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La confiance personnelle, qui est le fondement de ces caisses, rend même tout gage inutile. Qu'importele gage, en efiret,quand on sait que quiconque manquera à ses engagements sera en butte au mépris des compagnons frustrés par son fait d'une partie de leur avoir? Du reste, ces Caisses ont généralement à leur tête un curé zélé qui leur sert de centre et qui mieux que tout autre, est à même de se fendre compte de la moralité de chacun. On a donc de sérieuses garanties contre les risques éventuels, ce qui permet de pouvoir prêter à très petit intérêt.
Prospères en x^llemagne (^), ces Caisses ont été récemment inaugurées en Italie, notamment dans la Vénétie et la Lombardie, grâce au zèle éclairé d'un jeune prêtre de Gambarare, don Luigi Cerutti, qui, en ayant compris leur haute utilité, a cherché et cherche avec une ardeur vraiment apostolique à les propager en tout lieu (f).
Très utiles par leurs avances au développement des petites industries dans les centres ruraux et aux améliorations à introduire sur de petites étendues de terre, les Caisses rurales aident en outre le paysan à se procurer des semences, du bétail, des engrais, etc. Elles contribuent donc à la conservation et à la diffusion de la propriété et opposent une barrière infranchissable à l'usure, qui dans les campagnes fait peut-être plus de ravages que partout ailleurs (3). On voit clairement par ce que
1. Les Caisses rurales allemandes s'élèvent actuellement à deux mille, dont 1175 sont rattachées à la direction ou Caisse centrale de Neuwied et ont un roulement d'affaires d'environ 100,000,000 fr. La ceritrale, fondée en septembre 1876, a un capital d'un million de marcs (1,25 fr.) en actions de mille marcs. Chaque Caisse doit être actionnaire pour pouvoir avoir le droit de déposer à la Caisse centrale l'excédant de ses dépôts, ou pour obtenir l'ouverture d'un compte courant. ,
2. Les Caisses rurales catholiques fondées vers le milieu de 1892 par Cerutti s'élevaient le 15 mai 1895 à 239, dont le plus grand nombre en Vénétie, plusieurs en Lombardie et quelques-unes en Piémont, en Ligurie, en Sardaigne, dans les Abruzzes et la province de Rome. Citons encore plusieurs Caisses rurales fondées par WoUemborg à partir de 1883 et administrées tout autrement que celles de Cerutti. Elles ont eu assez de peine à vivre, et douze d'entre elles ont préféré se transformer en catholiques.
3. Il est bon de faire observer que les Caisses rurales exercent leur action sur des territoires restreints, où tous se connaissent entre eux, et où chacun sait les affaires qui se font. On y a donc toutes les garanties possibles pour la responsabilité qu'assument solidairement et individuellement les membres de l'association. Puis, grâce aux garanties qu'elle offre à cause de la solidarité de ses membres et au crédit qui en résulte pour elle, la Caisse peut se constituer sans capital propre et l'emprunter dans les proportions nécessaires. Elle reçoit les économies des associés et donne aux déposants l'intérêt fixé par les règlements. Elle prête, à intérêt, généralement à longue échéance (5 à To ans), et se réserve le remboursement immédiat moyennant un préavis de 30 jours. Les intérêts provenant de la différence entre le taux payé pour le prêt et les intérêts donnés aux déposants, sont capitalisés et constituent un fonds de réserve intangible.
nous venons de dire combien il est à désirer que cette belle institution obtienne la plus grande diffusion possible, car elle constitue l'un des meilleurs remèdes contre la propagation des doctrines subversives.
Outre ces Caisses et Banques, il faut favoriser le développement de tout ce qui sert à assurer à l'ouvrier la sécurité de son existence ; aussi est-il utile d'établir de bons systèmes d'assurances, des Caisses de prévoyance et de secours mutuel, des sociétés d'utilité publique d'après le type suisse (»), des patronages pour les enfants des deux sexes, pour la jeunesse, pour les adultes, pour les femmes (2), en un mot, de prendre toutes les mesures qui peuvent mettre l'ouvrier, autant qu'il est possible, humainement parlant, à l'abri des fâcheuses conséquences des accidents, de la maladie, de la vieillesse, ou d'un manque de travail momentané et involontaire (3).
La différence entre les Caisses et la Banque populaire, type Schulze, consiste en ceci, que les premières ne font pas payer de taxes d'entrée ni de quotes mensuelles, qu'elles prêtent à longue échéance, qu'elles se bornent aux prêts agraires sans distribuer de dividendes et constituent une protection mutuelle contre l'usure et les abus du crédit.
1. Disons de suite qu'en Suisse l'égalité sociale entre patrons et ouvriers est plus grande que dans les autres contrées d'Europe. Dans la plupart des cantons, les ouvriers sont propriétaires ou reçoivent de la commune de petites parcelles de terre qu'ils cultivent dans les moments libres et qui leur sont utiles quand le travail diminue ou subit un temps d'arrêt. Les sociétés suisses d'intérêt public sont dignes d'attention, et leurs attributions prennent chaque jour une extension plus grande. Chaque canton a la sienne. Elle donne le branle à des projets d'amélioration de toute sorte, écoles enfantines, écoles de dessin, caisses d'épargne, hôpitaux pour les pauvres, pour les malades, pour les sourds muets, sociétés de chant, salles de récréations pour le dimanche, bibliothèques populaires, maisons d'ouvriers, enfin entreprises industrielles, qui malgré de sérieuses difficultés promettent de devenir avantageuses. L'une des meilleures institutions qu'elle ait établies est l'entrepôt industriel ou bazar, où les ouvriers reçoivent des prêts qu'ils garantissent par leurs salaires ou par des objets de leur propre fabrication que l'on conserve en dépôt en faisant une avance en proportion de la valeur de l'objet. Si ensuite cet objet est vendu au bazar, le prix en est remis au déposant moins la somme qui lui avait été avancée et une petite commission pour les frais, V. Rae, Ouv, cité, p. 46-47.
2. « En dernier lieu, les maîtres et les ouvriers eux-mêmes peuvent singulièrement aider à la solution de la question ouvrière, par toutes les oeuvres propres à soulager efficacement l'indigence et à opérer un rapprochement entre les deux classes. De ce nombre sont les sociétés de secours mutuel, les institutions diverses, dues à l'initiative privée, qui ont pour but de secourir les ouvriers, ainsi que leurs veuves et leurs orphelins, en cas de mort, d'accidents ou d'infirmités, et les patronages qui exercent une protection bienfaisante sur les enfants des deux se.xes, sur les adolescents et sur les honunes faits. » Epist. Encycl. Rerum novarum.
3. A propos des Caisses pour la vieillesse et des Caisses de prévoyance, on a remarqué qu'il en existe déjà quelques-unes en Belgique, en Espagne, en Allemagne, aux Etats- Unis, en Suisse et en Italie, contrées dans lesquelles elles revêtent un caractère régional. Or, c'est ce même caractère que nous voudrions voir aux différentes sociétés d'iissurancc; ce serait une manière d'utihser les éléments locaux qui aujourd'hui, à défaut d'emploi.
En un mot, il faut non seulement étudier la manière de soulager la misère, mais encore et surtout aviser aux moyens de la prévenir efficacement.
A ce sujet nous partageons pleinement l'opinion de Brentano ; d'après lui, le véritable principe fondamental du système
restent souvent inactifs et stériles. Elles devraient, en outre, comme cela a lieu sur plusieurs points de l'Italie, se rattacher aux Caisses d'épargne de la région pourvues généralement d'un personnel de choix. Libres dans l'emploi de leurs capitaux, soumises à un simple contrôle de l'Etat, les Caisses régionales pourraient faire refluer les fonds reçus en dépôt sur la région même qui les a fournis. Ainsi on obtiendrait la circulation des capitaux de toute une région, circulation qui profiterait à ceux qui n'en ont pas.
Quant aux Caisses d'assurance contre le chômage, c'est là un point très important, car le désœuvrement forcé est une des causes les plus fréquentes de perturbation et de désordre. Nous parlons, bien entendu, de l'arrêt involontaire du travail, qui se produit inopinément quand l'offre surpasse la demande et qu'un ensemble de causes variées, comme la surabondance de la main d'œuvre, le besoin de diminuer les frais généraux, les perfectionnements industriels, les législations économiques mal conçues, rendent aujourd'hui plus fréquent et plus aigu. Il est une menace perpétuelle pour tous ceux qui vivent de leur travail, et en même temps une cause de ruine pour tous. Ainsi, qui ne se rappelle les innombrables déprédations commises récemment aux États-Unis par l'armée des désœuvrés ? Il ne faut donc pas s'étonner si l'on a songé à porter remède à ce fléau. Un économiste distingué, Eugène Rostand, au dernier Congrès international sur les accidents du travail, tenu à Milan, a fait une importante communication qui mérite d'être examinée sérieusement. Il a exprimé la conviction que le désœuvrement serait plus rare si l'on pouvait empêcher l'émigration des paysans dans les villes ; limiter transitoirement le travail au lieu de le suspendre et cultiver des industries accessoires en temps de mortes saisons. Mais le remède vraiment efficace est, à son avis, dans l'assurance à base de mutualité, comme on le pratique déjà dans certains pays. En Angleterre les Tradé s Unions accorden t de larges subsides non seulement pour le chômage en cas de grève, mais encore pour le chômage involontaire. On en eut un exemple en 1892 ; 298 unions, composées de 745,648 membres, versèrent à titre de secours aux désœuvrés 9,674,325 fr. Une association du même geme est celle des Travailleurs laii s, établie à Bruxelles en 1893, par M. Mabillon, directeur général de la Caisse d'épargne et des pensions en Belgique. Au moyen d'offrandes privées et de cotisations de membres honoraires, on a formé un capital avec lequel on paie aux désoccupés des indemnités proportionnées au dernier salaire qu'ils recevaient. Les cotisations des ouvriers inscrits à la compagnie sont de 50 centimes par mois.
On a fondé à Bàie, en 1893, une caisse d'assurance contre le manque de travail. Les assurés payent 40 centimes par mois, mais la caisse est alimentée par les subventions des patrons et des dons volontaires et la commune s'est engagée à couvrir le déficit éventuel qui pourrait se présenter au ler avril 1895 jusqu'à concurrence de 5,000 fr.
Une Caisse analogue a été fondée encore à Zurich ; enfin le gouvernement cantonal de Bàie a soumis récemment au grand conseil un projet pour établir l'assurance obligatoire contre le chômage involontaire. D'après ce projet tous les ouvriers salariés, suisses ou étrangers, établis depuis un an au moins sur le territoire d'un canton, sont soumis à C3tte obligation, quand ils travaillent dans des ateliers régis par la loi fédérale sur les fabriques. L'obligation commence à l'âge de quatorze ans et cesse pour les ouvriers dont le salaire annuel dépasse 2,ojo fr. L'assurance ne couvre que les risques découlantdu chômage involontaire. Les fonds de la Caisse proviennent de trois sources: les cotisations des assurés, les contributions des patrons et une subvention de l'Etat. Les cotisations des ouvriers varient avec les métiers et avec les risques plus ou moins grands qu'ils présentent au point de vue du manque de travail. Les ouvriers sont partagés en deux grandes catégories, subdivisées eu plusieurs cla.sses. Leur cotisation va
d'assurances des ouvriers doit être celui-ci : toute société industrielle doit être une société d'assurances pour sa propre industrie, parce que, d'une part, toute industrie a ses risques particuliers et requiert par conséquent une prime spéciale d'assurance, et parce que, de l'autre, les maladies feintes, les demandes pour perte d'emploi occasionnée par des fautes personnelles et une foule d'autres inconvénients ne peuvent être frappés et réprimés que par l'administration locale à laquelle appartiennent les requérants (i).
de 20 à 60 centimes par semaine. Pour les patrons il n'y a que deux contributions de 10 à 20 centimes par semaine et par ouvrier, selon qu'ils appartiennent à la première ou à la seconde catégorie. L'État accorde à la caisse une subvention annuelle de 25,000 fr. et prend à sa charge les frais de gestion. La caisse est administrée par le conseil du gouvernement et est contrôlée par un conseil de surveillance composé de neuf membres : trois nommés par les patrons, cinq par les ouvriers assurés, et un président nommé par le conseil d'Etat du canton. Les indemnités de chômage varient, suivant les catégories des assurés, de 80 centimes à 2 fr, par jour. Toutefois les pères de famille perçoivent une plus forte indemnité que les célibataires, quoique les versements hebdomadaires soient les mêmes.
Telle est, sommairement, la législation de la Suisse sur le chômage involontaire. Nous la donnons ici d'après le Popolo Romano du 15 janvier 1895, sans nous prononcer absolument à son sujet, n'ayant pas les éléments nécessaires pour juger avec pleine connaissance de cause de ses avantages ou inconvénients. Mais, à notre avis, la mission de fonder et de protéger ces sociétés d'assurance rentre plutôt dans les attributions des administrations locales que dans celles de l'État, car ce serait charger celui-ci d'une responsabilité trop grande.
I. Lujo Brentano, professeur d'économie politique à Breslavv, est l'un des plus capables et des plus modérés parmi les socialistes de la chaire. Son ouvrage le plus important est consacré aux Trade's Unions, et a pour titre : Die Arbeiter der Gegenwàrt . — I vol. Zur Geschichte der Englischen Gewerkvereine. — //. Zur Kritik der Englischen Gewerkvereine. L'idée mère de son travail, c'est qu'il convient de donner à l'industrie moderne une organisation qui réponde à ses besoins comme l'organisation des anciennes corporations répondait à l'industrie des premiers temps. Pour atteindre ce but, Brentano conseille de les faire revivre du moins sous certains rapports. Il fait relativement peu appel à l'État. D'après lui, l'élévation de la classe ouvrière sera le fruit de ses propres efforts, à la condition qu'ils soient bien dirigés et non interrompus, et il n'a pas assez d'éloges pour les Trade's Unions, parce que dans la question des salaires elles ont toujours réussi à transformer la question du moins que l'ouvrier peut demander, en celle du plus que l'entrepreneur peut donner, c'est-à-dire qu'elles ont passé du minimum au maxÌ7nujn que permet l'état du marché.