Epist. Encycl. Rerum novarum
Nous avons déjà eu plusieurs fois l'occasion de le remarquer, les socialistes et les anarchistes se plaignent amèrement du peu de sympathies qu'ils trouvent dans les campagnes, quoique, pour les gagner, ils aient fait semblant de modifier leurs programmes. La raison n'en est pas seulement dans l'honnêteté relative et l'esprit de foi qui règne parmi les paysans, mais aussi dans l'espoir assez légitime qu'ils ont de devenir propriétaires, ou au moins de participer à beaucoup des avantages de la propriété, et dans la constatation presque journalière qu'ils peuvent faire des grands services que rend le capital privé employé suivant de bons principes économiques.
2. Citons, entre autres, la société de patronage de Mulhouse, fondée en 1853, grâce à l'initiative de M. Jean Dolfus. En 1864, cette société avait construit 630 maisons, dont 560 ont été vendues et 50 déjà entièrement payées. La valeur des maisons varie de 2650
Dans les campagnes il sera bon de faciliter l'acquisition de petits domaines en fournissant le moyen de les cultiver dans les premières années par des avances semblables à celles que font les caisses rurales et les crédits agraires. Toutefois, dans un cas comme dans l'autre, il faut de toute nécessité que des impôts exagérés ne privent pas l'ouvrier, ni le paysan de leurs épargnes ou de la propriété qu'ils ont acquise, et ne rendent pas illusoires les avantages qu'ils en attendent. « Le droit de propriété privée (et les épargnes sont certainement une propriété) dérivant non des lois humaines, mais des lois de la nature, l'Etat n'a pas le droit de l'abolir; tout ce qu'il peut faire, c'est d'en tempérer l'usage et de le concilier avec le bien commun. C'est pourquoi il agit contre la justice et l'humanité quand, sous le nom d'impôts, il grève outre mesure les biens des particuliers (^). » Gar dans ce cas ce serait l'État lui-même qui le premier mettrait en pratique les théories du socialisme, et c'est ce que l'on ne voit que trop fréquemment de nos jours {-). Pour
à 3000 francs. Chaque maison est livrée à l'acquéreur contre un premier versement de 300 à 400 francs, auquel s'ajoutent des versements réguliers de 18 à 20 francs par mois, et cela pendant une période de 13 à 14 ans, au bout desquels l'ouvrier propriétaire n'a plus rien à payer et devient maître absolu de son fonds. Cet exemple a trouvé des imitateurs dans le Haut-Rhin. Les frères Japy ont construit en 1861, à Beaucourt, près Belfort, t25 maisons isolées, que les ouvriers de leurs fabriques se sont empressés d'acheter avec leurs économies au prix de 2000 francs. Depuis 1871 M. Japy a bâti 42 maisons plus grandes et plus commodes, qui, vendues au prix de 2500 francs, sont très recherchées par les ouvriers horlogers. En visitant Beaucourt on s'aperçoit que, grâce au dévouement de M. Japy, les ouvriers ont obtenu une amélioration notable non seulement au point de vue matériel mais surtout au point de vue moral ; aussi serait-il à désirer que cet exemple trouvât de plus nombreux imitateurs. En Italie on a formé une société reconnue d'utiUté publique par décret du 7 septembre 1879. Elle a pour but d'établir à Milan des maisons pour les ouvriers, et jusqu'ici elle a obtenu un grand succès. La société a partagé 712 actions de 50 francs entre 150 actionnaires et a acheté une grande maison pour y établir le siège de nombreuses associations.
A Rome le sénateur Rossi a élevé, comme à Schio, des maisons sur l'Esquilin pour les ouvriers, et \â. Société artistique ouvrière de charité réciproque a voulu faire la même chose au quartier du Testacelo. Si le résultat en a été médiocre, la faute n'en est pas à ceux qui ont eu cette excellente idée, mais aux conditions de Rome, qui se prête mal à devenir une cité industrielle. Aussi les ouvriers y sont-ils dépaysés, et n'ont.ils ni la volonté ni les moyens de s'y établir d'une manière définitive.