Epist. Encycl. Rerum novarum
Qui ne voit la sagesse de ces conseils ? Qu'on accorde au travailleur la facilité de devenir propriétaire, qu'on le persuade qu'il ne s'agit pas ici d'une possibilité éphémère, et on le verra certainement avec son bon sens inné préférer la propriété privée à la propriété collective.
Et pourquoi dans les campagnes oii le système de métayage, ou d'emphytéose est en vigueur, le métayer, l'emphytéote, le tenancier font-ils une opposition si énergique aux socialistes et aux anarchistes ? Parce qu'ils se considèrent comme quasi propriétaires, et à ce titre ils n'entendent absolument pas échanger leur sort contre le fameux collectivisme qui se présente à leurs yeux comme une sorte de fantasmagorie grossière préjudiciable à ceux-là mêmes qu'on veut secourir, qui blesse les droits naturels de l'individu, dénature les fonctions de l'Etat, et trouble la tranquillité publique (i).
Dans les grands centres industriels une des meilleures choses à faire est de faciliter aux ouvriers le moyen de devenir propriétaires de la maison qu'ils habitent. Il faudrait aussi disposer les choses de manière qu'ils n'en négligent pas l'entretien, qu'ils puissent facilement la transmettre à leurs enfants et même l'aliéner, si pour de justes raisons il leur plaisait d'aller se fixer ailleurs. On éviterait ainsi que les ouvriers soient presque forcés de se grouper tous sur certains points déterminés.
On a déjà essayé avec succès dans plusieurs contrées de rendre les travailleurs propriétaires de leurs maisons au moyen de sociétés constituées uniquement à cette fin, et si le résultat n'a pas été le même partout, il ne faut ni s'en étonner ni s'arrêter dans cette voie, quand il s'agit de centres industriels véritables et non fictifs, comme il y en a eu malheureusement dans quelques parties de l'Italie (2).