été octroyé par la nature elle-même, et la société civile a été instituée pour protéger le droit naturel, non pour l'anéintir. C'est pourquoi une société civile qui interdirait les sociétés privées s'attaquerait elle-même, puisque toutes les sociétés, publiques et privées, tirent leur origine d'un même principe, la sociabilité naturelle de l'homme. — Assurément il y a des conjonctures qui autorisent les lois à s'opposer à la formation de quelque société de ce genre. Si une société, en vertu même de ses statuts organiques, poursuivait une fin en opposition flagrante avec la probité, avec la justice, avec la sécurité de l'Etat, les pouvoirs publics auraient le droit d'en empêcher la formation et, si elle était formée, de la dissoudre. Mais encore faut-il qu'en tout cela ils n'agissent qu'avec une très grande circonspection, pour éviter d'empiéter sur les droits des citoyens et de statuer, sous couleur d'utilité pubhque, quelque chose qui serait désavouée par, la raison. Car une loi ne mérite obéissance qu'autant qu'elle est conforme à la droite raison et à la loi éternelle de Dieu. [Lex humana in tantum habet rationem legis, in quantum est secundum rationem rectam, et secundum hoc manifesfum est quod a lege œterna derivatur. In quantum vero a ratione recedtt, sic dicitur lex itiiqua, et sic non habet rationem legis, sed magis violentiœ cuiusiam. S. Thom., Somme Théol., I-II, q. XIII, a. m). » Epist. Encycl. Rerum novarum.

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